Le 8 juin 2026, quelque jour après avoir avoir officiellement annoncé une nouvelle restructuration de l’État en Équateur 2026, Daniel Noboa a annoncé la réduction du nombre de ministères de 14 à 10 et la fusion de plusieurs portefeuilles en trois méga-ministères : le Développement économique et productif ; l’Infrastructure et la Technologie et le Travail et le Développement humain.
Les transformations institutionnels sous Daniel Noboa
Ce projet s’inscrit ainsi dans un contexte de récents changements au sein de l’équipe gouvernementale. Parmi les changements les plus significatifs figure le départ de Gabriela Sommerfeld du ministère des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine, après plus de deux ans et demi à la tête de la diplomatie équatorienne. Cette réorganisation annoncée par Daniel Noboa constitue la deuxième réduction de la structure ministérielle depuis le début de son mandat. En juillet 2025, le gouvernement avait déjà lancé un plan d’efficacité administrative ayant entraîné une diminution de 41 % du nombre d’institutions relevant du pouvoir exécutif. Cette première réforme avait ramené le nombre de ministères de vingt à quatorze et celui des secrétariats de neuf à trois. À la suite de cette nouvelle décision, l’exécutif équatorien ne comptera plus que dix ministères. Par ailleurs, le lendemain, le président de l’Assemblée nationale équatorienne, Neils Olsen, membre du mouvement au pouvoir, Action démocratique nationale (ADN), et proche du président Daniel Noboa, a annoncé sa démission, estimant que son mandat était arrivé à son terme. Si cette décision a d’abord pu apparaître comme une démission individuelle parmi d’autres, elle semble en réalité marquer le début officiel du cycle préélectoral de Noboista. Dès lors, une interrogation demeure : le remaniement simultané de l’exécutif et de la direction du Parlement contribuera-t-il à consolider le mouvement au pouvoir ou, au contraire, à en révéler les fragilités à l’approche des élections, au cours desquelles ADN cherchera à renforcer son implantation dans les principales mairies et préfectures du pays ?
La composition du nouveau cabinet ministériel
Par l’intermédiaire des réseaux sociaux de la présidence, le gouvernement a dévoilé la composition du nouveau cabinet ministériel. Nataly Morillo a ainsi été nommée ministre des Affaires gouvernementales, tandis que John Reimberg a pris la tête du ministère de l’Intérieur et Gian Carlo Loffredo celle du ministère de la Défense. Parmi les changements les plus marquants figure la nomination de Roberto Kury au poste de ministre des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine, en remplacement de Gabriela Sommerfeld, dont la démission a été attribuée à des motifs personnels par l’exécutif. La nouvelle équipe gouvernementale comprend également Roberto Luque, désormais chargé du ministère des Infrastructures et des Technologies. Ce nouveau portefeuille résulte de la fusion entre le ministère des Infrastructures et des Transports et le ministère des Télécommunications et de la Société de l’information. D’autres nominations ont accompagné cette restructuration : Sariha Moya a été désignée ministre du Développement économique et productif ; Gilda Alcívar a pris la tête du ministère de l’Éducation, des Sports et de la Culture ; Cynthia Gellibert a été nommée au ministère du Travail et du Développement humain ; Jaime Bernabé au ministère de la Santé publique ; et Juan Carlos Blum au ministère de l’Environnement et de l’Énergie. Par ailleurs, José Julio Neira a été nommé secrétaire général de l’Administration publique, de la Planification et du Cabinet de la présidence. Enfin, Enrique Herrería a pris la direction du Secrétariat général juridique, tandis qu’Irene Vélez a été désignée à la tête du Secrétariat à la communication.
Les justifications gouvernementales de la réforme
Présentée par le gouvernement comme un « processus d’optimisation institutionnelle », cette fusion des ministères vise à simplifier l’organisation de l’exécutif et à éliminer les chevauchements administratifs. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’État, dont l’objectif affiché est de réduire les lourdeurs bureaucratiques, d’optimiser l’utilisation des ressources publiques et de renforcer la capacité opérationnelle du pouvoir exécutif pour la période 2025-2029. Toutefois, cette annonce a rapidement suscité des inquiétudes parmi les fonctionnaires concernés, de nombreux employés des institutions appelées à disparaître s’interrogeant sur les conséquences de cette réforme pour leur avenir professionnel.
Enjeux socio-économiques des réformes administratives en Équateur
Le précédent plan d’efficacité administrative mis en œuvre en juillet 2025 avait déjà eu des répercussions sur le marché du travail. Cette réforme s’était accompagnée du licenciement d’environ 5 000 fonctionnaires et de la fusion de plusieurs entités publiques. Dans ce contexte, la nouvelle réduction du nombre de ministères suscite des interrogations quant à ses conséquences potentielles : conduira-t-elle à un scénario similaire de suppressions d’emplois dans la fonction publique ou se limitera-t-elle à une redistribution des compétences au sein de l’appareil d’État ? Au-delà de sa dimension administrative, cette réorganisation peut également être interprétée comme une opération aux multiples enjeux. D’une part, elle contribue à redéfinir les équilibres de pouvoir au sein du gouvernement ; d’autre part, elle envoie un signal de discipline budgétaire aux créanciers internationaux ; enfin, elle participe à la mise en avant d’un discours fondé sur l’efficacité et la modernisation de l’État. Toutefois, plusieurs analystes soulignent que les principales difficultés auxquelles est confronté l’Équateur dépassent largement la seule question de l’organisation institutionnelle. Le pays fait face à des défis structurels liés à l’emploi, à la sécurité, à l’endettement, à la pauvreté, à la santé publique, à la crise énergétique, à la productivité et à la légitimité des institutions.
Dans cette perspective, certaines fusions ministérielles apparaissent particulièrement significatives. La création d’un portefeuille réunissant le ministère du Travail, le ministère de l’Inclusion sociale et le Secrétariat aux peuples et nationalités ne constitue pas une simple réorganisation technique. Selon ses détracteurs, elle repose implicitement sur l’idée que la pauvreté relèverait avant tout d’un déficit d’initiative individuelle. Or, le problème majeur en Équateur réside davantage dans la difficulté de l’économie à générer suffisamment d’emplois formels. Dans un contexte caractérisé par un sous-emploi important, un fort niveau d’informalité et une pauvreté rurale persistante, la réduction des politiques sociales à une logique d’insertion sur le marché du travail pourrait fragiliser davantage la protection des populations les plus vulnérables.
Chloé VALLA


