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février 2018

L’Amérique latine se distingue lors de la Berlinale : l’Ours d’Argent décerné à un film paraguayen

La 68ᵉ Berlinale, Festival international du film de Berlin, qui s’est déroulée du 15 au 24 février, a mis cette année à l’honneur de nombreux films latino-américains, largement récompensés. Si le film roumain Touch Me Not d’Adina Pintilie a obtenu l’Ours d’or, le film paraguayen du réalisateur Marcelo Martinessi, Las Herederas, a quant à lui reçu l’Ours d’argent pour son actrice principale Ana Brun et le Prix Alfred Bauer, rendant ainsi hommage à une production qui « ouvre de nouvelles perspectives dans l’art cinématographique ».

Photo : Las Herederas

Las Herederas raconte l’histoire de Chela, une sexagénaire de riche famille qui, se rendant compte que son héritage ne sera pas suffisant, se voit alors contrainte de travailler comme chauffeuse de taxi pour personnes aisées. Cette nouvelle réalité perturbe l’équilibre imaginaire dans lequel elle vivait et l’oblige à modifier un monde demeuré jusque-là immuable.

C’est la première fois dans l’histoire du festival berlinois que le cinéma paraguayen est ainsi représenté, ce qui donne au succès de Las Herederas une importance toute particulière. Pour Ana Martini, directrice de la Casa Bicentenario Ignacio Nuñez Soler qui contient les archives audiovisuelles du Paraguay, « c’est un succès historique, un avant et après pour le cinéma paraguayen ». Elle a également souligné que le plus grand succès international du cinéma paraguayen a été atteint alors que le cinéma paraguayen n’est actuellement régi par aucun cadre juridique. Ce succès devrait accélérer l’approbation de la proposition de loi sur laquelle le secteur audiovisuel travaille depuis déjà deux ans. L’élaboration du projet de Loi de Développement de l’Audiovisuel est à ce jour en attente d’être traitée par la Chambre des Députés. « Nous sommes parvenus jusque-là sans aucune loi sur le cinéma, sans un Institut du cinéma, sans fonds […] mais nous avons besoin de cette loi, parce que nous avons besoin d’un cadre juridique qui puisse nous fournir les fonds nécessaires pour faire un cinéma paraguayen pluriel », a indiqué Ana Martini.

S’il nous semblait important de revenir longuement sur le succès du film de Marcelo Martinessi, il faut souligner que les autres pays d’Amérique latine sont loin d’être en reste dans le palmarès berlinois. L’Ours d’argent du meilleur scénario a été attribué à Manuel Alcalá et Alonso Ruizpalacios pour México, dont le rôle principal est interprété par Gael García Bernal. Tinta Bruta, film brésilien de Márcio Reolon et Filipe Matzembacher, a reçu la récompense de la Confédération Internationale de cinéma d’Art et d’Essai et le prix des Teddy (prix destiné aux films de sensibilité LGBT). Le Teddy du meilleur documentaire a été attribué à Bixa Travesty, des Brésiliens Claudia Priscilla et Kiko Goifman, présenté dans la section Panorama.

Le Brésil a également obtenu la mention spéciale documentaire pour Ex Shaman de Luiz Bolognesi. Le prix œcuménique a récompensé, dans la section Forum, Teatro de guerra de Lola Arias. Retablo, le film péruvien d’Álvaro Delgado Aparicio a reçu quant à lui le Teddy L’Oréal destiné aux jeunes talents, ainsi qu’une mention spéciale du prix Génération 14 plus destiné au jeune public. Le cinéma chilien a également été récompensé par le prix Caligari pour La casa lobo, film réalisé par Cristóbal León et Joacuín Cociña.

Léa JAILLARD
Alain LIATARD

« Ma voix est un mensonge », le premier volume de la « trilogie mexicaine » de Rafael Menjívar Ochoa

Les feuilletons radiophoniques latino-américains sont un univers rose bonbon mâtiné de noirceur mélodramatique qui plaît à la fameuse ménagère de quarante ans (et à beaucoup d’autres). Le romancier salvadorien Rafael Menjívar Ochoa (1959-2011), qui connaissait bien les milieux des médias de son pays, nous invite à entrer dans un monde où la politique, l’information (soigneusement encadrée) et « les forces de l’ordre » sont très intimement unies… pour le bien de la Nation.

Photo : Rafael Menjívar Ochoa/Quidam Éditeur

Vous et moi avons bien du mal à imaginer comment un acteur qui travaille exclusivement à la radio dans des feuilletons mélodramatiques et qui s’est spécialisé grâce à (ou à cause de) sa voix dans les rôles de méchants très méchants ne peut plus s’évader de son personnage. Même sa logeuse, qui ne connaît que le voisin, l’homme ordinaire, tremble de peur devant lui, bien qu’il soit un charmant garçon. Rafael Menjívar Ochoa va vous permettre, et à moi aussi, d’entrer dans son monde, au risque de nous faire partager les dangers qu’il va devoir affronter.

