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18 novembre 2019

Après un mois de manifestations, le début de la fin de la Constitution de Pinochet ?

Les partis politiques au Chili, à l’exception du parti communiste qui ne fut pas invité, sont parvenus, vendredi 15 novembre à 2h du matin heure australe, après deux longues et frénétiques journées au parlement, à un accord que l’on pourrait qualifier d’historique. Afin de tenter d’apaiser la grave crise sociale qui secoue le pays depuis près d’un mois, l’accord consiste en la décision d’entamer la voie d’un référendum en avril 2020 afin que les Chiliens se prononcent et disent oui ou non à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, remplaçant celle héritée voilà quarante ans de la dictature d’Augusto Pinochet.

Photo : Sénat du Chili

Ce processus compliqué suppose deux questions : l’une sur le changement ou non de la Constitution et l’autre, le cas échéant, sur la méthode pour la changer. Cette seconde question devra déterminer quel organe rédigera la future Constitution ; soit un congrès mixte – idée soutenue par la coalition gouvernementale – composé à parts égales de membres élus à cette fin et de parlementaires en exercice, soit une assemblée constituante intégralement composée de membres élus à cette fin – idée soutenue par les milliers de manifestants et par l’opposition.

Si le projet de changement, selon la droite gouvernementale, ou de suppression pure et simple de l’actuelle Constitution de Pinochet, selon l’opposition, est validé par référendum, l’élection des membres de l’une ou l’autre de ces instances se fera en octobre 2020, au suffrage universel, en même temps que les élections municipales et régionales. La ratification de la nouvelle Constitution s’effectuera au suffrage universel, à une date ultérieure, lors d’un nouveau plébiscite avec vote obligatoire pour l’occasion.

Cet accord ne constitue qu’un premier pas, mais c’est un premier pas historique et fondamental pour commencer à construire peut-être un nouveau pacte social. Mais il faut le dire et redire, c’est grâce à la pression populaire et aux millions de manifestants qui ont payé un lourd tribut.  Les manifestations ont fait 24 morts reconnus officiellement (plus selon d’autres sources), des disparitions non encore élucidées, plus de 2 000 blessés, dont plus de 200 personnes (notamment de nombreux jeunes) ont perdu un œil ou les deux, des viols sur des jeunes femmes et des actes de tortures dans les commissariats. Le vice-président de l’Ordre des médecins chiliens a interpellé il y a deux jours le gouvernement pour qu’il fasse cesser la répression policière car les hôpitaux de la capitale sont débordés par le nombre de blessés qui arrive chaque jour aux urgences. Amnesty internationale dénonce aussi pour sa part les actes d’une violence inouïe contre les manifestants.

Les analystes doutent cependant de la capacité de cet accord politique pour calmer la colère populaire et résoudre rapidement la crise. Quelques heures après l’annonce de l’accord, des milliers de manifestants se réunissaient une nouvelle fois sur Plaza Italia, au centre de Santiago et ce week-end la mobilisation n’a pas fléchi et la répression de la police n’a pas diminué.

Pour l’instant on ne voit pas une formule magique permettant au gouvernement de résoudre rapidement la crise étant donné la complexité du mouvement et des revendications. Il existe une très grande méfiance vis-à-vis du gouvernement, des instances politiques y compris de l’opposition de gauche ou de centre gauche.

Le paquet de mesures sociales que le président Piñera a annoncé ces dernières semaines n’a pas réussi à éteindre l’incendie. Cette nouvelle décision d’organiser un plébiscite en vue d’un changement de constitution a déjà provoqué des dissensions au sein des différents partis de droite ou de gauche sur la manière dont ce processus est envisagé. Des secteurs de la droite (jadis pinochetiste) annoncent déjà qu’ils feront tout pour que le Non l’emporte lors du plébiscite. C’est la raison pour laquelle des vastes secteurs insistent sur l’idée de l’appel à une assemblée constituante et non d’un plébiscite.

Olga BARRY

Depuis Santiago du Chili…

La crise que connaît actuellement le Chili prend ses racines dans la dictature. Certes, Pinochet a perdu sa réélection en 1989, mais rien n’a pratiquement changé du régime qu’il avait mis en place, à la fois un libéralisme forcené et une constitution complètement verrouillée au bénéfice des plus riches. La révolte couvait, mais sans que les victimes du système ne s’impliquent encore vraiment. Et puis tout a changé il y a maintenant un mois ; depuis, le président Pinera, et ceux qui le soutiennent ont pensé retenir la crue par des mesurettes de plus en plus importantes ; mais chaque réponse apportée n’a fait qu’aggraver la colère populaire, assoiffée de justice et de dignité. Du coup, plus personne ne fait confiance au président et à la majorité des politiques (y compris ceux de l’opposition).

Ce qui est maintenant demandé, c’est la mise en place d’une nouvelle constitution ; et cette demande vient enfin d’être acceptée par les pouvoirs (y compris par une partie importante de l’opposition), mais selon des procédures qui cachent encore bien des manœuvres potentielles. Il s’agit certes d’un acquit essentiel, impensable il y a encore une semaine, mais qui comporte de nouvelles « digues » pour éviter une remise en cause profonde du système en place, telle que le voudrait la majorité populaire (et ce, bien au-delà du million de manifestants).

Il s’agit donc d’une belle victoire, mais qui en appelle d’autres pour que cette volonté soit enfin reconnue pour ce qu’elle est : non à l’injustice, non à la corruption, non au pouvoir absolu de l’argent, dans un pays ou 80% de la population doit s’endetter pour survivre. Où même l’eau appartient à celui que détient la propriété des sources, des nappes, ou même des rivières !

