Tollé au parlement

Une minute pour Pinochet


Scandale au Parlement chilien : un député obtient une minute de silence pour Pinochet !

Le 10 décembre dernier, un député demande et obtient une minute de silence pour « l’anniversaire du décès du général Pinochet ». Réactions furieuses des autres députés.

Ignacio Urrutia est membre du parti UDI (Union démocratique indépendante), un parti formé par Jaime Guzman, l’idéologue de Pinochet, et créé pour représenter le ‘oui’ à Pinochet lors du plébiscite d’octobre 1988. Pinochet le perd ce qui l’oblige à organiser des élections qu’il perd aussi. C’est la fin de 17 années de dictature (1973-1990).

Pinochet est décédé le 10 décembre 2006. Malgré trois inculpations et plusieurs procédures engagées contre lui par le juge Juan Guzman à Santiago pour crimes contre l’humanité et enrichissement illicite, il avait toujours réussi à éviter la condamnation. Ses avocats avaient joué la montre en utilisant tous les recours et les arguties légales possibles pour repousser l’ouverture d’un procès avant que le dictateur ne meure. Ils ont réussi…

Ces événements font l’objet du film « Le juge et le général » réalisé par les journalistes états-unienne Elisabeth Farnsworth et chilien Patricio Lanfranco, dont le DVD est disponible en France (1).

Le 10 décembre 2014, le député Ignacio Urrutia demande au président de séance « une minute de silence en commémoration de la mort du sénateur Pinochet ». La coutume de la Chambre des députés veut que toute demande d’une minute de silence soit reçue. Le président de la Chambre, Aldo Cornejo, annonce qu’il est obligé d’accepter. Aussitôt, tous les députés de la majorité et plusieurs membres des bancs de droite, se lèvent et quittent la salle. La minute de silence se fera devant une petite poignée de 11 députés UDI et 109 sièges vides.

Pour justifier sa demande, Urrutia « rappelle que la Chambre avait bien fait une minute de silence lors de la mort du président Hugo Chavez » du Venezuela. Fier de son coup d’éclat, Urrutia insiste : « Si on ne veut pas rendre un hommage à mon général Pinochet, très bien, mais alors il ne faudra pas non plus rendre hommage à Fidel Castro ou à Salvador Allende ni personne qui a été dictateur ou assassin dans le monde… »

Réponse cinglante du député Lautaro Carmona : « La UDI oublie un petit détail : Hugo Chavez a été élu plusieurs fois sans objection des observateurs internationaux. C’est très différent de quelqu’un qui prend le pouvoir par un coup d’État sanglant, organise un terrorisme d’État et ferme tant la Chambre des députés que le Sénat pendant 17 ans ». Carmona annonce qu’il va déposer un projet pour que les minutes de silence suivent des normes à discuter par les parlementaires. Pour Mireya García, vice-présidente de l’AFDD, Association des familles des détenus disparus, « rendre hommage à un dictateur est impensable et grossier. Ce qui s’est passé à la Chambre est un manque de respect aux victimes du Chili et du monde » (2).

Cette ‘équivalence’ entre Pinochet et Allende  est une constante de la droite chilienne qui, sans elle, même si elle est grotesque, n’aurait plus aucun argument pour justifier le coup d’État. Ceci a lieu alors que la revue Cambio21 (3) publie des documents prouvant que la grande justification de la droite pour le coup d’État, le ‘Plan Z’, n’avait jamais existé. Selon ce Plan, « le président Allende allait organiser une insurrection armée afin d’imposer un régime marxiste par les armes ». Le 22 septembre 1973, 11 jours après le coup d’État, le secrétaire de la Junte militaire, le colonel Pedro Ewing, déclarait devant la presse que, avec l’aide de navires cubains qui avaient apporté des armes maintenant cachés dans des tunnels sous le Parc O’Higgins (Parc Cousiño à l’époque), « Allende allait inviter les hauts-gradés des Forces armées et des Carabiniers (la police) à un repas au Palais de La Moneda pour les faire assassiner, puis qu’il projetait « d’arrêter ou tuer s’ils résistaient, 10.000 militaires et leurs familles le 19 septembre à l’occasion du défilé militaire » qui suivait les célébrations de la fête nationale de la veille. Le coup d’État avait permis d’éviter ce massacre… En 1999, la CIA reconnaissait que ce Plan Z  n’était que propagande pinochétiste et qu’il n’avait jamais existé ! Le pinochétisme fait encore semblant d’y croire…

Dire que cet « hommage » à un dictateur s’est passé un 10 décembre, Jour international des Droits humains !

Jac FORTON

(1) Ce DVD est disponible à Maison Latina de Grenoble, à commander sur www.maisonlatina.fr (84 mins, 12 €)
(2) Citée dans Cambio21 du 12 décembre 2014.
(3) Site de la revue : www.cambio21.cl

 

 

 

 

 

 
 

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