La COP 30 vient de s’achever à Belém au Brésil. « Nous nous trouvons à un moment décisif, ne le laissons pas passer » : C’est par ces mots qu’Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, n’a cessé de souligner l’enjeu crucial de la COP 30. Quelques avis des députés européens.
La Conférence, qui s’est tenue à Belém, au cœur de l’Amazonie, du 10 au 21 novembre dernier, s’est pourtant conclue par l’adoption d’un accord jugé minimal par de nombreux observateurs. Ce résultat marque un contraste frappant entre la symbolique de cette rencontre en Amazonie, générant des attentes extrêmement élevées, et la timidité des engagements finaux.
La COP 30 était un rendez-vous capital car elle marquait le début du prochain cycle de révision des Contributions Déterminées au Niveau National (CDN), les plans climatiques des pays, qui devaient être rehaussés pour l’horizon 2035. L’enjeu fondamental était de combler le fossé entre les engagements actuels et l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Avoir la conférence dans la région amazonienne mettait une pression morale et médiatique sans précédent sur la protection des forêts tropicales et les questions de justice climatique pour les peuples autochtones. On attendait un engagement historique sur la déforestation. Ces espoirs se heurtaient à un bond en arrière, alors que les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus ressentir : surmortalité liée aux fortes chaleurs estivales, montée des eaux, et phénomènes météorologiques extrêmes.
Les attentes d’une accélération de l’ambition climatique mondiale ont été largement tempérées par le conflit d’intérêts du pays hôte sur la question des énergies fossiles et par le contexte géopolitique. Le texte final a été jugé minimal et décevant par de nombreuses ONG. Il ne contenait qu’une référence indirecte à la « transition hors des énergies fossiles » (terme hérité de la COP 28), et la mention des énergies fossiles a même disparu du texte final sous la pression d’un bloc de pays producteurs (Arabie Saoudite, Russie, Inde, etc.). Il n’y a eu aucune feuille de route claire pour une transition concrète. De plus, l’incertitude causée par la menace du climato-négationnisme de Donald Trump et le recul écologique des pays riches ont créé un vide de leadership occidental. Ce vide a permis à des producteurs de pétrole comme l’Arabie Saoudite de bloquer un accord ambitieux, notamment en faisant retirer l’engagement clair sur l’abandon des énergies fossiles.
Cette déception et cette faute d’action amènent à s’interroger sur la responsabilité future des dirigeants. La gravité de l’inaction face à la crise climatique est telle que certains experts et officiels commencent à évoquer la notion de crime. Volker Türk, haut-commissaire aux droits de l’homme, a exprimé sans détour son inquiétude sur le jugement des dirigeants en déclarant : « Je me demande souvent comment les générations futures jugeront les actions – et l’inaction fatale – de nos dirigeants face à la crise climatique dans 50 ou 100 ans », tout en s’interrogeant : « la réponse inadéquate d’aujourd’hui pourrait-elle être considérée comme un écocide, voire un crime contre l’humanité ? ».
Avis de quelques députés européens…
À l’issue des négociations sur le climat de 2025, les députés à la tête de la délégation du Parlement ont réagi aux résultats de la COP30. La première à s’exprimer a été la présidente de la délégation à BelemLidia Pereira « À la COP30, malgré nos efforts constants et le mandat clair du Parlement concernant l’atténuation et la sortie des combustibles fossiles, nous avons été confrontés à un front uni BRICS–États arabes ainsi qu’à une Présidence qui n’était pas disposée à atteindre notre niveau d’ambition. Nous regrettons que le résultat final ne soit pas allé plus loin. Néanmoins, nous avons obtenu la reconnaissance de la nécessité de répondre au problème des émissions, l’organisation d’un événement de haut niveau consacré à la mise en œuvre, ainsi que des avancées à travers la Mission Belém 1,5 °C, l’Accélérateur mondial de la mise en œuvre et une initiative plurilatérale sur la transition hors des combustibles fossiles. En matière d’adaptation, le volet financier a été préservé dans le cadre du nouvel objectif collectif quantifié de financement climatique (NCQG), et nous avons obtenu une recommandation visant au moins à tripler les soutiens d’ici 2035, renforçant ainsi la solidarité avec les plus vulnérables. Les aspects commerciaux des négociations ont été maintenus, avec l’ajout d’un rapport. Et bien que l’élan de l’action climatique mondiale demeure inférieur à ce qu’il devrait être, le multilatéralisme a tenu, et nous restons déterminés à promouvoir l’ambition que la science exige. ».
Pour sa part le vice-président de la délégation Mohammed Chahim, vice-président de la délégation a déclaré : « L’issue de la COP30 établit une base minimale pour l’action climatique mondiale, mais le rythme demeure largement insuffisant face à l’urgence de la crise climatique. Ce résultat confirme que l’écart entre l’ambition affichée et les réductions effectives d’émissions reste considérable. Il ne s’agit pas du progrès majeur dont le monde a aujourd’hui besoin. Le président Lula avait fixé un niveau d’exigence élevé, et l’UE s’est présentée avec l’intention de jouer un rôle moteur au sein d’une coalition de pays ambitieux. Toutefois, la résistance de certains États producteurs de pétrole, entre autres, a été trop forte, et les équilibres géopolitiques se sont nettement modifiés. Aux côtés du Royaume-Uni, l’UE a dû aller à contre-courant pour préserver un minimum d’ambition. Cela isole l’Europe du reste du monde. L’UE doit désormais s’attacher, de toute urgence, à consolider des coalitions afin d’éviter de se retrouver de nouveau isolée lors des prochaines négociations. »
Stella ARENA
Yara RODRIGUEZ


