Le magazine La Salida, du tango argentin, est édité par l’association Le temps du Tango qui vient de publier le mensuel de juin avec à la une « Sindicato Milonguero, fleurs noires, tango de rupture ». Ci-dessous son éditorial.
Hors d’âge. On ne peut plus appeler ça une controverse, pas même une angoisse, à peine une interrogation. Et pourtant, la petite musique revient de loin en loin, au galop ou moderato : le tango est-il bien vivant ou se meurt-il ? N’entretient-il plus qu’un répertoire bouffé aux mites ou mijote-t-il sa prochaine révolution piazzollienne ? On l’a déclaré si souvent en état de mort cérébrale… Le débat est vieux comme le tango lui-même et ne traduit finalement que le vieil antagonisme entre les CMA (CétaitMieuxAvant) et les OFMD (OnFeraMieuxDemain). Mais il nous semble que si la querelle a fané, on le doit aux musiciens d’aujourd’hui qui ont beaucoup travaillé à la rendre caduque par leur attitude à la fois curieuse du passé et tournée vers l’avenir.
On lira dans ce numéro le propos d’une compositrice, Andrea Marsili, qui affirme vouloir « nourrir le genre », entendez créer le répertoire de demain, mais dit prendre bien du plaisir à jouer un tango de tradition. Où est le problème ? On lira le propos d’un compositeur, Patricio Bonfiglio, qui prône un tango « de rupture » mais ne veut surtout pas couper son orchestre du bal. Sans problème
Et il n’y aura personne pour jeter un venin déguisant leur enthousiasme en prétention. Si la querelle des anciens et des modernes fait bien son âge et davantage, sans doute est-ce aussi parce que des musiciens parmi les plus chevronnés se projettent avec délice parmi les plus emblématiques pièces du genre en leur insufflant un swing insolent, une libre ornementation, un art consommé de la citation où l’on devinerait Thelonious Monk sous Aníbal Troilo. Il est vrai qu’Olivier Manoury et William Sabatier, puisqu’on parle d’eux, ne renieront pas leur amour du jazz dans leurs toutes nouvelles Fantasías cromáticas. On n’est plus là dans le vintage ou l’avant-garde, juste dans le hors d’âge au sens non pas temporel mais voluptueux du terme. Le tango ne meurt jamais.
Jean-Luc THOMAS
Rédacteur en chef


