Releve droite et situation économique

Guatemala et Donald Trump


Alejandro Giannatei nouveau président affiche sa volonté de supprimer le concept de «pays tiers sûr»

Plus de 8 millions de Guatémaltèques se sont rendus aux urnes le dimanche 11 août pour désigner leur nouveau président de droite Alejandro Giammatei. Le futur chef d’État hérite d’une situation difficile, malgré une croissance supérieure à 3 % du PIB pour cette année.

Photo : JForum

Avant la campagne présidentielle, Alejandro Giammatei n’était pas une figure politique émergente. Il rêvait d’être élu président depuis de longues années. C’est donc, pour ce médecin de 63 ans, le triomphe d’une volonté sans failles: il a gagné les élections alors qu’il était candidat pour la quatrième fois –la troisième pour son adversaire, la sociale-démocrate Sandra Torres

Dans un pays où six guatémaltèques sur dix sont sous le seuil de pauvreté, le nouveau gouvernement ne va pas attendre pour prendre les rennes de la présidence, le 14 janvier prochain, et se lancer dans l’action. Ainsi, M. Giammatei et ses collaborateurs ont multiplié les rencontres ces derniers jours, avec les membres du gouvernement actuel, afin de prendre la mesure des défis majeurs qui les attendent, à savoir la lutte contre le crime organisé, le narcotrafic et la corruption qui semblent incontournables.

Le président élu a d’abord rappelé ses priorités: «Le plus important pour nous sera de mettre l’accent sur la création d’emplois afin d’attirer les investissements. Notre deuxième priorité, c’est de mettre en œuvre un plan national de développement rural surtout dans les zones limitrophes avec le Mexique […] pour arrêter l’immigration, mais aussi pour générer des emplois et de la productivité pour éviter que les gens partent d’ici».

Puis le futur chef de l’État a relevé que des inquiétudes et des attentes étaient exprimées au sujet des groupes délinquants liés au trafic de drogue et aux extorsions de fonds. En conséquence, il a annoncé son intention de donner une nouvelle impulsion à son action avec la mise en place d’«une nouvelle politique de sécurité publique, et ceci dès le premier jour de [son] mandat.» Le signe de cette priorité : pendant la campagne, il s’était déjà engagé à lutter contre la délinquance et la drogue «avec de la testostérone» (!).

Mais surtout le nouveau président, qui s’est prononcé contre le mariage homosexuel et contre la légalisation de l’avortement, veut marquer une rupture avec son prédécesseur, Jimmy Morales, en ce qui concerne le pacte sur l’immigration signé le 26 juin avec Donald Trump : «Ce concept de “pays tiers sûr”, on peut déjà l’éliminer», a-t-il déclaré. Ce que certains appellent «le cadeau empoisonné» de Morales à son successeur prévoit d’accueillir les migrants des pays voisins qui souhaitent demander l’asile aux États-Unis. Selon nombre d’observateurs, la seule question qui vaille est de savoir si ce traité a une quelconque chance d’être appliqué. 

C’est le souhait de Donald Trump, qui l’a fait savoir par l’intermédiaire de Mauricio Claver, le Chargé d’affaire pour l’Amérique latine du Département d’État états-unien: «Cet accord stipule simplement que le Guatemala accordera l’asile à un nombre précédemment convenu de migrants, et uniquement en provenance du Honduras et du Salvador», et pour rassurer les guatémaltèques il a ajouté: «Le fait d’appliquer l’accord conclu avec les États-Unis signifiera aussi pour le Guatemala d’avoir accès à un accord de visa X2A qui multipliera par trois le nombre de Guatémaltèques ayant accès à des permis de travail temporaire aux États-Unis.»

Ce dernier point est important: 1,5 million de Guatémaltèques résident aux États-Unis, la plupart sans-papiers. Or, si l’accord migratoire n’est pas ratifié, Washington menace de taxer les sommes d’argent qu’ils envoient dans leur pays, l’une des principales sources de revenus du Guatemala.

Craignant une invasion de chercheurs d’asile, Alejandro Giammatei s’est montré réfractaire au pacte d’immigration car il doit d’abord concentrer son action sur la préoccupante situation économique et sociale de son pays, laquelle s’est nettement dégradée ces dernières années à cause de ce mal endémique qui ronge la plupart des pays de l’Amérique latine : la corruption et la violence. 

Pour donner une idée, parmi les 60% de Guatémaltèques qui vivent sous le seuil de pauvreté, nombreux sont ceux qui tentent de traverser la frontière des États-Unis pour fuir l’ambiance de terreur des gangs. Le crime, l’impunité et la corruption confèrent au Guatemala l’un des plus élevés taux d’homicide au monde. C’était l’une des principales préoccupations des électeurs pendant la campagne et les deux candidats se sont montrés favorables à la création d’une institution locale pour «combattre cette maudite corruption dans laquelle on nous a plongés» selon Giammatei. Le président élu veut ainsi rompre avec la CICIG, la mission anti-corruption de l’ONU qui a menée des enquêtes contre lui, l’ex-candidate Sandra Torres et le président en fonction Jimmy Morales.

Eduardo UGOLINI

 
 

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