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12 mars 2019

Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu, président du prochain Festival de Cannes

Pour la première fois de son histoire, le jury de la compétition du Festival de Cannes sera présidé par un Mexicain. C’est le cinéaste Alejandro González Iñárritu qui officiera lors de la 72édition de la plus importante manifestation cinématographique mondiale, qui se tiendra du 14 au 25 mai 2019. À noter que c’est la seconde fois seulement dans l’histoire du festival que la présidence du jury échoit à un Latino-Américain après l’écrivain guatémaltèque Miguel Ángel Asturias en 1970.

Photo : Voici

Alejandro González Iñárritu, 55 ans, succédera à Cate Blanchett, dont le jury avait décerné l’an dernier la Palme d’or à Une affaire de famille du Japonais Hirokazu Kore-eda. Une transition d’autant plus remarquée que l’actrice australienne était à l’affiche de Babel, film choral d’Iñárritu qui avait reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2006.

«Dès le début de ma carrière, le Festival de Cannes a été important pour moi, explique le réalisateur.» En effet, le cinéaste s’était vu décerner à Cannes le grand prix de la semaine de la critique en 2000 pour son premier long métrage Amours chiennes (Amores Perros) qui relate trois histoires croisées dans la capitale mexicaine.

«Je suis honoré et ravi d’y revenir cette année, et immensément fier de présider le jury, poursuit-il. Le cinéma coule dans les veines de la planète, et ce Festival en est le cœur. Avec le jury, nous aurons le privilège d’être les premiers spectateurs des nouveaux films de nos collègues cinéastes venus du monde entier. C’est un véritable plaisir et une grande responsabilité, que nous assumerons avec passion et dévouement.»

Alejandro González Iñárritu, après des débuts au Mexique comme présentateur vedette d’une radio musicale, s’est dirigé vers la création de publicités et de courts métrages pour la télévision mexicaine, puis a rencontré le scénariste Guillermo Arriaga, avec qui il a réalisé Amores Perros (2000), le premier de ses six longs métrages. Suivra ensuite 21 grammes (2003), son premier film américain avec Sean Penn, et puis Babel (2006) avec Brad Pitt, où l’on suit quatre histoires sur trois continents, et Biutiful (2010), réflexion autour de la paternité avec Javier Bardem.

Dans ses films, Iñárritu dépeint des univers sombres où les destins se croisent. Il a été nommé sept fois aux Oscars, pour chacun de ses films. Il a reçu quatre statuettes, dont celle du meilleur réalisateur pour Birdman avec Michael Keaton en 2015, explorant l’ego d’un acteur, ainsi que pour The Revenant en 2016, histoire d’un trappeur que rien n’arrête pour survivre, incarné par Leonardo DiCaprio. En 2017, il a conçu Carne y Arena, la première œuvre en réalité virtuelle à figurer dans la sélection officielle à Cannes et qui lui a par ailleurs valu son cinquième Oscar.

«En plus d’être un cinéaste audacieux et un auteur toujours surprenant, Alejandro est aussi un homme de convictions, un artiste de son temps. Nous avons toujours été heureux de l’accueillir sur la Croisette et, en 2017, particulièrement fiers de présenter en Sélection officielle Carne y Arena, son installation de réalité virtuelle qui évoquait la question des migrants avec beaucoup de force et d’humanité», ont salué les organisateurs du festival, Pierre Lescure et Thierry Frémaux.

Alain LIATARD

Festival de Cannes : SITE

L’Amérique latine, l’invitée du dernier numéro de la revue Le Débat

Fondé en mai 1980 par l’historien Pierre Nora,Le Débat est une revue d’analyse et de discussion, éditée par Gallimard, ouverte à toutes les réflexions qui permettent de mieux comprendre les évolutions du monde contemporain. Sa dernière livraison datée de janvier-février propose quatre articles sur l’Amérique latine, «de l’ancien au nouveau populisme».

Photo : Le Débat/The New York Times

L’Amérique latine a eu son moment de grâce, quand, une fois la page des dictatures militaires et des régimes autoritaires tournée, l’insertion dans la mondialisation paraissait la destiner à un développement économique rapide, en plus de la consolidation démocratique. Or, la voici rattrapée par ses vieux démons sous de nouveaux visages.

