brésil politique

Destitution ou coup d'Etat ?


Les preuves d’un coup d’État contre Dilma Rousseff apparaissent

Les ministres de la Planification et de la Transparence du gouvernement intérimaire de Michel Temer appelaient à la destitution de la présidente Dilma Rousseff pour éviter d’aller en prison.  Ils ont dû démissionner.

Première démission : le ministre de la Planification

Onze jours à peine après avoir été nommé au poste clé de ministre de la Planification, Romero Juca a dû présenter sa démission au président intérimaire Michel Temer. Il est accusé d’avoir organisé la destitution de la présidente Dilma Rousseff pour éviter la prison dans le cadre des fraudes millionnaires du scandale Petrobras. Le 24 mai dernier, le quotidien Folha de Sao Paulo publiait l’enregistrement d’une conversation entre l’ex sénateur Sergio Machado et le ministre Juca. Ce dernier, se référant aux mises en examen massives du juge Moro dans le cadre du scandale Petrobras, dit : « Il faut résoudre cette merde ! La destitution est nécessaire. Il faut changer le gouvernement et installer Temer au pouvoir pour arrêter cette hémorragie… »  Le sous-entendu est que Temer empêchera l’enquête de progresser et les politiciens corrompus d’aller en prison. Juca avait ajouté : « J’en ai parlé aux généraux, aux commandants de l’armée. Pas de problème avec eux, ils se portent même garants ».

Un piège diabolique

Mis en examen par la justice, Sergio Machado, ancien directeur de Transpetro, la principale entreprise de transport liée à la société pétrolière publique Petrobras, et un des acteurs principaux de la procédure de destitution de la présidente, scelle un accord avec le bureau du procureur général. Pour bénéficier de la loi dite de « délation compensée » et en échange de sa liberté et d’une peine réduite, il piègera ses complices. Il enregistre donc des conversations de membres de son parti, le PMDB (Parti Mouvement Démocratique brésilien) dont Juca est le vice-président et les remet au juge.

Deuxième démission : le ministre de la Transparence !

Le 30 mai, la chaine de télévision O’Globo émet l’enregistrement d’une conversation entre Renan Calheiros, président du sénat, Fabiano Silveira (photo ci-dessus), ministre de la Transparence, et l’ex sénateur Machado qui enregistre la conversation à l’insu de ses collègues. Silveira recommande à Calheiros de ne plus donner des informations au procureur Moro qui enquête sur le scandale Petrobras dans ce qui est connu au Brésil comme Opération Lava Jato (Lavage express). Eduardo Cunha, président de la Chambre des députés avait déjà dû démissionner suite à sa mise en examen par Moro. On s’attend d’ailleurs à de nouvelles révélations concernant l’ancien président José Sarney, lui aussi tombé dans le piège de son confrère.

Un gouvernement en difficultés

Les déclarations du président Temer comme quoi « il luttera contre la corruption et n’interviendra pas dans l’enquête » sonnent bien creuses : sept de ses ministres dont quatre de son parti ont déjà été mis en examen par la justice pour leur implication dans le scandale Petrobras et deux d’entre eux ont dû démissionner… La corruption de ses ministres n’est pas la seule difficulté du président intérimaire. On s’attend à des réactions populaires aux mesures sociales et économiques proposées par son équipe. Il a annoncé des coupures drastiques dans les budgets sociaux créés par l’ex président Lula et Dilma Rousseff, en particulier dans l’éducation, la santé et la sécurité sociale. Plus de 14 millions de familles bénéficient de la Bourse famille qui leur permet de ne pas sombrer dans la misère. Temer veut réduire ce nombre à 3,4 millions de familles, soit environ 40 millions de personnes en moins. Il avait aussi décidé d’éliminer le ministère de la Culture mais le tollé général lui a fait faire marche arrière.

Le 24 mai, Temer et son ministre de l’Economie, Henrique Meirelles, présentaient au Congrès un paquet de mesures visant à réduire les dépenses publiques. Pour eux, « il est important que le nouveau modèle économique puisse être attractif à l’initiative privée pour qu’elle collabore avec le pays ». Ils annoncent des coupures de subsides et le transfert de 28 milliards d’euros de la Banque du développement économique au trésor national pour faire face à une chute des revenus fédéraux. Dilma Rousseff prévient : « Temer veut privatiser les ressources du Brésil, en particulier les vastes réserves de pétrole » en eaux profondes au large du Brésil. De fait, le président intérimaire souhaite inviter les grandes compagnies pétrolières à s’intéresser au Presal, les gigantesques gisements de pétrole de l’Atlantique brésilien.

Le président du sénat veut changer la loi pour se sauver

Dans un nouvel enregistrement téléphonique « fuité » vers le journal Folha de Sao Paulo, à nouveau l’œuvre de Sergio Machado, on entend Renan Calheiros, le président du sénat, proposer une modification à la loi de « délation compensée ». Il s’agirait d’interdire ce bénéfice aux personnes déjà incarcérées, ce qui mettrait l’enquête sur le scandale Petrobras – et sur lui-même- quasiment à l’arrêt puisque l’instruction se base presque exclusivement sur les aveux de personnes déjà sous mandat d’arrêt.

La justice complice du coup d’Etat ?

Il devient évident que l’action en destitution de la présidente n’a eu pour seul objectif que celui de sauver ses principaux instigateurs de la prison. Juca prétend avoir reçu le soutien, au moins tacite, de certains membres du Tribunal Fédéral Suprême (la Cour suprême brésilienne). Point capital : les enregistrements téléphoniques ont eu lieu avant que la procédure de destitution ne soit lancée en mars dernier. La justice était donc au courant de cette situation au moins depuis mars et elle n’a rien dit. Si ces informations avaient « fuité » à cette période, il n’y aurait jamais eu de procédure de destitution. La présidente Dilma Rousseff semble avoir raison : il y a bien eu coup d’Etat institutionnel au Brésil.

Jac FORTON

 
 

Inscription newsletter

Inscription newsletter

Articles par mois

Articles par catégorie