Archives mensuelles :

février 2017

Pour la première fois, une femme poète guarani entre dans la Société des écrivains paraguayens

Mardi 14 février ǀ ARGENTINE ǀ   C’est au tour du président Mauricio Macri, au pouvoir depuis le 10 décembre 2015, d’avoir des démêlés avec la justice : un procureur a demandé l’ouverture d’une enquête contre lui, pour préjudice présumé envers l’État lors d’un arrangement du remboursement d’une dette liée à l’achat par la famille Macri de la Poste argentine.  .

Mercredi 15 février ǀ RÉPUBLIQUE DOMINICAINE  ǀ   Le directeur d’une radio et l’un de ses journalistes ont été tués par balles par un inconnu, en pleine émission retransmise en vidéo sur internet, selon la police. La secrétaire de la station de radio a été blessée dans l’attaque.

Jeudi 16 février  ǀ  VENEZUELA  ǀ   « Narcotrafiquant » et « proche du violent cartel mexicain Los Zetas », sont les accusations portées par le Trésor américain contre le vice-président Tareck El Aissami, l’un des dirigeants les plus influents du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), nommé à la vice-présidence du pays en janvier. D’autre part, la justice a confirmé définitivement la condamnation à 14 ans de prison de Leopoldo López, figure de l’opposition, pour incitation à la violence lors d’une manifestation pro-gouvernementale qui fit 43 morts en 2014.

Vendredi 17 février  ǀ  MEXIQUE  ǀ  Des milliers de Mexicains ont formé « un mur humain » le long de la frontière avec les États-Unis pour protester contre le projet de mur frontalier du président Donald Trump. La manifestation, organisée par les autorités locales et des associations civiles, a réuni de nombreux étudiants, des politiques et des leaders sociaux locaux à Ciudad Juárez (nord).

Samedi 18 février  ǀ ARGENTINE  ǀ   Au moins 19 personnes ont été tuées et une vingtaine blessés dans l’accident d’un autocar transportant une quarantaine de passagers en provenance de la province de Mendoza à destination du Chili, ont annoncé les autorités de la province.

Dimanche 19 février  ǀ ÉQUATEUR ǀ  Selon 81,90 % des suffrages exprimés le Conseil national électoral (CNE).communique que l’ex-vice-président Lenin Moreno, candidat d’Alianza PAIS ( Patria Altiva I Soberana), au pouvoir, a recueilli 39,01 % des voix et pourrait affronter au second tour l’ancien banquier conservateur Guillermo Lasso, du mouvement Créant des opportunités (Creo), crédité de 28,50%. L’ex-députée de droite Cynthia Viteri, qui a obtenu 15,4%, a apporté son soutien à la candidature de M. Lasso, en cas de second tour. Voir notre article principal.

Lundi 20 février  ǀ PARAGUAY ǀ   Pour la première fois, une femme poète guarani entre dans la Société des écrivains paraguayens. Alba Eiragi Duarte a été reçue dans la Maison de la culture Augusto Roa Bastos pour son livre de poésies « Ñe’ê yvoty. Ñeê poty », « Fleur des mots. Mots en fleurs » en langue guarani.

Mardi 21 février  ǀ BOLIVIE ǀ   Un an après l’opération médiatique dans laquelle Gabriela Zapata, une ancienne compagne du président Evo Morales, affirmait avoir eu un garçon de lui, elle reconnait que ce fut tout un mensonge organisé par l’opposition. Cet épisode avait fait perdre un referendum à Morales. En Bolivie, le 21 février est connu comme le « Jour du mensonge » par le gouvernement, et comme le « Jour de la Démocratie » par l’opposition. Il y aura une marche pour les deux côtés.

Guy MANSUY

Bustos, Le Douanier Rousseau, Posada

Les éditions Hermann à Paris vient de publier un ouvrage sur José Guadalupe Posada que les artistes modernes ont été les premiers à saluer. Son auteur Serge Fauchereau, est responsable d’une quarantaine d’ouvrages, a dirigé de nombreuses expositions dans les grandes institutions internationales.

Photo : éd. Hermann

On connaît José Guadalupe Posada que les artistes modernes du Mexique ont été les premiers à saluer et dont les surréalistes aimaient l’humour noir. Depuis lors, le monde entier rit de ses squelettes à chapeaux fleuris ou roulant à bicyclette. On devrait connaître mieux son devancier Hermenegildo Bustos, le très sérieux facteur des postes d’un village reculé qui était aussi peintre et portraitiste autodidacte fier de sa singularité indienne. Un troisième exemple d’imagination est celui du célèbre Douanier Rousseau qui peignait des jungles et des scènes du Mexique où il prétendait être allé. Ses tableaux somptueusement fantastiques ne sont pas moins rêvés que les faits divers délirants de Posada ou les phénomènes météoriques guettés par Bustos.