D’importantes échéances électorales ont achevé de mettre ce tournant en lumière. Alain Rouquié analyse dans cette perspective la signification des élections présidentielles récentes au Mexique et au Brésil. En se concentrant sur l’Amérique du Sud au sens strict, Christian Girault dresse le tableau de ces incertitudes et difficultés résurgentes.

La Bolivie d’Evo Morales défraie peu la chronique. Elle illustre pourtant au mieux, comme le montre Philippe Boulanger, la façon dont un sursaut populaire salué pour sa promesse démocratique peut se dévoyer en populisme destructeur. Quant au Venezuela de Nicolás Maduro, nul n’ignore plus son évolution catastrophique. La question, se demande Élisabeth Burgos, est de savoir jusqu’à quel point il est une exception.

Les intervenants

Alain Rouquié : Universitaire et diplomate, Ambassadeur de France au Brésil de 2000 à 2003, aujourd’hui président de la Maison de l’Amérique latine. Auteur de nombreuses études sur l’Amérique latine contemporaine, notamment de Le Brésil au XXIe siècle : naissance d’un nouveau grand (Fayard, 2006).

Christian Girault : Diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris (1967),
professeur agrégé de géographie (1969). Promu Directeur de recherche au CNRS 1990. Nommé «Directeur émérite» au CREDA en 2009. Professeur des Universités en géographie.

Philippe Boulanger : spécialiste des questions de géographie historique, géopolitique, géographie militaire et géostratégie. Il est professeur à l’Institut français de géopolitique (Université Paris VIII). Il est intervenant extérieur au département de géographie de l’ENS depuis 2011.

Elizabeth Burgos : historienne, anthropologue et écrivain vénézuélienne, spécialiste de l’ethnopsychanalyse.

D’après Le Débat

Les Nations unies fixent la date de la COP25 au Chili à décembre prochain

La COP25 aura lieu au Chili du 2 au 13 décembre 2019, et ce malgré l’objectif du gouvernement –tel qu’il l’avait publiquement annoncé– qui était de donner rendez-vous en janvier 2020, dans le but de gagner du temps dans la préparation relativement au choix tardif du siège du sommet au Chili, de même que pour éviter des enchevêtrements logistiques dus à l’organisation de l’APEC mi-novembre.

Photo : Ministerio de Medio Ambiente de Chile

Quand, le 14 décembre dernier, dans la salle plénière du Sommet pour le Climat (COP24) qui s’est déroulé à Katowice, en Pologne, la ministre de l’Environnement, Carolina Schmidt (photo de une), a annoncé la disposition de Santiago du Chili à recevoir le prochain sommet mondial pour l’action climatique –proposition qui a rapidement été acceptée par l’Assemblée–, le gouvernement avait fixé à janvier 2020 la date à laquelle le Chili recevra cette rencontre mondiale.

L’objectif était autant de gagner du temps pour faciliter l’organisation de la COP25 –possibilité qui n’a surgi qu’après la décision du Brésil de renoncer à en être le siège en novembre de l’an passé–, que d’éviter de possibles complications logistiques pour la mise en place du forum de Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) au Chili, événement qui aura lieu les 16 et 17 novembre prochains non seulement à Santiago, mais aussi à Antofagasta, La Serena, Valparaíso, Concepción et Puerto Varas.

Cependant, la table des négociations de la Conférence des Parties (COP) de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique a aujourd’hui décidé que la COP25 de Santiago du Chili se tiendra entre le 2 et le 13 décembre 2019, tandis que la période préalable à la période des sessions se tiendra entre le 26 novembre et le 1er décembre 2019 dans un lieu qui sera annoncé bientôt.

L’organisation de la COP25 demandera un effort logistique de grande ampleur. On espère entre 10 et 15000 participants enregistrés, et plus de 40000 qui graviteront autour de l’événement. La sécurité sera également un sujet central, du fait du nombre important de visites de haut niveau, tant présidentielles que ministérielles, à quoi s’ajoute la nécessité de mettre à disposition des moyens de transport efficaces et de concevoir l’espace pour la conférence de façon rationnelle et à échelle humaine.

