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15 mai 2019

«Des hommes en noir», le roman de Santiago Gamboa au tour de prêches et spectacle

La religion a depuis la «conquête» espagnole toujours été à la base des sociétés américaines. Depuis le milieu du XXe siècle, le catholicisme tout puissant  a cédé du terrain, remplacé à peu près partout par les Églises nord-américaines, celles qui mêlent prêches et spectacle, paillettes et doctrine. C’est vers cet univers que nous amène Santiago Gamboa dans son nouveau roman, mais certains religieux de son livre ne sont pas immaculés.

Photo : Universitad de Guadalajara

Tout commence par une fusillade à l’arme lourde en pleine nature, loin de Bogotá, avec l’arrivée soudaine d’un mystérieux hélicoptère. Dans le village proche, personne n’a rien vu, rien entendu. Pourtant un jeune garçon prévient la police de manière anonyme. Quand une journaliste indépendante, Julieta Lezama cherche à en savoir plus ni elle ni son ami, le procureur d’origine indienne Edilson Jutsiñamuy ne trouvent la moindre trace officielle de «l’incident». Accompagnée par Johana, son assistante, Julieta se rend sur place, dans la région du Cauca. Après des années d’horreurs, la paix est revenue. On ne parle plus des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ni des paramilitaires. Les nouveaux conquérants de la zone sont les Églises évangéliques. L’argent qu’elles peuvent tirer de la nouvelle situation, de la paix à construire, les a attirées. 

Or la paix nouvelle est toute relative et il se pourrait bien que ces nouvelles Églises ne soient pas totalement extérieures à ces troubles sur lesquels enquêtent Julieta et Jutsiñamuy. Entre deux ou trois drôles de coïncidences et le charme troublant du chef d’une de ces Églises, Julieta lutte pour s’accrocher à une réalité qui lui échappe. Le recours aux mignonnettes de gin l’aide-t-il ou augmente-t-il le déséquilibre qui la menace et dont elle est consciente ? 

Une vague de disparitions dans la région concerne toutes des agents de sécurité. Il faut croire qu’il se passe des choses étranges, si même ceux-là, qui sont censés assurer la sécurité, deviennent des victimes ! La double enquête qui s’en suit, celle officielle du procureur et celle personnelle de la journaliste, s’oriente vers les ressources de cette Église pentecôtiste. Église qui, de toute évidence, n’est pas dans la misère. En Guyane, en France donc, les mines d’or plus ou moins légales sont attirantes… 

Santiago Gamboa parvient à réconcilier ces extrêmes. Il montre que ce qui semble irréconciliable (la soif de l’or et Dieu) peut ne faire qu’un. Il serait capable de rendre sympathiques un orpailleur illégal et un de ces pasteurs évangéliques qui sont en train de conquérir un continent entier. Une bonne dose de religion(s), une base de polar, une pincée de violence et la mafia à volonté, sans oublier suffisamment de sentiment, d’amitié, de confiance et d’empathie pour lier l’ensemble, cela donne ce savoureux cocktail littéraire. Santiago Gamboa est très fort pour les mélanges équilibrés. À la fin de la lecture, il reste un petit goût amer, loin d’être désagréable. 

Christian ROINAT

Des hommes en noir de Santiago Gamboa, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 368 p., 21 €.  

Santiago Gamboa est une des voix les plus puissantes et originales de la littérature colombienne. Né en 1965, il étudie la littérature à l’université de Bogotá, la philologie hispanique à Madrid, et la littérature cubaine à La Sorbonne. Journaliste au service de langue espagnole de rfi, correspondant à Paris du quotidien colombien El Tiempo, il fait aussi de nombreux reportages à travers le monde pour des grands journaux latino-américains. Sur les conseils de García Márquez qui l’incite à écrire davantage, il devient diplomate au sein de la délégation colombienne à l’unesco, puis consul à New Delhi. Il vit ensuite un temps à Rome. Après presque trente ans d’exil, en 2014, il revient en Colombie, à Cali, prend part au processus de paix entre les farc et le gouvernement, et devient un redoutable chroniqueur pour El Espectador. 

La vendetta d’une jeunesse colombienne dans «Matar a Jesús» de Laura Mora

Sortie en salle le 8 mai, Matar a Jesus met en scène un thriller haletant qui nous plonge dans une Colombie de violence et de révolte vaine, paysage devenu terriblement familier à nos yeux de spectateur. On découvre cet univers à travers Paula, une jeune étudiante, est témoin de l’assassinat de son père, un professeur d’université activiste, en pleine rue de Medellín. Désespérée face à l’inaction de la police, Paula prend les choses en main lorsqu’elle croise par hasard Jesús, le jeune sicario qui a tué son père. Entre désir de vengeance et compassion, elle se rapproche de lui.

C’est un premier film largement autobiographique que signe Laura Mora. Directement inspirée de l’assassinat de son père auquel elle assiste complètement impuissante au début des années 2000, elle décide de recréer la Medellín des années 2000 dans ce drame qui se construit sur l’impatience du désir de vengeance. Avec Jesús et Paula, ce sont deux jeunesses qui se font face. L’une pauvre, issue des barrios, ces quartiers qui enserrent la ville au sommet des collines et une jeunesse de la plaine qui va à l’université, à soif de combat politique, s’épanouit, libre et créative. Isolées l’une de l’autre, séparées par la géographie qui épouse les fractures sociales, les deux pans de cette jeunesse colombienne partagent néanmoins une même soif d’amusement et c’est la nuit qui lie leurs deux réalités et qui permet à Paula de retrouver le meurtrier de son père.

Giovanny Rodriguez incarne à merveille Jesus, ce jeune homme somnolent et désabusé qui passe ses journées à zoner et à s’entraîner au tir. Éloigné de sa famille, car craignant les représailles, il vit en marge de la société à l’inverse de Paula qui habite une demeure familiale cossue. Quand Paula retrouve les sicarios on découvre une bande qui tue par dépit plus que par soif de sang, comme-ci elle ne savait rien faire d’autre. On se surprend à découvrir que ce ne sont que de jeunes garçons blasés qui tuent le temps à jouer avec des armes, à faire des soirées ou des tours en motos, à se prendre pour des adultes sans en avoir encore les intentions. Et que finalement ces deux jeunesses ne sont pas si éloignées l’une de l’autre et donc que l’acte de mort n’enlève en rien l’empathie que peu à peu l’on ressent pour la bande de désœuvrés que forment Jesus et ses amis.