Regard aigu d’un membre de la communauté, regard d’enfant ou regard de conteur amusé, ces trois exemples que relie le fantasme d’un même lieu suscitent des questions sur  le statut d’artiste (qu’est-ce qu’un artiste ?) et le produit de sa création (art brut, art naïf, art de musée, art indépendant, art populaire…). Faux problèmes si ne compte que la force de l’œuvre. Vrais problèmes si on considère la situation sociale de l’artiste. Serge Fauchereau, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, a dirigé de nombreuses expositions dans les grandes institutions internationales. 

Éditions Hermann

Bustos, Le douanier Rousseau, Posada, de Serge Fauchereau, éd.Hermann, 100 p., 19 €.

Pessac : 34ème édition des Rencontres du cinéma latino-américain

L’association France Amérique Latine 33, organisatrice des Rencontres, a voulu privilégier un cinéma qui nous reconnecte avec le local, le quotidien, la réalité des gens, la lutte, en contrepoint des images mille fois répétées du monde que créent les grands médias et le cinéma commercial planétaire. Les films de la programmation nous racontent chacun à leur façon des histoires difficiles, des histoires riches de la détermination et de l’énergie de la lutte que seul le collectif peut créer.

Un programme varié comprenant 6 documentaires indépendants, 8 films de fiction issus de la production latino-américaine récente (dont deux avant-premières), 2 documentaires hors compétition (dont une première mondiale). Les spectateurs auront l’occasion de rencontrer de nombreux réalisatrices et réalisateurs, des écrivains, une Classe Cinéma, une table ronde sur le rôle des télévisions dans l’homogénéisation médiatique globale, une soirée d’inauguration autour de la Femme (8 mars 2017) en collaboration avec Cinéréseaux et La Maison de Simone de Pessac,  sans oublier deux concerts, des animations en musique, une exposition, et toujours de la bonne humeur ! 34e Festival de Pessac, du 8 au 14 mars 2017 au cinéma Jean Eustache, Place de la 5ème République à Pessac (33600) et au Bar le Quartier Libre, 30 Rue des Vignes à Bordeaux.

Décryptage de la situation cubaine organisé par la spécialiste Janette Habel à l’IHEAL

L’Observatoire Cuba organise une rencontre ce vendredi 24 février 2017 à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL) qui sera l’occasion d’aborder les différentes et nombreuses problématiques auxquelles fait face l’île depuis que la transition est à l’œuvre et au lendemain de l’investiture de Donald Trump.

Photo : L’Humanité

 Un thème d’actualité. Vendredi, l’Observatoire Cuba rassemble à l’IHEAL des universitaires cubains et nord-américains afin de décrypter la situation cubaine. Au cours des derniers mois, le contexte international a évolué et a vu apparaître une nouvelle donne : la disparition du dirigeant cubain Fidel Castro et un nouveau président des États-Unis qui a l’intention de revenir sur de nombreuses initiatives de son prédécesseur. De 17 heures à 19 heures 50, la rencontre portera sur les problématiques économiques, migratoires et internationales de l’île au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Cela intéresse des enjeux géopolitiques importants pour l’avenir cubain. Il convient alors de s’interroger sérieusement sur les perspectives d’évolution concernant non seulement le rapprochement entre Cuba et les États-Unis mais aussi la transition à l’œuvre dans l’île dans tous les domaines.

Un regard de spécialistes. La politologue, enseignante et spécialiste de Cuba, Janette Habel organise cette séance cubaine et s’exprimera sur le sujet : « Premiers pas de Donald Trump : le test cubain ». Ayant réalisé des travaux de recherche portant essentiellement sur Cuba, la politique extérieure des États-Unis envers l’Amérique latine et sur les zones de libre-échange, elle partagera ses réflexions avant que la discussion ne s’oriente vers les autres sujets programmés tels que la compétition avec la Chine et la politique migratoire. Cette rencontre comptera également sur la présence de l’ancien conseiller culturel à l’Ambassade de France de retour de Cuba, Xavier d’Arthuys, qui pourra intervenir afin d’échanger sur son expérience.