Michel SERUZIER
Depuis Santiago du Chili

Affiches cubaines – « Révolution et Cinéma », une conférence au Musée des Arts Décoratifs de Paris

Le Musée des Arts décoratifs de Paris dans le cadre l’exposition « Affiches cubaines – Révolution et cinéma » propose le mercredi 27 novembre prochain avec plusieurs spécialiste sur l’Amérique latine dont Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) et Eduardo Manet, écrivain cubain.

Photo : Musée des Arts décoratifs de Paris

Soixante ans après la révolution à Cuba, le musée des Arts Décoratifs dévoile, dans une exposition, l’âge d’or de l’affiche cubaine des années 1960 et 1970 dans un contexte culturel et politique dont les artistes se sont emparés. Longtemps méconnue en raison du blocus et de l’isolement de Cuba, cette école stylistique commence tout juste à sortir du huis clos dans lequel elle s’est construite. « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » propose d’explorer cette effervescente production graphique à travers 250 affiches, principalement issues des collections du musée. Elle permet de découvrir et de comprendre l’éclosion de cette grande école d’affichistes et de suivre, à travers elle, l’histoire de l’État insulaire. Cette table ronde permettra d’évoquer le contexte historique, politique et culturel dans lequel s’est développé l’âge d’or de l’affiche à Cuba.

Intervenants : Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) ; Amélie Gastaut, conservatrice et commissaire de l’exposition « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » ; Magali Kabous, maître de conférences, Département d’Études des Mondes Hispanophone et Lusophone, Université Lumière-Lyon 2 ; Darius Kaufmann et Eytan Jan, documentaristes auteurs de À la chaleur des années froides et Eduardo Manet, écrivain.

Musée des Arts Décoratifs, 107-111, rue de Rivoli 75001 Paris. – madparis.fr

Bolivie, suite et peut-être fin d’un feuilleton assez dramatique

Revenons un peu en arrière… Le président Evo Morales qui a fêté ses soixante ans le 26 octobre dans un climat de tension extrême était accusé de fraude électorale et d’avoir postulé, puis soi-disant obtenu, un 4e mandat mais aussi, pour les partis d’opposition soutenus surtout par les villes, d’avoir privilégié les réformes sociales au détriment de l’investissement et de l’économie. 

Photo : La Diaria

Une contestation violente qui a fait trois morts et près de 400 blessés, une grève générale qu’il a qualifiée de « coup d’État soutenu par l’international », ont donc éclaté dans le pays et les organisations internationales, effectivement, ont commencé à donner de la voix : l’Organisation des États américains (OEA), dont les observateurs avaient tenté de suivre le processus de vote, estimait d’abord « que la meilleure solution serait de déclarer un ballottage entre les deux candidats. »

Avec quelques tribulations qui ont marqué le début de son office, l’OEA a ensuite accepté de procéder à un audit du processus de dépouillement, à la demande du gouvernement ; la Colombie, le Brésil, l’Argentine de Mauricio Macri et les États-Unis annonçaient qu’ils ne reconnaîtraient pas un pouvoir qui ne correspondrait pas à la volonté du peuple, l’Union européenne soutenait Carlos Mesa, l’opposant centriste, dans l’exigence d’un second tour, tandis que le président du Venezuela, Nicolas Maduro, apportait son soutien à Evo Morales dénonçant comme lui un coup d’État manipulé depuis l’extérieur.

C’est encore aujourd’hui la position du Venezuela, de Cuba – et des Insoumis en France – alors qu’acculé par une situation devenue ingérable et des actes de racisme et de vandalisme qui viraient à l’extrême, le président Morales a démissionné le 10 novembre puis accepté l’asile politique du Mexique qui lui a envoyé un avion militaire.

Il avait pourtant d’abord exclu définitivement, non seulement un éventuel second tour, mais aussi toute négociation : «Ici, avait il dit, on respecte la Constitution et on respecte le parti qui a gagné les dernières élections » tandis que des milliers de personnes continuaient à envahir les rues du pays.

Depuis les preuves de fraude, techniques et juridiques, ont infligé un camouflet à cette déclaration et la contestation ne cessant d’amplifier, l’opposition réclamant l’annulation pure et simple du scrutin et un nouveau tribunal électoral qui soit impartial, Evo Morales a dû se rendre tant à l’évidence qu’au conseil de son Commandant en chef des armées et démissionner « afin de permettre la pacification et le maintien de la stabilité, pour le bien de notre Bolivie. »

Ce pays allait-il vers un régime autoritaire « à la vénézuélienne » s’interrogeait le journal Libération le 27 octobre . Rappelons que le président Maduro a pris ses distances avec la Constitution après la victoire de l’opposition aux législatives de 2015, qu’il est l’un des derniers représentants du socialisme à la cubaine et, comme Morales mais en bien plus dur, de la vague rose qui avait couvert l’Amérique latine dans les années 2000. On sait aussi combien est catastrophique l’actualité dans ce pays !

Il semble que ce processus ne menaçait pas vraiment la Bolivie car le président conservait la confiance du pouvoir législatif et du Sénat, les militaires ou la police ne lui étaient pas acquis inconditionnellement et se sont d’ailleurs mutinés en plusieurs endroits en refusant de s’opposer aux manifestants.

Il n’empêche, les dés sont définitivement jetés, la démission du président a fait suite à de très nombreuses démissions de ses ministres, sénateurs et députés qui parfois craignaient pour la sécurité de leur famille car plusieurs de leurs maisons ont été incendiées comme celle de la sœur d’Evo Morales à Oruro et du président de l’Assemblée nationale, Victor Borda à Potosi.