Sa voix n’est pas forcément qu’un handicap. Elle va lui permettre de gagner beaucoup d’argent. Parrainé par une branche un peu spéciale de la Police nationale, on lui demande avant tout la plus grande discrétion. La police aurait-elle quelque chose à cacher ? Un peu trouble, tout ça, c’est vrai, mais quand on est au chômage…

En qui peut-on avoir confiance ? C’est une des questions posées par Rafael Menjívar Ochoa, et ce n’est pas la seule, loin de là. Il raconte une histoire avec coups de feu et rencontre amoureuse, avec suspense et menace à tous les coins de rues, événements classiques dans un polar, mais ici placés dans un environnement qui n’est pas habituel. Le piège qui se referme sur le narrateur est diabolique pour ses conséquences sur au moins deux innocents : celui qu’il va trahir et lui-même.

Rafael Menjívar Ochoa réussit, au moyen d’un récit d’une grande simplicité, à montrer froidement une violence sournoise et souterraine qui a envahi la politique et la police d’un pays non nommé, et qui peut être en Amérique latine ou ailleurs. Au-delà de l’intrigue, qui se lit d’un trait, il fait pénétrer le lecteur dans ces tractations qui doivent rester secrètes, qui impliquent des menaces pour leurs acteurs et révèlent des cercles de pouvoir (médias, police et autorités politiques), et qui n’hésitent d’ailleurs guère à flirter avec des délinquants violents.

Christian ROINAT

Ma voix est un mensonge de Rafael Menjívar Ochoa, traduit de l’espagnol (Salvador) par Thierry Davo, éd. Quidam, 153 p., 16 €.

Amnesty International dénonce les persécutions contre les peuples indigènes en Équateur

Quechua, Shiwiar, Awa, Shuar, Achuar, Sápara, Huaorani, Secoya, Cofán, Siona, Epera, Chachi… L’Équateur, pays de 15 millions d’habitants, compte treize nationalités indigènes officiellement reconnues depuis 1998. Dans son rapport annuel, Amnesty International dénonce les persécutions menées à l’encontre de ces populations qui, aujourd’hui encore, peinent à se faire entendre. 

Photo : Pascal Saury/Équateur Mondialisation

Dans son rapport annuel, l’ONG souligne que les droits fondamentaux et les droits humains des peuples indigènes en Équateur étaient toujours restreints en 2017. Malgré leur reconnaissance officielle par l’État en 1998, ces communautés restent extrêmement fragiles, menacées par la convoitise des industries minières, pétrolières ou agro-industrielles dans la course pour l’appropriation des richesses et des terres.

Selon l’Institut équatorien de statistique et de recensement (INEC), ces peuples indigènes représentaient 7 % de la population en 2001. L’Organisation des Nations Unies estime ce chiffre à 43 %, un écart qui illustre les relations compliquées du pays avec ses minorités. Le faible chiffre obtenu par l’INEC peut s’expliquer par le fait que le recensement se fonde sur la méthode de l’auto-définition : seules sont comptabilisées les personnes qui « ont accepté d’être indigènes malgré les multiples complications sociales que signifie faire partie de cette population ». Selon le député Gerónimo Yantalema, membre du mouvement indigène en Équateur, le fait que les chiffres de l’INEC soient plus bas est dû au fait que l’espagnol est la langue exclusive du recensement.

Dans son rapport, Amnesty International souligne que plusieurs organisations indigènes, accompagnées de différentes associations de défense des droits de l’homme, ont dénoncé des incursions sur le territoire du peuple Sápara devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH). Ces territoires sont en effet très prisés par les industries pétrolières et minières. L’ONG dénonce aussi les appels d’offre public émis par l’État dans le cadre d’un projet d’extraction de pétrole sur le territoire du peuple Kichwa de Sarayaku, sans même consulter ces populations au préalable. Parallèlement, l’organisation rappelle que le leader indigène, Agustín Wachapá, était toujours en liberté conditionnelle en mai dernier, après quatre mois de détention préventive pour incitation à la violence, dans la province Morona Santiago en 2016.

Ces minorités indigènes n’ont jamais accepté passivement la situation qui leur était imposée depuis la colonisation, elles ont toujours manifesté pour leurs droits et pour la reconnaissance de leur(s) identité(s). Au début des années 60, au moment de la restauration du régime démocratique en Équateur, les quichuas de la montagne ont créé une organisation dont le nom signifie « le réveil des Indiens de l’Équateur ». Au même moment, d’autres associations commencent à voir le jour et s’unissent dans l’espoir de toucher le gouvernement. En 1995, le parti Pachakutik (ou Mouvement de l’unité plurinationale) est créé pour représenter les intérêts du mouvement indigène mené par la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) qui regroupe tous les peuples originaires du pays. Ce parti a joué un rôle décisif, entre « obéissance » et « désobéissance » civile : le passage par la voie électorale contribue à une nouvelle participation populaire dans les gouvernements locaux, mais les rébellions se maintiennent en Équateur (appels aux blocages, marches).