Un établissement renommé. Au 28 rue Saint-Guillaume à Paris et en tant que composante de l’Université Sorbonne Nouvelle, l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine se consacre aux sciences humaines et sociales sur le continent latino-américain tant par l’enseignement que par la recherche. En plus de coopérer avec de nombreuses universités latino-américaines et européennes, il édite différents ouvrages dont la revue pluridisciplinaire les Cahiers des Amériques latines, publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis plusieurs décennies. La plus grande île des Caraïbes a été au centre de l’attention internationale au cours de l’Histoire et ne manquera pas d’être au cœur des discussions pour encore un certain temps.

Adélaïde HÉLARY

 Observatoire Cuba le vendredi 24 février 2017 à 17h à l’IHEAL, 28 rue Saint-Guillaume à Paris 7e.

La démocratie est-elle menacée par la corruption des Transnationales en Amérique latine ?

Les scandales Petrobras au Brésil, Panama Papers, Odebrecht et autres entreprises dans toute l’Amérique latine révèlent les liens étroits entre la classe politique et les sociétés transnationales (STN), avec pour conséquences, la démotivation et le rejet du politique par les citoyens. Une menace pour la démocratie ?

Les révélations de Marcelo Odebrecht à la justice brésilienne en échange d’un allègement de sa peine pour corruption ont violemment secoué l’Amérique latine. Les citoyens ont découvert l’étendue de la connivence entre les transnationales et les politiciens de leurs pays. La BTP (Travaux publics) Odebrecht a ainsi payé des pots-de-vin à un nombre important de parlementaires et de politiciens de plusieurs pays pour obtenir de juteux contrats au détriment des entreprises locales. Elle n’est pas la seule…

Au Brésil.   Odebrecht a payé plusieurs millions de dollars à des politiciens des trois principaux partis brésiliens pour obtenir des contrats liés à la construction de stades pour les JO de 2016. En lançant une enquête baptisée de Lava Jato (Lavage express), le juge Sergio Moro a ouvert une boite de Pandore. Près de 80 parlementaires, mis en examen, ont reconnu avoir reçu de l’argent de diverses entreprises du BTP pour les favoriser lors des appels d’offre liés aux grands travaux publics. Les principaux « bénéficiaires » appartiennent aux trois grands partis, en particulier au PSDB du candidat présidentiel pour les élections de 2018 Aecio Neves et au PMDB du président de facto Michel Temer qui a déjà dû « démissionner » plusieurs de ses ministres pour corruption avérée. Lula da Silva et Dilma Rousseff du PT sont également accusés mais il n’existe, pour le moment, aucune preuve.

Au Pérou.   Les journalistes du site IDL-Reporteros ont révélé l’étendue de la corruption Odebrecht dans ce pays. Les trois derniers présidents, Alan Garcia, Ollanta Humala et Alejandro Toledo, sont accusés par Jorge Barata, ex-représentant d’Odebrecht au Pérou, d’avoir reçu des millions de dollars de pots-de-vin pour octroyer à la BTP les travaux des principaux tronçons de la route interocéanique Brésil-Pérou. Alejandro Toledo, résidant aux États-Unis et sous le coup d’une demande d’extradition de la part de la justice péruvienne, a préféré « disparaitre de la circulation ». Les directeurs d’Odebrecht en prison au Brésil annoncent qu’ils publieront les preuves de la corruption massive de parlementaires et de hauts fonctionnaires péruviens…

En Argentine.   Le président Mauricio Macri fait partie des sept chefs d’État impliqués dans les Panama Papers. Comme de coutume, il prétend qu’il « n’a rien fait d’illégal ». Plus récemment, Gustavo Arribas, un homme d’affaires ami du président Macri, nommé par lui à la tête des services secrets argentins, est accusé d’avoir reçu 600 000 dollars du Brésilien Leonardo Meirelles pour les répartir à divers fonctionnaires argentins, toujours pour obtenir des contrats de construction d’infrastructure. Meirelles est actuellement sur le banc des accusés au Brésil, Arribas est toujours responsable des services secrets en Argentine.

Ailleurs…   La BTP brésilienne reconnait avoir mis sur pied une « Division des opérations structurées », véritable département de l’organisation de la corruption. Elle aurait ainsi payé, entre 2001 et 2016, plus de 788 millions de dollars en pots-de-vin un peu partout en Amérique latine, qui lui ont rapporté plus de 3 milliards de bénéfices. Les autorités judiciaires de divers pays enquêtent sur les bénéficiaires potentiels des largesses d’Odebrecht qui toucheraient une bonne douzaine de pays. Au Mexique, l’enquête se dirige vers l’exploitant national du pétrole Pemex. Odebrecht aurait payé plus de 35 millions de dollars à des fonctionnaires équatoriens. L’entreprise avait été expulsée du pays par le président Rafael Correa en 2008 pour irrégularités mais ré-autorisée en 2010. Le réseau de corruption toucherait aussi la Colombie, le Venezuela, le Guatemala, le Panama et la République dominicaine.

