Brésil

Un «Trump tropical»


Le carnaval de Rio entre défilés contestataires et dérapage présidentiel

En pleine semaine de festivités marquées par la revendication des droits humains et la contestation du pouvoir en place, le président Jair Bolsonaro a de nouveau fait parler de lui avec une série de tweets sur le carnaval, n’usurpant pas son surnom de «Trump tropical». Le carnaval brésilien s’est donc déroulé cette année sur fond de tensions culturelles.

Photo : Journal d’Abedjan

À l’origine de la polémique, deux tweets du président Jair Bolsonaro sur son compte officiel, suivi par plus de 3,65 millions d’abonnés, entre mardi soir et mercredi midi. Le premier, publié dans la nuit du 5 au 6 mars, et retweeté aujourd’hui plus de treize mille fois, diffuse une vidéo de quarante secondes sur laquelle trois hommes, dont l’un d’eux en tenue sadomasochiste, dansent et s’adonnent à des pratiques sexuelles en pleine rue à la vue de la foule.

Une vidéo visionnée plus de 5,76 millions de fois depuis sa réalisation lundi à São Paulo lors d’un bloco, une de ces fêtes de rue courante pendant la saison du carnaval. Elle s’accompagne d’un court texte du président se justifiant de la diffusion pour «que la vérité soit exposée», dénonçant «ce que sont devenus de nombreux groupes de carnaval de rue» et appelant le peuple brésilien à «commente[r] et tire[r] [ses] conclusions».

Un deuxième tweet est venu enfler la polémique dès le lendemain midi. «Qu’est-ce que c’est, une golden shower ?» s’interroge simplement le président brésilien, qui fait ici référence à l’une des pratiques sexuelles filmées dans la vidéo de la veille. Plus discutable dans son intérêt et déjà retweeté soixante-cinq mille fois, le tweet a contribué à accentuer la critique des médias et de l’opinion brésilienne.

On reproche au président la mise en relief d’une scène isolée pour dénigrer l’immense fête populaire du carnaval et stigmatiser une communauté LGBT très présente. C’est également la diffusion d’une vidéo qualifiée de pornographique sur le compte officiel du président qui fait débat. Non-censurée par Twitter et donc visible par des mineurs, elle est considérée comme indigne et dégradante pour la fonction présidentielle.

En plein Carnaval de Rio, débuté le vendredi 1er mars et qui s’est clôturé ce samedi 9 mars, la polémique provoquée par le président d’extrême-droite s’inscrit comme une réponse à un évènement populaire qui l’a clairement pris pour cible. Des chants anti-Bolsonaro ont été entonnés dans la plupart des blocos du pays et même jusque dans le sambodrome Marquês-de-Sapucaí, le lieu de défilés des meilleures écoles de samba de Rio. Des représentations officielles qui ont été marquées par des contestations prônant la tolérance envers les minorités, et notamment par la victoire de l’école Mangueira et son défilé en l’honneur de Marielle Franco, une élue noire et lesbienne assassinée il y a un an.

Le président conservateur intronisé début janvier participe avec ses récents tweets à entretenir une ligne de fracture avec les Brésiliens progressistes. En s’attaquant au carnaval, ils visent à rassurer son électorat le plus fidèle après avoir perdu plus de vingt points de popularité depuis son investiture.

Arthur SARRON

 
 

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