Un auteur chilien aux Belles Latinas 2017

Hommage à Oscar Peterson


Mauricio Segura, un écrivain québécois d’origine chilienne, invité des 16e Belles Latinas avec son roman « Oscar »

Mauricio Segura, que nous avons eu la chance de rencontrer cette année à Montréal, est l’invité des Belles Latinas 2017 pour nous présenter son dernier livre Oscar, l’histoire de Oscar Peterson, figure célèbre du jazz. Mauricio Segura nous raconte, de la naissance à la mort, le passage de Peterson sur terre. Et, il nous donne ici un roman empreint de réalisme magique, notamment dans la première partie, qui évoque l’atmosphère des cabarets montréalais des années cinquante. Il sera à Lyon le mercredi 15 novembre à midi à l’Opéra et le soir à la Librairie La Virevolte dans le Vieux Lyon.

Photo : éd. Boreal.

Mauricio Segura est écrivain, journaliste, scénariste et essayiste québécois. Né à Temuco (Chili) le 5 juin 1969, il est arrivé avec ses parents à l’âge de cinq ans à Montréal, après le coup d’État contre le président Allende. Après des études en sciences économiques (1992), il a obtenu son doctorat en langue et littérature françaises à l’Université McGill (Montréal) en juin 2002. D’août 2008 à janvier 2009, il a tenu le « Blogue de Montréal-Nord » pour le magazine L’Actualité. Depuis mai 2008, il est directeur du contenu et de la création et conseiller à la scénarisation aux Productions Pimiento (télévision, cinéma). En 2010-2011, il est professeur invité de création littéraire au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. Auparavant, il avait enseigné à l’Université McGill (Montréal) et à l’Université Concordia (Montréal), et animé des ateliers de création littéraire à la Médiathèque de Nantes (France) et dans d’autres universités au Québec.

Il est également membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) et de la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC). Très tôt convaincu, à quatorze, quinze ans, d’avoir à choisir entre l’écriture et la musique comme moyen d’expression – il fut pianiste dans un groupe de jazz latin -, Mauricio Segura a choisi la littérature et ne le regrette pas. Parallèlement, il a été journaliste – critique de cinéma à la revue 24 Images, il a également signé des articles sur la politique et l’économie chiliennes et argentines dans Le Devoir, et publié des nouvelles dans des revues montréalaises, dont Liberté.

C’est avec le roman Côtes des Nègres que Mauricio Segura rentre dans le monde littéraire. Ce roman décrit le cheminement de deux jeunes garçons, Marcelo et Cléo, un Latino et un Haïtien, amis fidèles au primaire, qui deviendront dans le secondaire, sous les surnoms de Flaco et CB, les chefs de deux bandes ethniques rivales : les Latino Power et les Bad Boys. En nous introduisant dans leurs familles, à l’école avec leurs camarades, le romancier nous permet de saisir l’évolution de ses personnages et la situation sociale difficile à laquelle ils sont confrontés. Ces jeunes Latino-Américains et Haïtiens qui se battent pour des questions d’honneur, dont la violence échappe au contrôle des autorités parentale, scolaire et policière, sont bien le reflet de notre société : « Il faut comprendre qu’un jeune immigrant qui arrive au Québec vit une sorte d’état schizophrénique, explique Mauricio Segura. À la maison, on a une langue, une culture avec ses codes, et dehors, c’est l’Occident, le Québec ; et ça cause toutes sortes de problèmes identitaires. Essayer de comprendre cette réalité constitue un grand pas vers la solution de certains problèmes. »

Dans le cas de son dernier livre Oscar, l’histoire se déroule au cœur de la Petite-Bourgogne où est né le jeune Oscar Peterson, figure célèbre du jazz. Oscar qui remarque un phénomène étrange : chaque fois que Brad, son grand frère, se met au piano, la pluie cesse, l’été revient, le soleil refuse de se coucher. C’est donc que la musique, du moins celle que joue Brad, ragtimes et boogie-woogies, possède des pouvoirs magiques. Ces pouvoirs, toutefois, ne protégeront pas Brad de la peste blanche, qui l’emporte bientôt. Le mal atteint également le jeune Oscar, mais il est épargné. Durant sa convalescence, il s’empresse de prendre la place de Brad au piano. Bientôt, tout le quartier se presse sur le pas de sa porte pour l’entendre. Et plus tard, dans les clubs où il joue, quand le swing s’échappe en cascades de son piano.