Condamner à pardonner

Le film de vengeance se mue en drame social dans une séquence de bascule où Paula en appelle au soutien de Jesús pour se protéger de la violence de Medellín. L’ennemi de toujours devient alors un précieux allié. Toute la schizophrénie qui va alors la tirailler c’est celle qui semble en quelque sorte condamner aussi les Colombiens à s’affronter pour des enjeux qui les dépassent, sur lesquels ils n’ont aucune emprise. On sent très fort que le véritable ennemi du film c’est cette police corrompue tout à fait complice des sicarios, la pauvreté structurelle et l’absence de sécurité dans les rues de la ville ; tout autant de maillons d’une chaîne que forme la société de Medellín et qui comme le meurtre de son père, trouvent leur justification dans la fatalité d’une situation politique complexe inébranlable.

Comme autant de contes moraux contemporains, toute une filmographie latino-américaine fait le constat depuis plusieurs années des conséquences de la vengeance personnelle (Tuer un homme, La Familia…). En captant cet esprit du temps sourd et implacable, ces œuvres où la tragédie individuelle règne dressent par leur ressemblance une situation homogène dans toute l’Amérique latine. Matar a Jesús s’inscrit dans cette tradition de récit. Malgré le meurtre de son père, se construit peu à peu dans l’esprit de Paula la voie d’une rédemption. Et avec elle l’acceptation que rien ne peut être fait par ses propres moyens, surtout pas par la violence. Une rédemption qui la condamne à pardonner, qui condamne aussi tout Medellín à se construire sur un socle instable et brutal.

Dans la lignée d’autres réalisateurs avant elle, Laura Mora interroge les séquelles que laissent ces tragédies personnelles sur la jeunesse et qui finissent par faire société. Dans cet exercice pourtant, Matar a Jesús reste fragile parce que beaucoup trop bien rôdé, trop à l’aise dans cette grammaire habituellement déployée. Le film réinvestit le sujet sans réelle prise de risque ou fulgurance si l’on omet l’esthétique onirique qui accompagne les minutes de liberté que s’offre la bande de sicarios ; gamins blasés qui sillonnent les routes la nuit à dos de motos bruyantes en équilibre sur une roue. Passé ces quelques parenthèses d’insouciance tapageuse, tel un décor immuable, Medellín redevient la belle emprisonnée, figée dans une esthétique devenue trop familière à l’écran, qui appelle en conséquence un traitement beaucoup trop prévisible.

Kévin SAINT-JEAN

Matar a Jesús de Laura Mora, Drame, Colombie, 1 h 39 – Voir la bande d’annonce

L’affaire «Riz Vert» a un goût amer pour l’entourage de l’ex-président équatorien Rafael Correa

Les procédures judiciaires en cours impliquent l’ex-juge et conseiller de Rafael Correa, Pamela Martinez, et son assistante Laura Teran Betancourt, dans le cadre de l’instruction fiscale en matière de corruption, de trafic d’influence et d’association illicite. Caisse noire – financements occultes – entreprisse Odebrecht, c’est l’accablante trilogie qui pèse sur le Conseil électoral national (CNE) après la dénonce des «contributions» pour les campagnes présidentielles de Rafael Correa en 2013 et 2014.

Photo : Keystone

La détention préventive de Pamela Martinez et de son assistante a été ordonnée le dimanche 5 mai, à la suite d’un rapport publié par les médias La Fontaine et Mil Hojas. Mme Martinez est soupçonnée d’avoir «géré et partagé» une partie des financements illicites, dont 4, 6 millions de dollars en espèces et plusieurs millions par le truchement de factures de campagne. Selon Fernando Villavicencio, l’un des journalistes chargés de l’enquête, le parti politique Alianza Pais aurait reçu au total 11, 6 millions de dollars en tant que «dons volontaires». Dans ce début de l’affaire «Riz vert» aux conséquences incalculables, les impliqués affirment fermement avoir tout ignoré de ses pratiques et que les informations apportées au bureau du Procureur étaient «fausses». Pour sa part, leur avocat, Gustavo Garcia, a dit qu’il ferait appel «parce que les conditions requises n’auraient pas été remplies». Entre temps, P. Martinez et Laura T. Betancourt ont été transférés au Centre de réhabilitation social de femmes de Latacunga, à Cotopaxi.

C’est le site Mil Hojas qui a mis en lumière, le 2 mai, l’existence de «dons volontaires» avec la révélation d’un courrier électronique reçu par Pamela Martinez. Ce courrier contenait un document intitulé «Recette du riz vert 502», mais au lieu d’une explication sur la manière de préparer un risotto très savoureux, il s’agissait des sommes d’argent versées par plusieurs entreprises, parmi lesquelles la tentaculaire Brésilienne Odebrecht

Rappelons qu’ Odebrecht, premier groupe de BTP de toute l’Amérique latine, est devenu tristement célèbre ces dernières années à cause de ses liens, trop serrés, avec des dirigeants de tous les horizons politiques, dont beaucoup se trouvent aujourd’hui sous l’œil de la justice. Dans le cas de l’Équateur, son représentant Geraldo Pereira de Saouza apparaît dans un échange de mails, avec Pamela Martinez et Laura T. Betancourt, qui attestent d’une étroite relation, donnant au procureur un nouvel élément de conviction dans la cause.

Parmi les perquisitions ordonnées par les juges, dont sept immeubles situés à Quito et à Guayaquil, figure le bureau de l’ex-secrétaire juridique de M. Correa, Alexis Mera qui a assisté à l’audience de formulation des charges dans les tribunaux de Quito, ainsi que l’Avocat général Diana Salazar et Ivonne Proaño, coordinatrice de l’Unité de transparence et lutte contre la corruption et le blanchissement d’argent.

Dans un communiqué officiel, les magistrats indiquèrent que, entre 2013 et 2014, les deux femmes misent en examen «auraient administré et transféré de fonds à travers d’un inextricable système de collecte d’argent en espèces et de factures fictives». Mais les défenseurs de P. Martinez réfutent les charges retenues, ainsi que la prison préventive pendant les 90 jours de la durée de l’investigation, car ils considèrent que la procédure légale n’a pas été respectée. 

