Cinémathèque française

Rétrospective Raúl Ruiz


Interview de l’ambassadeur du Chili en France, Patricio Hales

À partir du 30 mars prochain et pendant deux mois, la Cinémathèque française présentera l’œuvre gargantuesque du cinéaste chilien Raúl Ruiz, le “réalisateur aux cent films”, qui nous a quitté en 2011. L’Hypothèse du tableau volé (1979), Mystères de Lisbonne (2010) ou La Maison Nucigen (2007)… 75 films à voir ou à revoir pour les amoureux de ce cinéma teinté de surréalisme, d’ironie et d’énigmes. Une rétrospective rendue possible grâce au soutien de l’ambassade du Chili en France et de son représentant, l’ambassadeur Patricio Hales, qui nous a consacré une interview.

Monsieur l’ambassadeur, nous avons appris que la Cinémathèque française allait projeter plus de 70 films de Raúl Ruiz à partir d’avril prochain. Pouvez-vous nous parler de cette rétrospective ?

Cette rétrospective sur Raúl Ruiz est la plus grande jamais réalisée dans le monde. Je n’en connais pas d’autres qui aient montré 77 films comme celle-ci et qui donne tant d’importance à un cinéaste chilien. J’ai été très honoré lorsque j’ai reçu une lettre personnelle de la part de la Cinémathèque française pour me demander l’appui du gouvernement chilien, car en plus de mon admiration pour ce cinéaste, cette rétrospective est très importante pour notre pays.

Que pensez-vous que peut apporter cette rétrospective au cinéma chilien ?

À travers cette rétrospective, la Cinémathèque française donne plus de visibilité au cinéma de Raúl Ruiz mais invite aussi à découvrir le cinéma chilien en général. Nous avons des réalisateurs prometteurs, comme Sebastián Sepúlveda ou encore Patricio Gúzman, grand primé cette année à Berlin pour son film Le bouton de nacre, qui méritent d’être davantage connus. J’ai vraiment souhaité que le gouvernement chilien appuie cette rétrospective parce qu’il faut aider nos jeunes cinéastes, pas seulement ceux qui sont au Chili mais ceux aussi qui se sont installés ailleurs, du fait de l’exil. Raúl a d’ailleurs été l’un de ceux-là.

Reconnaissez-vous un caractère typiquement chilien à l’œuvre de Raúl Ruiz ?

L’œuvre de Raúl Ruiz est emplie de douleurs et de drames, mais aussi d’humour, car au milieu de l’horreur de l’exil, elle est capable de faire rire sur cette violation des droits de l’homme. Elle témoigne toute entière des problèmes universels mais dans une mise en scène chilienne. Ce regard multifacette de Raúl Ruiz et cette liberté créatrice rendent son œuvre complexe. Tous ses films ont différentes lectures comme si elles étaient faites pour différents spectateurs. Ils sont d’une difficulté fascinante. L’œuvre de Raúl Ruiz est un clin d’œil à tous les Chiliens.

Quel film de Raúl Ruiz vous a particulièrement marqué ?

Dialogues d’exilés a fait renaître en moi un sentiment de douleur mais aussi de joie car, au-delà de la critique de cette gauche à laquelle j’appartiens, ce film est capable de nous faire rire sur la politique. J’aime aussi beaucoup Palomita blanca et Le temps retrouvé, qui sont des œuvres magistrales.

Cette rétrospective semble vous tenir particulièrement à cœur…

En ayant travaillé pour que se finance cette rétrospective, je sens qu’en tant qu’ambassadeur, j’ai fait quelque chose qui va plus loin que la promotion du cinéma et des cinéastes, car j’ai aussi participé au renforcement de la compréhension du Chili.

Propos recueillis
et traduits de l’espagnol par
Mara KOLB

 
 

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