Odebrecht n’est pas la seule ni la pire !    Des analystes du CELAG (Centro Estratégico Latino-americano de Geopolitica) (1) font remarquer que le scandale Odebrecht est parti du Département du Trésor des États-Unis, en vertu  d’un amendement à la loi qui permet aux États-Unis de poursuivre des entités ou des personnes qui auraient commis des actes de corruption en territoire US. Or, Odebrecht n’est pas la STN la plus « corruptrice », loin s’en faut. Dans un classement, elle apparait au poste n° 13, derrière bien des entreprises US. Et CELAG de se demander si l’élimination d’Odebrecht ne servirait pas à favoriser les STN états-uniennes… Par exemple, en Colombie, plusieurs entreprises états-uniennes (Glencore, CB&I et Foster Wheeler) ont  empoché plus d’un milliard de dollars pour des contrats de modernisation d’une raffinerie de pétrole sous le gouvernement de Alvaro Uribe. En 2007, la STN Dow Chemical a réussi à introduire un avenant au CAFTA (Accord de libre-échange entre USA, Amérique centrale et République Dominicaine) qui lui permet de lancer des procédures de « compensation » contre les États lorsque la STN considère qu’une loi nationale viole le principe « du traitement juste et équitable », c’est-à-dire une loi qui risque de diminuer ses profits ! (2)

La démocratie en danger ?   Pour Fernando de la Cuadra, docteur en sciences sociales et analyste politique, « nous nous trouvons  devant une claire démonstration que les intérêts des STN se mélangent aux expectatives de rente d’individus puissant enkystés dans les structures politiques et les appareils de l’État… Ils consolident ainsi un régime qui méprise les pratiques démocratiques… Aucune démocratie ne peut résister à une toujours croissante inégalité dans la distribution des richesses à partir des relations faussées établies en secret entre entreprises privées, gouvernements et classes politiques  «  (3). Pour Marisol Pérez Tello, ministre de la Justice et des Droits humains du Pérou, « Odebrecht est un symptôme. La grande maladie est l’impunité ».

Lutter contre l’impunité.   Il existe déjà une Convention des Nations unies contre la corruption signée et ratifiée par une centaine de pays, mais beaucoup trainent les pieds. Elle ne sera efficace que si vraiment appliquée. En juillet 2014, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a adopté une résolution proposée par l’Équateur et l’Afrique du sud ouvrant la porte à l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant sur les STN (4), peut-être l’ébauche d’un futur traité. La Campagne mondiale pour le démantèlement du pouvoir des STN, un collectif de dizaines d’associations et de mouvements sociaux, a produit une série de propositions  lors de la première session du groupe de travail intergouvernemental chargé d’élaborer cet instrument (5). C’est aux citoyens de soutenir ces initiatives. C’est la survie de la démocratie qui est en jeu…

Jac FORTON

(1) CELAG : Centro Estratégico Latino-americano de Geopolitica.   (2) Lire la brochure « Lutter contre l’impunité des STN » publié par le Cetim de Genève.  (3) Article publié par ALAI en ligne le 17 février 2017.  (4) Résolution A/HRC/RES/26/9, adoptée par 20 voix pour, 14 contre et 13 abstentions.  L’Allemagne, les USA, la France, l’Italie, la Grande Bretagne (entre autres) ont voté contre…   (5) Lire le livre « Juger les multinationales », par Éric David et Gabrielle Lefèvre, préface et dédicace de Jean Ziegler et Ken Loach, éditions GRIP-Mardaga. 190 pages. Texte de la proposition sur le site des Amis de la terre.

Le suspense s’éternise après le premier tour en Équateur

L’ancien vice-président Lenin Moreno, candidat d’Alliance Pays (AP, au pouvoir), a recueilli 39,3% des voix face à l’ancien banquier conservateur Guillermo Lasso, du mouvement Créant des opportunités (Creo), crédité de 28,20%, lors du premier tour de l’élection présidentielle. Second tour, prévu le 2 avril.