À la publication du rapport de l’OEA, le parquet bolivien a immédiatement annoncé une enquête sur les membres du tribunal suprême qui encadraient les élections et la police en a arrêté la présidente. Evo Morales, démissionnaire, avait effectivement annoncé convoquer de nouvelles élections et renouveler entièrement le Tribunal Suprême Electorale  : cette annonce comme celle d’ailleurs de sa démission n’ont en rien calmé, dans la nuit du 10 au 11 novembre, l’une des pires crises politiques qu’ait connu la Bolivie.

Son départ confirmera-t-il cependant cette volonté d’un nouveau scrutin qu’exigent aussi les comités de la société civile qui se sont multipliés ces dernières semaines en demandant que ni Morales ni Mesa ne se représentent ? La suite semble montrer que oui !

Tandis que le pape appelait les Boliviens à attendre « dans la paix et la sérénité » le processus de révision électoral en cours, la Colombie proposait une réunion d’urgence du Conseil permanent de l’OEA afin de chercher des solutions à cette situation complexe ; la Bolivie, elle, se dotait, le 11 novembre, d’une présidente par intérim, la deuxième vice- présidente du Sénat, l’opposante Jeanine Áñez, la seule à rester en piste après la démission de tous les successeurs prévus par la Constitution … qui s’est présentée la Bible à la main et avait traité Morales, dans un tweet qu’elle n’a pu effacer à temps, de « pauvre indigène accroché au pouvoir. »

Légalement ou non, elle a annoncé illico la convocation de nouvelles élections afin que le 22 janvier 2020 (jour prévu pour la prise de fonctions avant la crise) le pays ait un président  « élu » selon le vœu de la population. Elle n’a pu cacher son émotion en demandant « pour l’amour de Dieu » que cessent les violences, quitte à envoyer à El Alto – le fief des partisans d’Evo Morales au-dessus de La Paz – l’armée qui s’est engagée à ne pas tirer sur la population (on compte cependant de nouvelles victimes et le nombre de morts serait de 10 aujourd’hui, 19 au total depuis 4 semaines).

Donald Trump à sa manière a entériné le changement : « ces évènements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua, que la démocratie et la volonté du peuple triompheront toujours. » N’oublions pas non plus que les États-Unis avaient fait de Morales une cible de choix depuis la nationalisation des hydrocarbures ! « Être indien et de gauche anti-impérialiste est notre péché » avait dit Morales lors de son retrait.

Il aurait hélas mieux fait de ne pas briguer ce 4e mandat que la Constitution n’autorisait pas, il se serait retiré avec un bilan assez positif et n’aurait peut-être pas encouragé la rage d’une opposition assez diverse que l’on sentait latente depuis longtemps. Aujourd’hui, il est évident que l’extrême droite représentée par Luis Fernando Camacho, entrepreneur de Santa Cruz ultra conservateur en lutte contre les Indigènes depuis toujours, reprend du poil de la bête. Cette droite radicale, souvent religieuse évangélique (comme au Brésil !) ravive hélas les sentiments racistes toujours vivaces dans un pays où une certaine fierté avait été rendue aux multiples ethnies, à leurs langues et à leurs cultures. En réaction, les partisans de Morales se révoltent et pillent, des heurts violents les opposent aux forces de l’ordre, les écoles et beaucoup de commerces sont restés fermés cette semaine, des routes sont bloquées, les transports arrêtés à La Paz . 

S’agit-il donc d’un coup d’État comme le soutient en France Jean-Luc Mélenchon qui regrette les positions de « respect de la démocratie » prise par le gouvernement  ? L’armée n’a pas pris le pouvoir, elle l’ a reconnu : on ne peut pas parler de putsch au sens habituel du mot mais l’Uruguay a tout de même parlé d’un « coup civique, politique et militaire » et Evo Morales a accusé nommément les États-Unis de « conspiration politique et économique .» 

Devant le tour que prennent actuellement les affrontements, il a, depuis Mexico, assuré être prêt à rentrer pour « pacifier son pays » et appelé à un « dialogue national ». La présidente par intérim lui a répliqué qu’il aurait « des comptes à rendre » et devrait « répondre devant la justice » pour délit électoral et corruption : « Si vous voulez retrouver le pouvoir, gagnez les élections ».

En espérant que sera évitée une guerre civile, que la violence actuelle de la police pourrait entraîner comme le dénonce la Haut-Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’homme, Michelle Bachelet, ainsi que la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH), l’avenir reste incertain en Bolivie où les positions des deux camps ne poussent pas du tout à la conciliation : les images qui nous parviennent sont terribles et parfois émouvantes comme celle de cette foule chantant aux abords de l’aéroport en agitant des Wiphalas. 

Claire DURIEUX

Temps fort à la Maison d’Amérique latine de Paris en novembre entre livres et expositions

Sur le site de la Maison de l’Amérique latine de Paris dans l’agenda mensuel elle propose une riche programmation dont nous soulignons ici deux moments forts : l’exposition de photo de l’artiste argentin Miguel Rothschild et la Tribune des fictions du mercredi 20 novembre. 

Photo : MAL217

À partir du 15 octobre, la Maison de l’Amérique latine de Paris, et dans le cadre de Photo Saint-Germain, offre son espace d’exposition du rez-de-chaussée à l’artiste argentin Miguel Rothschild qui produit à cette occasion une création inédite. Installé à Berlin depuis le début des années 1990, Miguel Rothschild développe une œuvre composite mêlant installation, sculpture, verre, matière organique et photographie. Si au début de sa pratique, la performance tient une place importante, il s’en éloigne au fil des années, pour aborder d’autres supports comme la photographie n’hésitant pas à la brûler ou à la trouer.  