En effet, les avocats Edgar Molina et Gustavo Garcia accusent les magistrats de se prononcer sur la seule base des courriers diffamatoires, dont la justice n’a pas établi leur origine. En outre, G. Molina a expliqué que ces courriers ont été obtenus de façon illégale, par la presse, et non sur ordre d’un juge comme cela aurait dû se faire*. Par conséquent, il a qualifié la situation comme un «État d’opinion de Facebook». 

Désormais, si les soupçons de la justice sont avérés, si le scandale des financements de la campagne présidentielle de M. Correa gagne en ampleur, la question qu’on se pose est de savoir qui donnait les ordres à Pamela Martinez. Pour le journaliste Fernando Villavicencio, il n’y a pas de doute, c’est Correa lui-même le patron : dans un entretien à la radio, Villavicencio a déclaré qu’il possède des «documents qui montrent la responsabilité de l’ex-président, parce que Martinez était son assistante, et qu’elle n’était pas autorisée à agir de façon autonome.» 

Par ailleurs, les soupçons de cette association illicite planent sur M. Correa depuis le 11 mars 2017. Ce jour-là, c’était la première fois que le nom de Martinez fut évoqué en relation à cette affaire par Pedro Delgado. L’ex-président de la Banque Centrale équatorienne, et évadé de la justice, avait assuré sur Twitter, depuis Miami, que Mme Martinez était chargée d’administrer l’argent versé par les entreprises lors de la campagne de 2013, et que tout était orchestré sous l’ordre explicite de Rafael Correa.

Eduardo UGOLINI

*Cependant, l’année dernière au Pérou, après la crise politiquedéclenchéepar la démission du président Pedro Pablo Kuczynski (à la suite duscandalede corruption lié àl’entreprisse Odebrecht), c’est grâce à la presse qu’ont été révélés des nouveauxcas de corruption au sein du Conseil National de la Magistrature, l’organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs.

L’exposition «La recherche du rayon vert» d’Allan Villavicencio à Paris

Le mexicain Allan Villavicencio expose sa nouvelle collection «La recherche du rayon vert» à la Maëlle Galerie à Paris, du 5 avril au 25 mai 2019. L’exposition porte sur l’œuvre de l’artiste qui est selon lui «Gênante, fragmentée et débraillée». L’artiste a été deux fois lauréat de la Bourse Jeune Créateur. Depuis peu il est membre de la Bourse nationale des artistes «FONCA» (Système national des créateurs du Mexique).  

Photo  : Rodrigo Terreros et Maëlle Galerie  

Né à Querétaro en 1987, Allan Villavicencio est diplômé en arts visuels de l’École Nationale des arts plastiques à l’UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique). Le jeune artiste a déjà exposé en Colombie, au Pérou, en Angleterre, et en France. Pendant presque dix ans d’expérience, il a accumulé plusieurs lauréats d’art. Aujourd’hui, il fait partie d’une nouvelle génération d’artistes visuels qui commencent à se démarquer dans la scène mexicaine. Inspiré de son quartier d’enfance, Villavicencio insiste sur l’importance de ses premières expériences avec l’art urbain. Il s’attarde surtout sur le concept d’expression à travers le graffiti. «L’école où j’ai fait mes études par exemple, était rembourrée par des tags faits avec l’aérosol, tous crées avec beaucoup d’habilité. De plus, c’était intéressant d’être témoin de la dispute entre les autorités scolaires qui peignaient les murs de gris pendant le matin, et les tagueurs qui trouvaient un mur prêt pour s’exprimer pendant la nuit. C’est ce bruit visuel et la manière de marquer leur territoire qui m’interpellaienten mettant en évidence les fragments et les couleurs des différentes couches de peinture.» Affirme-t-il.  

Ce sont les éléments fragmentés et inachevés qu’Allan Villavicencio incorpore dans ses outils de travail. Sa vision artistique reste très antagonique par rapport aux modèles basiques de l’art, puisqu’il tente de se démarquer de l’apparence esthétique. Villavicencio cherche tout le contraire en essayant d’atteindre un style bâclé et brut. Ses œuvres d’art ne suivent pas un prototype spécifique, mais conservent un point commun : l’artificialité. De puissantes couleurs néon prédominent dans ses peintures, parfois celles-ci contrastent avec des couleurs plus sombres. Cela peut créer une tension dans l’esprit des spectateurs. L’artiste joue aussi avec les limites des formes et des couleurs pour créer des paysages qu’il qualifie de «virtuels», du fait de la «surabondance» qu’il exprime dans ses toiles.  

Face aux difficultés du marché artistique mexicain que Villavicencio qualifie «d’élitiste», l’artiste a trouvé la manière de s’adapter. Avec Andrew Birk et Matías Solar, il est le cofondateur du projet Fuego, un atelier dans la ville de Mexico qui est à la fois un espace de travail et un lieu d’exhibition. Son objectif est celui de créer un espace plus intime pour l’artiste invité, et d’exposer trois ou quatre fois par an. Jusqu’à présent, ils ont collaboré avec des artistes nationales et internationales, telles que Ana SegoviaKorakrit ArunanondchaiSol Calero, et Dafna Maimo

La dernière exposition de Villavicencio, La recherche du rayon vert, est une nouvelle méthodologie pour saisir l’art. L’artiste expérimente les limites conventionnelles qui définissent où commence et où termine l’œuvre d’art. Enfin, il tente de  «penser à l’extérieur du cadre et au champ visuel dans lequel s’inscrit une peinture.» C’est donc la Maëlle Galerie qui devient la scène de cette expérience artistique. En invitant le public à devenir un acteur et à s’immerger dans l’univers de son œuvre, Villavicencio partage ce qu’il a construit.   

Amaranta ZERMEÑO

Plus d’informations sur l’exposition. 

«Sinceramente», la contre-attaque de Cristina Fernández de Kirchner

L’ancienne présidente de la République d’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), publia le 26 avril dernier Sinceramente, un discours-fleuve de 600 pages où elle est bien décidée à régler ses comptes. Sa parution était restée secrète jusqu’au dernier moment et avait provoqué une véritable tempête médiatique et politique en Argentine.  