Malgré leur reconnaissance officielle en 1998, ces minorités peinent encore à se faire entendre. Depuis toujours, la défense de leur terre et, plus profondément, la défense de la Mère Terre, est le principal facteur de mobilisation. En Équateur comme dans de nombreux pays, ces terres et ces populations se sont senties menacées par les entreprises d’élevage de bétail et d’exploitation de bois, puis par les industries pétrolière et minière, qui ne cessent de gagner du terrain. Depuis 2007, la Déclaration des droits des peuples autochtones adoptée par l’ONU affirme le droit à l’autodétermination pour les 370 millions d’autochtones dans le monde et dispose notamment que les peuples indigènes ne peuvent être expulsés de leur terre. On ne parle alors plus de « peuples expulsés », mais, avec beaucoup de retenue et d’ironie, de « populations contraintes de s’en aller ».

Marion GONNET

À Valence, 19e « Regards sur le cinéma espagnol et latino-américain » au cœur de la Drôme

Depuis maintenant 19 ans, les Regards sont un rendez-vous incontournable du paysage culturel de Valence. Marie-Pierre Bossan, professeur d’espagnol à l’IUT de Valence, en est à l’origine. Passionnée de cinéma hispanique, elle a eu l’idée de ce festival consacré aux films espagnols dès son arrivée dans la Drôme en 1999. Elle a donc commencé par démarcher les cinémas locaux pour concrétiser son projet, et c’est finalement le cinéma d’art et essai Le Navire, bien connu des cinéphiles valentinois, qui a accepté de se lancer dans l’aventure.

Photo : Regards

La toute 1ère édition s’est tenue en mars 2000, réunissant 200 spectateurs sur trois jours avec cinq films espagnols. Un début certes modeste mais qui prouvait néanmoins à Bruno Boyer, le directeur du Navire de l’époque, qu’il y avait un public potentiel. La manifestation s’est par la suite étendue à une semaine, s’étoffant d’animations et de rencontres, et ouvrant sa sélection de films à l’Amérique Latine. Et ça marche ! Au fil des années, le public est au rendez-vous, toujours plus nombreux. Et si le festival perdure, c’est avant tout grâce aux spectateurs, à leurs encouragements, aux moments partagés avec eux. « J’ai eu souvent envie de tout arrêter parce que ça devenait trop lourd, mais chaque fois à l’issue du festival, je me sentais comme ranimée en voyant l’enthousiasme du public », confie Marie-Pierre Bossan.

La difficulté majeure pour les Regards, comme pour tout festival de région, c’est de parvenir à faire face aux grosses manifestations que sont le Cinespaña de Toulouse ou le Festival de cinéma espagnol de Nantes. Non que ces festivals représentent des concurrents : au contraire, cette multiplication des évènements a créé une dynamique et contribué à ce que davantage de films soient distribués. Mais comme les Regards sont moins connus, il leur est plus difficile de se procurer des films non distribués en France – films dont il existe des copies sous-titrées accessibles par le biais de l’ICAA, équivalent espagnol du Centre National Cinématographique. Et pour cela, il faut davantage de visibilité et de moyens. Il faut donc batailler chaque année pour trouver des films, des partenaires financiers et faire venir des réalisateurs dans cette petite ville de province…

Marie-Pierre Bossan est secondée dans cette tâche par Cyril Désiré, l’actuel directeur du cinéma Le Navire, et par ses élèves de l’Institut Universitaire de Technologie. « En tant qu’enseignante dans des filières de commerce et communication, je travaille avec un groupe d’étudiants qui se charge d’une partie de la communication et de la recherche de sponsors. L’approche pédagogique sous forme de « projets tutorés » me plaît, mais là encore ce n’est pas toujours facile car les étudiants changent tous les ans et n’ont donc pas la mémoire de ce qui a été fait. Il faut repartir de zéro chaque année. » Une petite équipe de fidèles partenaires de la première heure gravite en outre autour des deux organisateurs : la graphiste Anne Poupard, la Médiathèque de Valence, l’Aduda (Agence de Développement Universitaire), médias locaux, associations et commerçants…

L’association Chisp@

On l’aura compris, porter un festival comme les Regards demande de la persévérance et de l’énergie. « Ce qui est certain, c’est qu’il manque une vraie structure associative. Pour l’instant le festival s’appuie sur trop peu de personnes, et je crois que des soutiens extérieurs sont indispensables pour ne pas perdre l’enthousiasme au fil des années » nous confiait Marie-Pierre Bossan en 2012. De la parole aux actes, il n’y avait qu’un pas et les Regards l’ont franchi en 2013, en créant l’association Chisp@ (Cine Hispánico-Cultura Hispánica), 100 % féminine. Marie-Pierre Bossan peut désormais compter sur trois consœurs enseignantes elles aussi  pour l’épauler. Programmation, recherche d’invités et de partenaires, communication, « las cuatro chispas » (étincelles) ne ménagent pas leurs efforts pour proposer un festival qui n’a rien à envier à des manifestations plus médiatisées.

