Nicolas Maduro, président du Venezuela a été enlevé par des soldats étasuniens pour trafic de stupéfiants. Donald Trump a menacé ses « homologues » colombien et mexicain de complicité avec les cartels. Le Brésil est en liste d’attente. Les stupéfiants tuent, dans le monde entier. Lutter contre leur trafic mobilise la communauté internationale. Mais cette exigence de sécurité et santé universelles a été détournée unilatéralement par Washington qui légitime en son nom toutes sortes d’ingérences dans les affaires intérieures des pays latino-américains.
La politique anti-migratoire des premiers mois de la mandature de Donald Trump a été justifiée par le lien jamais démontré fait par Donald Trump entre étrangers, crime, insécurité et trafic de stupéfiants. Ce genre de propos a été accompagné de lynchage visuel, pour les premiers cent jours de son mandat. Les trottoirs de la maison Blanche ont accueilli le 20 avril 2025 une exposition de cent photos censées matérialiser les propos présidentiels. Les légendes qui accompagnaient les images prétendaient illustrer la criminalité des migrants arrêtés par la police depuis le 20 janvier 2025. Les vols nolisés d’expulsés vers la quasi-totalité des pays latino-américains ont accompagné cette scénographie dénonciatrice.
Le Mexique a fait l’objet de façon récurrente d’accusation de laxisme à l’égard des trafiquants. Ces diatribes ont été suivies de menaces. Les États-Unis, a déclaré Donald Trump, si le Mexique ne fait le ménage qu’il devrait faire de façon spontanée, se considéreraient libres d’intervenir sur le sol mexicain. En réponse à une journaliste en décembre 2025, Trump a par exemple affirmé qu’il était prêt à passer à l’action au Mexique, comme il le faisait en Mer des Caraïbes[1]. Le message a été entendu. Claudia Sheinbaum a expédié chez son voisin plusieurs dizaines de nationaux répondant à la demande de la justice nord-américaine. Elle a en retour accepté de recevoir les Mexicains expulsés des États-Unis. Mis elle a aussi renoncé à continuer ses livraisons de pétrole à Cuba comme le demandaient les Etats-Unis. Et elle a signé avec Washington un « Plan d’Action sur les Minéraux critiques ».
La Colombie a été ciblée tous azimuts dès les premiers jours de la mandature de Donald Trump. Refusant, le 26 janvier 2025, l’atterrissage d’avions chargés de colombiens expulsés, Bogotá a été menacée commercialement. Gustavo Petro s’est alors incliné. Quelques mois plus tard à la tribune des Nations unies le chef d’État Colombie a dénoncé la guerre d’Israël à Gaza. Il a parallèlement participé à une manifestation propalestinienne dans les rues de New York. La Colombie, le 15 septembre 2025, a perdu sa certification de pays engagé dans la lutte contre le trafic de drogue. Le 16, le Département d’État des Etats-Unis a classé le « Clan du Golfe » comme une Organisation terroriste internationale[2]. Gustavo Petro jugé complaisant sinon complice des cartels a perdu le 26 septembre 2025 son visa d’entrée aux États-Unis. Le 2 décembre 2025, Donald Trump, a déclaré que Gustavo Petro était « un malade ». Après une pause relative, début 2026, le 20 mars, la presse nord-américaine a signalé, à quelques semaines des présidentielles colombiennes[3], que le nom de Gustavo Petro, apparaissait dans diverses enquêtes ouvertes aux Etats-Unis sur les flux de stupéfiants originaires de Colombie.
Le Venezuela comme la Colombie a été tout au long de l’année 2025, agressée verbalement par Trump. Dénoncé, non pour ses manquements aux droits démocratiques et aux libertés, mais comme État et gouvernement complices du trafic de drogue en direction des États-Unis. À partir du mois de septembre 2025 Donald Trump est passé aux exercices pratiques. Écartant toute légitimité onusienne il a fait couler au large du Venezuela par son armée plusieurs dizaines d’embarcations présentées comme suspectes, sans en apporter la preuve. Il a fait tuer leurs équipages au mépris du droit de la mer, des droits de l’homme et de l’intérêt d’arrêter ces personnes afin d’enquêter pour identifier leurs éventuels donneurs d’ordre. La suite est connue. Le 24 novembre 2025 le « Cartel des soleils » vénézuélien a été inclus par Washington dans la liste des organisations terroristes. Présenté comme chef de ce cartel, dont l’existence reste à démontrer, Nicolas Maduro a été enlevé le 3 janvier 2026, pour être jugé aux États-Unis. La procédure en cours, confuse pourrait se prolonger des mois, voire des années. En revanche le pétrole vénézuélien, qui n’appartient pas à la famille des stupéfiants, a été offert par D. Trump, huit jours après la détention de Nicolas Maduro aux quinze plus importantes sociétés pétrolières mondiales.