D’après País Circular
Traduit par Lou BOUHAMIDI

SITE Chile

Petites histoires poétiques dans Un petit oiseau de la Péruvienne Claudia Ulloa Donoso

«Que tout soit un participe présent de pulsations, de respirations, de mouvements», c’est l’invitation de l’écrivaine péruvienne Claudia Ulloa Donoso, à travers ces trente histoires hétéroclites, bien souvent cruelles mais surtout loufoques, contenues dans Un petit oiseau et d’autres histoires publié aux éditions L’Atinoir.

Photo : Libero America/L’Atinoir

Trente histoires, six recueils et des définitions, froides, poétiques, crues et rêveuses tout à la fois, qui entrecoupent les récits. On passe d’un petit oiseau blessé qu’une jeune femme retient dans sa main –pour l’étouffer ou pour le sauver ?–, à la névrose d’un collectionneur de vis ou encore à l’obsession meurtrière d’une marionnettiste.

Entre-deux, entre la vie et la mort, entre le rire et les larmes. Sadisme innocent –ou non ?–, dans Un petit oiseau et d’autres histoires, on danse sur un fil, au fil des narrateurs et des regards froids qui ne s’échangent pas mais se répondent.

Entre «ici» et «là», aussi, entre Lima et la Norvège, le pays d’adoption de l’auteure. Les odeurs de poissons du souvenir se mêlent au froid du présent, au sang, à cette maladie contemporaine qu’est la solitude, tandis que des figures de femmes d’un ailleurs familier se revendiquent. Entre deux langues, aussi. De ce qui ne peut pas se dire, de ce qui ne pourra jamais se dire.

C’est la poésie qui surgit de l’instant : on libère l’oiseau qui s’élève au milieu des travailleurs d’un monde dit premier, ébahis. Le récit s’interrompt, on le suit des yeux sans respirer. Jusqu’où ira-t-on ? Vers les entrailles d’un chat au nom d’oiseau où l’on nous invite à voyager !

Entre poésie et pieds-de-nez aux conventions, le rire, finalement, domine, et, avec lui, la vie.

Clémence DEMAY

Un petit oiseau et d’autres histoires de Claudia Ulloa Donoso, traduit de l’espagnol (Pérou) par Jacques Aubergy, éditions L’Atinoir, 151 p., 14 €. À paraître en mars.

Claudia Ulloa Donoso (Lima, 1979) a étudié le tourisme au Pérou, la philologie hispanique en Espagne et la sociologie en Norvège. Elle est l’auteure de El pez que aprendió a caminar (Estruendomudo, 2006), Septima Madrugada (Estruendomudo, 2007) et Pajarito (Los Laurel Books, 2015, Laguna Libros, 2016 et Pumpkin Nuggets, 2018). Elle réside actuellement à Bodø, en Norvège.

Les enjeux du train Maya pour relancer l’économie et le tourisme au sud-est du Mexique

Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), a proposé de construire une ligne de chemin de fer de 1500 kilomètres traversant cinq États pour relier les centres archéologiques de la culture maya et relancer l’économie dans le sud-est du pays. Ce projet devrait voir le jour au cours des quatre prochaines années, couvrant ainsi les principales destinations touristiques du pays : Cancún, Tulum, Calakmul, Palenque et Chichén Itzá.

Photo : SavonsForets

Le budget alloué à ce projet sera de 120000 à 150000 millions de pesos (de 5,470 à 6,840 millions d’euros), dont 75% proviendra de ressources privées et des fonds qui émanent des impôts sur le tourisme. Ce plan n’était pas nouveau puisqu’en 2012, le Secrétaire aux communications et aux transports du Mexique, Gerardo Ruiz Esparza, l’avait déjà proposé, mais faute de budget, il n’avait pas été mis en place.

600 kilomètres d’anciennes infrastructures de la voie ferrée du sud-est serviraient à le construire et le reste serait modernisé et assaini. Ce train Maya permettra non seulement de relier les villes du sud-est (l’une des zones les plus marginalisées) au reste du Mexique, mais aussi d’ouvrir sur la biodiversité des paysages et les richesses archéologiques. La nuit, le train se chargerait de transporter des marchandises sous les procédures de la Commission fédérale de l’électricité (CFE), grâce au travail continu du train. En outre, il amènerait de nombreux touristes de Cancún à Palenque en neuf heures avec une vitesse maximum de 160 km/h.