Photo : El Político

En moins de deux semaines, Sinceramente devint un véritable phénomène de librairie (il en est déjà à sa troisième réimpression, pour un total de 215 000 exemplaires). Voilà une bénédiction pour le secteur national de l’édition qui pâtit du marasme économique dans lequel se retrouve englué le pays depuis de nombreux mois. C’est précisément dans ce contexte de crise économique brutale et d’une descente vertigineuse de la cote de popularité de l’actuel président Mauricio Macri dans les sondages que Cristina Fernandez de Kirchner décide de signer son retour. Si certains commentateurs voient dans ce livre un lancement de campagne de l’ex-présidente pour les élections nationales d’octobre prochain, sa parution est surtout l’occasion pour CFK, mise en examen dans de nombreuses affaires de corruption, de régler ses comptes avec ses nombreux détracteurs. C’est aussi le moyen pour elle de revenir sur les douze années de gouvernement Kirchner (si l’on comptabilise les années au pouvoir de son mari Nestor Kirchner, de 2003 à 2007). 

Le fond… 

Le livre prend la forme d’un bilan personnel sur les années du couple Kirchner au pouvoir, d’abord dans la province de Santa Cruz et ensuite à la présidence nationale. Les attaques répétées du gouvernement de Mauricio Macri sur l’héritage laissé par cette décennie de pouvoir K l’ayant visiblement blessé, CFK revient en détail sur les nombreuses politiques mises en place lors de leurs mandats. La vision politique «kirchneriste» pourrait grossièrement se résumer par une réactivation de l’industrie nationale par le protectionnisme. Mais aussi par un déploiement de plans sociaux pour les plus démunis et des investissements nationaux importants (aussi bien financiers que symboliques) dans les secteurs des droits de l’homme, de l’éducation, de la recherche et de l’innovation.  

Par cette publication, l’ex-présidente, dont l’image est entachée par de récents scandales judiciaires, entend bien remettre l’Église au milieu du village en y énumérant les nombreux mérites de sa gouvernance. Elle revient longuement sur les politiques de mémoire historique et en matière de droits de l’homme, notamment celles des minorités, avec par exemple l’approbation du mariage pour tous en 2010. Ses soutiens aux secteurs de l’éducation, de la recherche et de l’innovation sont également passés en revue. CFK a notamment soutenu la création de nouvelles écoles et universités, la création du MinCyT (ministère de la Science et de la Technologie) et la création de Tecnopolis (parc pédagogique sur les sciences et la technologie nationale). L’ex-présidente accompagne aussi les efforts de réduction de la «brecha digital» au sein de la population (un programme qui permettait à tous les écoliers de recevoir un ordinateur portable afin de se familiariser avec les outils informatiques). Enfin, elle a aidé au développement des sciences nucléaires et aérospatiales. 

Les mandats du couple Kirchner ont également apporté la création de nombreux plans sociaux, pour certains encore d’actualité. Le plus connu reste sûrement l’AUH (asignacion universal por hijo), sorte d’allocations familiales, qui encore aujourd’hui bénéficie à plus de 2 millions de familles dans tout le pays. D’autres plans, tels que Progres.ar (système de bourses pour pouvoir terminer ses études) et Procre.ar (facilitant l’accès à un logement), sont des mesures phares de leur gouvernement qui restent encore en application. Il n’en reste que le livre manque cruellement d’autocritique sur certains points et notamment sur les difficultés du second mandat de l’auteur. En effet, Cristina Fernandez de Kirchner ne mentionne pas le contexte économique mondial de la première décennie des années 2000. Pendant cette période, le prix pour les exportations de matières premières était très élevé, ce qui rendait en partie possible la mise en place de ces politiques. Elle oublie également son incapacité à désigner un successeur au sein de sa famille politique, ainsi que l’exaspération de nombreux Argentins envers sa personne, qui la jugeaient autoritaire et prétentieuse, lors des élections de 2015.  

Sinceramente est également l’ouvrage du «deux poids, deux mesures», la fameuse «double morale» ou «dobles estandares». Au regard de sa politique intérieure en matière de droits de l’homme, on peut se surprendre de sa fascination pour Vladimir Poutine. Elle n’hésite pas pour autant à encenser cette fascination lors de ses rencontres avec le pape Francisco. Dénonçant l’ambivalence de ses détracteurs, CFK peut parfois avoir recours au même mécanisme. Elle dénonce des institutions internationales, parfois hostiles à sa politique, qu’elle n’hésite pourtant pas à solliciter quand celles-ci permettent d’appuyer son argumentation. Elle dénonce aussi des chiffres utilisés par ses détracteurs alors qu’elle se base sur des chiffres largement contestés de l’INDEC (Institut national de statistiques). CFK est aussi maladroite quand elle définit l’accès aux matchs de la Ligue nationale de football comme un droit de tous les citoyens argentins alors qu’elle ne définit pas la liberté de changer ses épargnes de pesos argentins en dollars.  

et la forme 

Ce double barème s’opère également en matière de style. Notamment quand elle se décrit comme une femme proche du peuple, garante du «nacional y popular», mais s’attarde sur des pages entières consacrées à la décoration de ses nombreuses maisons ou bien sur les hôtels de luxe dans lesquels elle logea en tant que présidente. Car tout d’abord, Sinceramente, c’est un ton, une écriture extrêmement parlée, où l’on retrouve la voix caractéristique de CFK. Son style fait, d’entrée de jeu, fit démentir les commentateurs qui remettraient en doute son implication dans l’écriture de l’ouvrage. On y retrouve également son arrogance notamment lorsqu’elle se prévaut de la récupération du prestige international de l’Argentine sur la scène internationale ou lorsqu’elle retranscrit un dialogue avec Mercedes Marco del Pont, présidente de la banque centrale argentine lors de son second mandat, qui lui conseille d’endetter un peu l’État avant de partir, car le laisser en l’état actuel serait un trop beau cadeau pour son successeur.  

Sinceramente signe le retour de Cristina Fernandez de Kirchner, en tant qu’animal politique, bien décidée à en découdre avec ses adversaires. Ses attaques aux membres de Cambiemos sont en effet redoutables. Mauricio Macri ? «Une personne dure et agressive. Le symbole du chaos, une catastrophe économique et une tragédie sociale. Son ascension au pouvoir se doit au financement des fonds vautours et par le soutien de Cambridge Analytica.» CFK se moque de son vocabulaire, qu’elle décrit comme typique de l’oligarchie, des gens sortis du Colegio Cardenal Newman (un collège catholique où se forment les enfants des grandes familles argentines). Elisa Carrio ? «Une courtisane de province qui cherche à copier l’aristocratie.» Maria Eugenia Vidal ? «La gouverneure virginale.» Guillermo Dietrich ? «Un raciste qui s’étonne qu’un péroniste puisse avoir les yeux bleus.» 

