TERRITOIRES USURPÉS

Cushamen en conflit


Argentine : la police tire sur les Mapuches et le chef des services secrets est impliqué dans un scandale financier

L’année commence mal pour le président Mauricio Macri, un an à peine après son élection. À Cushamen, la police tire sur les Indiens mapuches qui tentent de récupérer des terres qu’ils déclarent usurpées par l’État et vendues au grand propriétaire terrien italien Luciano Benetton. À Buenos Aires, le chef des services secrets distribue les pots-de-vin de la firme brésilienne Odebrecht.

Cushamen : « Ils ont tiré sans sommation ». Lorsque le gouvernement argentin du XIXe siècle lance une campagne militaire contre les Mapuches pour prendre leurs terres, il charge le général Julio Roca de « nettoyer le terrain ». Financée par des investisseurs anglais à la recherche de terres à moutons, la Campagne du désert fut un massacre. En remerciement, le gouvernement octroya de vastes étendues des terres mapuches à ces investisseurs qui, au cours des ans, les ont revendues. C’est ainsi qu’en 1991, Luciano Benetton de toutes les couleurs put acheter plus de 960 000 hectares de terres en Patagonie andine. Les Mapuches survivants des massacres et des travaux forcés se sont regroupés au lieu-dit Cushamen, près de Leleque, le long de la ligne de chemin de fer connue comme La Trochita. À l’époque, cette ligne, permettait d’exporter la laine et la viande des moutons ; elle est aujourd’hui devenue une attraction touristique.

En 2007, estimant que leurs terres ancestrales avaient été usurpées par l’État, le couple Curiñanco-Nahuelquir (60 ans)  lance une campagne de récupération et occupe le pré Santa Rosa, quelques dizaines d’hectares à Cushamen. Considérant que ces terres lui appartiennent, Benetton l’attaque en justice. Il perd l’action pénale mais, en 2012, gagne la partie civile ; il fait éjecter la famille de leur petit lopin et détruire tout ce qu’elle y avait construit (une cabane et une petite étable).

Plus tard, rejoint par d’autres familles mapuches, le couple occupe à nouveau cette terre. En 2013, sur proposition du prix Nobel de la Paix, l’Argentin Adolfo Pérez Esquivel, le gouvernement provincial organise une Table de dialogue entre Benetton et les Mapuches mais la ferme unilatéralement. En janvier 2017, prenant pour excuse « le vol d’animaux » et « le blocage du train » touristique qui passe par Cushamen, un juge envoie deux cents policiers qui tirent sans sommation des balles de caoutchouc sur les Mapuches de la communauté Pu Lof, blessant quinze d’entre eux dont deux très gravement : mâchoire fracassée et blessures sur tout le corps. Les policiers détruisent aussi les habitations et volent tous ce qu’ils y trouvent.

Après que Pablo Durán,  le responsable de la Sécurité de la province de Chubut dirigée par Mario Das Neves a affirmé que « les Mapuches sont des terroristes », à Buenos Aires le gouvernement national déclare que « les conflits tels que ceux provoqués par les Mapuches sont une menace pour la sécurité de la Nation » ! De nombreuses institutions internationales dont Amnesty s’inquiétant de l’évolution de la situation, le président du Tribunal supérieur du Chubut, Alejandro Panizzi, s’est rendu dans la communauté « pour essayer d’ouvrir des canaux de dialogue ».

Le chef des services secrets argentins corrompu par le brésilien Odebrecht ? Le journal argentin La Nación du 11 janvier révèle que Gustavo Arribas, le chef de la AFI, Agence fédérale des renseignements (anciennement SIDE,  les services secrets argentins) aurait reçu en 2013 cinq virements totalisant 600 000 dollars sur un compte du Crédit Suisse à Zürich de la part de Leonardo Meirelles, un opérateur financier brésilien. Ce dernier utilisait un compte situé à Hong Kong comme intermédiaire pour le paiement des pots-de-vin que l’entreprise BTP brésilienne Odebrecht remettait à des personnalités de plusieurs pays pour obtenir de juteux contrats. Selon La Nación, ce n’est pas un hasard si ces cinq versements sont arrivés sur le compte de Arribas un jour à peine après que l’État argentin ait signé avec Odebrecht un contrat  lui octroyant le travail de recouvrement d’une ligne de train à Buenos Aires. On ne sait pas encore à qui cet argent était destiné. En revanche, le journal révèle qu’un des partenaires de Odebrecht en Argentine est l’entreprise IACSA de Angelo Calcaterra, un cousin du président… La Nación reprenait une information publiée par le site d’investigation politique péruvien IDL-Reporteros selon lequel les accusés brésiliens du scandale Petrobras-Odebrecht, sous couvert du principe de « coopération récompensée », déclarent « tout ce qu’ils savent » sur les fraudes révélées par l’enquête Lava Jato (Lavage express) en échange d’une réduction de peine.

Arribas n’est pas un inconnu. Alors qu’il vivait au Brésil, il se dédiait à l’achat et la vente de joueurs de football.  Il était un ami proche de Mauricio Macri lorsque ce dernier gouvernait la Ville de Buenos Aires et… le fameux club de foot de La Boca. Selon l’actuel vice-président du club, Roberto Digón, durant leur période, « les joueurs avaient normalement droit à 15 % de la valeur de leur prix de vente, mais ils n’en ont jamais vu un peso. Cet argent s’en allait sur un compte en Suisse au nom de Arribas. Celui-ci était l’homme de confiance de Macri ». Les journaux se demandent pourquoi un vendeur de joueurs de foot fut nommé à la tête des services secrets argentins par  Mauricio Macri, devenu président de la République…

Jac FORTON

 
 

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