Le mercredi 20 novembre à 19 h, la Tribune des fictions animée par Patrick Straumann. Une rencontre bimestrielle consacrée à l’actualité éditoriale et aux nouvelles voix de la littérature de fiction d’Amérique latine. Les romans et récits présentés seront discutés en présence des auteurs ou de leurs traducteurs. Invités : Santiago Amigorena (Argentine), pour son livre Le Ghetto Intérieur, P.O.L. Éditeur,· Matthieu Dosse, pour le livre Le soleil sur ma tête de Geovani Martins (Brésil), éd. Gallimard, dont il a assuré la traduction. Également au programme :· Parmi d’étranges victimes, de Daniel Saldaña Paris (Mexique), Editions Métaillé. 

D’après le site
MAL217

Le 41e festival des 3 Continents de Nantes propose 93 films avec un programme polymorphe et inédit

Du 19 au 26 novembre le Festival des 3 Continents propose, comme chaque année depuis 1979, un autre regard sur le cinéma et sur le monde à travers une sélection unique de films de fictions et de documentaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Organisé Les 3 Continent, associations à but non lucratif et déclarée d’utilité́ publique. Pour sa 41e édition, à travers 93 films dont 23 courts métrages, elle propose un programme résolument polymorphe et souvent inédits, ouvert sur toutes les formes de cinéma, passées, présentes, populaires, spectaculaires, originales. 

Photo : Festival des3 Continents

Cette année, neuf films concourent en compétition. Produits en 2019, ils sont présentés à Nantes en première française ou mondiale. Au programme, cinq fictions dont un film d’animation et quatre documentaires venus d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. Ils seront soumis à l’appréciation d’un jury de professionnels (chargé de décerner la Montgolfière d’or et la Montgolfière d’argent). Un Prix du public (Prix Wik-Fip du Public) et celui d’un Jury Jeune (Prix du Jury Jeune) seront également attribués.  

Des avant premières  

Abou Leila de Amin Sidi-Boumedine (Algérie) En présence du réalisateur. Algérie, 1994. Lotfi et S., deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux terroriste. La poursuite semble absurde, le Sahara n’ayant pas encore été touché par la vague d’attentatsNina Wu de Midi Z (Taïwan) en présence du réalisateur et de l’actrice Wu Ke-XiUn film sur l’exploitation des femmes dans l’industrie du cinéma en suivant la première audition de Nina (Wu Ke-Xi, également coscénariste du film) pour un long métrage à gros budget. Le père de Nafi de Mamadou DIA (Sénégal). Deux frères se disputent à propos du mariage de leurs enfants. Le rôle de père de Thierno et sa responsabilité́ de guide spirituel sont en conflitTu Mourras à  vingt ans de Amjad Abu Alala (Soudan) : Soudan, province d’Aljazira, de nos jours. Peu après la naissance de Mozamil, le chef religieux du village prédit qu’il mourra à 20 ans. Le père de l’enfant ne peut pas supporter cette malédiction et s’enfuit. Un jour, Mozamil a 19 ans…  

Aspects du cinéma costaricain 

Petit pays d’Amérique centrale, le Costa Rica cultive également de véritables ambitions cinématographiques. Ce sont ses singularités (parmi lesquelles la place prépondérante des femmes dans l’industrie cinématographique) qui orienteront les lignes de ce programme composé de huit films. (Photo El Camino de Ishtar Yasin Gutierrez) Avec le soutien de Procomer – Esencial Costa Rica  

Retrouvez plus d’informations sur le site: https://3continents.festicine.fr/fr/program-guide/jour/19-11-2019  – www.3continents.com  

Eduardo Halfon : « Halfon, Boy » une nouvelle au design soigné aux éditions Table Ronde

Une perle inédite, dans un très joli mini-écrin, la nouvelle collection des éditions de la Table Ronde, la « nonpareille » : une seule nouvelle qui occupe un petit livre au design soigné. Sylvia Plath a inauguré la série et Emma Cline suit immédiatement Eduardo Halfon.

Photo : éd. Table Ronde

La paternité, un sujet inépuisable. Ici, la réussite c’est de faire tenir l’inépuisable en une trentaine de pages à peine. Le narrateur, « allergique, déséquilibré, chauve et névrosé », vit dans le Nebraska où il est traducteur et, probablement, auteur. Il n’a pas envie d’avoir un enfant, mais voilà que se pointe un grain de raisin qui s’appellera Leo.

L’achèvement de la traduction entreprise correspond à la date prévue pour la naissance. Curieusement l’auteur qu’il traduit, le poète nord-américain William Carlos Williams, avait vécu exactement la même situation (lui traduisait du Lope de Vega vers l’anglais).

Accompagner la future naissance, du grain de raisin à l’accouchement, reprendre le texte d’un autre pour le faire sien, puis l’offrir au monde, est-ce tellement différent ?

Il paraît (tous les éditeurs le disent) que la nouvelle, le cuento hispano-américain ou espagnol, n’intéresse pas les Français. Quand on lit Halfon, Boy on ne peut que le regretter (si la chose est bien vraie). Passer à côté d’un tel bijou n’est pas tolérable !

Christian ROINAT

Halfon, Boy d’Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, éd. La Table Ronde, 48 p., 4,50 €. Eduardo Halfon en français : Saturne, éd. Verdier / La pirouette / Monastère / Le boxeur polonais / Signor Hoffmen / Deuils, éd. La Table Ronde.

