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août 2015

« Vents d’août » un film du Brésilien Gabriel Mascaro en salle cette semaine

Le vent chaud du Brésil souffle sur les salles de cinéma en cette fin d’été avec la sortie de Ventos de Agosto, une histoire d’influence de la nature sur ses habitants, une opposition entre monde urbain et monde rural. Retour sur ce premier film de Gabriel Mascaro.

Shirley a quitté la ville pour s’occuper de sa grand-mère dans un petit village calme du littoral dans la région du Nordeste au Brésil. Le mois d’août marque l’arrivée d’une découverte surprenante qui entraîne Shirley et son petit copain Jeison dans un questionnement sur la vie, la mort, la mémoire du vent et de la mer. Si vous voulez utiliser le coca-cola comme crème solaire, Ventos de Agosto vous en donne la recette. Comme il s’agit d’un premier film interprété par les gens du village (sauf le personnage de Shirley), le rythme du film est un peu lent et il faut se laisser bercer par la beauté des lieux.

Il y a quelques années, raconte le réalisateur dans le dossier de presse, lors d’un voyage sur les côtes de Pernambuco, au Nordeste du Brésil, j’ai découvert de nombreuses maisons détruites par la montée des eaux. On a commencé à faire des recherches sur ces événements et comment en trente ans ces plages paradisiaques ont été partiellement détruites. On a découvert un cimetière englouti par la mer, ce qui m’a laissé une image très forte. Ce fut le départ de mon écriture du film. J’ai commencé à écrire à propos de l’abandon, la mémoire, la perte, les vagues, le soleil, le sel, et les ruines. Je sentais quand même que mon défi était de créer des images de quelque chose d’invisible : la force du vent. Cette apparente impossibilité a décuplé mon envie. J’ai découvert le documentaire du réalisateur Joris Ivens qui a fait son premier film sur le vent en 1965 “Le Mistral”. Dans son dernier film “Une histoire du vent”, Ivens avec ses cheveux gris y déclare que filmer l’impossible est la meilleure chose qui soit. Cela m’influença grandement et dans Ventos de Agosto j’ai incorporé un personnage qui joue un chercheur enregistrant méticuleusement les sons et réverbérations des vents de la zone intertropicale. (…) Je cumule plusieurs fonctions : réalisateur, scénariste, directeur photo, acteur. C’est une dynamique et un investissement personnel dans le film. On était une petite équipe, on doit savoir faire un peu de tout. On logeait à côté du tournage, on montait tous les jours après le tournage, pendant trois semaines sans s’arrêter, c’était un vrai défi de trouver l’équilibre entre la narration et les nouvelles possibilités de chaque journée. ” Les images sont très belles, en particulier celles où la mer envahie le petit cimetière. On sent que c’est un monde qui meurt, non pas envahi par la civilisation, mais par les éléments.

Alain LIATARD

À noter également, la sortie ce mercredi 26 du film Les Dollars des sables des réalisateurs Israel Cardenas et Laura Amelia Guzmán. Noeli, jeune dominicaine, se rend tous les après-midi sur les plages de Las Terrenas pour se prostituer. Parmi ses clients, Anne, une française d’âge mûr qui a trouvé dans l’île un refuge pour la fin de sa vie. Noeli se voit bien rentrer à Paris avec Anne. Pour Noeli, la relation, avec Anne est d’abord basée sur l’intérêt. Pour Anne, le commerce laisse vite la place aux sentiments qui deviennent de plus en plus ambigus au fur et à mesure qu’approche le moment du départ. Les Dollars des sables est une adaptation du roman du même nom écrit par le romancier français Jean-Noël Pancrazi, sorti en 2006 aux éditions Gallimard.

 

Un beau soutien à Espaces Latinos

Tout est prêt pour la rentrée 2015, les diverses activités de la revue Espaces Latinos ainsi que l’Espace culturel d’Amérique latine sur les pentes de la Croix Rousse sont lancés. Un appel à soutenir nos différentes initiatives est lancé. À vous de partager dans votre réseau cet appel.

Soutien à nos newsletters

Depuis la création de cette newsletter hebdomadaire, les inscriptions pour devenir membre et recevoir par email l’actualité latino-américaine ne cesse de s’accroître. Un soutien symbolique de votre part pourrait beaucoup nous aider. Nous proposons à tous ceux qui apprécient notre travail, de verser dix euros annuels que vous pouvez payer directement sur notre site via Paypal. Sur la même plateforme vous pouvez également vous abonner à notre publication trimestrielle pour un montant annuel de 25 euros. Cliquez ici pour nous soutenir.

DONS ET SOUTIEN : Une manière de garantir notre continuité est d’augmenter nos recettes et d’effectuer un appel aux dons et aux legs. La loi 1901 nous autorise à recevoir des dons déductibles de vos déclarations d’impôts. Et pour les personnes qui reçoivent dans leurs mails nos newsletters hebdomadaires, nous les informons que désormais vous pouvez soutenir cette initiative en versant sur notre site un soutien annuel de 10 euros. Cette participation financière nous aidera à équilibrer notre budget en préparation.

Cours d’espagnol en petit groupes

Les cours d’espagnol par des Latino-Américains reprennent bientôt. Ils débuteront le 22 septembre avec une session de quinze semaines, deux heures de cours par semaine hors vacances scolaires. Pour les intéressés trois niveaux sont possibles : débutant, intermédiaire et avancé. Pour les trois niveaux, nous développons les compétences suivantes : compréhension oral et écrite, expression écrite et oral ainsi que la grammaire et le lexique. Cette première session s’arrêtera mi-février. Une deuxième session de dix semaines démarrera le 25 avril 2016 et prendra fin le 30  juin 2016.

Nous recommandons aux intéressés de se pré-inscrire sur notre site de venir à la réunion d’information le jeudi 17 septembre à 18 heures aux locaux d’Espaces Latinos, sur les pentes de la Croix Rousse. Nous déterminerons ensemble le jour et l’horaire des différents niveaux. Les cours sont souvent en soirée de 18h3 à 20 h30. Nous pouvons aussi organiser des cours en journée s’il y a au moins 3 ou 4 élèves. Je m’inscris ici.

Local à partager à la Croix Rousse

Dès Janvier 2016, nous proposons de partager une partie de notre local (superficie 140 m2) avec une structure associative ou des indépendants qui cherchent un espace de travail. Vous pouvez nous contacter de 9h à 12h et de 14h à 17h au 06 15 56 34 60 ou 04 78 29 82 00.

Nos festivals durant toute l’année…

Les détails de la programmation de nos festivals Belles Latinas et Documental sera dévoilé début septembre et mi-octobre. Nous vous communiquerons les grandes lignes de notre programmation pour 2016 – 4e Bellas Francesas, 2e Primavera Latina, 15e Belles Latinas et 10e Documental –ainsi que quelques nouveaux projets dans le cadre de la nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne où l’Amérique latine a des nombreux sympathisants.

Naissance de LATAM, la plus grande compagnie aérienne d’Amérique latine

Trois ans après la signature de l’accord entre les deux compagnies aériennes, LAN du Chili  et TAM du Brésil deviennent enfin LATAM. Grâce à un généreux budget de plus de 40 millions de dollars qui servira principalement au renforcement de son image de marque, LATAM a l’ambition de devenir la compagnie aérienne la plus importante d’Amérique latine.

À la question “Qu’est-ce qui est le plus important pour une entreprise ?”, la réponse est toujours, outre le nombre de clients, sa marque et sa place sur le marché. C’est pour ces raisons que la compagnie brésilienne TAM et son homologue chilienne LAN ont annoncé, lors d’une conférence à laquelle étaient conviés des journalistes latino-américains et européens, la naissance de “LATAM Airlines”, par la fusion des deux entreprises. L’annonce a été faite par les représentants du groupe : la directrice générale de TAM, Claudia Sender, le président du groupe LATAM, Maurício Amaro, le vice-président, Enrique Cueto et le directeur général du groupe LATAM, Jérôme Cadier. Il est prévu que le groupe soit rejoint par d’autres entreprises, juridiquement séparées, même s’il s’agira toujours de LATAM Airlines pour les clients. LATAM sera la plus grande compagnie aérienne latino-américaine grâce à ses 1500 vols quotidiens, sa présence dans sept pays d’Amérique latine, ses connexions avec l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Océanie et les Caraïbes ainsi que 144 destinations desservies dans 26 pays pour le transport de fret. C’est donc après trois ans de cohabitation (les deux géants sud-américains ayant décidé de s’unir en 2012), durant lesquels les compagnies continuaient d’opérer avec leur propre marque, que la nouvelle compagnie LATAM est créée.

Le siège du holding restera à Santiago du Chili
Les changements prévus concernant les nouveaux uniformes, la peinture et l’aménagement des avions, la stratégie commerciale et la mise à jour des signalisations dans les aéroports ne se feront que progressivement, au regard de la taille des deux entreprises. Selon Maurício Amaro, président de LATAM, cette fusion est le fruit d’un long rêve. C’est également le résultat d’une nécessité économique et financière, l’objectif étant de renforcer l’image de marque et d’imposer LATAM comme la principale compagnie aérienne d’Amérique Latine. Le transport de plus de 380 millions de passagers est prévu d’ici à 2025, “bien que les prévisions à court terme soient rendues difficiles par la situation de l’économie brésilienne” a précisé Claudia Sender. L’image de marque de LATAM sera basée sur la qualité de l’accueil latino-américain et la priorité donnée au passager “roi” pour lui faire vivre “une expérience de voyage unique”.

Espagne et autres destinations
Dans l’immédiat, la compagnie ne propose pas de nouvelles destinations mais elle en a le projet, évoque Enrique Cueto. Le nombre de liaisons avec Barcelone et Toronto pourrait toutefois être augmenté à moyen terme. L’Espagne est la “porte d’entrée” pour la conquête du marché européen a expliqué Claudia Sender. La compagnie est actuellement présente dans les principales villes que sont Barcelone et Madrid et à partir desquelles il existe des connexions pour Sao Paulo, Santiago du Chili et Guayaquil.

