Mexique : célébrer la vie après la mort

Le Mexique fête ses morts


Le Jour des Morts au Mexique et l’identité d’une nation

“Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brûle les lèvres. Le Mexicain, en revanche, la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle”, écrivait le poète Octavio Paz.

Le passage de la vie à la mort, c’est un moment emblématique qui a causé l’admiration, la peur, l’incertitude à l’être humain au cours de l’histoire. Au cours des années, les différentes cultures autour du monde ont construit leurs propres croyances autour du concept de la mort. Dans le cas du Mexique, l’identité de la nation se reflète à travers la conception qui existe sur l’idée de la mort et toutes les traditions et croyances qui l’entourent. Le jour des morts, c’est une festivité qui s’appuie sur la croyance populaire selon laquelle, pendant les nuits du 31 octobre au 1er novembre, les âmes des défunts reviennent sur terre pour rendre visite à leurs familles.

Les rituels autour de cette célébration, d’origine préhispanique, se mélangent aux coutumes de nature catholique transférées de l’Europe médiévale, selon une récente étude de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique. C’est la tradition la plus profonde et dynamique pratiquée au Mexique ; parler du jour des morts, c’est parler de son côté mythique, symbolique, de ses racines préhispaniques, des autels, des offrandes, et de l’histoire. Chaque jour de la festivité est dédiée à une certaine catégorie de morts, c’est-à-dire qu’il y un jour pour honorer les défunts adultes, un autre pour les enfants, un autre pour ceux qui ont souffert d’un accident… Ces jours-là varient selon la région ou selon la manière dont la famille choisit d’interpréter la festivité. Cette fête avait lieu chaque neuvième mois du calendrier mexicain.

À leur arrivée, les Espagnols ont fait coïncider la tradition indienne avec la catholique, ce qui a conduit aux dates officielles des 1er et 2 novembre (respectivement la Toussaint et la Commémoration des fidèles défunts). Cette célébration du retour de la mort a suscité plusieurs débats sur son origine ; de multiples traditions peuvent être considérées issues soit de l’Europe médiévale, soit des traditions pré-hispaniques. Selon la récente réflexion de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire, la fête des morts a des origines catholiques et cela depuis le Xème siècle.

La symbologie des autels et des offrandes

Les offrandes sont l’élément le plus important de la festivité, la manière d’accueillir les morts sur la terre des vivants puis les accompagner dans l’au-delà une fois ces dates passées, tout en construisant des autels à la mémoire du défunt. Ces magnifiques autels sont composés avec tous les objets dont les morts ont profité au cours de leur vie et des objets dont ils auront besoin pour transiter jusqu’à l’autre monde, comme leur nourriture et boisson préférées, des jouets, des cigarettes…

Chaque autel se compose de plusieurs niveaux, soit de 2, 3 ou 7, ayant chacun sa signification propre : ils représentent soit la division de la terre et du ciel, soit les trois niveaux composés par le ciel, la terre et l’enfer, soit les sept niveaux que doit traverser l’âme pour réussir à trouver le repos de son esprit. Il y a une série d’éléments essentiels qui doivent apparaitre dans l’offrande, comme cela est le cas du sel qui représente la purification et la protection des mauvais esprits, du copule et de l’encens qui servent à guider l’âme avec son parfum, des « papeles picados » (des papiers découpés) avec la représentation des squelettes ou la tête de mort, des « cémpasuchil », la fleur de la saison qui, selon le peuple mexicain, sert à renfermer les rayons du soleil qui illumineront le chemin des morts pour faciliter leur retour à la terre, des crânes en sucre ou en chocolat, le « pain des morts », brioche spéciale de la saison, de l’eau qui donne de l’énergie pour le chemin, les plats favoris du défunt et pour finir une photographie du défunt.

Finalement, il faut affirmer que ce n’est pas qu’une tradition proprement mexicaine ; il y a des célébrations semblables dans d’autres pays sud-américains ou européens car, comme nous l’avons précédemment expliqué, s’il y a un certain nombre d’études qui nous montrent que ce n’est pas une tradition directement issue du Mexique pré-hispanique, et qui tendent à prouver qu’elle est d’origine européenne, ces études montrent aussi que les origines préhispaniques seraient une légende créée par des intellectuels mexicains des années 30. Néanmoins, pour le peuple mexicain, cela reste une tradition très profonde qui l’encourage à aller de plus en plus loin pour maintenir ses êtres chers le plus proche d’eux. Festivité reconnue par l’Unesco comme Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité, le jour des morts n’est pas une date pour pleurer, mais pour célébrer la vie après la mort.

Karla RODRIGUEZ