La construction de ce train doit prendre en compte divers obstacles tels que l’ajustement des vitesses, les pentes du terrain et le délai d’élaboration puisque, selon les estimations, elle prendrait cinq ou six ans pour un travail d’une telle ampleur. De même, il faut tenir compte d’autres complexités pour mener à bien ce type de travaux, dans la mesure où les projets d’infrastructures sont à ce jour interrompus faute de négociations, et face à des controverses environnementales. D’ailleurs, des organismes environnementaux ont réagi en pointant du doigt le grand impact que le train aurait sur l’écosystème, où vit un grand nombre de jaguars. Les responsables du projet ont travaillé sur cet aspect avec cinquante chercheurs et experts pour la préservation animale.

Rogelio Jiménez Pons, directeur du Fonds national pour le développement du tourisme (Fonatur), souligne que ce projet amènera des bénéfices et apportera des valeurs ajoutées dans différentes municipalités de la route en termes d’immobilier et de commerce, ce qui aiderait parallèlement à l’entretien de la voie ferrée. De cette façon, cette proposition d’AMLO représente un enjeu de taille : se risquer à ce que ce soit un échec absolu. Le gouvernement doit ainsi se prémunir face aux velléités du secteur privé quant au financement, sans pour autant affecter le tourisme.

Andrea M. RICO PARRA

Le retour de Mascaró, le chasseur des Amériques de l’Argentin Haroldo Conti

Mascaró, le chasseur des Amériques a obtenu le Prix Casa de las Américas à La Havane en 1975. Moins d’un an plus tard, son auteur, Haroldo Conti, était enlevé chez lui à Buenos Aires par la dictature militaire. On n’a plus eu de nouvelles de lui. Homme aux multiples activités (il fut instituteur, pilote d’avion, scénariste de films et auteur de romans et de nouvelles), il a dans ses œuvres montré des gens simples amoureux de la vie et de la liberté, c’est probablement ce qui l’a rendu suspect aux yeux de la dictature.

Photo : Pangea/La dernière goutte

Joli présage : c’est sur un rafiot nommé Le Lendemain que s’embarque Oreste, le personnage principal de ce beau roman qu’est Mascaró, le chasseur des Amériques. Il laisse derrière lui son village de pêcheurs, peu d’habitants mais plein d’amis, ceux qu’on rencontre dans le seul bar, tenu par Lucho, animé par quelques musiciens et dont on ressort à point d’heure sans pouvoir marcher droit. Au moment d’embarquer vers Palmares, au moment de faire ses adieux, on ne veut pas donner l’impression d’être émus, mais on se frotte les yeux. À cause de la cheminée du Lendemain qui crache une fumée irritante ? Peut-être, après tout…

Oreste est en bonne compagnie sur ce bateau décrépit, outre le capitaine s’y trouvent le Prince et le cavalier noir. Le Prince Patagon n’a de prince que le nom sur des affiches un peu décolorées et le cavalier noir se nomme Mascaró. Autant le prince est bavard et un rien fanfaron, autant le cavalier est silencieux et discret, et même mystérieux, et le restera jusqu’à la fin de l’histoire. Quand le Lendemain se met en panne au beau milieu de la mer, moteur brisé, on se demande si Palmares n’est pas un mythe et si on est bien soi-même de chair et d’os.

Tous sont d’accord, sans réserve, pour dire que «la vie, il faut la vivre en libations». L’alcool et les cigares ne sont pas les seules libations, il y a aussi la poésie, la musique et les rires. Quelques bateaux fantômes se laissent admirer quelques minutes, parfois, les jours se ressemblent, en l’absence de vent et de mouvement.

Oreste et le Prince, enfin à Palmares, se lancent dans de nouvelles aventures en compagnie de trois ou quatre sympathiques comparses. Le Prince, avant d’avoir été Prince, avoue avoir été un scélérat, et ce qu’il a fait pour changer, il en fait profiter les autres, Oreste est le premier à appliquer ses préceptes. Soigner son corps pour qu’il nous serve, savoir deviner ce que la pire crapule a de lumière en elle, aimer les gens, qui qu’ils soient, telles sont les leçons distillées par le Prince, artiste misérable dont le succès n’est connu que de lui, qui finit par devenir, pour le lecteur et pour Oreste, un lumineux modèle dans sa modestie autant que dans ses excès.

