En salle le 22 janvier 2020

Cinéma latino-américain


« La Llorona » du réalisateur guatémaltèque Jayro Bustamante

Selon la légende, la Llorona est une pleureuse, un fantôme qui cherche ses enfants. Aujourd’hui, elle pleure ceux qui sont morts durant le génocide des indiens mayas. Le Prix du public du festival de Biarritz avait été décerné à La Llorona le troisième film du réalisateur guatémaltèque Jayro Bustamante (Guatemala, France).

Photo : Festival de Biarritz

Même s’il parait différent des deux autres films Ixcanul et Tremblements, Jayro Bustamente a voulu faire une trilogie en  s’attaquant aux trois mensonges de la société guatémaltèque : la vie des indiens Maya, le poids de la famille par rapport à l’homosexualité, enfin le pouvoir prêt à exterminer les communistes c’est-à-dire les défenseurs des droits de l’homme. Un vieux général qui va passer en jugement pour génocide entend la pleureuse la nuit. Bien entendu, il sera acquitté. Un jour une nouvelle domestique arrive car toutes sont parties sauf une qui est là depuis vingt ans. Est-ce elle La Llorana qui a tué ses enfants ? Selon la légende seuls les coupables l’entendent pleurer.  Est-elle venue punir ceux que la justice n’a pas condamnés.

Sur Youtube on peut trouver une belle version de la chanson, interprétée par Chavela Vargas.  Jayro Bustamente explique : «  Bien sûr. Il y a une acceptation, une banalisation de la violence aujourd’hui. Au Guatemala, on nie tout ce qui s’est passé. En Europe après la deuxième guerre mondiale, on a parlé, pour tenter de soigner. Même en Afrique du Sud, il y a eu des explications, une tentative de réconciliation. Au Guatemala, on préfère penser que les militaires ont sauvé le pays. Des années de procès ont été jetées à la poubelle en une semaine par les pouvoirs de quelques grandes familles et de l’armée, qui sont remontés jusqu’à la cour suprême, laquelle a finalement décidé de dire : non, il n’y a pas eu de génocide ni de génocidaires. Et au Guatemala personne n’a réagi ! Donc, le film a pour ambition de parler à une population qui est totalement dans la négation, qui pense que parler du passé est une perte de temps, et qu’il faut aller de l’avant. Au Guatemala, la population a peur de Dieu, et des militaires… C’est une société rétrograde qui a peur du changement. Le mal qui ronge le pays, c’est mieux vaux l’ordre que la liberté… L’actrice María Mercedes Coroy

est un trésor, une perle que j’ai rencontrée sur un marché, durant le casting sauvage que je faisais pour « Ixcanul ». Elle est devenue une femme très importante au Guatemala. Elle a été la première femme Maya à faire récemment la couverture du plus important magazine féminin du pays. Elle représente une voix très importante, une inspiration pour les jeunes maya. Plus de 60% de la population est indigène, mais à peine 40% d’entre eux osent se dire Mayas. Il faut que cela change ! »

On est un peu étonné au début que le film se centre sur la famille de ce militaire arrogant, puis petit à petit grâce au son et aux tonalités de l’image, notre perception évolue !Pour tourner les scènes de manifestations, le cinéaste s’est appuyé sur l’association H.I.J.O.S. qui recherche toujours les disparus, car l’État ne fait rien.

Alain LIATARD

La llorona de Jayro Bustamante (Guatemala/France). 1 h 37’. Sortie en France le 22 janvier 2020.

 
 

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