La marque et les clients
LATAM prévoit un budget de près de 40 millions de dollars pour les changements envisagés qui permettront de positionner la marque. L’idée est de commencer par étrenner le nouvel uniforme avant les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, qui se tiendront en août 2016. Quant aux clients, ils devraient profiter d’une amélioration des services et de la communication au sein de ce réseau unifié sans que, toutefois, des modifications ne soient faites  aux programmes de fidélité, en raison de la participation des autres entreprises.

Catherine TRAULLÉ
D’après Europa Press

L’événement de la semaine : nouvel assassinat d’un journaliste au Mexique

9 août – PUERTO RICO – Pedro Pierluisi est depuis 2009 le commissaire portoricain à la Chambre des Représentants des États-Unis, mais membre du Congrès sans droit de vote. Le principal parti d’opposition de Puerto Rico, le Nouveau Parti progressiste, défend l’adhésion de l’île en temps qu’État fédéral des États-Unis. Ses idées se heurtent à ceux qui veulent un Puerto Rico indépendant. La majorité du pays souhaite le rejet du vide juridique, auquel beaucoup attribuent une partie de la crise économique et de l’endettement. Pedro Pierluisi a répondu dans son bureau à San Juan une semaine après que le pays ait failli pour la première fois au paiement de certaines obligations d’État.

10 août – CUBA – Depuis janvier, quand John Kerry a annoncé une possible visite du secrétaire d’État à La Havane, les médias cubains et étatsuniens, à l’instar de Granma et Cubadebate, CNN ou le New York Times, ont publié des titres qui se réfèrent à la première visite du Chancelier des États-Unis sur l’île “en 60 ans”. Les Cubains ignorent la carrière du sénateur du Massachusetts, le premier secrétaire des Etats-Unis voyageant dans l’île depuis 70 ans.

10 août – BOLIVIE – Le gouvernement maintient sa prévision de croissance de 5% malgré les nouvelles défavorables qui menacent la prospérité ininterrompue dont la Bolivie a joui ces neuf dernières années. La chute des prix internationaux du gaz et les minéraux, les principaux produits d’exportation nationaux, et la dévaluation du peso argentin et du real brésilien n’affectent pas le rêve des autorités économiques.

11 août – MEXIQUE – Le Ministère Public de DF a assigné Javier Duarte, le gouverneur de Veracruz, pour l’assassinat de quatre femmes et du photojournaliste Ruben Espinosa 31 juillet dans un appartement de la capitale. Ce dernier, avec son amie Nadia Vera qui avaient fui il y a quelques mois Veracruz, mortelle pour l’exercice de la presse, avait dénoncé les menaces pour son activité professionnelle et politique dans l’état. Le chef du gouvernement de la ville de Mexico, le PRD Miguel Angel Mancera , a déclaré qu’une équipe du Ministère public étatique, dirigé par le sous-procureur des Recherches Préalables Centrales, Oscar Montagnes de Oca, a été transféré à Veracruz pour une réunion avec ses homologues et avec le gouverneur Javier Duarte. Veracruz est compte parmi les états les plus dangereux pour la liberté de la presse. Au cours des quatre dernières années, 15 journalistes ont tué et plusieurs violations des droits humains contre les militants politiques ont eu lieu.

11 août – PANAMA – Grâce à un accord atteint sur le fil avec un ultimatum syndical, le Grupo Unidos por el Canal (GUPC), conglomérat multinational responsable des principales tâches de l’expansion du canal de Panama, et le Syndicat Unitaire National des Travailleurs dans l’Industrie de la Construction et des Similaires ( SUNTRACS ), qui rassemble 6.000 travailleurs en charge des travaux, une grève illimitée a été évitée de peu. GUPC et SUNTRACS ont négocié une hausse salariale qui, si elle se prolonge, pourrait avoir un impact sur l’avenir immédiat de l’élargissement.

11 août – COLOMBIE – Le pays ne respecte pas pleinement les normes minimales pour l’élimination de la traite des êtres humains considérée comme l’esclavage du XXIe siècle. Selon les rapports de l’ONU, dans les cinq dernières années, en Colombie un total de 155 cas de traite d’êtres humains a été enregistré. Les femmes et les enfants continuent d’être victimes de la traite sexuelle en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Asie. En 2014, en Colombie, 17 cas d’exploitation sexuelle et de travail forcé ont été identifiés. Les destinations des Colombiennes touchées étaient principalement l’Amérique latine (Argentine, Mexique, Équateur), Trinité-et-Tobago, l’Indonésie et la Chine. La traite des êtres humains est un problème mondial qui affecte 152 nationalités dans 124 pays. Les réseaux empruntent environ 510 routes ou “courants” de trafic. 43 pays ont été identifiés comme complices de la traite et ne luttent pas contre le trafic.

11 août – VENEZUELA – Le Tribunal Suprême de Justifia (TSJ) du Venezuela a rejeté la demande d’une ONG qui aurait forcé la Banque Centrale (BCV) à signaler l’indice mensuel des prix à la consommation (IPC). Bien que ce soit un fait que presque tous les pays publient, cet indice mensuel d’inflation est devenu un secret au Venezuela dirigé par Nicolas Maduro.

11 août – SALVADOR – Le procureur général du Salvador, Luis Martinez, a annoncé qu’il a émis 300 mandats d’arrêt contre des membres de gangs accusés de terrorisme, responsables de crimes graves contre les entreprises et les institutions officielles, les agents et les civils, en particulier pendant la grève des transports en commun qui a eu lieu à la fin du mois dernier. Les accusés ont été présentés devant la Cour Spécialisée d’Instruction B de San Salvador – qui traite des infractions du crime organisé -, à 140 membres de la bande Quartier 18 pour sa participation intellectuelle et matérielle au boycottage du transport, qui a laissé un solde de 11 employés morts et quatre blessés. “Ceci est une nouvelle stratégie visant à imposer l’ordre et la paix sociale”, a déclaré Luis Martinez lors d’une conférence de presse.

12 août – MEXIQUE – Sur les plages d’Oaxaca au Mexique, les tortues olivâtres, les plus petites tortues de mer, sont menacées quotidiennement par des dizaines d’hommes qui pillent en plein jour 80% de leurs œufs. Bien que les autorités interdisent sa chasse et sa consommation, un plat commun dans la région, l’interdiction a contribué à augmenter sa valeur. En période de gestation, ces tortues viennent pondre 60 millions d’œufs sur les plages mexicaines, mais juste 0,02% de ceux-ci atteignent l’âge adulte.

12 août – MEXIQUE – Le gouverneur de Veracruz, Javier Duarte, s’est déclaré témoin devant le Ministère Public de DF de l’assassinat du photojournaliste Ruben Espinosa, de la militante Nadia Vera et des trois autres femmes. Il a nié toute implication ou toute responsabilité dans le multi-homicide. De même comme témoin, il a clarifié les menaces dénoncées par le journaliste. Dans sa déclaration, Javier Duarte a aussi souligné sa volonté de coopérer à l’enquête.

12 août – COSTA RICA – Un pigeon noir est arrivé dans la cour centrale de la principale prison de sécurité moyenne au Costa Rica, La Reforma, San Rafael de Alajuela, à 15 kilomètres à l’ouest de San Jose. Dans un petit sac attaché à sa poitrine, l’oiseau est venu chargé de 14 grammes de cocaïne et d’autant de marijuana jusqu’à cette destination pour laquelle il a été formé, selon des responsables de la prison.

12 août – MEXIQUE – La Cour Suprême de Justice de la Nation (SCJN) a statué en faveur de l’extension des droits homosexuels d’adopter des enfants, comme l’a reconnu après la décision historique qui garantissait pleinement les mariages homosexuels. Ce nouvel arrêt de la Haute Cour a déclaré inconstitutionnel un article de la loi sur les couples de fait de l’État de Campeche qui interdisait d’adopter tout couple – tant hétérosexuel que homosexuel – inscrit dans cette forme juridique.

13 août – CHILI – La présidente du Chili, Michelle Bachelet est arrivée au Mexique pour renforcer les relations bilatérales et célébrer le 25e anniversaire du rétablissement des relations entre les deux pays, rompues au cours de la dictature de Pinochet au Chili La visite vise également à finaliser des dizaines d’accords entre les deux plus grandes économies des Amériques hispanophones. Parmi les thèmes abordés sont la justice, l’éducation, le tourisme, la santé, l’environnement et la culture. Le Mexique et le Chili entretiennent un accord de libre-échange depuis 1999. Depuis, les échanges commerciaux entre les deux pays ont triplé. Le Chili est le troisième plus grand partenaire commercial du Mexique en Amérique du Sud après Brésil et la Colombie.

13 août – ÉQUATEUR – La marche organisée par la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur (CONAIE), première organisation indigène du pays, est arrivée à Quito après avoir parcouru plus de 700 kilomètres pendant 11 jours de marche. Les demandes des indigènes au président Rafael Correa concernent une réforme agraire et une éducation interculturelle bilingue. Plus de 100.000 métropolitains ont rejoint la marche convoquée par le Front Unitaire de Travailleurs et secondé par le mouvement indigène, lui aussi descendu dans la rue. Les peuples autochtones maintiennent leur protestation dans la capitale indéfiniment.