Malheureusement, et même si rien dans le roman ne permet de dater l’action, il a été écrit au tout début des années de la terrible dictature militaire argentine et déjà «l’altération de l’ordre naturel conduit à celle de l’ordre établi», on commence à voir partout la subversion. Le grand oiseau qui survole les villages (en réalité un rêveur bricoleur qui a su créer une merveilleuse machine volante dont il est lui-même le moteur) est chassé de son village : les autorités ont décidé justement qu’il était subversif de faire rêver le commun des mortels. Il est vrai aussi que«l’art est une conspiration à lui tout seul», comme le souligne le Prince.

Haroldo Conti est le chantre des petits, des modestes. Vus par lui ils se métamorphosent en seigneurs, ils apprennent à être eux-mêmes, à être heureux malgré la laideur qui les entoure, qui les encercle et les enferme, ils imposent leur liberté. Quelle leçon, surtout venant d’un homme qui n’a jamais prétendu à la gloire et qui a disparu de façon aussi injuste. Mascaró était-il prémonitoire ?

Christian ROINAT

Mascaró, le chasseur des Amériques de Haroldo Conti, traduit de l’espagnol (Argentine) par Annie Morvan, éd. La dernière goutte, 380 p., 21 €. Haroldo Conti en espagnol : Mascaró, el cazador americano / La balada del alamo carolina / Sudeste, ed. Alfaguara / En la vida, ed. Barral Editores, Barcelone. Haroldo Conti en français : La Ballade du peuplier carolin, éd. La dernière goutte.

Haroldo Conti, dont Gabriel García Márquez a dit qu’il était l’un des plus grands écrivains argentins, est né en 1925 à Chacabuco dans la Province de Buenos Aires. Enlevé dans la nuit du 4 au 5 mai 1976 par des hommes à la solde du régime dictatorial, il est porté disparu depuis cette date. Mascaró, le chasseur des Amériques, son dernier roman, a obtenu en 1975 le prestigieux prix Casa de las Américas.

Le carnaval de Rio entre défilés contestataires et dérapage présidentiel

En pleine semaine de festivités marquées par la revendication des droits humains et la contestation du pouvoir en place, le président Jair Bolsonaro a de nouveau fait parler de lui avec une série de tweets sur le carnaval, n’usurpant pas son surnom de «Trump tropical». Le carnaval brésilien s’est donc déroulé cette année sur fond de tensions culturelles.

Photo : Journal d’Abedjan

À l’origine de la polémique, deux tweets du président Jair Bolsonaro sur son compte officiel, suivi par plus de 3,65 millions d’abonnés, entre mardi soir et mercredi midi. Le premier, publié dans la nuit du 5 au 6 mars, et retweeté aujourd’hui plus de treize mille fois, diffuse une vidéo de quarante secondes sur laquelle trois hommes, dont l’un d’eux en tenue sadomasochiste, dansent et s’adonnent à des pratiques sexuelles en pleine rue à la vue de la foule.

Une vidéo visionnée plus de 5,76 millions de fois depuis sa réalisation lundi à São Paulo lors d’un bloco, une de ces fêtes de rue courante pendant la saison du carnaval. Elle s’accompagne d’un court texte du président se justifiant de la diffusion pour «que la vérité soit exposée», dénonçant «ce que sont devenus de nombreux groupes de carnaval de rue» et appelant le peuple brésilien à «commente[r] et tire[r] [ses] conclusions».

Un deuxième tweet est venu enfler la polémique dès le lendemain midi. «Qu’est-ce que c’est, une golden shower ?» s’interroge simplement le président brésilien, qui fait ici référence à l’une des pratiques sexuelles filmées dans la vidéo de la veille. Plus discutable dans son intérêt et déjà retweeté soixante-cinq mille fois, le tweet a contribué à accentuer la critique des médias et de l’opinion brésilienne.

On reproche au président la mise en relief d’une scène isolée pour dénigrer l’immense fête populaire du carnaval et stigmatiser une communauté LGBT très présente. C’est également la diffusion d’une vidéo qualifiée de pornographique sur le compte officiel du président qui fait débat. Non-censurée par Twitter et donc visible par des mineurs, elle est considérée comme indigne et dégradante pour la fonction présidentielle.