Passés de 8 à 11 jours en 2014, les Regards ont également su s’entourer et multiplier les partenariats. Labellisé Festivals Connexion (réseau des festivals de cinéma en Rhône-Alpes) depuis 2012, le festival fait partie du dispositif Lycéens et apprentis au cinéma et a signé en 2016 une convention avec le GRIMH (Groupe de Réflexion sur l’Image dans le Monde Hispanique), qui réunit des grands spécialistes de ce domaine. Les Regards sont également soutenus par l’Instituto Cervantes de Lyon, dont le directeur Domingo García Cañedo a ouvert l’édition 2015. Ils collaborent aussi avec le Théâtre de la Ville et le Train-Théâtre pour des concerts, le Train-Cinéma pour des séances délocalisées, et pour la première fois cette année avec L’Equipée, acteur pédagogique et culturel de La Cartoucherie (pôle national d’excellence du film d’animation) qu’on ne présente plus.

Un lieu d’ouverture, de rencontres et d’échanges

Être petit peut aussi être un avantage : la spécificité des Regards, c’est que leur taille humaine permet des échanges privilégiés. Toujours animé par ce désir de rencontres et de dialogue, le festival reçoit chaque année des réalisateurs (Juan José Lozano, Gabriel Velázquez, Jaime Rosales, Adrián Saba, Nina Faure, Julia Solomonoff…) et des universitaires (Jean-Claude Seguin, Nancy Berthier, Emmanuel Larraz, Sonia Kerfa, Jean Ortiz, Magali Kabous, Jean-Paul Aubert…). Depuis ses débuts, le festival se veut aussi militant, comme le prouvent les thématiques abordées et les intervenants invités, souvent avec l’aide des Amis du Monde diplomatique. Sont ainsi intervenus Maurice Lemoine sur la Colombie et le Venezuela, Franck Gaudichaud sur le Chili et Salim Lamrani sur Cuba.

Autant dire que depuis son lancement, les Regards ont fait du chemin et ont su fidéliser leur public. Dix-neuf ans après, ils sont au mieux de leur forme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’édition 2017 a rassemblé quelque 6000 spectateurs un chiffre honorable dans une ville de 65 000 habitants autour de 45 films originaires de 9 pays hispanophones et 150 séances. Et surtout, le festival commence à compter des invités prestigieux : le temps fort des 18èmes Regards fut incontestablement la venue de Javier Gutiérrez, Goya 2014 du Meilleur acteur. Un hommage lui a été rendu à travers la projection de quatre de ses derniers films, dont la superproduction 1898 : Los últimos de Filipinas, championne des nominations aux Goya 2017. Non distribuée en France, elle a été pour l’occasion sous-titrée en français par l’équipe du festival… une première !

La 19ème édition, du 7 au 18 mars 2018

L’événement de cette 19ème édition sera sans conteste la venue d’Antonio de la Torre, invité d’honneur du festival. Acteur de premier plan du cinéma espagnol actuel, il compte à son actif près de 60 films et 11 nominations aux Goya, et a tourné avec les réalisateurs les plus en vue (Pedro Almodóvar, Álex de la Iglesia, Icíar Bollaín, Alberto Rodríguez, Steven Soderbergh). Un hommage lui sera rendu à travers la projection de ses derniers films, dont Abracadabra en avant-première, El autor, encore inédit en France, Que Dios nos perdone et La colère d’un homme patient.

« Le gros plan Colombie, le chemin vers la paix » s’intéressera aux quatre années de processus de paix entre les FARC et le gouvernement colombien, avec la projection exceptionnelle du documentaire inédit en France El silencio de los fusiles de Natalia Orozco, séance qui sera suivie d’un échange avec la réalisatrice en visio-conférence depuis la Colombie.

Le festival consacrera également trois focus : l’un sur l’Espagne de la transition démocratique avec la reprise en version restaurée de Vivre vite ! de Carlos Saura, un autre sur l’Espagne de la crise immobilière avec Bricks de Quentin Ravelli, et un dernier sur le Cuba des années 60 avec Rouges années de Renaud Schaack. Parallèlement aux projections, on retrouvera tous les rendez-vous habituels : l’apéritif de la soirée d’ouverture devant l’exposition de photos de Christophe Kuhn Amers Indiens en Amérique Latine, le ciné-goûter pour les enfants, l’élection du Coup de cœur du public, les concerts et soirées dansantes aux accents latinos, et la grande soirée de clôture ciné-tapas. Tout cela dans une ambiance festive et conviviale, avec des moments forts en émotions.

Christelle GUIGNOT 

Regards : du 7 au 18 mars 2018 au cinéma Le Navire, 9 bd d’Alsace, 26000 Valence – Programme Regards Valence – Facebook

Grave recul des droits humains selon le Rapport 2018 d’Amnesty International

Dans l’ensemble de la région des Amériques, un très grand nombre de personnes sont confrontées à une crise des droits humains de plus en plus grave, exacerbée à la fois par la dévaluation des droits humains en droit, en politique et en pratique, et par le recours croissant aux politiques de diabolisation et de division. Ce recul des droits fondamentaux a renforcé la méfiance à l’égard des autorités et des systèmes judiciaires nationaux.