Le socialiste Lenin Moreno, candidat du parti au pouvoir en Équateur, s’approchait dimanche de la victoire contre son adversaire de droite, Guillermo Lasso, après le premier tour de l’élection présidentielle pour la succession de Rafael Correa, selon des résultats partiels.  Selon les résultats portant sur 81,90% des suffrages exprimés et communiqués par le Conseil national électoral (CNE), l’ancien vice-président Lenin Moreno, candidat d’Alliance Pays (AP, au pouvoir), a recueilli 38,87% des voix face à l’ancien banquier conservateur Guillermo Lasso, du mouvement Créant des opportunités (Creo), crédité de 28,50%.  Avant le comptage des derniers 5% Lenin Moreno était crédité de 39,3% des voix face à Guillermo Lasso, 28,2%. Ce qui ne devrait pas permettre au candidat du pouvoir de passer la barre des 40%, synonyme de victoire dès le premier tour. Le second tour, le 2 avril, s’annonce pour le moins incertain : l’ex-députée conservatrice Cynthia Viteri, arrivée troisième avec 16,1% selon les résultats partiels, ayant appelé à voter pour Lasso. Le président du CNE, Juan Pablo Pozo, a recommandé d' »attendre le dépouillement de 100% » des bulletins avant de confirmer une victoire ou un second tour, prévu le 2 avril.

Lasso, 61 ans, s’interroge sur la longueur du délai pour obtenir les résultats définitifs,  alors qu’il fêtait prématurément, dimanche soir dans sa ville de Guayaquil, sa présence à un second tour, sous les confettis. « Nous ne permettrons aucune fraude. S’ils trafiquent les résultats, nous descendrons dans la rue« , a-t-il prévenu. Ce qui est en jeu, ce sont deux visions de la société, deux visions du développement, deux visions de l’État, selon le président sortant. Les Équatoriens devaient décider entre la continuation du « Socialisme du XXIe siècle » de Rafael Correa, héritier du leadership latino-américain du défunt président vénézuélien Hugo Chavez, et le basculement à droite comme en Argentine, au Brésil et au Pérou. Mais quoi qu’il arrive, l’Équateur tournera la page Correa, le président qui ne se représente pas après dix ans au pouvoir et qui laisse ce petit pays andin de 16 millions d’habitants modernisé, avec des inégalités sociales réduites, mais en proie à la crise économique. Les généreuses politiques sociales du gouvernement se heurtent depuis 2013 à la baisse des revenus tirés du pétrole, et les exportations (bananes, café) sont freinées par la remontée du dollar américain, seule monnaie en circulation dans le pays depuis l’abandon de sa devise, le sucre, en 2000.

Guillermo Lasso appelle à un « changement afin de lutter contre la corruption », affirmant que le gouvernement « ne veut pas que nous sachions qui sont les bénéficiaires des pots-de-vin d’Odebrecht ». Selon la justice américaine, le groupe de construction brésilien a versé 33,5 millions de dollars, entre 2007 et 2016, à des fonctionnaires équatoriens. Le gouvernement a averti qu’il n’admettrait pas d’accusations « sans preuve », Rafael Correa dénonçant « une campagne si négative, si sale ». Un ex-ministre est toutefois impliqué dans une affaire visant l’entreprise publique Petroecuador. S’il est élu, Guillermo Lasso entend retirer l’asile à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks réfugié à l’ambassade équatorienne de Londres depuis 2012,  sous le coup d’une demande d’extradition en Suède pour un viol présumé. Sur le plan intérieur, il promet de baisser les impôts et de rétablir la croissance à un niveau de 5% d’ici 2021, après une année 2016 de récession susceptible de se prolonger en 2017.

Lenin Moreno, paraplégique depuis 1998 après avoir été touché par balle, défend l’héritage de la gauche au pouvoir depuis une décennie, avec à sa tête le président sortant Rafael Correa. Moreno promet d’augmenter les dépenses sociales tout en modérant la « révolution citoyenne » promise par Rafael Correa, ternie par des scandales de corruption et mise en difficulté par la chute des prix du baril de pétrole. Le prochain chef de l’État doit prendre ses fonctions le 24 mai.

Catherine TRAULLÉ

Martha Batalha : « Les mille talents d’Eurídice Gusmão »

Ce premier roman de la Brésilienne Martha Batalha, née en 1973, est très prometteur, il dresse un tableau très juste de la société carioca pendant la première moitié du XXème siècle tout en faisant un portrait drôle et très authentique des deux personnages principaux, deux soeurs de la classe moyenne qui, bien que n’en étant pas vraiment conscientes, font de leur vie une belle ébauche du féminisme.