« Temporada », film brésilien de André Novais Oliveira en salle ce 20 novembre

Pour prendre un nouveau poste d’employée au service municipal de la propreté, afin de lutter contre la dengue, Juliana quitte les quartiers du centre-ville d’Itaúna pour la métropole de Contagem, près de Belo Horizonte, au Brésil. Tandis qu’elle attend que son mari la rejoigne, elle s’adapte à sa nouvelle vie, fait des connaissances, s’ouvre à de nouveaux horizons et essaie de surmonter son passé.

Photo : Allocine

« L’idée originale m’est venue de ma propre expérience, lorsque j’ai effectué exactement le même travail que le personnage principal. C’était il y a dix ans et ça a duré six mois. Travailler comme agent de contrôle des endémies m’a aidé à mieux comprendre la réalité du voisinage dans lequel j’ai grandi, celui qu’on voit dans le film. Cela a modifié mon regard sur cet endroit et sur les gens ; j’ai pris conscience de la richesse de cet environnement, rempli d’histoires et d’expériences diverses. C’est ce qui m’a motivé à faire ce film, ainsi que la possibilité de collaborer avec quelques-uns des employés que j’ai rencontrés à l’époque (certains d’entre eux jouent une version d’eux-mêmes dans le film). » Il a voulu «dépeindre ce quartier avec ses propres couleurs caractéristiques. Ce sont des lieux lumineux, colorés, avec quelques couleurs fortes selon l’endroit où votre regard se pose. Avec les rayons du soleil, tout devient plus intense, plus beau, et j’ai pensé qu’il était intéressant de souligner la beauté d’un lieu qui n’est pas traditionnellement considéré comme beau.»

Nous suivons Juliana, magnifiquement interprétée par Grace Passô qui se retrouve dans cette ville qu’elle va découvrir, et qui lui fait oublier son drame personnel et établir des relations avec ses collègues. Elle change de coiffure et devient plus à l’aise.

Grace Passô a commencé à écrire des pièces après avoir étudié le théâtre à Belo Horizonte : «je voulais créer un espace symbolique dans lequel les gens comme moi, ceux que je connaissais, pourraient exister, où mon univers pourrait être conceptualisé.» Dans la culture brésilienne, il est toujours difficile aux Noirs de se faire une place.

Dans notre cas ajoute André Novais Oliveira, «le fait d’avoir trois cinéastes noirs de la banlieue comme partenaires fondateurs (de notre société de production) et tous désireux de tourner des films dans et autour de la banlieue, c’est notre façon de nous installer à notre place.»

Le rythme du film est assez lent, a obtenu de nombreux prix, mais nous nous laissons porter par la grâce de Grace Passô. Temporada, drame brésilien d’André Novais Oliveira. 112 minutes. Sortie le 20 novembre.

Alain LIATARD

Retraites : le modèle chilien est en crise. Un analyse d’un économiste français

Nous reproduisons un article publié sur le site Variances – Le webzine des ENSAE alumni. François Meunier, économiste, professeur associé de finances à l’ENSAE ParisTech. C’est le cas du Chili, qui a organisé la couverture du risque vieillesse en recourant quasi exclusivement à des fonds de pension privés, selon un système de capitalisation à cotisations définies.

Photo : Politika Chile

En matière de politique économique, on cherche toujours des expériences pures, celles dont on peut facilement tirer des conclusions. C’est le cas du Chili, qui a organisé la couverture du risque vieillesse en recourant quasi exclusivement à des fonds de pension privés, selon un système de capitalisation à cotisations définies. En ces périodes de réforme du financement de la retraite dans de nombreux pays, il est intéressant d’en examiner les propriétés. 

Le système chilien a une origine historique précise, à savoir la complète désorganisation qui prévalait avant la réforme de 1981, au travers d’une kyrielle de petites caisses de répartition à prestations définies. Or une caisse de répartition de taille réduite, par exemple celle d’une branche professionnelle, est soumise à un fort risque démographique si le hasard industriel réduit le nombre des salariés cotisants. L’État est alors appelé à l’aide parce qu’on ne peut pas laisser tomber les futurs retraités. En période de « vache grasse » à l’inverse, les gérants du système distribuent avec largesse, ce qui prépare les difficultés du futur. En ce sens et pour une bonne gestion du risque, un système de répartition requiert la base de cotisants la plus large possible  : il faut un « régime général » [1 ], fusionnant les multiples caisses sous la houlette de l’État, ce qui, on en convient, n’était pas dans la tête des Chicago boys entourant Pinochet. Pour la petite histoire, le gouvernement militaire n’a préservé le régime de répartition que pour les personnels de l’armée, qui jouissent aujourd’hui de conditions de retraite assez jalousées du reste des salariés chiliens. 

Le Chili a donc retenu un transfert de ressources à travers le temps, via l’épargne et les marchés financiers, plutôt que de façon instantanée entre actifs et inactifs du temps présent. Il y avait là un certain pari, puisque les marchés financiers étaient embryonnaires à l’époque dans le pays. À ce titre, le pari a été en partie gagné, avec l’émergence d’une industrie de l’épargne parmi les plus fortes d’Amérique latine. On va en voir les contraintes. 

Le Chili a fait cette réforme en mélangeant approche dirigiste (une cotisation obligatoire de 10 % du salaire brut) et approche libérale, à savoir un système purement individualisé où le retraité touche, versé en annuités calculées sur la base d’une espérance de vie moyenne, le résultat final de sa seule épargne personnelle au titre du 10 %). Ainsi, tout peso cotisé donne les mêmes droits à retraite. Le système est pleinement financé, sans risque de déficit ou d’excédent technique. Il est censé être mis en « autopilote ». 