Photo : Amnesty France

Le Rapport 2018 publié la semaine dernière par l’association de défense des droits humains traite de 159 pays. Selon Amnesty, au lieu de s’appuyer sur les droits humains pour rendre l’avenir plus juste, beaucoup de gouvernements sont revenus à des politiques répressives, utilisant de manière abusive leurs forces de sécurité et leur appareil judiciaire pour faire taire la contestation et les critiques. De même, ils laissent la pratique généralisée de la torture et d’autres mauvais traitements se poursuivre en toute impunité ; ils ne font rien pour lutter contre les inégalités, la pauvreté et la discrimination omniprésentes et entretenues par la corruption, l’absence d’obligation de rendre des comptes et les défaillances de la justice.

En Amérique latine

Dans l’ensemble de la région, les actes de violence sont souvent favorisés par la prolifération des armes illicites de petit calibre et la progression de la criminalité organisée. La violence à l’égard des personnes LGBTI, des femmes, des filles et des peuples indigènes est fréquente. Selon un rapport de l’ONU, l’Amérique latine et les Caraïbes demeurent la région la plus violente du monde pour les femmes, en dépit de lois draconiennes adoptées pour résoudre cette crise. La région continue d’afficher une augmentation inquiétante des menaces et d’attaques visant des défenseurs des droits humains, des militants des droits fonciers, des dirigeants de communautés et des journalistes, y compris par le biais d’une utilisation abusive de l’appareil judiciaire.

Un très grand nombre de personnes ont fui leur foyer pour échapper à la répression, à la violence, à la discrimination et à la pauvreté. Beaucoup ont subi d’autres atteintes aux droits humains pendant leur périple ou à leur arrivée dans d’autres pays de la région. L’incapacité des États à faire respecter les droits humains a laissé plus de latitude aux acteurs non étatiques pour commettre des crimes de droit international et d’autres violations. Parmi ces acteurs figurent des organisations criminelles, qui contrôlent parfois des territoires entiers, souvent avec la complicité ou l’assentiment des forces de sécurité. Des entreprises nationales et multinationales ont essayé de s’emparer des terres et des territoires de communautés indigènes et paysannes. L’absence de protection des droits économiques, sociaux et culturels a fait souffrir énormément de personnes.

Exprimer ses opinions devient dangereux

Selon Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, « en 2018, nous ne pouvons certainement pas tenir pour acquise la liberté de nous rassembler pour protester ou celle de critiquer nos dirigeants. En fait, il devient de plus en plus dangereux d’exprimer ses opinions… Les autorités poursuivent sans relâche les personnes qui se sont mobilisées pour les droits humains. Un nombre sidérant et croissant de militants sont tués : 312 homicides ont été enregistrés en 2017, contre 281 l’année précédente… »

L’organisme souligne la tendance à la criminalisation de la protestation, les détentions arbitraires en augmentation, les morts dans des contextes de manifestations sociales et la discrimination croissante envers les peuples originels lorsque les autorités utilisent des procédures pénales pour les harceler.

De l’espoir cependant

Pour Amnesty, le déni croissant des droits fondamentaux n’a pourtant pas été synonyme de désengagement. Le malaise social naissant a incité des personnes à descendre dans la rue, à défendre leurs droits et à réclamer la fin de la répression, de la marginalisation et de l’injustice. En dépit des efforts déployés par certains États pour fermer des ONG, entraver le travail des médias, restreindre le droit des personnes à manifester, et emprisonner des personnes menant des campagnes, les gens ont refusé de se taire. Dans ce climat de peur et d’intimidation, « il est plus important que jamais de continuer de faire entendre notre voix ».

Jac FORTON *

  • Textes repris du Rapport 2018.  Site AI France

L’Accord de libre échange nord-américain, ALENA : reprise des négociations dans la capitale mexicaine

Le Canada, les États-Unis et le Mexique se sont retrouvés dans la capitale mexicaine pour parler de l’Alena. Les négociateurs vont se rencontrer 52 fois entre les 27 février et 5 mars 2018. L’Alena, Accord de libre-échange nord américain, a été signé le 17 décembre 1992 par George Bush, Carlos Salinas de Gortari et Brian Mulroney. Il est entré en vigueur le 1er janvier 1994. Le même jour une guérilla inconnue, bien armée et informatisée, entrait en dissidence violente dans le Chiapas, au sud du Mexique, l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale).

Photo : Radio Canada

Donald Trump a exigé en 2017 une renégociation. Depuis l’été dernier, les experts des trois pays négocient. Sans grands espoirs. Mais sait-on jamais ? Donald Trump a ciblé dans sa campagne électorale le Mexique comme responsable des maux qui perturbent ses concitoyens. Le Mexique empoisonnerait la jeunesse avec ses drogues, le Mexique laisserait passer des migrants va-nu-pieds vers le Nord, dont beaucoup seraient selon le locataire de la Maison Blanche porteurs de maladies, et même terroristes. Le Mexique, enfin, volerait le travail des classes laborieuses des États-Unis.