13 août – CUBA – Fidel Castro a célébré ses 89 ans avec un discours révolutionnaire. L’ancien président a fait appel à l’un de ses articles réguliers pour donner un « merci » à ses compatriotes pour leur contribution à des réalisations telles que « l’égalité de tous les citoyens à la santé, l’éducation, le travail, la nourriture, la sécurité, la culture, la science et le bien-être. « 

13 août – MEXIQUE – Un groupe de cinq hommes armés a abattu six personnes dans un bar à Orizaba, Veracruz, dans le sud du Mexique. Parmi les morts, le journaliste Juan Heriberto Santos, ancien correspondant de Televisa dans la région, et bien sûr le leader local du cartel de Los Zetas, José Marquez Balderas, alias Chichi, selon le communiqué du gouvernement de l’État. Ce nouveau crime renforce encore les angoisses à Veracruz, un état avec une forte présence des cartels de la drogue où cinq journalistes [photo] ont été tués jusqu’à présent cette année.

13 août – PARAGUAY – Une fille de 11 ans qui est tombée enceinte après avoir été violée par un partenaire de sa mère a donné naissance à une fille de 3 kilos et 50 grammes à l’hôpital Reina Sofia géré par la Croix-Rouge à Asunción, a déclaré le directeur de l’ONG Mario Villalba. Les autorités du Paraguay avaient empêché son avortement : la loi sur l’avortement au Paraguay autorise seulement l’interruption de la grossesse quand la vie de la femme enceinte est en danger.

13 août – GUATEMALA – Le Congrès du Guatemala a arrêté le processus juridique pour dépouiller l’immunité du président de son pays, Otto Perez Molina, accusé de manquement au devoir, détournement de fonds et abus de pouvoir. Lors de la première séance ordinaire tenue après la pause estivale, une alliance entre le gouvernemental Parti Patriota (PP) et l’opposition Liberté Démocratique Renouvelée (Lider) – dont la somme fait d’eux la majorité à la Chambre – a réussi à mettre fin à la mesure et ainsi éviter que le président soit destitué et soumis aux tribunaux. Les législateurs ont exprimé l’intention d’annuler la Commission contre l’impunité.

14 août – ARGENTINE – Plus de 40 indigènes de quatre tribus de la province septentrionale de Formosa sont arrivés depuis environ 6 mois dans la capitale de l’Argentine et se sont installés dans un semi-camping dans la ville en attendant d’être reçus par la chef de l’Etat, Cristina Fernandez de Kirchner. Ils revendiquent le droit aux terres qu’ils considèrent ancestrales, le maintien des ressources naturelles sans exploitation commerciale massive, un meilleur accès à l’éducation, à la santé, à l’eau potable, à l’électricité e une promotion de leur culture.

14 août – CUBA – La bannière étoilée flottera à nouveau à La  Havane, cinquante-quatre ans après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Symboliquement, les trois marines qui avaient amené les couleurs pour la dernière fois à l’époque seront présents aux côtés du secrétaire d’État américain, John Kerry, qui a conduit la délégation officielle américaine. Une nouvelle étape de la normalisation entre les deux pays sera franchie, depuis l’annonce faite, le 17  décembre  2014, par le président des États-Unis, Barack Obama, que l’échec d’un demi-siècle d’embargo justifiait un changement politique.

14 août – BRÉSIL – Au moins 19 personnes ont été tuées et neuf ont été blessées dans une des nuits les plus violentes de São Paulo. Des hommes cagoulés ont tiré sur les victimes dans les rues et les bars de deux villes de Osasco et Barueri dans la région métropolitaine.

14 août – VENEZUELA – Le Gouvernement a élargi à deux importants adversaires. L’un d’eux est Daniel Ceballos, numéro trois de l’organisation que conduit le dirigeant Leopoldo López. L’ex maire de San Cristóbal a été accusé par les autorités de conduire les troubles dans cette ville pendant le premier semestre 2014. L’autre est le général Raúl Baduel, la version vénézuélienne d’un autre important stratège militaire du régime cubain, Arnaldo Ochoa, exécuté en 1989 après avoir dirigé les campagnes militaires de l’île en Angola et en Éthiopie. Dans les dernières heures a été annoncée la libération de l’étudiant Deivis Oliveros, enfermé sans jugement par la police politique depuis 2014. Daniel Ceballos reste en résidence surveillée.

15 août – EQUATEUR – Une nouvelle explosion du volcan Cotopaxi, de 5.897 m et situé dans le centre du pays a laissé une colonne de cendres de cinq kilomètres. Devant le risque d’une éruption, le président Rafael Correa a signé le décret d’état d’exception, qui régira pendant 60 jours dans tout le territoire national et qui ordonne la mobilisation de toutes les forces armées et la livraison de ressources pour impliquer l’éventuelle urgence.

15 août – VENEZUELA – Le ministère public a annoncé l’arrestation de huit officiers de police de l’État d’Aragua (centre) liés à l’assassinat de quatre hommes âgés entre 21 et 35 ans, peu après qu’une vidéo soit largement diffusé sur les réseaux sociaux. Les huit policiers ont été arrêtés pour le meurtre d’un homme non armé.

16 août – BRÉSIL – Les mouvements de l’opposition au gouvernement de Dilma Rousseff sont retournés dans les rues pour la troisième fois cette année, et réclament la destitution de la présidente. Au milieu d’une crise politique et économique qui a déstabilisé le pays, les organisateurs appellent les Brésiliens à protester contre le Parti des Travailleurs et à demander que la présidente sorte “n’importe comment”  : par processus de destitution, annulation ou renoncement. L’adhésion est plus faible que dans les manifestations précédentes.

16 août – MEXIQUE L’élection interne du plus grand parti conservateur du Mexique, Action Nationale (PAIN), n’a pas été une surprise; le gagnant de la lutte est le député Ricardo Anaya qui à 36 ans est devenu le chef le plus jeune élu de l’histoire du parti, fondée en 1939. Ricardo Anaya, un politicien d’une courte mais fulgurante carrière, a mis en échec avec 81% des votes son adversaire, le législateur Javier Corral, qui a obtenu 16%. Aux élections étaient convoqués environ les 470.000 militants du PAIN, les premiers calculs indiquent que la participation n’a pas atteint 50%. Il a dit qu’il ne tolérerait pas un seul acte de corruption “sans exception”.

17 août – MEXIQUE – Un peu plus d’un mois après le premier anniversaire de la disparition des 43 étudiants à Iguala, des experts internationaux accrédités pour inspecter le cas ont critiqué dans une conférence de presse le gouvernement qui ne leur permet pas d’interviewer directement des soldats du bataillon de la zone du crime. Le groupe d’experts présentera son rapport complet au Mexique le 6 septembre, et a demandé qu’on prolonge de six mois l’accord d’inspection pour compléter son travail.

17 août – ÉQUATEUR – Le Conseil d’Administration et les anciens présidents de l’Asociación de Estudios Latinoamericanos (LASA) ont envoyé une lettre au président de la république Rafael Correa pour exprimer leur profonde préoccupation pour le bien-être de la professeure Manuela Lavinas Picq qui a été battue et détenue à Quito. Elle est également menacée d’expulsion. Manuela Lavinas Picq est une chercheuse franco-brésilienne, professeure de relations internationales à l’université San Francisco à Quito et aussi la compagne de Carlos Pérez Guartambel, président de l’organisation Ecuarunari qui, lui aussi avec d’autres, a été molesté et arrêté lors d’une manifestation pacifique des représentants indiens parvenus à Quito au terme d’une marche de 800 kilomètres.

18 août – BOLIVIE – 41 intellectuels latino-américains et l’ambassadeur de l’Union Européenne en Bolivie ont critiqué avec diverses nuances la menace du vice-président Álvaro García Linera d’expulser les ONG, contenues dans une déclaration “Messieurs des ONG, vous n’avaient pas le droit de vous mêler des affaires politiques de notre pays. S’ils s’en mêlent ils vont dehors”. Il a évoqué en particulier les quatre institutions non gouvernementales: le Centro para el Desarrollo Laboral y Agrario (CEDLA), Centro de Documentación et Información Bolivia (CEDIB), et les fondations Tierra (les trois à gauche), et la Fondation du Millénaire (libérale), qui a publié des rapports critiques sur le travail du gouvernement. Le chef de la délégation de l’Union Européenne, Timothy Torlot, a annoncé que le pays continuera à travailler à travers les organisations non gouvernementales, comme “un Etat fort a besoin d’une société forte”.

18 août – MEXIQUE – Le Mexique a placé un filet de sécurité financière pour ses États et les municipalités. Deux ans après l’adoption de la loi de discipline financière, le gouvernement a déjà préparé la mise en œuvre définitive de la norme, qui vient dans un contexte général de maîtrise des coûts par la baisse des revenus pétroliers. Elle vise à prévenir et corriger une inflation excessive de la dette de certains États. La limite maximale est de 10%, mais seulement pour les institutions saines. La loi interdit même à la dette publique de grossir pour les États ayant des déséquilibres très marqués.

18 août – ARGENTINE – Le cas Hotesur, du nom des entreprises de la famille Kirchner à Santa Cruz, la province où elle a commencé sa carrière politique, continue à offrir de l’information scandaleuse. Selon un rapport officiel envoyé par le gouvernement et publié aujourd’hui par The Nation, Lazaro Baez, l’employeur le plus proche de Kirchner, est impliqué dans cette affaire et aurait payé des centaines de séjours dans les hôtels de Kirchner qui ne furent jamais occupés. Il a réussi des contrats de service public avec plus de 800 millions de dollars au cours des 10 dernières années. La justice cherche à déterminer si l’argent blanchi par ces fausses nuitées dans les hôtels pour Kirchner ne servaient pas comme un centre de blanchiment d’argent pour que l’homme d’affaire restitue les supposées faveurs obtenues dans les contrats publics.

18 août – COLOMBIE – Victor Ramon Navarro, alias Megateo, est l’un des plus grands narco-guérilla de Colombie et l’un des plus grands mystères du pays. La police et l’armée ont lancé une opération conjointe pour le retrouver. Les premières informations ont signalé sa mort au cours de combats. Ensuite, qu’il pourrait avoir été blessé. Maintenant, on n’écarte pas la possibilité qu’il se soit enfui. L’unique certitude est que, 350 hommes par terre et en l’air essayent encore de le chercher, lui ou son cadavre. La capture ou le décès de Megateo n’est pas une affaire mineure. Non seulement il vise un coup dur aux groupes illégaux qui opèrent dans le Catatumbo, dans le département Nord de Santander, dans le nord-est de la Colombie, une des zones les plus agités du pays, en présence des FARC, de l’ELN et un réduit de l’EPL, la guérilla qui a été démobilisée en 1991 et que Megateo a conduit les dernières années.