En plein Carnaval de Rio, débuté le vendredi 1er mars et qui s’est clôturé ce samedi 9 mars, la polémique provoquée par le président d’extrême-droite s’inscrit comme une réponse à un évènement populaire qui l’a clairement pris pour cible. Des chants anti-Bolsonaro ont été entonnés dans la plupart des blocos du pays et même jusque dans le sambodrome Marquês-de-Sapucaí, le lieu de défilés des meilleures écoles de samba de Rio. Des représentations officielles qui ont été marquées par des contestations prônant la tolérance envers les minorités, et notamment par la victoire de l’école Mangueira et son défilé en l’honneur de Marielle Franco, une élue noire et lesbienne assassinée il y a un an.

Le président conservateur intronisé début janvier participe avec ses récents tweets à entretenir une ligne de fracture avec les Brésiliens progressistes. En s’attaquant au carnaval, ils visent à rassurer son électorat le plus fidèle après avoir perdu plus de vingt points de popularité depuis son investiture.

Arthur SARRON

26e Festival du grand reportage d’actualité et du documentaire de société de Saint-Omer

Le FIGRA est un événement de renommée nationale et internationale, qui permet la rencontre entre les professionnels du grand reportage et du documentaire de société avec le public. Il dure cinq jours, du 13 au 17 mars 2019, à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais. Il est organisé principalement dans deux lieux, le cinéma Ociné et le Théâtre Le Moulin à Café, et sera encadré par une soirée d’ouverture et de clôture.

Photo : FIGRA

Dans ces deux lieux seront projetés plus de 80 films, d’une durée allant de 24 à 90 min, répartis en plusieurs sections : «Compétition internationale», «Autrement vu», «Terre(s) d’Histoire» et «Coup de Pouce». Après chacune des projections des films de la sélection officielle, un débat sera proposé entre le spectateur et les réalisateurs.

En parallèle de ces projections auront également lieu des rediffusions de films et des Masterclass pour les scolaires. Une journée sera dédiée au Prix «Coup de Pouce» 2019 afin de valoriser et accompagner les travaux des réalisateurs, reporters, journalistes et documentaristes. Une exposition photos sur l’un des conflits du Moyen-Orient sera ouverte au public, «Yémen : la guerre qu’on nous cache», réalisée par la photo-journaliste française Véronique de Viguerie. Et une vidéothèque sera mise à disposition au Théâtre Le Moulin à Café où l’on pourra retrouver l’ensemble de la programmation 2019, ainsi que le palmarès des années précédentes.

Des regards sur l’Amérique latine

Pour cette 26e édition, le FIGRA accueillera une dizaine de films sur l’Amérique latine. En traitant de sujets d’actualité dans différents pays, tels que le Mexique, le Brésil, Cuba, le Nicaragua, l’Argentine ou encore le Venezuela :

  • Dans les griffes du cartel réalisé par Romain Bolzinger (France).
  • Mexique : à la recherche des migrants disparus d’Alex Gohari et Léo Mattei (France).
  • Vertige de la chute, réalisation Vincent Rimbaux et Patrizia Landi (France).
  • Opération Peter pan, L’exode des enfants cubains d’Eric Michaux (France).
  • Nicaragua : le vent de la révolte,réalisation Gonzalo Arijon (France).
  • Amérique latine, l’année de tous les dangers de Rodrigo Vasquez et Marco Enrique-O (France, Argentine, Angleterre).
  • Argentine, les pionniers de l’après glyphosate réalisé par Nathalie Georges (France).
  • Les virtuoses de Vicente de Tristan Waleckx (France).
  • Venezuela, l’instinct de survie, réalisation Yann Le Gléau et Eduardo Ernesto Rosales (France).

Différents thèmes seront abordés, dont ceux du règne de la terreur et de la corruption avec un des cartels mexicains, des migrants, de différentes crises économiques et humanitaires qui surviennent dans de nombreux pays d’Amérique latine, de multiples défaites de la gauche latino-américaine face aux montées de la droite, de soulèvements de la jeunesse contre des régimes autoritaires, mais aussi d’écologie et de musique.

Ces dix films nous permettront de faire un tour d’horizon de l’actualité politique, économique, sociétale et culturelle de l’Amérique latine, et ainsi d’être informés au travers des différents regards de ces professionnels.

Joan COSTE

SITE FIGRA

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