Brésil

Les enjeux des Jeux


Jeux olympiques, enjeux politiques ?

Dans sa présentation du pays en introduction aux Jeux olympiques (JO), plutôt que des prouesses toujours plus technologiques et le grand luxe, le Brésil a parié sur l’imagination, la danse et ses multiples cultures. Il a aussi lancé un défi au monde : la dégradation de la nature doit inciter les peuples du monde à changer d’attitude pour sauver la planète.

Chaque athlète a ainsi déposé la graine d’un arbre, 11 000 graines de 207 variétés, qui seront plantées pour former la Forêt des Athlètes près de Rio. Un tournant dans la conception des JO ? On l’espère…  Mais les JO ont lieu dans un pays sous grandes tensions sociales et politiques. La présidente Dilma Rousseff affirme être victime d’un coup d’Etat parlementaire et n’est pas présente. Le président par intérim, Michel Temer, a ouvert les Jeux conspué par une bonne moitié des spectateurs. Les procès pour corruption sont nombreux et touchent tous les partis. La société est divisée…

Compétition dans les rues de Sao Paulo

Le 1er août, sur la ligne de départ, à gauche, au Largo de Batata (zone ouest de la ville), le Front Peuple sans Peur soutient la présidente Dilma Rousseff et rejette sa destitution. À droite, sur l’avenue Paulista, les partisans de la destitution et du président par intérim Michel Temer. À la fin du jour, le contingent de la gauche avait largement dépassé celui de la droite.

Un juge mis sur la touche

Mi-juillet, le Procureur général de la République, Ivan Claudio Marx, chargé de l’instruction sur l’accusation de crime de responsabilité attribué à la présidente Rousseff, rend son verdict : « La présidente n’a pas enfreint la loi dans sa gestion du budget public ». Il n’y a eu aucun gain personnel donc il n’y a pas eu corruption. Le ‘pédalage’, utilisé par tous les gouvernements depuis 20 ans « n’est pas un crime car il ne s’agit pas d’une transaction de crédit » qui elle, aurait dû recevoir l’accord du parlement. Donc « il n’y a pas matière à destitution ». Le Ministère public déclare aussi que « la présidente n’a pas agi de mauvaise foi et qu’il n’y a pas eu d’attitude cherchant à nuire ». Peu importe pour les parlementaires : malgré le manque de base légale décrété par le procureur général, le 3 août, le rapporteur de la Commission sénatoriale sur la procédure de destitution, Antonio Anastasia, un proche de Temer, recommandait de voter pour la destitution. Sans surprise, par 14 voix contre 5, la Commission se prononçait pour la continuation de la procédure.

La corruption, un sport de haut niveau

La corruption est universelle et touche (presque) tous les partis et responsables de grandes entreprises du monde. Le Brésil n’y échappe évidemment pas. Avec des particularités : le parlement contrôlé par l’opposition veut destituer une présidente qui, selon le procureur général de la République, n’a commis aucun crime…  Par contre, le président par intérim, qui remplace la présidente pendant son procès, a dû écarter trois des ministres qu’il venait de nommer pour corruption ; un quatrième, le chancelier José Serra, vient lui aussi d’être accusé de corruption. Les présidents de la chambre des députés et du sénat ont dû démissionner pour cause de corruption. De nombreux parlementaires de divers partis et des chefs de grosses entreprises sont en prison pour corruption. Et selon Transparency International, 60 % des 513 députés et 81 sénateurs sont corrompus. Et ce sont ces gens-là qui veulent destituer la présidente !

Temer, pressé d’arriver premier

Le président par intérim Michel Temer voudrait bien accélérer le procès fait à la présidente. Pour lui permettre de participer au Sommet du G-20 le 4 septembre en Chine en tant que « président légal » du Brésil, il souhaite que le plenum du sénat vote rapidement (avant le 29 août) la destitution complète de Dilma Rousseff. Cette recherche de légitimité a été mise à mal devant le monde par les huées d’une bonne partie des spectateurs lors des 10 secondes qu’a duré son discours d’ouverture des Jeux.

Enjeux politiques et économiques

Le président François Hollande est, de son propre aveu, allé à Rio « pour soutenir les athlètes français, bien sûr », mais surtout « pour soutenir la candidature de Paris pour les JO de 2024… Nous pouvons organiser de très beaux jeux… et en assurer la sécurité ». A la question « les JO ne sont-ils pas un gouffre financier ? », le président Hollande répond que « il y a un effet d’image de trois semaines. Les acteurs économiques sont intéressés… Les jeux ont un coût mais représentent aussi un investissement pour la France… » L’enthousiasme du président est tempéré sur le 6-9 de France Inter du 5 août par un économiste selon qui « à part Los Angeles en 1960, toutes les villes ou pays ayant accueilli les JO ont encaissé un lourd déficit ». Pour le chef du service Sports du Monde, Stéphane Mandard, le « coût pharaonique » des Jeux pour les Brésiliens remet en cause l’idéal de l’olympisme. On parle de près de 10 milliards d’euros qui n’iront pas dans les programmes sociaux ! Business et prestige, économie et nationalisme  passeraient-ils avant le sport ? On rejette des sportifs pour cause de dopage mais on ne trouve rien à redire à la participation d’hyper-pros. En cyclisme, on se serait cru dans une étape supplémentaire du Tour de France… C’est vrai aussi pour tant d’autres disciplines (football, tennis, handball, etc.)… Ne faudrait-il pas siffler la fin de la partie et œuvrer pour une refondation des Jeux, pour qu’ils redeviennent des jeux sportifs et non des enjeux politiques ? Par sa magnifique présentation, le Brésil semble avoir posé la question…

Jac FORTON