Et puis finalement, le livre est une mine d’anecdotes truculentes. On citera notamment la scène où lors d’une réunion avec Hector Magnetto, directeur du groupe médiatique Clarin, le caniche nain de CFK, Cléo, se met à aboyer sans discontinuer lorsque celui-ci prononce le mot «néolibéralisme». Un peu plus loin, l’ancienne présidente explique que lors de son opération à la tête, elle demanda que l’on vérifie l’identité de son chirurgien, persuadée que celui-ci, étant donné qu’il ne lui avait pas souri, devait être le fils d’un ancien militaire actif lors de la dictature argentine. Son mari Nestor Kirchner n’est pas en reste, notamment lorsque celui-ci refuse d’assister à une soirée de gala tenue par la famille royale hollandaise, car celle-ci a lieu au théâtre Colon, symbole selon lui des classes dominantes et de l’oligarchie argentine.  

Depuis sa parution, nombreux commentateurs de la vie politique argentine voient en Sinceramente une rampe de lancement pour la campagne électorale d’octobre prochain. Il en reste néanmoins que l’ouvrage tient plus du bilan et d’une réponse à ses détracteurs que d’un programme politique en soi. Victime de ce qu’elle décrit comme un «terrorisme judiciaire envers sa personne» et d’une «campagne de diabolisation régionale» (après l’emprisonnement de Lula et les déboires de Rafael Correa avec la justice équatorienne), Cristina Fernandez de Kirchner a décidé de reprendre les armes.  

Elle prend le temps de rappeler à ses lecteurs l’ensemble des politiques progressistes mises en place lors de ses mandats successifs. L’héritage des Kirchner est objectivement impressionnant et marqua une époque dorée pour la gauche latino-américaine en s’inscrivant dans un mouvement régional fort. L’introduction de Sinceramente se termine sur cette promesse de «construire une logique différente, loin de la haine, des mensonges et des revendications. C’est le seul chemin pour récupérer une vie meilleure et un pays qui nous protège». S’en suivent de longs chapitres où elle tire des boulets de canon sur la justice et la presse nationale, alimentant une société argentine déjà fortement polarisée. Cette démarche divise plus qu’elle ne rassemble et ne convaincra que les convaincus. Envisager un duel au sommet entre Mauricio Macri y Cristina Fernandez de Kirchner en octobre prochain serait l’aveu d’un cruel échec dans la rénovation de la classe politique argentine. Mais, au-delà de cela, ceci signifierait un affrontement entre deux camps qui, à la lecture de ce livre, paraissent irréconciliables tant ils sont alimentés par des réalités et des motivations différentes. 

Romain DROOG 

«Hard Paint», un film brésilien de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher

Le film Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher est au cinéma depuis le 15 mai. Depuis son exclusion de l’université, Pedro vit reclus chez lui à Porto Alegre. Son seul contact avec l’extérieur, il l’a à travers sa webcam lorsqu’il s’exhibe sous le nom de «Neon boy» contre de l’argent. Devant son objectif, il sait comment susciter le désir de ses admirateurs par un subtil jeu de lumières et de peintures colorées qu’il étale sur son corps nu. L’image est étrangement psychédélique, irréelle, hypnotiqueUn jour quand il s’aperçoit qu’un autre jeune homme imite ses performances, il décide de rencontrer son mystérieux rival, ce qui va bouleverser son quotidien solitaire. 

Photo  : Hard Paint  

Les réalisateurs Marcio Reolon et Filipe Matzembacher expliquent la motivation et la volonté qui leur ont permit de créer ce film : «Quand nous nous sentons abandonnés par ceux qui quittent Porto Alegre. Le contact virtuel que l’on peut garder avec certaines personnes nous semble insuffisant. C’est notamment cette idée d’une identité fictive qui nous a motivé pour certains aspects du personnage principal, Pedro, en particulier la question de la dualité entre le monde matériel et le monde virtuel représenté par ‘‘Neon Boy’’. Enfin, notre processus d’écriture a été affecté par un turbulent mouvement politique et social, caractérisé par l’affaiblissement de la démocratie brésilienne et la montée en puissance du conservatisme, en plus des vagues de préjugés au Brésil et dans le monde. Cela nous a remplis de colère et de désespoir qui ont imprégné le film. Ces sentiments nous ont guidé pendant l’écriture du script…Pedro a un côté fragile et délicat, mais aussi une pulsion agressive en lui. Le titre Hard Paint fait référence à cela. La peinture, elle, accentue le côté ‘‘performance’’ loin des standards établis, de quelqu’un qui se démarque de l’ordinaire, mais est constamment menacé par un monde hostile et violent.» 

Pedro est hors du temps et essaie de se construire un monde. On s’en rend compte lorsqu’il va chez son ami où il rencontre une communauté chaleureuse et accueillante, qui lui fait totalement défaut. Le film montre beaucoup avec justesse et émotion la vie surprenante de cette homme. Jamais voyeurs, les réalisateurs réussissent leur tour de force pour raconter une histoire en transmettant avec beaucoup de sensibilité et une réelle précarité et violence. 

 Alain LIATARD 

Hard Paint de Marcio Reolon et Filipe MatzembacherDrame, Brésil, 1 h 58 – Voir la bande d’annonce

Bilan du festival littéraire Bellas Francesas au Pérou et au Chili

Du 22 au 30 avril 2019 s’est déroulée au Pérou et au Chili la 7e édition du festival littéraire Bellas Francesas. Différentes institutions académiques et culturelles ont accueilli les écrivaines invitées pour une série de rencontres, échanges et animations.  