Pour ce motif, les organisations internationales, Banque mondiale et FMI en premier lieu, ont félicité le Chili pour la hardiesse de sa réforme. Les délégations de nombreux pays ont fait le pèlerinage à Santiago pour en appliquer la recette chez eux. Les gouvernements successifs se sont bercés de cette douce musique et endormis, alors que les embûches s’annonçaient. 

Des retraités pauvres 

Certaines difficultés sont spécifiques, d’autres sont communes à la plupart des systèmes de retraite de par le monde. Comme partout, les taux d’intérêt sur le capital n’ont fait que baisser depuis une trentaine d’années. Le taux réel sur emprunt d’État chilien est lui aussi proche de 0 % et la tendance est là pour durer. De même, la démographie s’approche rapidement du modèle européen en termes de natalité et d’espérance de vie, sans pourtant que le taux de cotisation de 10 % ait changé (il est près du double en Europe). Au total, le réveil est douloureux pour le nouveau retraité chilien qui partageait l’illusion d’un système optimal : il voit, près de 40 ans après la réforme et alors qu’il a cotisé tout du long, la médiocrité de la pension qu’il reçoit (de l’ordre de 250 € par mois en moyenne dans le pays). 

Cela illustre l’illusion d’un système en autopilote. Il faut toujours ajuster certains paramètres, dont le taux de cotisation ou l’âge de la retraite (65 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes au Chili). Le gouvernement de centre-droit de M. Piñera ne souhaite pas faire évoluer l’âge de départ en retraite et privilégie aujourd’hui le passage de 10 à 14 % du taux de cotisation. 

Deuxième sujet, le système de retraite est démuni de tout élément de solidarité interne, ce qui est extrêmement brutal. On oublie la personne qui est restée un temps sans travail ou malade, on oublie la femme qui a élevé ses jeunes enfants, on ne prend pas en compte la pénibilité, etc. 

Le système prévoit sur ces deux points un « pilier solidaire » sous la forme d’une pension de base pour les gens démunis, une sorte de voiture balai comme l’est le « minimum vieillesse » en France. La réforme en cours veut accroître ce filet. Mais une telle solidarité n’est, par définition, orientée que sur les personnes démunies, soit au Chili sur les déciles 1 à 3 dans la répartition des revenus. Elle ignore la classe moyenne et laisse beaucoup de gens insatisfaits. 

Que faire ? 

Il n’est pas aisé en capitalisation d’inscrire certains mécanismes de solidarité dans le calcul des pensions. Il faudrait renoncer au principe « un peso cotisé porte les mêmes droits à retraite ». (Le lecteur notera que ce débat concerne également la réforme annoncée des retraites en France, qui resterait par répartition, mais retenant le principe d’une retraite basée sur les contributions individuelles.) Et, sachant l’inertie d’un système par capitalisation, on ne règle pas dans l’immédiat par une hausse de taux la question de ces gens qui très bientôt toucheront des pensions médiocres, une sorte de « génération perdue ». C’est pourquoi certains militent pour l’introduction d’un pilier de répartition sur base d’années de cotisation, à la française. En effet, c’est bien historiquement par arrivée d’une génération perdue (en Europe après la guerre, ou aux États-Unis après la Grande Dépression) que les systèmes de répartition ont été généralisés  : il fallait, par ponction sur les actifs du moment, verser dès aujourd’hui du revenu aux personnes plus âgées. On devine, dans un Chili très imprégné encore de sa volte-face néolibérale des années 70, le tir de barrage que suscite cette option. 

Des fonds de pension fortement décriés 

Le dernier point concerne la gestion de l’épargne accumulée par les salariés. Elle est faite par des institutions privées, les AFP, au nombre de six et bientôt sept, mises en concurrence pour attirer, par leur bonne gestion, l’épargne (obligatoire) des salariés. C’est cet aspect du système de retraite qui attire le plus d’oppositions politiques. Le slogan « No + AFP » (on ne veut plus des AFP) a réuni il y a deux ans des centaines de milliers de gens dans les rues de Santiago. La gestion des AFP est jugée, largement à raison, dispendieuse, ce qui fait que la rue leur met sur le dos, cette fois-ci largement à tort, tous les défauts du système. 

Côté gestion des actifs d’abord, il faut prendre conscience d’une certaine illusion de la concurrence. Les encours à gérer sont, à l’échelle du pays, gigantesques, soit 180 Md$ ou 85 % du PIB. Or, dans un Chili faisant encore partie des pays émergents, il n’y a pas sur le marché financier du pays 180 Md$ d’actifs financiers mobilisables. Il y a peu d’entreprises cotées et l’État chilien, grâce à la manne du cuivre, est relativement peu endetté. Cela a deux conséquences  : d’abord, toutes les AFP ont à peu près, par force mais aussi par mimétisme naturel, les mêmes titres financiers en portefeuille. Les performances sur longue période de chacun des fonds sont étonnamment similaires, alors que les coûts de gestion ne profitent pas de l’effet de masse qu’aurait un seul gérant, sous la responsabilité ou non de l’État. La performance financière de la capitalisation est pour chacune des AFP la performance moyenne du marché boursier, moins le coût de fonctionnement du système. Ensuite, par carence de titres financiers locaux, l’épargne doit se placer massivement à l’étranger, pour plus de 40 % des encours. Outre les risques de change générés sur la valeur des retraites, on peut s’étonner qu’un pays à revenu intermédiaire emploie à ce point l’épargne collective de ses salariés pour financer la croissance des pays étrangers. 