19 août – MEXIQUE – La récolte de l’eau de pluie va être une alternative à la crise de l’eau qui a contribué à enfoncer de dix mètres la ville de Mexico au cours du dernier siècle. Ces manques que vivent quotidiennement les quartiers sud de la ville, dans l’Ajusco, où le projet Isla Urbana a été initié par une dizaine d’universitaires qui se sont rencontrés pour leurs propres intérêts dans des sujets de captage d’eau de pluie. Durant ses six années d’existence, l’ONG mexicaine a installé entre 1.800 à 1.900 systèmes, principalement dans la capital du pays, mais aussi dans les États comme Hidalgo, Jalisco, Puebla, Guerrero, Durango et Estado de México.

19 août – URUGUAY – L’homme de théâtre et écrivain, l’Uruguayen Antonio “Taco” Larreta, est mort, à Montevideo, à 92  ans. Né en  1922, il avait dirigé le théâtre de la Comédie nationale de Montevideo et y avait fondé le théâtre de la ville, en  1960. Il avait aussi été critique pour le journal El Pais, à Montevideo. En Espagne, où il avait vécu en exil durant la dictature militaire uruguayenne, il avait remporté le prix Planeta pour son roman Volavérunt (1980, Planeta).

19 août – MEXIQUE – Le sous-lieutenant d’infanterie Danny Hernandez Sanchez de l’armée mexicaine a été condamné à 31 ans et trois mois de prison pour le crime de disparition forcée. La décision rendue par un tribunal fédéral de l’Etat de Nuevo Leon, dans le nord du pays, est un repère dans l’histoire juridique mexicaine pour être le premier cas d’un militaire déclaré coupable de ce crime. La disparition forcée a valu une réprimande des organisations internationales. L’ONU a mis en garde en février que la disparition de milliers de personnes au cours de la guerre contre la drogue reste une pratique courante. Au Mexique, il y a au moins 23.700 personnes, dont personne ne sait où elles se trouvaient. La majeure partie des cas correspond à la législature Felipe Calderon (2006-2012) qui avait placé l’armée sur la ligne de front de la lutte contre le trafic de drogue mais les chiffres officiels ne détaillent pas la cause des disparitions, si derrière ces crimes est la main de la narco, d’une force de police, de l’armée ou une combinaison des trois. Pour l’instant il y a seulement sept condamnations.

19 août – ARGENTINE – Le concept de justice universelle, lancé dans le monde entier par Baltasar Garzon, le juge qui a dirigé le processus espagnol, sera l’objet d’un grand congrès international à Buenos Aires, avec des juristes et des experts des droits de l’homme afin d’étendre ce concept et de l’appliquer non seulement à un génocide ou à des assassinats de masse mais aussi aux crimes économiques et environnementaux, en particulier pour les grandes entreprises qui en profitent. Baltasar Garzon, qui a présenté à Buenos Aires avec Raul Zaffaroni, ancien juge de la Cour suprême l’Argentine, le congrès qui se tiendra les 9 et 10 Septembre, a déclaré que “tandis que l’Espagne se retire, des pays comme la France, la Hollande, la Suède, le Mexique, l’Argentine ou Afrique du Sud sont en mouvement dans le principe de la compétence universelle”.

19 août – BRÉSIL – La chancelière allemande Angela Merkel a atterri au Brésil avec un groupe de 12 ministres et ministres adjoints pour faire avancer les négociations avec le gouvernement de Dilma Rousseff dans des domaines tels que la science, la technologie et l’environnement. Les deux dirigeantes, qui ont été victimes de l’espionnage de l’Agence de sécurité des États-Unis (NSA), la cyber-sécurité a également été discutée, une sujet qui est arrivé aux Nations Unies (ONU) à travers la pression des deux gouvernements. Le thème central de la visite de 24 heures, est un engagement sur le changement climatique en vue de la 21e Conférence sur les changements climatiques (COP-21) qui se tiendra en Paris en décembre. Mais les exportateurs brésiliens nourrissent l’espoir que l’on fasse un pas en avant dans les discussions sur l’accord commercial entre le Mercosur et l’Union Européenne.

19 août – COLOMBIE – Les meurtres de défenseurs des droits humains en Colombie ont considérablement augmenté dans la dernière année, selon l’Organisation des Nations Unies : ceux-ci sont passés de 35 décès en 2014 à 69 jusqu’à présent cette année. La dernière victime était Gilmer Genaro Garcia, un chef de file des communautés africaines vivant à la frontière avec l’Equateur dans le Pacifique colombien ; des hommes armés l’ont assassiné il y a moins de deux semaines. Le représentant de l’ONU Fabrizio Hochschil a également averti de la possibilité que ce nombre augmente avec les élections régionales en octobre et a centré ses craintes pour les dirigeants de gauche et les représentants noirs des Conseils communautaires de toute la région pacifique, ceux qui ont été menacés de mort, comme ça a été le cas de Gilmer Genero García. “Ces chefs, surtout dans des régions écartées, méritent une plus grande protection”, a signalé Fabrizio Hochschil.

19 août – VENEZUELA – Nicolas Maduro, le président vénézuélien a ordonné la fermeture de la frontière avec la Colombie pour au moins 72 heures. La décision a été motivée parce que trois militaires vénézuéliens et un civil ont été blessés dans un incident dans la ville de San Antonio del Tachira (Andes du sud-est du pays). L’armée vénézuélienne a effectué un raid contre la soi-disant “contrebande d’extraction”, le transfert de produits subventionnés en provenance du Venezuela vers les marchés colombiens, où ils paient beaucoup mieux.

19 août – ARGENTINE – L’opposition a exigé de l’Argentine une explication sur l’assassinat de l’activiste politique Jorge Velazquez, 20 ans, dans la province septentrionale de Jujuy. Jorge Velazquez a été abattu un jour avant les élections primaires, après une journée où il distribuait maison par maison des documents de l’opposition de l’Union Civique Radicale (UCR, centriste), comme l’a indiqué le candidat au poste de gouverneur du parti traditionnel anti-péroniste, Gerardo Morales. Le jeune homme est décédé après 11 jours d’agonie.

20 août – CHILI – La Cour suprême du Chili a ordonné de poursuivre 15 ex-agents de la police secrète du dictateur chilien Augusto Pinochet pour l’assassinat du diplomate espagnol Carmelo Soria Espinoza le 14 juillet 1976. Le tribunal chilien révoque avec cet acte sa décision prise le 2 juillet par laquelle l’affaire avait été classée sans suite, en faisant allusion au décret d’amnistie de 1977. Le diplomate espagnol avait été enlevé, torturé et tué par des agents de la Direction nationale du renseignement (DINA) du Chili.

20 août – BRÉSIL – Le parquet brésilien a réclamé la mise en examen du président de l’Assemblée nationale Eduardo Cunha, membre du PMDB, principal parti de la coalition gouvernementale de centre gauche de la présidente Dilma Rousseff, et du sénateur et ancien président du pays, destitué en 1992 pour corruption, Fernando Collor, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras. Ce sont les premières demandes d’inculpation qui visent des élus.

20 août – SALVADOR – Le pays laisse en trois jours 125 personnes tuées. C’est une nouvelle escalade de la violence dans ce pays considéré comme l’un des plus dangereux au monde, selon l’ONU. Selon une experte sur la violence, Jeannette Aguilar, directrice de l’Institut universitaire de l’opinion publique (IUDOP), la vague de meurtres est le reflet d’un affrontement armé entre les gangs et l’Etat qui a une réponse extrêmement violente aux attaques de ces derniers, et entre gangs. Un procureur, 42 policiers et 16 soldats sont morts en 2015 dans cette nouvelle guerre salvadorienne. C’est la première fois que ce pays d’Amérique centrale a enregistré plus de 100 morts en trois jours dans l’histoire récente. Parmi les personnes tuées on compte mêmes des bébés, des femmes enceintes et des personnes âgées.

21 août – MEXIQUE – Le sous-sol ducentre ville de Mexico est un trésor à découvrir. La grande Tzompantli, le plus grand autel – d’au moins 13 mètres de long et six mètres de large – de l’Empire Aztèque, où les crânes des massacrés pour des dieux sont protégés par des palissades, dormait à deux mètres de profondeur, au numéro 24 de la rue du Guatemala. Le Tzompantli a laissé exposé au moins 35 crânes humains, dont certains avec des trous dans les os pariétaux, qui auraient pu être faites après une tête empalée sacrifiée. Raúl Barrera, de l’Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH), n’écarte pas la possibilité que les archéologues en trouvent plus. Ces restes humains ont pu être décalés ou altérés pendant la conquête espagnole qui a précipité la destruction de Tenochtitlan et de son enceinte sacrée en 1521 (aujourd’hui connu comme Templo Mayor, à un flanc de la Cathédrale métropolitaine).

21 août – GUATEMALA – Les habitants se sont réveillés avec un séisme politique. L’ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, qui a démissionné en mai dernier alors qu’un réseau de fraude avait été découvert dans les douanes du pays avec des gens de sa pleine confiance en cause, a été arrêtée dans un hôpital privé, où elle avait trouvé refuge, en faisant valoir des problèmes de santé. L’analyste, Manfredo Marroquin, décrit cette arrestation comme un jour historique. “C’est un grand jour pour le Guatemala. C’est un fait historique, dans la mesure où la justice atteint pour la première fois des hauts fonctionnaires”.