Le Brésil de Luis Inacio Lula da Silva a été soumis à diverses pressions en provenance des États-Unis. Mais jusqu’ici aucune n’apparaissait lié aux stupéfiants. Ces contentieux étaient commerciaux. Ils avaient aussi un arrière-fond idéologique, Donald Trump ayant adopté des sanctions contre le juge chargé du dossier Bolsonaro et son ministre de tutelle après la condamnation de son « ami » Bolsonaro, pour participation à une tentative de coup d’État. Les choses seraient-elle en train d’évoluer ? Le Brésil élit son président et ses parlementaires au mois d’octobre prochain.
Lula est candidat. Luis Inagio Lula qui certes a été qualifié selon les formules pittoresques dont Donald Trump a le secret, de personne sympathique. Mais Lula ne fait pas partie des « groupies » de Trump. Rien à voir avec les Bukele, Milei et autres Noboa. Depuis mars 2026 le Brésil et Lula selon une rumeur insistante pourraient eux aussi entrer dans la catégorie des pays diabolisés comme suspects de sympathie narcoterroriste. Le « Comando Vermelha », « CV », et le « Primer Comando da Capital » ou « PCC », pourraient entrer dans la liste noire des organisations désignées narcoterroristes par Washington, qualification légitimant l’ingérence des Etats-Unis. Mauro Vieira, ministre brésilien des affaires étrangères, a pris les devants et appelé son homologue Marco Rubio. Mais Flavio Bolsonaro, candidat d’extrême droite aux présidentielles d’octobre 2026, fait aux États-Unis, campagne pour que le « CV » et le « PCC », entrent dans la liste Trump des organisations narcoterroristes. Le Brésil a d’importantes réserves pétrolières mais surtout de grandes réserves de terres rares, qu’il n’entend pas brader à des intérêts étrangers.
Moralité, si l’on peut dire, de ces évènements courants, Donald Trump use et abuse du nécessaire combat contre le trafic des stupéfiants à d’autres fins. Ce combat relève de la sécurité et de la santé publiques de tous les pays du monde. Sous l’égide de l’ONU, de l’Organisation des États Américains des initiatives ont été prises. Le Brésil, la Colombie, le Mexique y ont adhéré, en pleine souveraineté. Ils ont avec raison souligné qu’il s’agissait d’une question engagent la responsabilité de tous, pays producteurs, exportateurs de cocaïne, et de drogues synthétiques, comme pays consommateurs, fabricants de composants, lieux de blanchiment et vendeurs d’armements.
Mais cette co-responsabilité, acceptée en son temps par le président Obama a été rejetée par Trump. La faute et le mal sont attribués aux pays étrangers, en particulier ceux du Sud, ceux d’Amérique latine. Afin de protéger la population des États-Unis Donald Trump s’est arrogé le droit au nom de cet objectif, d’intervenir, en menaçant voire si cela n’a pas l’effet escompté, militairement. Au vu de la mise en application effective de cette autojustification, le constat que l’on peut faire est de deux ordres. Un, les initiatives prises ne respectent ni le droit international, ni la vie humaine. Deux elles servent de couverture à une vassalisation des pays latino-américains.
La mise sous protectorat, insolite au XXIe siècle, de l’hémisphère occidental (le continent américain selon la terminologie étatsunienne) est affirmée et revendiquée « noir sur blanc » dans un document publié par la Maison Blanche sur la « Stratégie de sécurité Nationale des Etats-Unis d’Amérique », en novembre 2025. Douze États en ont d’ores et déjà accepté les règles qui leur ont été indiquée par Donald Trump à Miami dans l’hôtel « Trump National Doral », hôtel dont il est propriétaire : font partie du « Bouclier des Amérique », c’est le nom de cette alliance inégale, destinée « à détruire les cartels criminels », l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Costa-Rica, l’Équateur, le Guyana, le Honduras, le Panama, le Paraguay, la République Dominicaine, le Salvador, Trinité et Tobago.
Le Brésil, la Colombie, le Mexique, n’ont pas été invités à « faire excursion » pour reprendre une expression du président des États-Unis, à Miami. Ils pourraient en revanche se retrouver bientôt sur la liste noire de l’antiterrorisme, antichambre de l’ingérence prédatrice chère au « premier magistrat » de la maison Blanche .. L’argumentation en deux volets de sa feuille de route, rendue publique en novembre le laisse entendre.
Jean Jacques KOURLIANDSKY
1. « Nous voulons un hémisphère dont les gouvernements coopèrent avec nous contre les narcoterroristes, les cartels et autres organisations transnationales. (Nous voulons un hémisphère dont les gouvernements coopèrent avec nous contre les narcoterroristes et autres organisations transnationales).
2. Les États-Unis doivent être prééminents dans l’hémisphère occidental comme condition de notre sécurité et de notre prospérité (..) Ce « corollaire Trump » à la doctrine Monroe est un sens commun ».
[1] In La Jornada, 10 décembre 2025
[2] United States Department of States, Press Statement, Terrorist Designations of Clan del Golfo, 16 septembre 2025
[3] Le 31 mai 2026