Photo : Victoria Larraín

La 7ème édition du festival littéraire Bellas Francesas a pris place au Pérou et au Chili. Cette année, le festival a accueilli l’écrivaine et interprète judiciaire franco-hongroise, Nina Yargekov, écrivaine du roman Double Nationalité pour lequel elle remporte le prix de Flore en 2016, ainsi que pour la première fois, une artiste graphique, l’illustratrice Catherine Meurisse.  Les rencontres au Pérou se sont déroulées à Lima mais aussi à Trujillo. Les premiers jours de leur séjour à Lima, les invitées ont pu participer à des rencontres au sein des structures françaises présentes dans la capital : le lycée français de Lima mais aussi l’Alliance Française.

Au Lycée Français de Lima elles ont échangé auprès les élèves de la classe de première sur le thème de la création du personnage, à la fois en bande-dessinée et en littérature. Le soir, elles ont participé à une rencontre littéraire organisée à l’Alliance Française pour une séance de dédicace. Nina Yargekov a également rencontré une classe d’étudiants de l’Alliance Française de La Molina de manière plus informelle pour un échange privilégié.  

Le 23 avril en partenariat avec le ministère de la culture, la maison de la littérature péruvienne, l’Alliance Française et l’ambassade Française, s’est annoncé la première édition du Concours National du Roman Graphique. En tant qu’illustratrice Catherine Meurisse s’est trouvée au sein de l’animation de la soirée. Le concours promeut la formation et la reconnaissance des artistes du genre du roman graphique au Pérou. Elle cherche à développer une nouvelle tradition littéraire et artistique à la portée d’un public divers ainsi qu’à mettre en valeur d’importantes œuvres péruviennes en les adaptant en bande dessinée.  

Plus tard dans la semaine Nina Yargekov et Catherine Meurisse sont sorties de Lima pour aller à Trujillo et Cuzco respectivement et pouvoir visiter les autres Alliances Françaises du pays.  A Trujillo, Nina Yargekov a rencontré des étudiants en traduction de l’Université César Vallejo, et plus tard a fait une intervention à l’Alliance Française de Trujillo sur le thème du bilinguisme et de la créativité littéraire.  

A Cuzco, Catherine Meurisse a participé à une table ronde avec des illustrateurs Cuzquéniens traitant à la fois de la bande-dessinée et du dessin de presse. C’est à cette occasion où l’illustratrice et les participants ont pu discuter et comparer les différentes visions artistiques du Pérou et de la France.  Plus de 300 personnes ont assisté les rencontres organisées lors de l’édition 2019 de Bellas Francesas au Pérou.  

Pour la deuxième partie du festival les auteurs se sont réunies à nouveau pour aller au Chili où elles ont pu visiter Santiago et Valparaiso. Les intervenantes ont été accueillies dans plusieurs université du pays notamment à l’Université Alberto Hurtado, l’Université Catholique du Chili et l’Université de Valparaiso. Les étudiants en art et littérature ont profité de cet échange avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov respectivement.  

Le procès artistique a été au cœur de la discussion entre Catherine Meurisse et les étudiants d’illustration de l’Université Catholique du Chili. En discutant sa trajectoire en tant qu’artiste les étudiants ont pu échanger sur ce qu’inspire l’artiste et comment aborder un nouveau projet.  

De l’autre côté l’intervention de Nina Yargekov s’est faite dans le cadre du cours de littérature «Les genres du Moi». Les étudiants en question, avaient analysé en cours les trois premiers chapitres du dernier roman de Yargekov, Double Nationalité. Cela a permis aux étudiants de discuter avec aisance sur l’écriture et comment se crée un personnage de fiction inspiré de la vie de l’auteur en question.  

 Elles ont également été invitées à participer avec les professeurs Paloma Domínguez et Waldo Koza de l’université Catholique du Chili de Viña del Mar à un panel autour du thème «Les formes de l’autofiction». A travers leur parcours professionnel les invités ont pu conseiller et faire découvrir aux étudiants les réalités du métier.  

De plus, l’Institut français au Chili a mis en place une programmation culturelle pour avoir l’opportunité d’échanger avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov hors cadre universitaire. La librairie française Le Comptoir et la Bibliothèque du Centre culturel Gabriela Mistral ont été le plateau pour les rencontres avec les autrices. Présentations, conversations, ateliers, dédicaces, ont permis au public de partager et découvrir à fond leurs ouvrages, leur processus créatif et leur travail en tant que productrices d’œuvres littéraires.  

Monica GIORDANELLI

Le groupe des 12 pays latino-américains suit de près la crise vénézuélienne

Le Groupe de Lima est un organisme multilatéral créé à la suite de la déclaration de Lima du 8 août 2017. Depuis cette date, à chaque rencontre du groupe, des représentants de pays américains se réunissent afin d’établir une sortie pacifique de la crise du Venezuela. Lors d’une nouvelle conférence du groupe de Lima, le procès de rétablissement démocratique et de la cessation de l’usurpation a débuté. À cette occasion, les gouvernements de l’Argentine, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, du Honduras, du Panama, du Paraguay, du Pérou et du Venezuela se sont exprimés. 

Photo : Prodavinci

Les chefs d’État de ces 12 pays d’Amérique réaffirment leur soutien complet aux actions entreprises ces derniers jours par le peuple vénézuélien. C’est sous la direction du Président intérimaire Juan Guaidó que ses actions naissent, afin de rétablir l’état de droit dans la République bolivarienne du Venezuela. Des actions qui seront amenées de manière pacifique et qui seront aussi conforment aux normes constitutionnelles. Ces représentants encouragent également Juan Guaidó à poursuivre ses efforts. Pa railleurs, ils condamnent fermement la répression du régime illégitime et dictatorial de Nicolás Maduro qui a de nouveau causé tant de morts, de blessés et de détenus. À cet égard, ils déplorent la désignation de Gustavo González López en tête du Service bolivarien d’intelligence nationale (Sebin), symbole de la violation systématique des droits de l’homme perpétrés par ce régime et qui s’ajoutent aux crimes présumés contre l’humanité par le Procureur de la Cour pénale internationale.

Dans la suite de leurs discours, ils exigent le plein respect à la vie, à l’intégrité et à la liberté de tous les Vénézuéliens, du Président intérimaire Juan Guaidó et de tous les dirigeants des forces politiques démocratiques. Parallèlement, ils réclament le rétablissement des droits politiques et constitutionnels du vice-président de l’Assemblée nationale (AN) Edgar Zambrano et de tous les membres de cette Assemblée, ainsi que la libération immédiate des prisonniers politiques.