21 août – BRÉSIL – Des militants de 26 mouvements sociaux brésiliens ont envahi les rues dans 17 États et le District fédéral, pour défendre les droits sociaux et de dire “non” à la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Bien qu’ils aient défendu la présidente, les manifestants ont clairement maintenu leur mécontentement avec le gouvernement et son plan d’ajustement budgétaire.

21 août – GUATEMALA – Les sécheresses prolongées qui affectent ce qu’on appelle le Corredor Seco, d’Amérique centrale allant de provinces orientales défavorisées du Guatemala à la frontière du Nicaragua avec le Costa Rica, ont été mises en lumière comme un des maux les plus douloureux de la région : l’extrême vulnérabilité de la paysannerie du fait de l’irrégularité des précipitations, entraînant mauvaises récoltes et, par conséquent, des famines. Au Guatemala, le phénomène a des chiffres. Selon les statistiques du Secrétariat de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle du Ministère de l’Agriculture et du Programme Mondial d’Aliments de l’ONU, ce sont 296.817 familles et 176.182 enfants dont les pères peuvent difficilement leur offrir un repas par jour. Le manque de précipitations causées par El Niño affecte plus d’un million de personnes.

22 août – MEXIQUE – 61 enfants de huit à 17 ans exploités comme travailleurs dans un ranch dans l’État de Coahuila (nord du Mexique) ont été secourus par les autorités. La ferme est située dans la municipalité de Ramos Arizpe, à moins de 300 kilomètres des États-Unis. Tous les enfants sont facturés six dollars par journée de dix heures de travail pour récolter des oignons et des courges. Les contremaîtres complètent avec de l’eau salée leurs maigres rations alimentaires.

22 août – COLOMBIE – Le président Juan Manuel Santos rejette la fermeture de la frontière décrétée par son homologue vénézuélien Nicolas Maduro qui a déclaré l’état d’urgence. Le président de la Colombie affirme qu’il va essayer de parler au dirigeant vénézuélien pour trouver une solution à cette crise.

22 août – GUATEMALA – Les responsables du Ministère Public (MP) ont demandé à Cour Suprême que le président Otto Perez soit dépouillé de son immunité et soit soumis aux tribunaux. Celui-ci a perdu un autre appui après que les employeurs du Guatemala exige sa démission. La Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala (CICIG) présenterait des preuves fermes qui l’accuseraient d’escroquerie et de corruption passive (recevoir des corruptions). Le Comité Coordinateur d’Associations Agricoles, Commerciales, Industrielles et Financières (CACIF) a exigé du président qu’il se présente aux tribunaux. “Exigeons le renoncement immédiat de Pérez Molina”, a déclaré le président du CACIF, Jorge Briz, lors d’une conférence de presse devant un maximum de représentants des chambres patronales. “L’actuel Gouvernement et le mandataire sont imprésentables”, a-t-il souligné. La figure de l’exécutif est affaiblie par un rejet généralisé.

23 août – COLOMBIE – Le gouvernement colombien et les FARC ont fait des progrès significatifs dans le processus de paix ces dernier mois, après que  la crise soit sur le point de mettre fin à tout espoir de mettre un terme à la plus longue guerre civile en Amérique latine. Les deux parties ont fixé les yeux sur le voyage du Pape François à La Havane qui aura lieu du 19 au 22 septembre. Obtenir sa bénédiction au processus de paix est l’un des gestes les plus recherchés et serait un coup de pouce aux négociations, en particulier en Colombie. Les négociateurs célèbrent les progrès accomplis sur la justice et la confiance dans un geste du Pape François lors de sa visite à Cuba.

 

Guy MANSUY

Mauricio Hasbún : “Rendement ou souveraineté populaire ?”

Le philosophe Byung Chul Han affirme qu’à l’ère du Big Data, la distinction entre les seigneurs et les esclaves disparaît à partir du moment où chaque personne devient l’exploitante d’elle-même. À ce stade, la révolution deviendrait impossible et la raison d’être de tout le tissu social serait le rendement, le bénéfice, l’argent.

(Photo Jesús González – Chili)

Quand mon éditeur m’a proposé une colonne sur l’argent et la politique en Amérique latine, j’ai senti que quelque chose ne fonctionnait pas dans l’équation proposée. Mes souvenirs d’enfance où je m’efforçais vainement à mélanger de l’eau avec de l’huile ont réapparu. Cette vieille frustration est revenue quand je me suis assis pour écrire ces lignes. S’il y a trop d’argent qui circule, il n’y a pas de consultation citoyenne, et s’il existe une véritable consultation citoyenne, c’est parce que l’argent s’est retiré à l’endroit qui lui correspond. La tentation politique la plus ancienne est de revenir au temps où la politique n’existait pas, car tout était une question de décision patriarcale au sein de la tribu ou, mieux encore, quand l’humanité ne s’était pas encore émancipée de la zoologie et où tout désir collectif était soumis à une question hormonale du mâle dominant de la meute. La promesse que l’argent fait à la politique est la suivante : “Tout est plus simple, tu n’auras pas à écouter la voix de ceux que tu représentes, il suffira de les domestiquer avec l’illusion de l’argent”. Cette promesse est tentante car la politique est d’une grande complexité : il s’agit d’une réussite collective de la civilisation obtenue grâce à la force des tragédies et la persécution des utopies qui n’ont pas réussi à accomplir ce qu’elles promettaient. La politique se résume, en fin de compte, à conquérir du pouvoir pour lui donner son usage adéquat, et celui-ci n’est autre que la réussite de projets politiques qui visent le bien de tous les citoyens. Le pouvoir, comme le feu, apporte de la lumière, mais il provoque aussi des blessures et la mort. Aujourd’hui, à l’époque des grandes entreprises multinationales, le pouvoir se matérialise par l’argent. C’est cette manifestation du pouvoir qu’il faut apprivoiser. Mais le pouvoir n’avait jamais adopté une consistance aussi liquide et fuyante. Son efficacité est soumise à la peur : si tu te comportes mal, si tu réfléchis de manière trop indépendante, je quitte ton pays, après tout il y a des milliers de pauvres dans le monde prêts à me recevoir. Les touches de Wall Street sont prêtes à être actionnées pour faire sauter les capitaux du Chili jusqu’au Brésil et du Brésil jusqu’au Vietnam.

Face à ça, les parlementaires ou les représentants de chaque pays commencent à développer des réflexes pavloviens et sans trop se rendre compte, ils s’inclinent si Google ou une autre société “cherche” à investir dans un de ces pays ou régions. Avant que le fleuve de l’argent ne passe par le web, les gouvernements avaient le pouvoir sur l’argent, il pouvaient fixer des tarifs douaniers, des protocoles d’échange, des barrages à la sortie des capitaux, aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire, la pédale de commandement, c’est l’argent qui la maîtrise, et pas le gouvernement. Cela signifie souvent la fin de la politique. L’écrivain Eduardo Galeano, qui vient de décéder, nous dit que “le code de moralité de la fin du millénaire ne condamne pas l’injustice mais l’échec”. Et cette opinion terrifiante correspond parfaitement au concept du philosophe coréen installé en Allemagne Byung Chul Han quand il dit que nous sommes devant une société du “rendement”, avec sa “fatigue” inhérente. Pour Chul Han, dans notre société, la révolution est impossible, car chaque individu incarne à la fois celui qui exploite et l’exploité. Cela veut dire que chacun se constitue comme un entrepreneur de lui-même, qui auto-exploite ses “ressources humaines” particulières. Cette activité lui prend toute la vie et il lui est interdit d’échouer. Pour cela, il compte sur son auto-publicité/exposition/exhibition exhaustive que lui exigent les réseaux sociaux : dans l’ère du Big Data l’homme se noie dans son propre cri dans Facebook où il demande qu’on le regarde et qu’on apprécie ses qualités. Dans ce contexte, l’échec est compris comme une condamnation presque religieuse (d’origine calviniste ?), dans laquelle l’injustice sociale n’a rien à voir. Tu échoues non pas parce que tu as eu moins de chance, tu échoues parce que tu ne sais pas tirer profit de toi-même. Donc, le travailleur, l’étudiant, le professeur d’université, le professionnel et, bien sûr le politique “n’a pas le droit à l’échec” puisque cet échec sera le signal du non-sens de son ontologie comme être humain. Quels effets produit cette mentalité parmi les politiques ?

L’effet premier est le retour à la loi de la jungle : tout effort est pour survivre et se maintenir à flot. Comme l’avenir est menaçant, les réseaux proposeront toujours une offre supérieure à la sienne, il faudra se débrouiller avec le plus de ressources possible. Il n’y en a jamais trop, ce que l’on n’utilise pas aujourd’hui sera utilisé demain. Ainsi, le monde entier acquiert la morphologie d’un distributeur de ressources : les entreprises publiques, privées, les organismes de charité, la drogue, l’industrie de l’armement et le trafic d’esclaves. Dans ce contexte, la vertu morale devient un mélange illusoire de sujets qui ne passeront pas la sélection naturelle du marché de la communication électorale et publicitaire. Les virtuoses deviennent ainsi des êtres anachroniques, naïfs et assez maladroits à dire vrai. Les politiques “d’aujourd’hui” ne signent pas de contrat avec la société qu’ils représentent mais avec le votant individuel, avec ses intérêts individuels de personne isolée et concentrée sur ses propres dispositifs électroniques. La dernière place publique était électronique et s’appelait la “télévision” – le lecteur s’en souvient-il ? – mais aujourd’hui la télévision est morte entre les mains des smartphones, les tablettes, les applications qui diffusent de la musique, des contenus et des films. Aujourd’hui le consommateur de médias est son propre éditeur et s’informe sur ce que bon lui semble, cela signifie qu’il s’isole de ce qui lui paraît désagréable. Mais au moment de voter, il vote sans être informé par son propre système d’information. Ce phénomène est utilisé par les “analystes électoraux” qui commencent à conseiller des émissions électorales qui ressemblent davantage à une liste de supermarché qu’à une émission centrée sur le bien commun à long terme.