S’il ne s’était produit un désagréable malentendu pendant leur nuit de noce, Eurídice et Antenor formeraient un couple idéal : lui, travailleur, jamais violent, généralement peu exigeant envers sa famille ; elle, calme, modeste et aussi bonne cuisinière. Pourtant sous cette apparence de perfection ménagère, on imagine quelques failles. Le vrai bonheur, conjugal ou autre, est-il dans la routine ? Malgré ses efforts, Eurídice sent un manque, un petit quelque chose presque indéfinissable, qui n’est pas à sa portée. Zelia, la voisine malveillante s’en est bien rendu compte, elle ! Mais n’exagère-t-elle pas un peu, elle qui voit tout ce qui va de travers chez autrui et qui est même capable de voir le mal là où il n’est pas ?

Eurídice donc est une épouse idéale, mais… quelle est la place de l’épouse idéale dans l’organisation reconnue de la société ? Ne serait-elle pas dans l’invisibilité, comme c’est un peu la cas de la bien nommée Maria Das Dores, la bonne des Gusmão, qu’on ne voit plus, même si les plats apparaissent et disparaissent sur la table familiale ? Eurídice aura bien plus tard un projet littéraire ou philosophique et elle en connaît le titre : Histoire de l’invisibilité. Tiens, tiens…

Il est long, le chemin vers la liberté ! Les timides tentatives d’émancipation se suivent et échouent, Eurídice parviendra-t-elle au-delà de ce qui peut passer pour du féminisme (et qui en est aussi) ? Le contrepoint à l’histoire d’Eurídice est celle de sa soeur Guida, plus aventureuse et peut-être moins heureuse, mais est-il en notre pouvoir de juger sur un sujet aussi grave ? Marthe Batalha s’intéresse au fonctionnement de la société brésilienne des années 20 à 60 du siècle dernier, aux conventions, souvent risibles et pas toujours ridicules, aux petits et aux gros travers, toujours risibles, eux. On ne peut que sourire en observant ces coutumes auxquelles nous avons nous aussi peut-être sacrifié, comme le jeune homme bien sous tout rapport dont les dames et les jeunes filles scrutent attentivement les mains (porte-t-il une alliance ?) ou encore l’espèce de parade d’amour que doivent représenter les futurs fiancés, même si c’est en costume-cravate et robe d’organdi.

Le récit est truffé de récits annexes, de récits dans le récit, débordants d’humour tour à tour cruel et bienveillant, comme le portrait de cette famille bourgeoise et incestueuse dans laquelle tout le monde se ressemble de façon ostentatoire, à quelques troublantes exceptions près. Martha Batalha excelle pour faire de la vie de chaque jour d’une femme plutôt banale que la vie n’a pas épargnée, comme on dit, un tableau débordant de couleurs, parfois sombres, mais tellement variées qu’il en ressort des bouffées d’optimisme. Elle flirte aussi avec ce qui ressemble parfois à une saga familiale qui ne se prend jamais très au sérieux, dans laquelle même les morts brutales peuvent prendre des allures de farce. En se plaçant entre le drame et la comédie, Martha Batalha nous montre avec un regard bienveillant et acéré la vie humaine, en toute simplicité.

Christian ROINAT

« Les mille talents d’Eurídice Gusmão », de Martha Batalha, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éd. Denoël, 320 p., 20 €. Martha Batalha en portugais : A vida invisível de Eurídice Gusmão, Companhia das Letras.

La grève dans la mine Escondida : la direction se cache

Ce jeu de mot des grévistes (la mina de cobre La Escondida se traduit par la mine de cuivre La Cachée) reflète la situation : les grévistes veulent le dialogue, le gouvernement est d’accord pour une médiation, mais la direction de la mine reste figée sur ses positions.

Les raisons de la grève sont les nouvelles dispositions dictées par la direction du groupe anglo-australien BHP-Billiton, principal actionnaire de la mine. Au vu de la bonne santé financière de l’entreprise, les 2 500 travailleurs, représentés par le Syndicat n° 1, demandent une augmentation de salaire de 7 %, un bon de fin de négociation de 33 000 € et le maintien des acquis sociaux pour tous les travailleurs. La direction refuse toute augmentation, offre un bon de 10 000 € et veut changer les conditions de travail des nouveaux engagés (réduction de salaire et de bénéfices). Après 11 jours de grève, les travailleurs ont proposé une négociation au siège régional du ministère du Travail (à Antofagasta).  La direction de la mine n’a pas répondu à l’invitation estimant « que les conditions légales ne sont pas remplies ». Devant le silence de la direction, le Syndicat n° 1 des mineurs (2 500 travailleurs) a demandé la médiation du gouvernement. La ministre du travail, Alejandra Krauss a reçu les dirigeants du Syndicat mais souligne que puisque la direction n’a pas fait de demande, le ministère ne pouvait rien faire.