L’illusion va plus loin. La concurrence assez forte entre les sept AFP ne fait pas baisser les coûts. Au contraire, elles les accroît. Pourquoi cela  ? Il est connu en économie industrielle que certains secteurs d’activité, le secteur financier tout particulièrement, rentrent davantage en concurrence par les efforts commerciaux pour gagner des parts de marché (par définition borné à l’encours d’épargne sous gestion) qu’en abaissant les prix, c’est-à-dire les commissions perçues. Une des plus grandes AFP de la place, Capital, comptait en 2017 un effectif de 1443 personnes, mais seulement 23 gérants. Autrement dit, les coûts de gestion sont très élevés, d’autant qu’on connait ici, à échelle du Chili, le syndrome Wall Street  qui assure des salaires copieux à tous ces gestionnaires. Ce sont ces coûts élevés qui justifient des commissions qui ne baissent pas. Elles représentent aujourd’hui de l’ordre de 0,4 % du PIB et de 0,5 % des fonds gérés, avec une rentabilité très forte pour les AFP gestionnaires. C’est cela que le public voit et dénonce. 

Dans la réforme en discussion au parlement, le gouvernement ne souhaite pas remettre en cause les AFP, qui ont bâti pour l’occasion un lobby puissant. La seule concession qu’il est en passe de faire à l’opposition consiste à créer une « AFP publique », qui gèrerait les 4 % supplémentaires de cotisation, une huitième AFP par conséquent. On voit mal comment cette nouvelle entité irait beaucoup changer les règles du jeu. 

Voici donc une réforme à la fois nécessaire et bien difficile à conduire. 

François MEUNIER

[1]  Le détenteur du compte peut convertir cette pension en rente à vie en s’adressant à une compagnie d’assurance-vie privée, mais celles-ci, notamment avec la baisse des taux d’intérêt, sont très chères On s’aperçoit ici de la force d’un système de type régime général  universel  : c’est le seul moyen de fournir des assurances-vie à coût modéré. Par ailleurs, sujet intéressant, le pensionné est « propriétaire » de son épargne accumulée. Pourquoi n’aurait-il pas droit à tout recevoir en capital  ? La loi l’interdit, mais un cas vient d’être introduit devant le Tribunal constitutionnel. 

Cet article a été initialement publié sur le site VARIANCES

La santé en danger au Vénézuela – Healing, une ONG humanitaire se mobilise

Healing Venezuela est une organisation humanitaire basée en Angleterre et au Pays de Galles qui se mobilise aussi depuis la France. En novembre 2019, deux événements lui permettent de se faire connaître et de mobiliser la solidarité internationale. Elle sera samedi 23 novembre à Lyon pour la clôture du festival Documental à la Villa Gillet où elle proposera un buffet un soutien de ses activités.

Photo : Healing

Fondée par un groupe de Vénézuéliens au Royaume-Uni, Healing Venezuela se réclame d’un principe énoncé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : «Le meilleur état de santé susceptible d’être atteint est un droit fondamental de tout être humain». Elle souhaite se faire connaître à Lyon à l’occasion de Documental 2019 (18-23 novembre), festival de films documentaires dédié à faire connaître l’Amérique latine par l’image.  

Le Venezuela traverse actuellement une crise humanitaire dite « complexe », résultant d’une combinaison d’instabilité politique, d’inégalités sociales, de pauvreté, de conflits et de violence. Onze ONG publiaient un rapport, en novembre 2018, où il est fait état du faible pourcentage de ressources allouées au système de santé (1,5 % du PIB contre 6 % recommandés par l’OMS). 

Il en résulte une pénurie sévère de médicaments et de fournitures médicales. Le rapport signale que 300 000 personnes souffrant de maladies chroniques comme l’hémophilie ou Parkinson, n’ont pas d’accès à un traitement. Il en va de même pour les maladies cardiaques, les maladies psychiatriques, le cancer, le VIH/sida… 

Comment y faire face ? 

Healing Venezuela apporte son soutien à la population vénézuélienne afin d’endiguer les effets dévastateurs de cette crise humanitaire. L’organisation, entièrement animée par des bénévoles, intervient sur trois axes prioritaires : l’envoi de fournitures et de matériel médical aux établissements de santé ; la formation à la gestion du stress en milieu médical et scolaire ; la formation de médecins et infirmières. 

Parmi les principales actions menées on trouve  : le programme de prévention de la grossesse précoce chez l’adolescente, le financement des examens de haut niveau pour les maladies telles que le VIH et le cancer ; le suivi d’enfants atteints du diabète de type 1 ; le financement de programmes de prévention de la malnutrition ; l’octroi de bourses à 110 étudiants en médecine en internat. 

Healing Venezuela, une antenne en France depuis 2019  

Peu à peu, l’organisation s’installe aussi en France. Depuis le printemps dernier, un groupe de Vénézuéliens, basés à Lyon, anime l’antenne française de Healing Venezuela. D’ores et déjà, elle a pu acheminer au Venezuela l’équivalent d’environ une demi-tonne de fournitures médicales, en quatre envois. Ceux-ci ont bénéficié à des zones reculées et précaires du Venezuela telles que la communauté autochtone de Pijiguaos, dans l’État Bolivar (près de l’Amazonie). L’équipe lyonnaise prépare également la mise en œuvre d’un programme de prévention de la malnutrition au bénéfice d’une école primaire de la ville de Valencia.