 L’Amérique latine

Ce que je viens d’évoquer est un phénomène qui touche tous les pays de la planète à des degrés divers. En Amérique latine, le phénomène est similaire, mais le fait aggravant est qu’en général, les démocraties de cette partie du monde sont souvent ancrées dans des institutions plus fragiles, récentes et manquant de moyens en comparaison avec les pays développés. Le Brésil, par exemple, le pays ayant l’économie la plus forte de la région, avec l’affaire Petrobras, s’est transformé en un cauchemar pour ses gouvernants. En effet, Petrobras est un projet public-privé pour l’extraction et le raffinement d’hydrocarbures qui, en dehors d’être la promesse de rendre indépendant le Brésil sur le plan énergétique, s’est mis à financer officieusement les partis politiques. Selon le calcul de certains observateurs, sur les huit mille millions de dollars de pertes de Petrobras (en grande partie dues à la chute des prix du brut), au moins 2 100 millions de dollars sont causés par les fonds détournés pour le financement électoral ou tout simplement par l’enrichissement personnel de quelques-uns. L’affaire Petrobras est la plus visible, car ses proportions sont énormes, à tel point que ses seules pertes sont équivalentes au PIB de certains pays africains. Au Mexique l’argent de la drogue pénètre dans la sphère politique et finit par pervertir la logique démocratique et fait évoluer le système vers un modèle féodal avec les serfs de « seigneurs narcos » qui ont droit de vie ou de mort sur leurs subordonnés. Des économistes mexicains ont calculé que le narcotrafic brasse entre 20 000 millions et 40 000 millions de dollars par an. Ces chiffres leur donnent plus de pouvoir que certains organes étatiques et, de fait, ils sont capables de prendre possession du territoire et de créer des “États de droits délictueux” (quel oxymore !) c’est-à-dire, un cancer juridique à l’intérieur de l’État. Ciudad Juárez au Mexique en est un exemple. En Argentine, la famille Kirchner, avec ses deux présidents successifs, d’abord Néstor et maintenant Cristina, n’arrête pas de développer son patrimoine en biens mobiliers et immobiliers. La presse d’opposition évalue à 710 % l’augmentation de leur patrimoine pendant les deux mandats, mais il existe des versions plus optimistes et d’autres plus pessimistes. Ce qui est clair, sans doute, c’est que ce type de gouvernement n’est pas compatible avec l’austérité qui devrait régner dans un pays où il y a encore des poches de pauvreté importantes.

Au Chili le phénomène est à plus petite échelle, mais il est préoccupant par son caractère systématique. Il existe un cas de figure emblématique, qui touche tout le spectre politique, de la gauche à la droite : l’État finance les campagnes politiques, mais après le bilan des dépenses et à hauteur d’un plafond que les experts électoraux essayent de mesurer avec précision. Ces bilans de dépenses sont avalisés avec des notes et des factures qui sont souvent émises par des professionnels de la communication ou des politologues et leurs destinataires sont les entreprises qui font des dons aux partis et aux candidats. Or ces notes ont été qualifiées de “fausses”, puisqu’elles ne correspondent pas à un service ou à une étude réelle réalisée par l’entreprise effectuant le don, c’est juste un écran pour que l’entreprise donatrice puisse comptabiliser cette facture comme dépense et ainsi réduire ses charges pour payer moins d’impôts. Ainsi, les candidats et les chefs d’entreprises s’entendent dans une affaire qui arrange les deux parties : financement électoral contre fraude fiscale. Les citoyens observent cela et se demandent “où sont passés ceux qui se disaient au service de la collectivité ?”. Celle qui sort gravement blessée dans tout ça, c’est l’esthétique. La société Sociedad Quimica y Minera (SQM), qui exploitait le salpêtre, l’une des richesses stratégiques du Chili, a été privatisée de manière obscure par la bande de Pinochet, et son propriétaire n’est autre que Julio Ponce Lerou, le gendre de l’ancien dictateur. Cet “entrepreneur”, conscient de l’origine illégitime de sa propriété, s’est consacré depuis la fin de la dictature à financer tout le spectre politique dans un seul but : acheter de l’impunité et éviter que la privatisation illégitime du salpêtre ne soit remise en cause par les gouvernements démocratiques. Dans ce jeu tombèrent, même des membres du parti socialiste, des proches de l’ancien président Salvador Allende, renversé et conduit au suicide par le beau-père (Augusto Pinochet) de l’actuel propriétaire de ladite société SQM. Les Grecs ne se sont pas trompés sur un point : éthique et esthétique ne font qu’un.

Mauricio HASBÚN
Traduit par Prune Forest

Journaliste de presse écrite, né en 1969 à Santiago du Chili, Mauricio Hasbún est petit-fils de Palestiniens de religion chrétienne émigrés au Chili au début du XXe siècle pour fuir la domination turque en Palestine. Il a été marqué dans l’enfance par sa scolarité chez les Jésuites (opposés au régime de Pinochet et fortement impliqués sur le plan social) et le mutisme de sa famille (souffrant du rejet des élites chiliennes et particulièrement silencieuse sur la situation politique de son pays d’adoption). Tombé en disgrâce, d’abord publié en 2006 à Santiago, est son premier roman traduit en français par Prune Forest publié aux éditions Le temps qu’il fait à Cognac. Il a participé avec ce livre aux Belles Latinas en 2010 et il vient de participer, en avril dernier, aux III Bellas Francesas, à Santiago du Chili où il a dialogué avec les écrivains français Jérôme Ferrari, Maylis De Kerangal et Eduardo Manet.

La personnalité de la semaine : l’astronome mexicaine Silvia Torres Peimbert

27 juillet – BOLIVIE – Je n’ai jamais eu de l’eau potable. Je n’ai jamais bu de l’eau propre”, admet Jacinthe Sirpa Condori le paysan indien Aymara qui n’est pas un cas isolé. Jusqu’aujourd’hui il devait aller chercher de l’eau à une heure à pied de sa maison. Le même voyage se répète depuis 60 années : 22.000 jours sans eau potable. Deux millions de boliviens vivent encore sans accès à l’eau potable par canalisations et près de la moitié du pays ne dispose pas d’installations d’assainissement des eaux de base dans son domicile. Jacinthe habite dans une communauté rurale appartenant à la commune de Viacha, seulement à seulement deux heures et demie de La Paz. Malgré leur proximité avec la capitale officieuse du pays, les conditions de vie de Jacinthe sont dures. À 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, les conduites d’eau gèlent et l’oxygène se fait rare sous l’effet des basses températures. Malgré cela, plus de la moitié des Boliviens ont déjà installé des tuyaux dans leurs maisons.

27 juillet – MEXIQUE – A la recherche des 43 étudiants disparus d’Iguala, les mexicains ont déjà retrouvé 129 cadavres en dehors de ceux du champ de charniers. La ville d’Iguala a été ces dernières années la zone de lutte entre deux factions de trafiquants de drogue, l’une connue sous le nom Guerreros Unidos (soi-disant coupable de la tragédie des étudiants) et l’autre appelée Los Rojos. Le cas des étudiants de l’École d’éducation d’Ayotzinapa a montré que même les autorités locales faisaient partie de l’écosystème criminel : les 43 étudiants auraient été arrêtés par la police municipale, puis remis à ses complices des Guerreros Unidos.

27 juillet – VENEZUELA – Le leader de l’opposition vénézuélienne et le gouverneur de Miranda Henrique Capriles ont rencontré à Washington le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, pour le convaincre de l’importance de l’envoi d’une mission d’observation des élections législatives au Venezuela le 6 décembre, comme l’avait proposé, il y a un mois, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay à Caracas. La visite du chef de l’opposition vénézuélienne a en effet permis de défier publiquement le président Nicolás Maduro en lui faisant accepter une proposition à laquelle il semblait faire la sourde oreille.

28 juillet – SALVADOR – Cinq chauffeurs de transport public ont été tués pour avoir ignoré l’ordre de “grève” organisée par les maras (gangs). Deux autres employés, un chauffeur et un receveur, sont blessés pour la même raison. Cette nouvelle action des gangs au Salvador a créé plus de chaos auquel était déjà habituée la capitale San Salvador. Deux autobus ont été incendiés par des maras après avoir fait descendre tous les passagers. Les gens pauvres utilisent les transports publics, considérés comme de mauvaises qualité, désordonnés et incertains. Le pays est l’un des plus violents au monde pour ses taux d’homicides élevés, supérieurs à 60 pour 100 000 personnes, selon l’ONU.

28 juillet – COLOMBIE – La Escombrera.- le dépotoir- c’est ainsi qu’on appelle cet endroit au milieu des pentes de la Commune 13 à l’ouest de Medellín (Colombie), que se disputent les guérillas, les paramilitaires et les agents de l’État. Là, sous des tonnes de déchets, on présume que sont enterrés les corps de dizaines de disparues, victimes de la guerre de 1999 à 2004, quand des milices urbaines des FARC et de l’ELN dominaient le secteur que sont arrivés des paramilitaires prêts à reprendre le territoire. 13 années plus tard, le ministère et les autorités locales ont commencé à retirer des tonnes de déchets de construction puis ont creusé jusqu’à huit mètres de profondeur, dans ce qui devrait être “une goutte d’espoir dans une mer de l’impunité.” La recherche, qui durera plus de cinq mois, est considérée comme la plus grande exhumation de masse dans une ville colombienne. « Le début de l’excavation est une étape historique vers la réconciliation. Une dette historique envers nos victimes, » dit Aníbal Gaviria, maire de Medellin. Selon le Centre National de la Mémoire Historique, le ministère public a dans ses dossiers plus de 25.000 cas de disparitions liées au conflit.