Médiation « officieuse » du gouvernement.   Lorsque la ministre a suggéré une « médiation officieuse », les deux parties se sont rencontrées au siège régional. Après 3h de discussions, aucune avancée. Pour le Syndicat, l’échec est dû « au fait que la Billiton persiste dans sa position intransigeante et son attitude patronale en réitérant son intention de ne pas respecter les rémunérations et les bénéfices existants dans la dernière convention collective… Ils veulent imposer des clauses discriminatoires entre nouveaux et anciens travailleurs et ne précisent pas si ils respecteront les temps de repos ».  De son côté, la direction dénonce « des blocages de routes inacceptables ». Le Syndicat répond que les grévistes ne bloquent plus les routes mais vérifient les voitures qui passent pour éviter l’arrivée de travailleurs « brise-grève ».

Escondida : une privatisation polémique.   Les cinq principales mines de cuivre du Chili furent « chilénisées » sous le président DC Frei puis nationalisées par Salvador Allende en 1971. Escondida appartenait alors à l’entreprise US Anaconda. Après le coup d’État du général Pinochet, les économistes civils qui le soutenaient étaient en faveur de la privatisation totale des mines de cuivre. Mais la Junte rassembla les cinq principales sous une enseigne : CODELCO, Corporación del Cobre dont 10 % des revenus devaient passer aux forces armées. Vu l’opposition de la Junte à la privatisation, les ministres civils de Pinochet bloquèrent secrètement le paiement des patentes de ces mines ce qui les rendaient ouvertes au « rachat ». Ce dernier eut lieu en secret en 1976 et c’est ainsi que Escondida tomba dans les mains de Billiton. Un sort identique arriva à la mine Los Pelambres, rachetée par… Anaconda en 1979. Aujourd’hui, 70 % des mines chiliennes sont entre les mains d’entreprises minières étrangères.

L’enjeu final : empêcher des revendications des travailleurs du secteur minier.   Pour l’économiste Julián Alcayaga, si la grève est un échec, les autres mineurs y penseront à deux fois avant d’organiser une grève pour des améliorations des conditions ou même simplement conserver les bénéfices acquis. Il faut savoir que, jusqu’à 2004, si les mineurs étaient mieux payés que la moyenne des travailleurs chiliens, les entreprises privatisées (à part Escondida) n’ont quasi pas payé d’impôts alors que la vente de cuivre leur avait rapporté plus de 170 milliards de dollars. À partir de 2005, les entreprises minières ont commencé à payer des impôts (des royalties) mais en 2015, cinq des mines les plus importantes annoncent « des pertes » et ne paient plus les taxes (1). Et pourtant…

…Billiton : une bonne santé financière.   La mine Escondida produit à elle seule 5 % du cuivre mondial. Selon l’agence Bloomberg citée par le journal chilien La Tercera du 20 février, BHP-Billiton ont annoncé « les plus hauts profits depuis 2007 grâce aux réductions des coûts et une hausse du prix du cuivre ». Le gain serait de 3,2 milliards de dollars pour le deuxième semestre de 2016. En un an, l’action BHP a augmenté de 90 % ! En 2016, la mine a produit un million de tonnes de minerai. BHP possède 57,5 % de la mine, dans laquelle on trouve aussi des actions de Rio Tinto et JECO.

Dernière minute : ce mercredi, la direction de la mine déclare « être ouverte au dialogue » et promet de ne pas réaliser de « remplacements » pendant 30 jours. Elle propose aux grévistes de « créer un nouveau contrat collectif en accord avec l’état du marché… qui requiert la plus grande flexibilité de la part des travailleurs… pour maintenir la compétitivité et la productivité »… Le Syndicat dénonce que « la réduction des coûts se fait sur le dos des travailleurs ».

Jac FORTON

(1) Dans un article publié par Politika, cité par ALAI en ligne le 21 février 2017.

« De l’autre côté de l’autre côté », un roman de Pablo Nemirovsky

1976. La dictature se fait de plus en plus menaçante, pas seulement pour ceux qui se sont directement engagés contre les militaires. Un petit groupe de copains décide finalement de traverser la « Flaque » avec de faux passeports, ils se retrouvent à Paris. L’histoire, s’il y en a une, balance entre morosité, ironie et drôlerie pure.

