ÉQUATEUR

Suites de l'affaire Assange


Un mystère diplomatique entoure l’Équateur et Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks


Réfugié depuis bientôt sept ans à l’ambassade de l’Équateur à Londres, Julian Assange risque l’incarcération à perpétuité s’il est arrêté par la justice britannique, puis extradé aux États-Unis, pour avoir «mis en péril la sécurité nationale», après la publication de milliers de documents secrets militaires et diplomatiques.

Photo : Sputnik News

La polémique bat son plein entre ceux qui soutiennent Julian Assange, tel un symbole de la liberté d’expression, et ceux qui l’accusent tout simplement de terroriste. À l’origine de ce scandale diplomatique, les dossiers top secret publiés par WikiLeaks détaillant les actions de la Maison-Blanche dans différents pays du Moyen-Orient : 76 000 documents secrets sur la guerre d’Afghanistan, 390 000 rapports secrets sur la guerre en Irak, 251 287 câbles diplomatiques étasuniens, mais aussi 779 dossiers secrets sur les détenus de Guantanamo.

Cette affaire a lieu au même moment où l’entreprise WikiLeaks est accusée d’avoir facilité à la Russie, en 2016, les moyens de voler des informations concernant les dernières élections présidentielles remportées par Donald Trump. Selon l’enquête judiciaire, «12 espions russes avaient volé des informations de 500 000 votants» ; et ce n’est pas tout : «des articles ont été envoyés dans l’objectif d’influencer le résultat des élections». Ainsi, pour la justice étasunienne, la publication de 20 000 e-mails par le site WikiLeaks, qui était considéré jadis comme un très sérieux lanceur d’alerte, aurait joué un rôle décisif dans la dynamique électorale en défaveur de la candidate démocrate Hillary Clinton.

L’avenir de Julian Assange repose désormais sur les épaules du réfractaire Lenín Moreno, l’actuel président de l’Équateur qui a qualifié l’exilé australien de «hacker» et de «problème hérité» de son prédécesseur et ennemi déclaré Rafael Correa. Rappelons que l’affaire remonte à août 2010, lorsqu’Interpol et les autorités suédoises lancèrent des recherches contre le célèbre hôte de l’ambassade de l’Équateur à Londres, soupçonné d’abus sexuels (viols) commis dans le pays nordique. Après quelques mois de «diserte», Julian Assange se rend à la police londonienne avec l’intention de coopérer, mais un juge britannique confirme son extradition en février 2011.

Assange avait rejeté son extradition vers la Suède en arguant que ce pays le livrerait aux États-Unis, où il risque la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort. C’est alors qu’intervint Rafael Correa, à l’époque président de l’Équateur et l’un des poids lourds de la gauche sud-américaine, connu pour sa position «anti-étasunienne». Correa offrit l’asile au fondateur de WikiLeaks le 19 juin 2012.

Or, il y a trois semaines, soit deux mois après les changements du protocole concernant «les conditions minimales de séjour du demandeur d’asile» imposé par le président Lenín Moreno, la vie de Julian Assange à l’ambassade équatorienne est entrée dans une nouvelle phase, celle de l’affabulation. Selon le prestigieux journal The Guardian, Assange aurait participé à une réunion secrète à l’ambassade, en 2016, avec Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, qui est actuellement poursuivi par la justice de son pays pour délits financiers, entre autres.

En réalité, The Guardian a publié ces fausses informations dans le cadre d’une campagne de «diffamation constante» par le quotidien britannique contre le fondateur de WikiLeaks. «La fonction de propagande de l’article est évidente, commente Jonathan Cook, ex-journaliste de The Guardian : il est destiné à apporter la preuve d’allégations de longue date selon lesquelles Assange aurait conspiré avec Trump, et les prétendus partisans de Trump au Kremlin, pour nuire à Hillary Clinton pendant la course présidentielle de 2016.»

Paul Manafort a nié les révélations du Guardian, tandis qu’Assange a menacé de poursuivre le quotidien en justice pour diffamation. Mais une chose est certaine : un porte-parole de Manafort a confirmé, début décembre, que pendant les réunions en Équateur, en mai 2017, le président Moreno s’est exprimé favorable à l’expulsion d’Assange de l’ambassade, en échange de certaines concessions de la part des États-Unis concernant, par exemple, allègement de sa dette extérieure.

À présent, face à la détérioration quotidienne de sa situation, aucune solution n’est envisageable pour Julian Assange. Considéré par ses supporters comme un Robin des Bois du Net, il est en train de devenir un symbole de l’action d’informer pour avoir dépassé les carcans «éthiques» de sa profession : en révélant les interlignes obscures des enjeux géopolitiques, Assange a montré que l’évolution du journalisme est engagé dans une courbe d’information sur une voie ascendante, celle de la dénonciation.

Aussi le site WikiLeaks a mis en évidence que les gouvernements de différents pays sont aujourd’hui obsédés par les risques liés à la diffusion d’informations dites «secrètes», à une époque où le peuple a des rapports de plus en plus distants avec le pouvoir politique. Bref, pionnier d’une nouvelle presse pour certains, sycophante indésirable pour le pouvoir en place, Julian Assange incarne ce propos de F. Scott Fitzgerald : «les hommes remarquables sont obligés de mener leur jeu tout au bord du précipice». Hélas, aux yeux de ses détracteurs, il a sauté d’un train en marche. Mais, si Assange est en effet poursuivi en justice, il est légitime de se demander quelles conséquences, au niveau planétaire, cela pourrait avoir sur la liberté d’informer.

Eduardo UGOLINI

 
 

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