28 juillet – BRÉSIL – L’agence de notation Standard & Poors a changé les perspectives du Brésil de stable à négative, mais a maintenu la note du pays, un sceau de « bon payeur. » La note actuelle (BBB-) est le plus haut grade avant de perdre la condition de la crédibilité pour les investisseurs, que le Brésil a remporté en 2008 et qui a contribué à multiplier l’afflux de capitaux étrangers. L’agence signale, en outre, qu’elle peut baisser la note du pays à court terme.

28 juillet – PÉROU – Le président Ollanta Humala, qui connait le taux le plus bas d’approbation du public en quatre ans, souhaite changer l’image de faiblesse et d’isolement de son gouvernement. Dans son message à la nation dans laquelle il fait le bilan de son mandat, il s’est efforcé de mettre en évidence le programme social et éducatif, sans pour autant donner de mesures concrètes. Le président, au pouvoir jusqu’en juillet 2016, dispose d’un Congrès défavorable après que la présidence de celui-ci avait été conquise par l’opposition ce dimanche Des sondages de Ipsos conseil Pérou et GfK montrent que 80% des citoyens désapprouvent sa gestion. Le Pérou possède l’un des plus bas niveaux d’investissement dans l’éducation, avec seulement 3,6% du PIB.

29 juillet – MEXIQUE – La commune de San Nicolás de los Garza (État de Nuevo Leon, nord du Mexique) a annoncé qu’à partir de cette semaine elle mettra pendant 36 heures sur des panneaux d’affichage panoramiques les portraits des citoyens qui ont été surpris en train de jeter illégalement des ordures dans la rue, après trois fautes de pollution de la ville. La première sanction est une réprimande par les autorités municipales; la seconde est une amende comprise entre 212 et 850 dollars. Le maire Pedro Salgado a reconnu que sa région souffre d’un important problème de pollution et que les services publics recueillent journellement 25 tonnes de déchets abandonnés sur la voie publique.

29 juillet – VENEZUELA – Depuis New York, Nicolas Maduro a répondu d’un non ferme à l’offre lancée depuis un mois par Luis Almagro, Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) et ancien ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay, d’envoyer une mission d’observation électorale pour les élections parlementaires du 6 décembre. Le Venezuela “n’est contrôlé ni sera contrôlé par personne. Nous ne l’accepterons jamais, par personne”, a affirmé Nicolas Maduro depuis le siège de l’ONU.

29 juillet – ORGANISATION DES ÉTATS AMÉRICAINS – L’OEA ne voit pas d’autre issue que le dialogue entre la République dominicaine et Haïti pour trouver une solution au différend relatif au processus de régularisation des citoyens dominicains d’origine haïtienne. La communauté internationale craint que cela conduise à des milliers de déplacements forcés et même à des cas d’apatride. Ainsi l’établit le rapport présenté par le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, après la visite qu’a effectuée une mission de l’organisme en République Dominicaine et à Haïti au début du mois pour évaluer cette situation qui a provoqué de fortes tensions entre Saint-Domingue et Port-au-Prince.

29 juillet – MEXIQUE – Un camion tue 26 pèlerins dans une fête au Mexique. Un nouvel accident a frappé le Mexique, qui connaît un grave problème de sécurité routière avec plus de 24.000 décès par an. Un camion a renversé une procession religieuse d’environ 200 personnes dans la ville de Mazapil (Etat de Zacatecas, au nord du Mexique) et a fait au moins 26 morts et des dizaines de blessés.

29 juillet – AMÉRIQUE LATINE – La méthodologie appelée Risk relief modelisation a été développée par des chercheurs de l’Université Rutgers, dans le New Jersey (USA). Elle permet d’analyser les éléments de l’environnement (par exemple, s’il y a des banques, écoles, transports en commun, supermarchés), et d’identifier via la cartographie les potentiels liens entre certaines infrastructures et la survenance de crimes. Cette approche novatrice a déjà atteint l’Amérique latine. À Bogotá par exemple, il y a eu des études préliminaires soutenues par la Banque mondiale pour déceler “des corrélations intéressantes” et pour trouver une formule permettant aux autorités de créer des espaces sûrs et pour prévenir les crimes.

30 juillet – SALVADOR – Les défenseurs des droits des personnes transsexuelles au Salvador dénoncent la violence envers ce groupe dans ce pays. Alors que 22 pays ont légalisé le mariage homosexuel ainsi que les droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexuées (LGBTI), et que ceux-ci commencent à être reconnu dans le monde entier, le Salvador n’a pas arrêté de compter les corps. Au cours des six derniers mois, ont été enregistrés 13 meurtres de femmes transgenres et 13 attaques avec l’intention de tuer, dépassant les 14 attentats dénoncés en 2014. Ils sont victimes de menaces, de harcèlements, d’agressions ou d’homicides commis par la police et des gangs criminels. Les crimes haineux sont menés avec une grande brutalité, souvent dans leurs propres maisons.

29 juillet – MEXIQUE – Silvia Torres-Peimbert [photo], 75 ans, a consacré presque un demi-siècle de sa vie à l’étude de l’astronomie. Aujourd’hui la doctoresse de l’Université de Berkeley présidera l’Union astronomique internationale (UAI) à partir du 14 août. Ce sera la première mexicaine à la présidence de ce groupe dont le siège est à Paris, la deuxième femme d’Amérique latine et la deuxième personne qui accède à la présidence de l’UAI.

30 juillet – EQUATEUR – Parce qu’elle s’oppose à l’exploitation minière et l’exploitation de l’eau, la Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (CONAIE – la principale organisation indigène du pays) a organisé une manifestation pour montrer au gouvernement qu’il ne répond pas à leurs revendications historiques. Celle-ci a déclenché de dures critiques pour le président Rafael Correa. Au cours de cette semaine celui-ci a insisté sur le fait que ces marches indigènes sont une stratégie pour user son gouvernement et constituent une tentative de “retour au passé”. “Il n’y a pas une justification à cette protestation et ils ne vont pas avoir un plus grand soutien”, a-t-il dit à la télévision. “Ils veulent nous faire retourner au passé et une partie de leur stratégie est d’enfiévrer les rues”.

30 juillet – MEXIQUE – L’obésité est devenue une sorte de pandémie au Mexique. Depuis les années quatre-vingt les cas ont triplé. Avec 70% des adultes mexicains qui ont des kilos en trop, il est le deuxième pays le plus touché au monde, derrière les États-Unis. Le gouvernement a lancé en 2013 un plan global contre l’obésité et le diabète, compagnon intime de l’excès de graisse qui est la troisième cause de décès dans le pays. Le secrétaire à la Santé, Pablo Kuri Morales, a demandé un délai pour voir les fruits du plan global de lutte contre l’obésité et le diabète: “Aucune politique publique est écrite dans la pierre. Cela est un problème mondial et aucun pays n’a jusqu’à présent fini avec lui.”

30 juillet – BRÉSIL – L’Institut Lula, à São Paulo, a été attaqué par une petite bombe artisanale. Le dispositif a été jeté d’une voiture à environ dix heures du soir, une heure où il n’y avait plus de personnel. L’explosif a frappé une porte de fer du local. Personne n’a été blessé. Elle est la troisième attaque de bâtiments liés au Parti des travailleurs (PT), créé par l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva.

31 juillet – PÉROU – Dans la seconde partie de l’opération militaire appelée ` Rencontre 2015′, des agents de la police ont libéré – dans un endroit de la forêt centrale péruvienne, dans la région Junín – huit enfants et sept adultes membres de la ` masse captive’ du groupe terroriste du Sentier Lumineux. Avec les 39 personnes libérées de la captivité dans la même zone, ce sont en tout 54 personnes de libre en une semaine. D’après la Direction contre le Terrorisme de la Police Nationale, depuis 2012, les agents ont libéré 51 enfants et 29 adultes des campements de l’organisation subversive dans la province de Satipo (Junín). La majorité appartenaient à l’ethnie Asháninka et vivaient dans des conditions d’hygiène déplorables tout en étant sous-alimentés. Le Sentier Lumineux a commencé pendant les années 80 à recruter de force des adultes pour qu’ils cultivent leurs domaines, et ont commis de nombreux viols sur les femmes pour agrandir le nombre de membres de l’organisation.

31 juillet – MEXIQUE – Le tourbillon de problèmes dans lequel est entré le gouvernement l’année dernière a réduit à minima historique la popularité du président Enrique Peña Nieto. Selon un sondage réalisé par le journal Reforma, seulement 34% des enquêtés approuvent son travail. L’étude concernait 1.200 Mexicains et a été réalisée à peine deux semaines après la fugue d’El Chapo Guzman. 79% jugent que le gouvernement est responsable du fiasco ; 87% croient que le délinquant a eu l’aide de fonctionnaires pour s’échapper ; et 13% confient qu’on agira pour cela contre tout fonctionnaire « quel que soit le niveau. »

31 juillet – AMÉRIQUE LATINE – Peut-être que le président mexicain, Enrique Peña Nieto, fait face aux enseignants de son pays, mais le rendement des élèves des écoles primaires se trouve parmi le plus haus d’Amérique latine. Les élèves du Mexique, du Chili et du Costa Rica figurent au-dessus de la moyenne régionale dans les sept épreuves d’une évaluation latino-américaine organisée par l’Unesco en 2013, dont les résultats ont été publiés cette semaine. Les élèves du Honduras, du Paraguay et de la République dominicaine apparaissent sous la moyenne dans les sept tests. L’Unesco a évalué plus de 134 000 étudiants dans 15 des 19 pays d’Amérique latine. Seuls ont manqué Cuba, El Salvador, la Bolivie et le Venezuela. Les enfants de la troisième et de la sixième année ont été évalués en lecture, en écriture, et en mathématiques. Derrière le Chili, le Costa Rica et le Mexique, l’Uruguay a obtenu des résultats supérieurs à la moyenne dans six des sept tests. L’Argentine et le Pérou ont dépassé la moyenne sur quatre; le Brésil et la Colombie sur deux; et le Guatemala dans une seule. Aucun de ces pays ne peut se réjouir trop, selon les conclusions de l’Unesco.

