Naissances, adoptions et mères porteuses

En salle le 18 avril


«Notre enfant», un film sur l’adoption réalisé par l’Argentin Diego Lerman

Le réalisateur argentin Diego Lerman, à qui l’on doit de beaux films comme Tan de repente (2003), Mientras tanto (2006) ou Refugiado (2014), a réalisé cette année un film très sensible sur l’adoption. Médecin de Buenos Aires, Malena s’apprête à devenir mère au terme d’une démarche d’adoption longue et éprouvante. Remplie d’espoir, elle parcourt les 800 kilomètres qui la séparent de la mère biologique. Mais au moment de retrouver son bébé, Malena apprend que la famille de l’enfant lui impose de nouvelles conditions…

Photo : extrait de Notre enfant

«Dans une société divisée par les inégalités, le sort d’un nouveau-né devient un enjeu et son avenir donne lieu à un véritable dilemme, explique Diego Lerman. Le film adopte le point de vue de sa protagoniste, Malena, médecin de la bourgeoisie de Buenos Aires qui cherche à adopter le nourrisson. Mais si les circonstances semblent simples à première vue, elles se corsent peu à peu dès lors que l’argent et la précarité s’en mêlent, suscitant des situations contradictoires sans issue apparente. J’ai conçu le personnage de Malena comme une héroïne ambivalente – adorable et contestable, franche et trouble à la fois. Un sentiment soudain de vulnérabilité et de quête effrénée, mêlé de suspense et d’angoisse, parcourt le film.

À mes yeux, Notre enfant (Una especie de familia) est un road-movie moral. Car si le film parle d’un voyage dont le but est l’adoption d’un bébé, il explore également les limites de cette démarche, en évoquant ce qui est légalement faisable dans un système judiciaire qui ne fonctionne pas, où la frontière entre la légalité et l’illégalité est bien plus floue qu’elle n’en a l’air.

Je me suis beaucoup documenté. J’ai recueilli de nombreux témoignages de femmes et de couples adoptants ou qui ont essayé d’adopter. La plupart sont issus de la bourgeoisie de Buenos Aires et s’y sont pris en enfreignant la loi. Certains sont allés jusqu’au bout de leur démarche d’adoption, et d’autres ont échoué. En Argentine, la procédure d’adoption est très complexe et il est donc très difficile pour un couple ou une femme seule d’adopter. Dans le même temps, beaucoup d’enfants attendent…

Le plus difficile dans ce projet, c’était le fait que Malena, la protagoniste, soit une anti-héroïne. Le film adopte son point de vue, c’est donc un personnage qu’on ne peut considérer qu’avec une certaine distance, qu’on peut avoir du mal à aimer, et c’était donc la principale gageure du film. Pour moi, la fragilité de Malena était essentielle et je tenais à créer cette mise à distance entre elle et le spectateur. Pour autant, en s’attachant à sa trajectoire, le film acquiert la dimension d’un conte moral.»

Le réalisateur a trouvé en Bárbara Lennie la personne idéale pour interpréter le rôle. L’actrice est très connue en Espagne pour avoir joué dans les séries télévisées Águila Roja et Isabel. Le tournage à la frontière du Brésil a été très difficile en raison de la chaleur, mais aussi du fait que la plupart des interprètes étaient amateurs. Cette actrice n’hésite donc pas à se lancer de nouveaux défis et à accepter des rôles difficiles.

À voir sur les écrans à partir du 18 avril.

Alain LIATARD

 
 

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