Colombie

Accord de paix ébranlé


Jesús Santrich, un ancien chef des Farc devant la justice colombienne

Jesús Santrich, ancien chef de la guérilla des Farc, accusé de délits présumés commis lors d’une implication dans le narcotrafic, qualifie le procès intenté contre lui de «coup monté». À ses yeux, il existe en Colombie une faction de la population qui souhaite nuire aux accords de paix. Dans cette entrevue exclusive avec France 24, il souligne qu’il faut trouver un moyen pour offrir des solutions aux différents problèmes d’ordre social.

Photo : RCN radio

Le 29 mai 2019, la Cour suprême de Colombie a émis un verdict ordonnant la libération de Seuxis Paucias Hernández Solarte, mieux connu sous le nom de Jesús Santrich, un ex-leader guérillero qui occupe désormais un siège au Sénat colombien. Santrich a été capturé en avril 2018 pour sa présumée participation dans plusieurs délits liés au narcotrafic, notamment dans l’envoi de 10 tonnes de cocaïne aux États-Unis. Actuellement membre du Parlement colombien, il qualifie de coup monté l’action menée à son encontre.

«Je ne pense pas que l’accusation du parquet et de la DEA (Drug Enforcement Agency, Administration pour le contrôle des drogues), était personnellement dirigée contre moi. Il était question de détourner l’attention du processus de paix de la part non seulement du procureur mais d’un secteur belliciste qui existe dans le pays» affirme Santrich lors d’une conversation avec les journalistes de France 24 Pascale Mariani et David González.

Le membre du parti Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común (Farc), apparu après les accords de paix, soutient son innocence face aux accusations qui l’inculpent. De plus, il tient pour responsable le Département d’État des États-Unis ainsi qu’une partie du gouvernement colombien d’entraver le processus de paix.

«Je suis innocent et j’ai tous les éléments nécessaires pour corroborer cela. Quand j’étais en Colombie, j’étais constamment sous surveillance policière […] Maintenant, le procès s’apprête à maintenir un tissu de mensonges perfides qui mine la bonne foi de ces personnes qui sont arrivées en même temps que les ex-combattants» ajoute le politicien.

Le rejet de l’extradition

Un ordre d’extradition est lancé afin que Santrich soit transféré aux États-Unis pour ces délits de narcotrafic, une mesure qui a été refusée par la Justicia Especial para la Paz (JEP) en Colombie. Malgré cela, l’ex leader guerrillero souligne qu’il continuera à se battre pour défendre les accords de paix dans son pays.

«Je préfère mourir en luttant en Colombie plutôt que d’être extradé par un empire qui a nuit à notre pays en y intervenant, en surexploitant ses ressources naturelles et en y installant un esprit belliciste» ajoute Santrich.

Le politicien semble aussi être préoccupé par la quantité des chefs de file et ex-membres de la guerilla qui sont morts ces dernières années à cause de l’escalade de la violence. Malgré cela, il reste confiant dans le processus de paix et souligne qu’il est disposé à le défendre.

«Je ne me risquerai pas à contrôler les statistiques quant au respect de l’accord, mais ce que je peux dire c’est que 150 camarades de nos camarades se retrouvent sous terre et plus de 300 dirigeants sociaux se sont fait assassinés dans une escalade guerrière infâme […] Il est nécessaire de redoubler d’effort pour rebâtir la réputation dont jouissait l’accord de paix lors de sa signature à La Havane» dit Santrich.

En ce qui concerne les quelques ex-combattants dissidents qui sont retournés au combat armé, Santrich explique que cela a été grandement débattu, et qu’il ne s’oppose pas à la décision prise par certains de ses camarades.

«La rébellion armée est un droit universel des peuples, le fait que nous ayons emprunté la voie pacifique ne nous élève pas à un rang supérieur, nous respectons totalement la décision de nos camarades. […] tant qu’il y aura de la conflictualité sociale il y aura des rébellions armées», explique l’ex-chef guérillero.

Enfin, il signale que lorsque son parti le lui demandera, il prendra possession de son siège au Parlement colombien. «C’est une autre lutte que nous devons mener : la lutte parlementaire

D’après France 24
Traduit par Alice DREILLARD

 
 

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