L’Alena en résumé serait un accord hautement dommageable aux intérêts nord-américains. Donald Trump l’a rappelé le 25 février 2018 devant un aéropage conservateur. L’accord aurait aspiré des milliers d’emplois et généré un commerce extérieur déséquilibrant la balance des échanges. « Notre déficit est de 100 milliards de dollars. Ce qui veut dire que l’Alena n’est pas bon. Il faut donc le renégocier pour restaurer un équilibre, plus favorable aux intérêts des États-Unis », a-t-il déclaré. Et si cela n’est pas possible, le dénoncer. Comme cela a été fait pour le Traité de libre-échange Trans-Pacifique, l’Unesco et le Traité de Paris sur le climat. Canadiens et Mexicains ont bien reçu et compris le message, ou l’injonction. Et depuis six mois, ils s’efforcent de préserver ce qui peut l’être.

Le propos « Trumpien » laisse entendre qu’ Ottawa et Mexico auraient tiré les marrons du feu. L’investissement nord-américain, il est vrai, est monté en puissance. Et avec lui les emplois délocalisés. Le Mexique est ainsi devenu en quelques années un des producteurs d’automobiles les plus importants du monde. Les grands fabricants sont tous là, Chrysler, Ford, Nissan, Toyota, Volkswagen. La construction aéronautique a suivi. L’immobilier a accompagné les flux industriels. Une forêt de tours a fleuri sur le paseo de la Reforma au cœur de la capitale mexicaine et en bien d’autres lieux.

Le Mexique a-t-il fait une bonne affaire ? Les débats sont ouverts. Peu compétitive, son agriculture a souffert. Les paysans ont été poussés à l’émigration vers les États-Unis, faute de pouvoir continuer à vivre dans leurs villages. La croissance économique a été médiocre de 1995 à 2017, autour de 2 % par an. Le marché de l’emploi n’a pu, dans ces conditions, répondre à la demande. La délinquance a explosé. Elle offre en effet travail et argent à beaucoup d’oubliés sociaux. Et avec elle les violences de toutes sortes. Elles n’épargnent désormais plus personne. Ni les journalistes, ni les représentants du clergé, ni les candidats aux élections.

Les États-Unis ayant dénoncé ce qu’ils avaient cautionné, les candidats aux présidentielles mexicaines du 1er juillet prochain sont tous aujourd’hui des « Alenistes ». Et chacun fait ses comptes d’apothicaire sur ce qu’il est possible de lâcher pour préserver l’essentiel. Pourcentages des pièces nord-américaines entrant dans la fabrication de véhicules, mécanismes de solution des controverses, clause « Sunset » – de révision automatique du traité tous les cinq ans -, niveau des salaires et droit du travail, propriété intellectuelle, entraves commerciales – dites « techniques énergie »-, télécommunications, textiles… « Les discussions sont difficiles », a publiquement reconnu Ildefonso Guajardo, Secrétaire d’État (ministre) à l’économie mexicaine. De fait, elles ont été interrompues par le départ inopiné des négociateurs nord-américains de la corbeille pièces automobiles.

Le pire étant dans l’ordre du probable, parallèlement à ces négociations, les différents acteurs se préparent à faire face à l’échec. Les industriels nord-américains de l’automobile se disent prêts à rapatrier leurs emplois et leurs chaînes de montage. Sans attendre, Chrysler-Fiat a déjà annoncé qu’il allait désormais fabriquer ses camionnettes Ram aux États-Unis. Les fabricants Polaris (véhicules tous terrains) et Lear (pièces automobiles) ont signalé des intentions identiques. Mais pour d’autres, la perspective de ce rapatriement d’activités est un cauchemar. Les prix de vente à la consommation augmenteraient. Ce qui affecterait la consommation et la croissance des États-Unis. Les Mexicains de leur côté multiplient les sorties de secours. Ils négocient tous azimuts avec les asiatiques, européens, latino-américains afin d’amortir en amont le choc de la dénonciation de l’Alena par Washington.

Les deux chefs d’État, Enrique Peña Nieto et Donald Trump devaient se rencontrer à l’issue de ce septième cycle de négociations. Pour essayer de « recoller les morceaux ». La rencontre bilatérale programmée initialement le 31 janvier 2017 avait en effet été annulée suite aux tonitruantes déclarations du président des États-Unis sur la construction d’un mur à la frontière sud, payé par le Mexique. Hormis un bref tête à tête à Hambourg en marge du G-20, la perpétuation d’une quasi guerre froide a empêché toute entrevue. Le projet de rencontre prévu en février est tombé à l’eau pour les mêmes raisons qu’en janvier 2017. Dans l’attente, deux des signataires de l’ALENA, George Bush et Carlos Salinas de Gortari ont organisé à Houston, le 27 février 2018, une sorte de commémoration, sur un mode anciens combattants.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

« Le Pérou avant les Incas », une exposition autour des civilisations péruviennes au quai Branly

Cupisnique, Mochica, Chimú, Lambayeque… Loin d’avoir dans notre imaginaire la puissance évocatrice des Incas, ces cultures anciennes du Nord du Pérou ont pourtant porté les germes du plus vaste empire préhispanique. Enquête sur les traces de ces civilisations disparues, avec pour toile de fond une réflexion sur le pouvoir. Du 14 novembre 2017 au 1er avril 2018, exposition présentée au Musée du quai Branly à Paris, en partenariat avec le ministère de la Culture du Pérou.

