Venezuela - ONU

La crise vénézuelienne à l'ONU


Assemblée générale de l’ONU: l’Amérique latine sans solution face à la crise vénézuélienne

La semaine passée, à New York, avait lieu la traditionnelle Assemblée générale des Nations Unies qui, une fois par an, réunit les dirigeants de tous les États afin d’y discuter de problématiques globales. Cette grande messe politique possède une mécanique bien huilée : on s’y succède à la fameuse tribune de marbre vert pour expliquer aux yeux du monde à quel point son pays enregistre des progrès sans précédents depuis que les orateurs en question sont au pouvoir. Malgré cela, l’Assemblée générale reste un lieu unique de réunions pour ces dirigeants venus des quatre coins du globe, donnant lieu à des discours parfois devenus mythiques et qui laissent entrevoir les grands axes de discorde sur la scène internationale.

Photo : La Croix

Pour les dirigeants latino-américains appelés à s’exprimer à la tribune, le Venezuela était sur (presque) toutes les lèvres. En effet, la crise politico-économico-social que traverse le pays s’est convertie en crise migratoire et est devenue par conséquent une question régionale : selon un rapport de l’ONU, depuis 2015, 4 millions de vénézuéliens ont fui le pays pour aller s’installer en Colombie, au Pérou, au Brésil, en Argentine, entre autres. 1,3 millions de vénézuéliens ont trouvé refuge en Colombie, selon le même rapport.

Sans étonnement, la passe d’armes la plus virulente fut démarrée par le président colombien Ivan Duque. Selon ses déclarations, la Colombie reçoit à bras ouverts les réfugiés vénézuéliens, avec solidarité et fraternité. Comparant le régime de Nicolás Maduro à celui de Slobodan Milosevic en ex-Yougoslavie, il l’accusera de protéger des cartels colombiens ainsi que des membres de l’ELN, « des tueurs d’enfants » qui auraient trouvé refuge en territoire vénézuélien. Il remettra au secrétaire des Nations Unies un dossier de 128 pages mettant en lumière les liens entre Maduro et les cartels terroristes colombiens. La polémique ne se fit pas attendre : certaines photos présentes dans ce dossier, des images de lieux d’entrainements de bandes armées colombiennes au Venezuela… avaient été prises en Colombie par l’AFP. Cette bourde monumentale vaudra le licenciement du Chef du renseignement militaire colombien quelques jours plus tard.

Les tensions devinrent encore plus évidentes quand Delcy Rodríguez, vice-présidente du Venezuela, monta à la tribune. Selon elle, la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, est un État coopté par les États-Unis, premier consommateur de cette drogue, dans une relation « narcótica ». Tout au long de son discours, elle essaiera de démontrer que le Venezuela n’est pas isolé diplomatiquement, le régime de Nicolás Maduro pouvant compter sur le soutien de nombreux pays non-alignés. Dénonçant le terrorisme économique américain et la force de destruction du pouvoir médiatique, elle évitera d’aborder la question de la crise migratoire pour se focaliser sur les avancées qu’ont permis le modèle socialiste dans son pays.

Ce fameux modèle politique, à la frontière sud du Venezuela, est devenu un danger public. Le dirigeant brésilien Jair Bolsonaro inaugura la 74ème Assemblée de l’ONU fustigeant un socialisme cruel, qui restreint les libertés et appauvrit les peuples. « Nous travaillons dur pour que d’autres pays d’Amérique du Sud ne tombe pas dans le socialisme », dans une référence évidente à son voisin argentin, où son allié Mauricio Macri est en voie de perdre les prochaines élections au profit du péroniste Alberto Fernández. Le spectre du socialisme sera également brandi par le président Donald Trump, « une idéologie qui n’arrivera jamais aux Etats-Unis », une diatribe dirigé à ses adversaires politiques démocrates.

De son côté, le Venezuela put compter sur le soutien clair de ses deux alliés historiques, Cuba et le Nicaragua. Plus étonnants furent les silences du président bolivien Evo Morales et de Marcelo Ebrard, ministre mexicain des affaires étrangères sur la question vénézuélienne. Le ministre de López Obrador se contentera d’affirmer, de manière évasive, son « opposition à des sanctions envers des pays ». Face à une crise devenue régionale, ne pas aborder le sujet dans un discours à l’ONU est en soi une déclaration. Une déclaration de distanciation face à un ancien allié dont les dérives autoritaires sont devenues extrêmement difficiles à justifier. 

Après une petite semaine de discours à New York, les solutions de sortie de crise se font attendre. Certains comme Mauricio Macri ou le président guatémaltèque Jimmy Morales préfèrent rester vagues, convoquant les outils juridiques et diplomatiques de la communauté internationale pour faire évoluer la situation. Le président colombien Ivan Duque privilégie une solution régionale en travaillant à une sortie de crise depuis le groupe de Lima. Quant au président péruvien Martín Vizcarra et le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ils estiment que la solution se trouve au sein de la population vénézuélienne, par la convocation de nouvelles élections. Option rejetée très nettement par la représentante du Venezuela, pour qui le gouvernement de Maduro a encore toute la légitimité pour rester au pouvoir.   

Romain DROOG

 
 

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