Une délégation de Reporters sans frontières reçue à la présidence de Colombie ce 25 juillet

“Au pays de journalistes renommés tels Gabriel Garcia Marquez et Guillermo Cano, nous exhortons le président Gustavo Petro à prendre garde à ce que la critique des médias ne se mue pas en haine de la presse, voire en violences contre les journalistes, et à publier sans tarder le décret attendu sur les garanties pour le travail des journalistes. La Colombie a entamé une trajectoire de progrès dans le classement de la liberté de la presse. Mais cette dynamique reste fragile. Il est temps de passer d’une logique de confrontation à une politique de soutien au journalisme de qualité. RSF se tient prête à accompagner les autorités colombiennes dans un dialogue renouvelé avec les médias dans la définition de politiques publiques en faveur d’un écosystème médiatique pluraliste et indépendant. » Thibaut Bruttin (Directeur général de RSF)

Une délégation de RSF, composée de Thibaut Bruttin, directeur général, Artur Romeu, directeur du bureau de Rio, Fabiola León, chargée d’investigation, Laetitia Chesseron, coordinatrice internationale, et Bertrand Mossiat, responsable du développement de la Journalism Trust Initiative (JTI), a été reçue ce vendredi 25 juillet par Augusto Cubides, secrétaire pour les communications et la presse, Fernando Millan, sous-secrétaire pour les communications et la presse, et Hubert Ariza, conseiller du secrétariat. 

RSF a salué les progrès réalisés par la Colombie en matière de liberté de la presse depuis l’élection du président Gustavo Petro, matérialisés par un bond de 26 places au Classement mondial de la liberté de la presse publié par l’organisation : de la 145e position en 2022, le pays est passé à la 119e en 2025. Cette progression témoigne notamment d’un meilleur respect du travail des reporters par les forces de l’ordre lors des manifestations. Dans un pays qui a connu 26 assassinats de journalistes en 15 ans et où les journalistes, notamment celles et ceux œuvrant en région, font l’objet de menaces répétées, les efforts doivent toutefois être renouvelés pour renforcer le mécanisme de protection des journalistes, pour lancer un observatoire des violences contre les journalistes et pour inclure des garanties pour la sécurité des journalistes dans les négociations avec les groupes armés. 

RSF a aussi fait part de sa consternation face aux déclarations répétées du président de la République envers les médias, dont un post publié la veille de cette rencontre, le 24 juillet, qui laisse entendre que le chef d’État pourrait demander la fermeture de chaînes de télévision. Si la critique des médias est légitime et que la concentration et la polarisation des médias sont une réalité en Colombie, de tels propos, particulièrement lorsqu’ils sont tenus au plus haut niveau de l’État, nourrissent un climat de défiance envers le journalisme et peuvent légitimer, voire encourager, des actes de violence contre les reporters. RSF a appelé le chef de l’État à adopter une posture de dialogue vis-à-vis de la presse, condition indispensable à une conversation publique apaisée. 

RSF a alors plaidé pour l’ouverture d’un processus de concertation en vue d’élaborer un plan d’action pour le journalisme, axé sur : le renforcement du pluralisme, la lutte contre la concentration des médias et pour l’indépendance des rédactions ; le soutien aux initiatives de transparence dans les médias, à l’instar de la Journalism Trust Initiative, notamment pour l’allocation des publicités d’État ;  et le développement d’une régulation des réseaux sociaux qui promeut le journalisme de qualité, dans la continuité des déclarations du président Petro au sommet “Démocratie toujours” des dirigeants de gauche ibéro-américains à Santiago du Chili quelques jours auparavant, le 21 juillet 2025.

Les représentants de la présidence ont pris l’engagement de réexaminer sans tarder le décret sur les garanties pour le travail des journalistes, né de consultations initiées en 2017, et de considérer la signature par la Colombie du Partenariat sur l’information et la démocratie, initié par RSF. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un déplacement du directeur général de RSF, Thibaut Bruttin, en Amérique latine, et notamment de rencontres à haut niveau au Brésil, ainsi que dans celui d’une présence renforcée de l’organisation au Festival Gabo, qui célèbre le journalisme latino-américain, en hommage au romancier et homme de presse colombien Gabriel Garcia Marquez.