Équateur

Minorités indigènes


Amnesty International dénonce les persécutions contre les peuples indigènes en Équateur

Quechua, Shiwiar, Awa, Shuar, Achuar, Sápara, Huaorani, Secoya, Cofán, Siona, Epera, Chachi… L’Équateur, pays de 15 millions d’habitants, compte treize nationalités indigènes officiellement reconnues depuis 1998. Dans son rapport annuel, Amnesty International dénonce les persécutions menées à l’encontre de ces populations qui, aujourd’hui encore, peinent à se faire entendre. 

Photo : Pascal Saury/Équateur Mondialisation

Dans son rapport annuel, l’ONG souligne que les droits fondamentaux et les droits humains des peuples indigènes en Équateur étaient toujours restreints en 2017. Malgré leur reconnaissance officielle par l’État en 1998, ces communautés restent extrêmement fragiles, menacées par la convoitise des industries minières, pétrolières ou agro-industrielles dans la course pour l’appropriation des richesses et des terres.

Selon l’Institut équatorien de statistique et de recensement (INEC), ces peuples indigènes représentaient 7 % de la population en 2001. L’Organisation des Nations Unies estime ce chiffre à 43 %, un écart qui illustre les relations compliquées du pays avec ses minorités. Le faible chiffre obtenu par l’INEC peut s’expliquer par le fait que le recensement se fonde sur la méthode de l’auto-définition : seules sont comptabilisées les personnes qui « ont accepté d’être indigènes malgré les multiples complications sociales que signifie faire partie de cette population ». Selon le député Gerónimo Yantalema, membre du mouvement indigène en Équateur, le fait que les chiffres de l’INEC soient plus bas est dû au fait que l’espagnol est la langue exclusive du recensement.

Dans son rapport, Amnesty International souligne que plusieurs organisations indigènes, accompagnées de différentes associations de défense des droits de l’homme, ont dénoncé des incursions sur le territoire du peuple Sápara devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH). Ces territoires sont en effet très prisés par les industries pétrolières et minières. L’ONG dénonce aussi les appels d’offre public émis par l’État dans le cadre d’un projet d’extraction de pétrole sur le territoire du peuple Kichwa de Sarayaku, sans même consulter ces populations au préalable. Parallèlement, l’organisation rappelle que le leader indigène, Agustín Wachapá, était toujours en liberté conditionnelle en mai dernier, après quatre mois de détention préventive pour incitation à la violence, dans la province Morona Santiago en 2016.

Ces minorités indigènes n’ont jamais accepté passivement la situation qui leur était imposée depuis la colonisation, elles ont toujours manifesté pour leurs droits et pour la reconnaissance de leur(s) identité(s). Au début des années 60, au moment de la restauration du régime démocratique en Équateur, les quichuas de la montagne ont créé une organisation dont le nom signifie « le réveil des Indiens de l’Équateur ». Au même moment, d’autres associations commencent à voir le jour et s’unissent dans l’espoir de toucher le gouvernement. En 1995, le parti Pachakutik (ou Mouvement de l’unité plurinationale) est créé pour représenter les intérêts du mouvement indigène mené par la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) qui regroupe tous les peuples originaires du pays. Ce parti a joué un rôle décisif, entre « obéissance » et « désobéissance » civile : le passage par la voie électorale contribue à une nouvelle participation populaire dans les gouvernements locaux, mais les rébellions se maintiennent en Équateur (appels aux blocages, marches).

Malgré leur reconnaissance officielle en 1998, ces minorités peinent encore à se faire entendre. Depuis toujours, la défense de leur terre et, plus profondément, la défense de la Mère Terre, est le principal facteur de mobilisation. En Équateur comme dans de nombreux pays, ces terres et ces populations se sont senties menacées par les entreprises d’élevage de bétail et d’exploitation de bois, puis par les industries pétrolière et minière, qui ne cessent de gagner du terrain. Depuis 2007, la Déclaration des droits des peuples autochtones adoptée par l’ONU affirme le droit à l’autodétermination pour les 370 millions d’autochtones dans le monde et dispose notamment que les peuples indigènes ne peuvent être expulsés de leur terre. On ne parle alors plus de « peuples expulsés », mais, avec beaucoup de retenue et d’ironie, de « populations contraintes de s’en aller ».

Marion GONNET

 
 

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