Photo : Musée Qua Branly Jacques Chirac

Au pied de la cordillère des Andes, sur la côte nord du Pérou, se trouve l’un des déserts les plus arides du globe. Un territoire inhospitalier sur lequel se sont épanouies de nombreuses cultures aujourd’hui tombées dans l’oubli, éclipsées dans l’imaginaire par l’Empire Inca. Parmi ces sociétés anciennes, les Mochicas (ou Moché) – sans doute l’une des premières à avoir construit une structure étatique – ont posé, il y a plus de 1500 ans, les bases de la civilisation préhispanique.

S’appuyant sur les récentes avancées archéologiques réalisées dans la région – sur les sites des Huacas près de Trujillo ou des tombes royales de Sipán notamment –, l’exposition se propose d’étudier l’origine et l’organisation du pouvoir dans ces sociétés anciennes. Parmi les dieux célestes, les rois, les élites et seigneurs urbains, les guerriers et prêtres ou prêtresses, qui détenait ce pouvoir ? Comment se manifestait-il ? À travers près de 300 pièces dont des céramiques uniques, une enquête archéologique sur la succession des systèmes politiques. En hommage à Santiago Uceda (12 octobre 1954 – 14 janvier 2018), commissaire de l’exposition, archéologue et ancien directeur du musée Huacas de Moche au Pérou.

D’après le Musée du quai Branly

« Le code maya enfin déchiffré », documentaire diffusé ce samedi 3 mars à 20 h 50 sur Arte

Le documentaire Le code maya enfin déchiffré, réalisé par l’américain David Lebrun est un magnifique témoignage sur la civilisation maya, et sa mystérieuse écriture, restée indéchiffrable pendant quatre siècles. Selon le New York Times, c’est « l’une des plus formidables histoires de découverte scientifique du XXᵉ siècle ». Le documentaire sera diffusé samedi 3 mars à 20 h 50 sur Arte, et restera disponible sur internet durant sept jours après la diffusion.

Photo : Arte Magazine

L’irruption des Espagnols sur le continent américain en 1519 contraint les Mayas à se réfugier dans la forêt vierge. Dans les cités abandonnées, les conquistadors découvrent des objets sacrés et utilitaires, mais aussi des milliers de livres rédigés selon un mystérieux alphabet composé de hiéroglyphes. Pour les très chrétiens envahisseurs, il ne peut s’agir là que de l’œuvre du diable : ils interdisent ces ouvrages et en brûlent un nombre considérable.

La tradition maya se perpétue néanmoins jusqu’en 1697, date de la prise de la dernière ville indépendante, puis la civilisation sombre dans l’oubli jusqu’aux premières fouilles archéologiques du XIXᵉ siècle. Les chercheurs s’attaquent bientôt au déchiffrage de la calligraphie. Ils remportent un premier succès en parvenant à comprendre le calendrier maya et à identifier les glyphes des monuments. Mais l’écriture, elle, conserve tous ses secrets.

Et il faut attendre la fin du XXᵉ siècle et l’exploration du site de Piedras Negras, dans le nord du Mexique, pour avancer de façon significative dans le déchiffrement des écrits. Une importante équipe pluridisciplinaire (réunissant des paléographes, des épigraphistes, des historiens, des ethnographes, des archéologues, des astronomes et des linguistes) commence à faire parler les textes. On y découvre des histoires de royaumes et de guerres, d’alliances et de trahisons, de puissantes dynasties et de brillants généraux, d’artistes inventifs et de héros légendaires. Des récits qui témoignent de la profonde originalité de la civilisation maya, restée longtemps totalement isolée contrairement aux grands royaumes asiatiques et européens soumis à de multiples influences.

D’après ARTE

Documentaire de David Lebrun (États-Unis, 2008, 1h30mn) – Production : Night Fire Films Inc. Company, en association avec ARTE France – (R. du 13/9/2008)

Au Salvador, Teodora Vázquez condamnée à trente ans de prison pour une fausse couche

Accusée d’homicide aggravé après avoir subi un avortement involontaire, Teodora Vázquez, femme salvadorienne, avait été condamnée à une peine de trente ans de prison. Après dix ans d’emprisonnement, elle a été libérée la semaine dernière, suite à la décision prise par la Cour de Justice qui a réduit sa peine. Néanmoins, elle reste coupable aux yeux de la justice car, du point de vue de la loi salvadorienne, l’avortement est considéré comme un délit, sans aucune exception, même en cas de viol ou d’inceste, ou de danger  pour la santé de la femme. Les accusées peuvent encourir jusqu’à 40 ans de prison. Le site Konbini a mis en ligne un reportage consacré à Teodora Vásquez.

