La francophonie récompensée à Stockholm

La Guadeloupe à l'honneur


L’auteure Maryse Condé sacrée prix Nobel alternatif de littérature par la Nouvelle Académie

La Nouvelle Académie, institution provisoire née d’une union d’intellectuels suédois, a décerné à Maryse Condé le premier prix Nobel alternatif de littérature la semaine dernière. Plusieurs fois pressentie pour être prix Nobel, elle n’avait jamais gagné jusque-là. C’est là un geste symbolique qui salue l’ensemble de ses écrits, son engagement envers sa Guadeloupe natale et sa place dans le monde littéraire francophone.

Photo : Jacques Torregano/Jeune Afrique

Maryse Condé, forte de ses 81 ans, a vu le jour à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Cette auteure prolifique est hautement représentative de la francophonie. Étudiante, elle s’envole pour la métropole où elle étudie au lycée Fénelon puis à la Sorbonne, avant de partir pour l’Afrique subsaharienne, où elle enseignera le français en Guinée, au Ghana puis au Sénégal. Docteur en littérature comparée puis enseignante à l’université Columbia de New York, elle met un terme à sa vie itinérante pour retourner vivre en métropole.

Son écriture engagée fait l’unanimité et son combat pour les causes caribéennes trouvent de nombreux échos. L’auteure, qui manie avec une aisance remarquable les genres de la fiction, de l’essai ou encore de l’autobiographie, est profondément marquée par la pensée postcoloniale et par le féminisme.

Son œuvre est pétrie des grands auteurs francophones qui l’ont précédée. Elle-même explique en effet que sa quête identitaire, qui se transformera en talent d’écriture, est née de sa lecture du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire et de son adhésion à la pensée de Frantz Fanon.

C’est, entre autres, ce qui a séduit les intellectuels suédois qui viennent de fonder l’institution provisoire de la Nouvelle Académie. Une écriture précise qui surgit pour dénoncer «les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme»[1], voilà ce qu’on découvre lorsqu’on lit Maryse Condé. Les thèmes qu’elle aborde sont nombreux : elle raconte la Guadeloupe, la France, l’Afrique, les femmes antillaises, l’exil, les tensions sociales et politiques…

Désormais trop atteinte par la maladie dégénérative qui la ronge depuis déjà plusieurs années, elle a écrit son dernier roman, Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, avec son mari. Il est le fruit d’une réflexion de l’auteure sur la fin du mythe de la négritude et de la solidarité interraciale à la suite de la mort de la policière antillaise Clarissa Jean-Philippe, tuée par Amedy Coulibaly en janvier 2015.

De nombreuses personnalités littéraires, à l’instar de l’auteur haïtien et Académicien Dany Laferrière, et politiques, comme Christiane Taubira, ont rendu un hommage chaleureux à Maryse Condé à la suite de son prix Nobel alternatif. Nombreux sont ceux qui regrettent qu’elle ne soit pas plus audible en France alors qu’elle est une des plus grandes représentantes des Lettres francophones dans le monde.

Nina MORELLI

[1] La citation est extraite d’une déclaration des membres de la Nouvelle Académie. 

 
 

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