Quand les trajectoires se répondent : « Monarques » sur scène d’Emmanuel Meirieu – Suites des prochaines représentations…

Dans Monarques, Emmanuel Meirieu construit un récit à deux voix autour de la question des migrations. Le spectacle suit d’un côté un parapentiste qui tente de reproduire le trajet des papillons monarques entre le Canada et le Mexique, et de l’autre un migrant engagé dans le parcours inverse, en direction des États-Unis. Inspirée d’une histoire réelle, la trajectoire du parapentiste renvoie à la disparition progressive de l’espèce des papillons monarques, fragilisée par les bouleversements climatiques. En parallèle, le parcours du migrant, accroché aux trains de marchandises “La Bestia” qui traverse le Mexique en direction des États-Unis, rappelle la violence des routes migratoires contemporaines. En faisant coexister ces deux récits, la pièce établit un parallèle entre différentes formes de déplacement, sans chercher à les superposer entièrement.

La mise en scène repose sur un jeu d’échos progressifs entre les personnages. D’abord distinctes, leurs trajectoires finissent par se répondre, portées par une scénographie immersive et un travail marqué sur la lumière. Ce croisement permet de faire émerger une réflexion plus large sur la vulnérabilité, qu’elle soit humaine ou liée au vivant. Habitué à adapter des récits ancrés dans des réalités sociales fortes, Emmanuel Meirieu s’inscrit ici dans une démarche plus personnelle. Avec Monarques, il élargit son propos en intégrant une dimension écologique et symbolique, où le papillon devient un motif central pour penser les fragilités du monde d’aujourd’hui.

Tout part d’une histoire vraie : celle d’un parapentiste qui s’est envolé avec les papillons monarques pour alerter sur leur disparition. De la région des Grands Lacs, au Canada, jusqu’à leur sanctuaire, une forêt de sapins sacrée dans les montagnes du Mexique, au Michoacan, il a suivi leur route. C’est là que les monarques migrent chaque automne depuis deux millions d’années, luttant contre les tempêtes, les prédateurs et les maladies. Le 5 mai 2021, quand notre parapentiste s’envole pour rejoindre le Mexique, il croise la route d’un migrant de “La bestia”, un train de marchandises qui traverse le Mexique jusqu’à la frontière américaine. Des réfugiés s’accrochent à ces wagons, montent sur son toit, pour rejoindre les États-Unis. Beaucoup meurent de cet espoir. Le papillon monarque est devenu leur symbole. Avec un souffle épique et une émotion à fleur de peau, Emmanuel Meirieu fait magnifiquement répondre ces deux êtres, dans un vol commun.

Cette nécessité de raconter ce voyage, le metteur en scène Emmanuel Meirieu la ressentait déjà il y a un an. En créant le spectacle Sur l’aile d’un papillon (présenté dans le cadre de l’Itinérance du Théâtre de Lorient il partageait deux odyssées se croisant entre le Nord et le Sud. Mais, depuis l’avènement de Trump, celles-ci prennent une force et une urgence nouvelles. D’un côté, l’histoire d’un parapentiste, protecteur des papillons monarques – ces migrateurs de la première heure aujourd’hui menacés – s’envolant dans un parcours de plusieurs milliers de Kilomètres pour rejoindre un sanctuaire.

De l’autre, le périple d’un candidat à l’exil parmi tant d’autres, perché sur le toit de la Bestia, ce train de marchandises qui traverse le Mexique jusqu’à la frontière américaine. Après la version en tout terrain, le récit comme le décor sont réinventés en grand format. En créant cette symphonie d’images et de voix, la parole est donnée aux minorités et aux victimes invisibles, célébrant les migrateurs, humains et non-humains. Emmanuel Meirieu nous parle de notre monde dans ses abîmes, comme dans ses moments de grâce et c’est tel un jardinier du théâtre qu’il reboise l’âme humaine et nous offre ici un peu de consolation.

C’est une histoire vraie car ce sont mes préférées, deux odyssées croisées : Celle d’un parapentiste qui, pour faire connaître au monde le déclin des papillons Monarques, s’est envolé avec eux, et les a suivis dans leur migration, du Canada jusqu’à leur sanctuaire, une forêt de sapins sacrés dans les montagnes du Mexique. C’est là que les Monarques migrent chaque automne depuis deux millions d’hivers, traversant un continent et trois pays, cinq mille kilomètres, luttant contre les tempêtes, les prédateurs, les maladies, nos autoroutes et nos ravages. Ils étaient un milliard dans les années quatre-vingt-dix, ils sont trente-cinq millions aujourd’hui… Mais ces papillons ont leurs protecteurs.

D’après l’Itinérance du Théâtre de Lorient : Tournée 2025-2026 : 22 au 26 avril 2026 Les Célestins, Lyon / 28 et 29 avril 2026 CDN de Normandie, Rouen / 5 et 6 mai 2026 Le Volcan, Le Havre / 19 et 20 mai 2026 Le Bois de l’Aune, Aix-en-Provence / 21 mai 2026 Le Tangram, Évreux / 26 mai 2026 Anthéa – Antipolis, Antibes.