Oscar aurait pu passer le reste de ses jours dans la grisaille de sa ville natale, au sein de sa communauté, mais voici qu’une ombre se profile à côté de la sienne, celle de Norman G., le célèbre impresario new-yorkais, qui fera résonner sa musique aux quatre coins du monde. Jusqu’à son dernier souffle, Oscar ne pourra plus jamais aller nulle part sans que cette ombre l’accompagne. À l’instar d’une biographie ou d’un roman historique classique, l’auteur choisit la méthode chronologique pour faire revivre dans la fiction son personnage, et nous raconter ainsi, de la naissance à la mort, le passage de Peterson sur terre.

On apprend dès le début que c’est presque par hasard que Peterson toucha au piano, lui que le père destinait à la trompette. Le pianiste de la famille, c’était Brad, le frère aîné d’Oscar, fierté de ses parents. S’inspirant de la figure du légendaire pianiste de jazz Oscar Peterson, Mauricio Segura donne ici un roman empreint de réalisme magique, notamment dans la première partie, qui évoque l’atmosphère des cabarets montréalais des années 1950. Le roman propose une fascinante réflexion sur les liens qui unissent un artiste à la communauté dont il est issu, sur la célébrité, sur le commerce de l’art. Il est surtout un poignant hommage à un géant de la musique. La Petite-Bourgogne, berceau d’un autre grand musicien de jazz, Oliver Jones — voisin de Peterson, de dix ans son cadet —, n’est pas peu fière d’avoir vu éclore des artistes de cette trempe sur son sol. En témoigne le parc Oscar-Peterson, non loin de la station de métro Georges-Vanier, renommée en 2009, deux ans après la disparition du pianiste, mais aussi le parc des Jazzmen, à quelques coins de rue de là. C’est en effet dans la Petite-Bourgogne que O.P., comme l’appelait tout le monde, fit ses classes. Dans ses rues et ruelles, et plus tard dans ses bars, et ses salles de spectacle, mais aussi aux abords du canal Lachine, où l’homme aimait traîner et réfléchir, selon la légende. C’est d’ailleurs là, sur les rives bétonnées inséparables du passé ouvrier de la métropole québécoise, que le romancier avait su si bien mettre en scène un autre quartier. 

Olga BARRY

RomansOscar, Montréal, Éd. du Boréal, 2016, 240 p. / Eucalyptus, Montréal, Éd. du Boréal, 2010, 166 p. Traduction anglaise : Eucalyptus, de Donald Winkler, Windsor (Ontario), Biblioasis, 2013. / Bouche-à-bouche, Montréal, Éd. du Boréal, 2003, 169 p. / Côte-des-Nègres, Éd. du Boréal, 1998, 296 pages. Réédition en format de poche : Montréal, Éd. du Boréal, coll. « Boréal compact », no 152, 2003, 295 p. Traduction anglaise : Black Alley, de Dawn Cornelio, Emeryville (Ontario), Biblioasis, 2010, 214 p.

Essais : La faucille et le condor. Le discours français sur l’Amérique latine (1950-1985), Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Socius », 2005, 247 p. / Imaginaire social et discours économique, sous la dir. de Mauricio Segura, Janusz Przychodzen, Pascal Brissette, Paul Choinière et Geneviève Lafrance, Montréal, Université de Montréal, Département d’études françaises, coll. « Paragraphes », no 21, 2003, 146 p.