Belles Latinas 2018

Laure Limongi (France)


Histoires de migraines dans «Anomalie des zones profondes du cerveau» de Laure Limongi

Si l’algie vasculaire de la face n’a pas empêché César de conquérir la Gaule, elle a aussi donné matière à Laure Limongi pour écrire un roman. Anomalie des zones profondes du cerveau constitue un témoignage original sur cette maladie, plus communément appelée « migraine du suicide », sur ses symptômes et les existences profondément marquées par cette « épée de Damoclès qui se plante dans le crâne, juste derrière l’œil, avec une certaine régularité ». Laure Limongi, a participé en mars dernier, aux 6e Bellas Francesas, organisées par Espaces Latinos au Pérou et en Colombie.

Photo : ActuaLitté/Flickr

À la frontière entre science et littérature, de brefs récits aux contenus et aux tonalités multiples s’enchaînent et retracent l’histoire de cette maladie, « forme aiguë de céphalée », « affection rare concernant une à trois personnes pour mille – en population générale, selon les pays -, extrêmement douloureuse et invalidante. Elle se manifeste sur l’une des moitiés de la tête. Sans en connaître les causes, on évoque une anomalie des zones profondes du cerveau ».

Mais quelle est cette anomalie des zones profondes du cerveau qui constitue le fil conducteur du dernier roman de Laure Limongi ? Une maladie imperceptible à l’œil nu, malgré les nombreuses tentatives de la narratrice de l’apercevoir sur son visage, entre quelques prises au photomaton. Avoir l’air en bonne santé, alors que c’est pourtant « comme avoir un pic à glace enfoncé derrière l’œil ». Faire face aux crises sans traitement efficace. Il y a bien les drogues, mais…

Dès l’incipit, c’est un flot de paroles discontinu qui essaie de définir aveuglément les symptômes de la maladie : « Ça commence comme un orage », « comme une gêne du côté gauche », « ça prend la mâchoire », « on ne sait pas si ça va s’arrêter »… Georges Sand, André Gide, Franz Kafka, Guy de Maupassant, Roland Barthes, Gustave Flaubert, Antonin Artaud… sont autant d’auteurs qui en ont souffert. Laure Limongi explore ainsi la maladie sous tous ses aspects : son histoire, les périodes de crise, les traitements, ceux proposés par les laboratoires, inefficaces, et les effets positifs de diverses drogues.

Il existerait même une typologie du migraineux. Un certain Friedman remarque par exemple que les migraineux ont dû mal à exprimer leur agressivité. D’autres l’imaginent hyperactif, ordonné, méticuleux ou très anxieux, alors que la narratrice établit sa propre liste, du migraineux bordélique au migraineux manuel en passant par le migraineux apathique, hors de ces portraits aux traits caricaturés qui stigmatisent l’individu.

Les listes, d’ailleurs, ne manquent pas dans Anomalie des zones profondes du cerveau, au point de devenir, au fil des pages, un mode d’écriture récurrent mis en œuvre par Laure Limongi. Parmi elles, la liste des vingt-sept choses à savoir et des vingt-sept lieux à voir avant de mourir, d’après Internet.

Entre ces listes, des considérations en apparence désordonnées, les théories d’éminents scientifiques, qui se glissent entre les pages d’un récit en italique dans lequel la narratrice fixe quelques épisodes d’un séjour amoureux passé dans un chalet en Suisse, sur les rives du lac Léman. À tous ces propos enchaînés au sein d’une trame nerveuse aux multiples connexions synaptiques, des propos parfois drôles, parfois poétiques, un seul fil conduit la trame du roman : l’exploration de la maladie à travers une écriture fractionnée, soumise aux aléas des crises de migraine. Mais, à tous les migraineux, soyez sereins : « aujourd’hui, tout va bien. »

Marlène LANDON

Anomalie des zones profondes du cerveau de Laure Limongi, éd. Grasset, 208 p., 17 €.

 
 

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