Healing Venezuela s’emploie à consolider sa présence dans le paysage de la solidarité lyonnaise. Ainsi, elle participe au Festival international de la Solidarité, le 16 novembre à Lyon. L’organisation sera également présente dans le cadre du 13e festival Documental, l’Amérique latine par l’image, organisé par les Nouveaux Espaces Latinos, lors de la projection d’un documentaire vénézuélien intitulé « Femmes du chaos vénézuélien », le 18 novembre au Cin’Ecully, en présence de la réalisatrice, Margarita Cadenas. Autant d’occasions de mobiliser la solidarité au bénéfice de secteurs populaires vénézuéliens en souffrance. 

Eliane MARTINEZ

SITE 

« Revue du Crieur » – Enquêter sur les idées et la culture aux éditions La Découverte

En 2015, Mediapart et La Découverte créaient « La Revue du Crieur » destinée à marier le journalisme d’investigation et l’édition d’idées engagées. L’alliage est rare. La revue fait peau neuve avec le n°14 paru en octobre 2019. Les sujets abordés et les concepts avancés dérangent sans aucun doute la réflexion convenue. Dossier central du numéro d’octobre 2019, l’approche des soulèvements sociaux par l’architecture et l’urbanisme est originale.

Photo : La Découverte

Le monde académique et intellectuel a ses rites, ses espaces et ses lecteurs confinés. Quant au journalisme d’investigation, il est assez peu fréquent quand il est fait d’enquêtes de terrain. En l’occurrence, l’investigation porte sur la vie des idées et de la culture. Elle prend même le parti de faire une place aux idées d’ailleurs. En se distinguant des médias réactifs et saturés d’actualités, La Revue du Crieur entend éviter les simplifications et explorer les idées neuves. Donner à voir et à « penser notre temps » en prenant le temps d’articles longs est une belle ambition. Comprendre les nouveaux défis, donner de l’appétit pour des idées de traverse, cela devrait dépayser. 

En octobre 2019, La Revue du Crieur, à l’occasion de son 14e numéro, veut faire peau neuve. Tient-elle ses promesses ? Sur la diversité des disciplines, assurément  : architectes, philosophes, historiens, ethnologues, journalistes, réalisateurs, photographes apportent leur contribution… 

bats et controverses 

Les sujets abordés et les concepts avancés dérangent sans aucun doute la réflexion convenue. Dossier central du numéro d’octobre 2019, l’approche des soulèvements sociaux par l’architecture et l’urbanisme est originale. Le rond-point comme forme urbanistique « destinée à discipliner le mouvement au sein des villes occidentales est devenu le lieu de leur délitement »1. Le point de départ des révolutions arabes se fait sur un rond-point. Les ronds-points occupés par les gilets jaunes en France semblent confirmer la force attractive de cette forme. 

Autre article  : un entretien avec Bruno Latour sur « la politique à venir ». La désorientation contemporaine aurait un nom  : « la crise de l’engendrement ». Engendrement  ? Il ne s’agit pas seulement, en l’occurrence, de la reproduction des générations. Les symptômes de cette crise sont multiples, confie Bruno Latour dans l’entretien : les luttes contre le droit à l’avortement, la question du sol et du peuple, le rejet des migrants, les fantasmes du «grand remplacement», le retour imaginaire à l’État-nation, la disparition des espèces, le climato-scepticisme, les politiques de l’identité… Toutes les anciennes positions politiques seraient ébranlées par ces symptômes. L’intuition de Bruno Latour est que « l’épopée de la modernisation est terminée ».2

Se poserait à présent la question de l’engendrement  : engendrer, c’est « échapper autant à la production qu’à la reproduction. C’est déplacer le moment où se pose la question de la justice  : elle ne se trouve pas après le problème de la répartition des biens de la production, mais avant »3. Il ne s’agirait plus de faire rentrer le nouveau régime climatique dans les termes anciens de la production et de la reproduction mais de changer de modèle explicatif et de redéfinir les classes sociales dans les termes de la « géosocialité », pour « savoir où l’on vit ». À suivre. 

Les ressorts de l’antisémitisme 

Un autre sujet est abordé, plus convenu mais néanmoins explosif : celui des ressorts actuels de l’antisémitisme. Qu’est-ce qui maintient active la haine ancestrale des juifs dans les sociétés contemporaines  ? La France, puisque c’est d’elle qu’il s’agit dans l’article, a connu récemment une multiplication d’actes antisémites (+74 % en 2018). 

L’article est documenté, parfois émaillé d’affirmations surprenantes telles que  celle-ci  : « La police perquisitionne les mosquées mais protège les synagogues »4. 

Cet article s’adresse à la gauche, et spécifiquement à la gauche française qui n’est pas immunisée contre l’antisémitisme et mal à l’aise avec les termes du débat sur le sionisme et l’antisionisme, lexique parfois manipulé pour un camouflage non délictueux de l’antisémitisme. In fine, l’article conclut par une prise de position politique sur l’abolition désirable de tout État-nation, « mais il n’incombe pas prioritairement aux Juifs de l’atteindre »5. Cette exigence à l’endroit du seul Israël est devenue suspecte, comme l’est l’exigence d’antisionisme demandée aux Juifs pour qu’ils soient fréquentables. 

D’autres rubriques traitent de questions philosophiques, historiques et politiques passionnantes. Elles s’adressent toutes à un lectorat déjà nourri de solides lectures, apte à se situer dans les vifs débats intellectuels, idéologiques, politiques contemporains et peu disposé aux accommodements avec le monde tel qu’il va. 

Maurice NAHORY

Le Crieur – La Découverte site 

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