Photo : L’Atinoir

Ainsi, pour prendre un exemple, un des personnages exilés parle non de son amour-propre mais de sa haine-propre, tant il se considère dégoûté de tout ce qui l’entoure, opinion qui, elle, lui est bien propre ! Aucun misérabilisme pour décrire le quotidien de ces jeunes hommes qui ne mangent pas tous les jours à leur faim. L’auteur préfère accompagner sa description d’une distance souriante. Parler du résultat du match de foot entre les deux clubs de Buenos Aires, River et Boca depuis un boui-boui de Barbès plutôt que des dernières horreurs causées par les militaires n’enlève rien à la nostalgie pour leur ville, bien au contraire. Et quelle meilleure façon de lutter contre le terrible sentiment d’être des vaincus de l’Histoire, les autres ayant gagné par la force et le faisant sentir ? Exprimer par des mots ou des attitudes la dérision de toute chose, de l’exil en particulier, est pour eux un vrai remède à la déprime. Les mots, d’ailleurs, ils en sont amoureux, au point de nommer leur groupe le MEMO (Mouvement Extrémiste Modéré et Oxymoriste) !

Autour de nos Mousquetaires / Pieds Nickelés tournent quelques ombres menaçantes, entre autres la Duverneuil, la trop curieuse propriétaire de la minuscule chambre de Bargas et ses incessantes intrusions, ou encore Braulio, le peintre argentin, lui aussi exilé, mais qui entretient des rapports certainement un peu trop proches avec l’Ambassade dont il « oublie » qu’elle représente officiellement la dictature. Les rapports avec l’autre côté se font rares, entre les prix des communications  et l’absence de tout dialogue valable, à cause bien sûr des écoutes téléphoniques. Comme dans la chanson de Chico Buarque Meus caros amigos, la seule conversation possible pour ceux de là-bas porte sur le temps qu’il fait ou encore une fois sur le football. Les compères discutent à l’infini sur Dieu, sur le tour que prend leur vie, on fait des blagues absurdes et on se donne un but farfelu : pourquoi ne pas aller rencontrer Michel Platini (même si on n’a strictement rien à lui dire) ? Une escapade philosophico-délirante à Lyon plus tard, nos modestes héros replongent dans leur occupation favorite, jouer avec les oxymores qui servent, selon eux, à « fracasser les frontières ». La leçon magistrale à tirer de leurs aventures, de leur fréquentation le temps d’un livre, est toute simple mais indispensable : l’inutile est peut-être bien l’essentiel.

Christian Roinat

De l’autre côté de l’autre côté, de Pablo Nemirovsky, traduit de l’espagnol (Argentine) par Guillermo Nemirovsky, éd. Milena (Paris) et L’Atinoir (Marseille), 171 p., 15 €.

« Nous tournons en rond dans la nuit » le dernier roman en français de l’écrivain péruvien

L’écrivain d’origine péruvienne Daniel Alarcón vient de publier son troisième roman en français chez Albin Michel : Nous tournons en rond dans la nuit, traduit de l’anglais par Nathalie Bru.

Photo : Albin-Michel

Né au Pérou en 1977, mais élevé en Alabama aux États-Unis, Daniel Alarcón vit en Californie. En 2007, le magasin Granta l’a distingué comme l’un des dix meilleurs romanciers américains de l’année. Depuis son premier livre La Guerre aux chandelles, publié en 2011, l’auteur rencontre un large succès auprès de la critique et a reçu de nombreux prix littéraires.

De retour sur les planches après des années de prison pour incitation à la révolte, Henry Nuñez, leader d’une légendaire troupe de théâtre, reprend sa pièce culte : Le Président idiot. Sa rencontre avec Nelson, un jeune acteur plein de fougue qui a grandi dans le culte de la révolution, le convainc de lui donner un des rôles principaux. Nelson accepte sans hésiter et part en tournée sur les routes escarpées de ce pays imaginaire d’Amérique du Sud, dans des villages marqués par les stigmates de la guerre civile. Où est la frontière entre l’imitation et la réalité ? Daniel Alarcón signe une fable politique puissante qui confirme la promesse apportée par ses deux précédents livres. Rappelons aussi que Daniel Alarcón est aujourd’hui directeur adjoint de Etiqueta Negra, prestigieux mensuel littéraire de Lima.

Serv. de presse
éd. Albin Michel

Nous tournons en rond dans la nuit par Daniel Alarcón, traduit de l’anglais par Nathalie Bru, aux éditions Albin Michel dans la collection « Les Grandes traductions ». Titre original : At Nigth We Walk in Circles. 416 p. 24 euros.
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