En outre, ils exhortent les membres de la Force armée nationale bolivarienne (FANB) à s’acquitter de leurs obligations constitutionnelles au service de la Nation. Ils demandent aussi aux membres de la Cour suprême de justice de cesser leur complicité avec le régime illégitime. Finalement, ils décident de convoquer le Groupe de contact international (GCI) pour une réunion urgente réunissant les représentants des deux groupes afin de chercher une convergence vers le rétablissement de la démocratie au Venezuela. Ils encouragent aussi les autres membres de la communauté internationale, engagés dans cet effort, à s’associer à l’ensemble pour atteindre cet objectif.

Les 12 représentants des gouvernements ne s’arrêtent pas là dans leurs réclamations et expriment leur consentement pour l’appel à la Conférence internationale en faveur de la démocratie au Venezuela. Celle-ci aura lieu à Lima, au mois de juillet, avec la participation de tous les États soutenant le retour de la démocratie dans ce pays. En parallèle, tous soulignent la réalisation du séminaire au Chili, au mois de juillet, au sujet de la transition démocratique auquel participent des dirigeants démocrates vénézuéliens. Plus tard, ils exhortent la communauté internationale, les Nations unies et leur secrétaire général à adopter des mesures claires de protection visant à réduire les conséquences de la crise humanitaire dont sont victimes les Vénézuéliens, et dont la responsabilité d’une telle crise revient exclusivement au régime illégitime de Nicolás Maduro. De ce fait, ils exhortent aussi la communauté internationale et les Nations unies à renforcer la coopération avec les pays hôtes afin d’accueillir l’exode de Vénézuéliens.

À la fin de la conférence, ils continuèrent par réitérer leur appel à la Russie, à la Turquie et à tous ces pays qui soutiennent encore le régime illégitime de Nicolás Maduro pour contribuer au processus de transition démocratique. Le groupe de Lima décide aussi de prendre les mesures nécessaires afin de permettre à Cuba de participer à la recherche d’une solution à la crise du Venezuela. Le groupe affirme aussi vouloir coopérer avec les mécanismes internationaux pour la lutte contre la corruption, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et d’autres délits en vue de combattre la commission de ce type de crimes par les membres du régime illégitime de Nicolás Maduro.

Les représentants du groupe continuèrent par exprimer leur profonde préoccupation devant la menace que représente la protection du régime illégitime de Nicolás Maduro face aux groupes terroristes opérant sur le territoire colombien. À cet égard, ils rejettent toute tentative de déstabilisation de l’institution colombienne, de toute atteinte à la vie et à l’intégrité du président Ivan Duque ainsi que de toute atteinte à la sécurité régionale. Pour terminer leur discussion, ils décident de poursuivre en session permanente et d’organiser la prochaine réunion dans la ville de Guatemala. Ils conclurent en encourageant le peuple vénézuélien à persévérer en luttant, le rétablissement de la démocratie. Enfin, ils expriment reconnaître le courage et le patriotisme des membres des forces armées qui ont soutenu Juan Guaidó dans cette étape cruciale. 

D’après CNN Español
Traduit par Andrea Rico 

«Le chant de la forêt» de Renée Nader Messora et João Salaviza

Renée Nader Messora et João Salaviza sont les deux réalisateurs du film Le chant de la forêt. Ce drame, qui est en salle depuis le 8 mai, est le récit de Ihjãc, un jeune indigène brésilien.

Photo : Ad Vitam

Ce soir, dans la forêt qui encercle ce village du Cerrado au nord du Brésil, le calme règne. Ihjãc, un jeune indigène de la tribu Krahô marche dans l’obscurité, il entend le chant de son père disparu qui l’appelle. Il est temps pour lui d’organiser la fête funéraire qui doit libérer son esprit et mettre fin au deuil. Habité par le pourvoir de communiquer avec les morts, Ihjãc refuse de devenir chaman. Tentant d’échapper à son destin, il s’enfuit vers la ville et se confronte alors à une autre réalité : celle d’un indigène dans le Brésil d’aujourd’hui. 

Les Krahô sont les habitants traditionnels du Cerrado et, ayant longtemps vécu dans cet environnement, ils y ont développé un savoir écologique sophistiqué, transmis de génération en génération. Situé au nord-est de l’état de Tocantins, à  1000 kilomètres de  Brasilia, le territoire indigène Krahô s’étend sur 3200 kilomètres carrés. Il est considéré comme l’une des zones les plus importantes de la «savane préservée» du Brésil : le Cerrado. Outre son extraordinaire biodiversité, le Cerrado est connu comme le «berceau des eaux» car il héberge les sources des principaux bassins hydrographiques de l’ensemble du pays. Cependant, cette zone subit une importante dégradation causée par l’expansion progressive des cultures et de l’élevage du bétail. D’innombrables espèces de plantes et d’animaux y sont en voie de disparition, cet écosystème faisant actuellement partie des points de la planète les plus sensibles et les plus menacés en matière de biodiversité. 

En 2009, Renée Nader Messora se rend dans le nord du Brésil où elle visite pour la première fois un village Krahô, elle y retournera plusieurs fois avec son compagnon João Salaviza, et une caméra 16 mm (la zone est trop humide pour utiliser du matériel numérique). Ils vont s’installer et réaliser un film, « Pendant neuf mois (entre  le printemps 2016 et l’hiver 2017), nous avons vécu dans l’une de ces maisons, tout le monde savait que nous mangions la même nourriture qu’eux, que nous nagions et que nous nous baignions dans la même rivière. Notre vieille caméra 16mm n’était ni intrusive, ni omniprésente, elle est restée la plupart du temps à l’intérieur de son boîtier. La vie au quotidien du village, sa routine était beaucoup plus importante que le film lui-même. 

Vitor était en charge du son. C’est un anthropologue qui parle un peu la langue, il est originaire de Brasilia et il vit dans ce village depuis longtemps ». Ne parlant pas la langue, les réalisateurs n’ont compris parfois ce qui était dit qu’au moment du montage. Il n’ya a pas vraiment de mise en scène, mais seulement la volonté de suivre et vivre leurs rituels.  Personnages de l’altérité, les morts sont dangereux, car ils veulent emmener leurs parents vivants avec eux. «  Il est nécessaire, explique l’anthropologue portugaise Manuela Carneiro da Cunha  dans Os mortos e os outros que les proches oublient leurs morts, afin qu’ils puissent à leur tour oublier les vivants. C’est pourquoi les Krahôs organisent une cérémonie de fin de deuil, le Pàrcahàc («la bûche des morts») pour pleurer leurs morts une dernière fois, fêter leur âme à l’aide de chants et de danses et, ainsi, leur permettre de partir vers leur nouveau village ». 