Photo : Radio Canada

Depuis 1997, le Salvador possède une des plus sévères lois pour les femmes qui pratiquent l’avortement et pour ceux qui les assistent. Actuellement, le pays a un des indices de grossesse les plus hauts parmi les pays d’Amérique Latine, et environ 30 % de ces femmes sont des adolescentes. Une étude du Ministère de la Santé sur les grossesses des filles et des adolescentes au Salvador en 2015 révèle que, toutes les vingt-et-une minutes, une fille ou une adolescente apprend qu’elle est enceinte.

Les conditions de pauvreté, l’abus sexuel et l’éducation sont les facteurs qui expliquent cette logique, et c’est l’extrême législation anti-avortement qui peuvent les amener à ruiner ces vies. Néanmoins, cela reste une loi qui touche les plus démunies, et la seule solution pour la contourner peut sembler couteuse et consiste à pratiquer un avortement secret dans une clinique privée. S’il est évident qu’une loi anti-avortement ne réduit pas les taux de grossesse, elle augmente en revanche le nombre d’avortements clandestins, très dangereux pour la vie et la santé de la femme.

En 2016, un projet de loi a été présenté par le parti de gauche Libération Nationale (FMLN), soutenu par les organisations féministes salvadoriennes, qui cherchait a réformer la loi en permettant l’avortement si la grossesse est le résultat d’un viol, de la traite de personnes, ou si la vie future du fœtus n’est pas considérée comme viable. Mais la réponse du parti de droite ARENA a été de proposer une augmentation à 50 ans de prison pour délit d’avortement.

Aujourd’hui, au milieu d’une pression croissante de la part des citoyens, des activistes, des ONG et de l’ONU, l’objectif est la décriminalisation totale de l’avortement. Les législateurs et les députés commencent à envisager une diminution des restrictions. La refonte de cette loi pourrait signifier une avancée sociale concernant les droits des femmes, mais il ne faut pas oublier le poids considérable que représente l’Église catholique dans ce débat, car le Salvador reste un pays traditionnellement catholique.

Le cas de Teodora Vázquez a fortement retenu l’attention de la population et des organismes nationaux comme internationaux. Mais c’est un cas résolu parmi d’autres qui ne le sont pas : il y a toujours au moins 27 femmes derrière les barreaux accusées du même crime, c’est-à-dire d’avoir subi un avortement spontané ou d’avoir dû faire face à la mort d’un fœtus mort parce qu’elles ont souffert de complications pendant la grossesse.

Karla RODRÍGUEZ

Le site Konbini news propose un reportage en ligne. Hugo Clément et Clément Brelet les ont rencontrées et ont tenté de comprendre comment une telle loi pouvait exister. Visionner le reportage : Konbibi-ElSalvador

Libérez Ahmet Altan, romancier et journaliste turc, condamné à perpétuité

Les éditions Actes Sud viennent de lancer une campagne signée conjointement avec l’association Les Nouveaux Dissidents pour demander la libération d’Ahmet Altan, un des journalistes les plus renommés de Turquie, dont l’œuvre littéraire a connu un succès mondial. Il vient d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Photo : DW
Accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016, alors qu’il ne fait que dénoncer, depuis plusieurs décennies, toutes les atteintes du pouvoir à la démocratie, Ahmet Altan était incarcéré depuis septembre 2016 à la prison de Silivri (à 70 kms d’Istanbul). Vendredi 16 février 2018, il a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de « renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence ». Il est condamné à la réclusion à perpétuité.
 
« Après le coup d’État manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague. Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. Sans preuve, sans faits avérés, c’est purement atroce ! J’appelle tous les écrivains, les éditeurs, les journalistes à être solidaires d’Ahmet Altan et de tous les écrivains, journalistes, jetés en prison ou persécutés. » Asli Erdogan, le 19 février 2018.
 
Ahmet Altan, né en 1950, est un des journalistes les plus renommés de Turquie, son œuvre de romancier a par ailleurs connu un grand succès, traduite en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, grec…). Deux de ses romans sont parus en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (2000) et L’Amour au temps des révoltes (2008). Son père, le journaliste Çetin Altan, fait partie des dix-sept députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967. Pour ses articles, il sera condamné à près de 2 000 ans de prison. En 1974, dans le contexte de L’Opération de maintien de la paix (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan s’engage dans le journalisme : très vite, il commence à être connu pour ses articles en faveur de la démocratie. Il publie en 1982 son premier roman (vendu à 20 000 exemplaires) puis devient, en 1985, rédacteur en chef du journal Günes. Il publie son deuxième roman qui est condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé.
 
Esprit critique et très en prise avec la société turque, il est arrêté le 10 septembre 2016 ainsi que son frère Mehmet Altan, également journaliste, accusés d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. Douze jours plus tard, il est mis en liberté provisoire, mais vingt-quatre heures plus tard, il est de nouveau incarcéré et reste en prison, inculpé « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ». Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le vendredi 16 février 2018, par le 26e tribunal pénal d’Istanbul.
Éditions Actes Sud
 
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