Le film, dès les premières scènes, est empreint d’une grande poésie visuelle et l’utilisation de la couleur est importante pour montrer cet univers onirique. Le Chant de la Foret a obtenu l’an passé à Cannes le prix spécial du Jury, dans la section Un certain regard. À voir à partir du 8 mai. 

Alain LIATARD

Le chant de la forêt de Renée Nader Messora et João Salaviza, Drame, Brésil, 1 h 54 – Voir la bande-annonce

Le film «La Cordillera de los sueños» du Chilien Patricio Guzmán au Festival de Cannes

À l’occasion de la 72e édition du festival de Cannes, Patricio Guzmán est invité pour présenter son film La Cordillera de los sueños (La Cordillère des songes). Le film de la sélection officielle sera projeté le 17 mai à 19 h 45. Ce long métrage sur la cordillère des Andes est la troisième partie d’une série de films sur des paysages emblématiques du Chili. 

Photo  : Rodrigo González – Festival de Cannes

Ce n’est pas la première fois que Patricio Guzmán vient au festival pour présenter l’un de ses films. Cette année, il revient avec son film La Cordillera de los sueños, la troisième partie d’une saga sur la mémoire et la nature chilienne. Cette trilogie a débuté à Cannes en 2010, lorsque Nostalgia de la luz a été créée. Puis Le bouton de la nacre, produit en 2015, a plongé les spectateurs dans les mers méridionales pour réunir à nouveau paysages, histoire, écosystèmes et politique contingente. Dans ce documentaire, le cinéaste dénonce le génocide humain localisé en pleine Patagonie humide. Quatre années se sont ensuite écoulées jusqu’à ce que La Cordillera de los sueños soit présenté dans la section «Projections spéciales» du Festival de Cannes qui se déroulera du 14 au 26 mai. Ce nouveau film a été directement produit au Chili par la société chilienne BF Distribution en Amérique latine. Alexandra Galvis, la directrice de Market Chile, une société associée à BF, affirme que «la chaîne de rêves de Patricio Guzmán concrétise l’intérêt des alliés des producteurs latino-américains. Les cinématographies dans la région sont une priorité pour nous». 

La Cordillera de los sueños présente à nouveau un paysage emblématique du Chili. Patricio Guzmán s’exprime ainsi : «La chaîne de montagnes est pour moi l’épine dorsale du Chili. Et j’ai décidé de l’explorer pour trouver des traces de ce pays qui reste encore dans ma mémoire.» Il continue en expliquant que «le film parle de cela, mais aussi d’un Chili très actuel, et pas seulement d’histoires passées». Finalement Guzmán ne sait pas lui-même si ce troisième film conclura la série. 

À travers ses engagements, Patricio Guzmán donne de l’intérêt à son pays d’origine, le Chili. «Pour nous, les Chiliens, les Andes sont un sortilège de mystères. C’est dans les rêves de notre enfance et quand nous sommes à l’étranger et que nous ouvrons les yeux et qu’il n’y a rien, c’est un signal d’alarme. C’est une chaîne de montagnes qui définit notre caractère» exprime le réalisateur en continuant d’expliquer que «les Andes séduisent pour leur magie, pour leur extension brutale. Pour leur contact permanent avec quiconque». 

Patricio Guzmán Lozanes est né à Santiago au Chili le 11 août 1941. Après des études de cinéma à l’École officielle de l’art cinématographique de Madrid, il devient réalisateur. Expatrié à Paris avec son épouse Renate Sachse, il réalise de nombreux documentaires autour du Chili du XXe siècle. Il se fait alors peu à peu connaître. Dans les années 1970, le gouvernement de Salvador Allende l’intéresse. Il utilise cette inspiration pour réaliser La Bataille du Chili, une trilogie documentaire durant laquelle il collabore avec Chris Marker. Cette œuvre, reconnue par le «Prix du Syndicat des critiques français» comme meilleur court métrage en 1976, devient peu à peu une base de son cinéma. 

Dans la suite de sa carrière, ses œuvres seront de nouveau honorées. En 1991, lors du festival du film d’Amiens, Guzmán reçoit pour La Croix du Sud la mention honorable du «prix OCIC». Lors de ses multiples parutions au festival du documentaire de Marseille, il reçoit deux fois le «Grand prix» en 1992 et en 2001, et reçoit le «Prix du public» en 1997. Son long métrage Le Bouton de nacre, sorti en 2015, reçoit l’année suivante le «Prix du meilleur documentaire» lors de la 21e cérémonie des prix Lumières de Paris. Finalement, la même année, l’ensemble de son œuvre est récompensée par le «Prix Charles-Brabant» de la Société civile des auteurs multimédia. Cette année, lors du festival de Cannes, pas de récompense attendue pour le réalisateur, mais une grande visibilité sera accordée à La Cordillera de los sueños

Un autre film latino-américain sera projeté au Festival de Cannes. Il s’agit du long métrage sur Diego Maradona, légende du football argentin, réalisé par Asif Kapadia. En 2008, Diego Maradona était déjà apparu sur le tapis rouge de Cannes grâce au documentaire à son intention d’Emir Kusturica. Cette année, le sportif de haut niveau sera de nouveau présent lors des festivités. Le documentaire est réalisé à partir de 500 heures d’images inédites issues d’archives personnelles du footballeur.

Le réalisateur s’est efforcé de raconter le récit d’un homme né dans les quartiers les plus pauvres de Buenos Aires, qui a connu une forte célébrité lors de sa victoire pour la Coupe du monde de football en 1986. Asif Kapadia s’est aussi intéressé aux heures plus sombres de la vie de Diego Maradona. Le contraste des événements vécus par le sportif livre un film complet et sensationnel. 

Eulalie PERNELET 

La Cordillera de los sueños de Patricio Guzmán, documentaire, Chili, 1 h 25 – Plus d’infos sur le site du Festival de Cannes

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