31 juillet – CUBA – Le prêtre Alejandro Solalinde a dénoncé les extorsions de fonds commises par des fonctionnaires mexicains corrompus, sur des cubains qui se rendent de manière irrégulière aux États-Unis en passant par le Mexique. “Ils sont un butin pour les agents de l’immigration”, a dit le défenseur des migrants. Alejandro Solalinde soutient que les cubains “sont ceux qui laissent davantage d’argent” dans les centres de rétention et affirme qu’il détient des documents de cent cas d’abus. Le Mexique est l’entrée principale de la frontière avec les États-Unis pour les migrants cubains clandestins toujours plus nombreux : selon la douane américaine, ce chiffre est passé de 8.273 à 17.459 entre 2012 et 2014, et cette tendance a changé d’échelle depuis le dégel de décembre entre Cuba et les États-Unis, par crainte que soit modifiée la loi préférentielle permettant aux cubains d’obtenir la résidence permanente durant une année dès qu’ils foulent le sol américain.

31 juillet – MEXIQUE – Le photojournaliste Ruben Espinosa, 32 ans, qui s’était récemment plaint pour sa sécurité mise en péril lors de son travail à Veracruz, l’endroit le plus dangereux pour la pratique du journalisme au Mexique, a été retrouvé mort dans un appartement de la capitale Mexico Ville, à côté des corps de quatre femmes, tous avec des blessures par balle. Le photojournaliste avait été tué par l’une d’elle et d’après le procureur les femmes avaient été violées.

1 août – BOLIVIE – Le gouvernement exige qu’environ 300.000 fonctionnaires apprennent l’une des 34 langues déclarées officielles par la Constitution, pour leur permettre de fournir de meilleurs services aux Indiens qui les parlent. Cela a été présenté par le vice-ministre de la Décolonisation, Felix Cardenas, comme un progrès des droits des autochtones. « Décolonisation », à savoir surmonter la domination culturelle de la langue, de la religion et des habitudes occidentales, est l’un des objectifs politiques du gouvernement d’Evo Morales, le premier président indigène dans l’histoire bolivienne.

2 août – BOLIVIE – La grève et les barrages routiers qui ont paralysé la région bolivienne de Potosi pendant un mois sont terminés. Le comité de grève a ordonné sa suspension pour reprendre des forces et organiser d’autres formes de protestation contre le gouvernement qui ne réalise pas les 26 demandes soulevées par une motion votée récemment. Elle inclue la construction d’un aéroport, d’une cimenterie, d’une verrerie et d’hôpitaux. Au lieu de cela, les autorités ont promis la construction d’une usine hydroélectrique réclamée par les grévistes au cours d’un dialogue de plusieurs jours qui n’a pas abouti.

Guy MANSUY

Assassinat du photojournaliste Rubén Espinosa au Mexique

Le Mexique a atteint un triste record : il est le sixième pays du monde le plus touché par les homicides de journalistes. Au cours de la dernière décennie, 88 journalistes ont été assassinés et 17 sont portés disparus. Par ailleurs, le Mexique est également dans la “liste noire” des lieux où l’on pratique les enlèvements de ces professionnels.

Le 1er août 2015, le reporter Rubén Espinosa Becerril, 31 ans, qui travaillait pour la revue Proceso et le journal AVC Noticias de Veracruz est retrouvé mort dans la ville de Mexico avec quatre autres personnes. Il avait fui la ville de Veracruz après avoir été agressé à plusieurs reprises. Il avait notamment été frappé par la police lors d’une manifestation à Veracruz en 2013. Après avoir reçu des menaces, il s’était réfugié dans le district fédéral depuis juin 2015. Le 2 août, son nom est venu grossir la longue liste des journalistes assassinés dans ce pays.

Le gouverneur de l’État mexicain de Veracruz, Javier Duarte, va être entendu dans le cadre de l’enquête sur la mort du photojournaliste Ruben Espinosa et de quatre femmes dont une de nationalité colombienne, a annoncé lundi le maire de Mexico, Miguel Angel Mancera. “J’ai dit (au gouverneur Javier Duarte) que nous avions besoin de recueillir (son) témoignage” a indiqué M. Mancera lors d’une conférence de presse à Mexico. Le maire de la capitale, ancien membre du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), a précisé que les enquêteurs se déplaceront dans l’État de Veracruz pour interroger Javier Duarte. Il avait été précédemment mis en cause par Ruben Espinosa et l’activiste Nadia Vera, militante des droits de l’homme à Veracruz, tous deux retrouvés morts avec trois autres personnes portant des traces de tortures et de viol, dans un appartement de la capitale.

Depuis son élection en 2012 dans l’État de Veracruz, onze journalistes y ont été assassinés et quatre autres sont portés disparus, sans que la responsabilité du gouverneur n’ait toutefois été établie. Les autorités, qui ont arrêté des suspects dans le cadre de l’enquête, n’ont pour l’heure pas indiqué si l’investigation s’orientait vers un mobile lié aux activités journalistiques du photojournaliste ou à un crime crapuleux. “Nous explorons toutes les pistes” a indiqué le maire de Mexico. Il est toutefois rare qu’un gouverneur soit appelé à témoigner dans le cadre d’une enquête criminelle. Selon plusieurs organisations de défense de la presse, dont Reporters sans Frontières, le gouverneur de Veracruz a instauré dans son fief un climat hostile à l’encontre des journalistes, n’hésitant pas à formuler des menaces à leur encontre ou en accusant certains d’être liés au crime organisé. C’est pourquoi certains journalistes originaires de Veracruz, comme Espinosa, étaient venus se réfugier dans la capitale, pensant y bénéficier d’une relative sécurité.

La mort du photojournaliste et de quatre femmes, abattus d’une balle dans la tête, a soulevé une vive émotion dans les milieux journalistiques et fait voler en éclat l’impression que la capitale était une zone de “cessez-le-feu”. Le très controversé gouverneur a accepté de témoigner, tout en rejetant toute responsabilité dans ce quintuple homicide. “Je veux témoigner pour dire que je n’ai rien à voir avec cette affaire (…) et je veux apporter tous les documents pouvant aider les autorités judiciaires”, a déclaré M. Duarte, membre du PRI, le parti au pouvoir, sur une radio nationale. Suite à cette affaire, le maire de México, Miguel Angel Mancera a annoncé l’entrée en vigueur d’une loi destinée à renforcer la protection des journalistes dans l’État de Mexico. Elle prévoit notamment la mise en place d’un fonds, pouvant être débloqué dans les 24 heures en cas d’urgence, destiné à venir en aide aux journalistes et défenseurs des droits de l’homme pour leur permettre de se loger et se nourrir.

Cependant, pour Darío Ramírez, directeur de l’ONG Artículo 19 (cet article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fait référence à la protection des journalistes), “ce qu’il manque, ce sont des véritables enquêtes judiciaires et la condamnation des coupables”, rappelant qu’Espinosa n’avait pas voulu faire appel aux mécanismes de protection mis en place par l’État car il n’avait pas confiance en les autorités. Ramirez a également indiqué que sur les 88 cas de meurtres de journalistes recensés depuis 2000, 90% sont restés impunis et 3% ont abouti “à des conclusions douteuses”. Les autorités n’ont pour l’heure fourni aucune précision sur l’éventuel mobile de ces homicides mais ces crimes ont suscité une vive émotion, notamment dans le milieu journalistique. Dans un article du journal Reforma, on dit que selon les autorités les présumés coupables seraient un violeur et deux SDF. Comme dans le cas de l’homicide de la journaliste Regina Martínez en avril 2012, le coupable serait un drogué séropositif et analphabète. Les autorités, qui ont arrêté les suspects dans le cadre de l’enquête, n’ont pour l’heure pas indiqué si l’enquête s’orientait vers un mobile lié aux activités journalistiques du reporter-photographe ou à un crime crapuleux.

À Guadalajara, Chilpancingo, Acapulco, Oaxaca et Cancún, des rassemblements ont également été organisés et auxquels ont participé des photographes de presse, appareil photo dans une main et portrait d’Espinosa dans l’autre. Dans la capitale, les manifestants, parmi lesquels de nombreux journalistes, se sont aussi réunis devant le bâtiment abritant la représentation de l’État de Veracruz. Ils accusent son gouverneur, Javier Duarte, d’être responsable des violences qui ont causé la mort de 13 journalistes depuis 2010 dans cette région du Mexique. Récemment, le journaliste caricaturiste Luis Cardona avait été arrêté après avoir publié des informations sur une nouvelle disparition de jeunes, disparition supposément en lien avec les cartels de drogue du nord du pays.

Depuis l’élection de Duarte, les militants des droits de l’homme et les organisations étudiantes subissent intimidation et harcèlement. Pour les ONG mexicaines, les responsables de cet état de censure et d’intimidation sont connus de tous. Elles dénoncent l’inaction des policiers, enquêteurs et procureurs censés réaliser les investigations. Elles déplorent également que les autorités minimisent la gravité des faits et participent à des campagne destinée à criminaliser les propres journalistes assassinés en les accusant d’avoir des liens avec le narcotrafic. Ce fut le cas pour 15 journalistes tués en 2012.

Selon ces ONG, il y a deux catégories de journalistes au Mexique : ceux proches du pouvoir qui sont très bien traités et les journalistes indépendants qu’on harcèle et qu’on tue. On craint donc que, dans ce pays où la censure est soutenue par le pouvoir, des crimes comme celui commis à l’encontre de Rubén Espinosa et des quatre femmes, qui ont ému le monde entier, puissent se répéter. Pour le pouvoir, il ne s’agit pas d’une conduite fortuite mais d’une stratégie de neutralisation. Si les journalistes savent qu’ils risquent leur vie, ils feront plus attention et s’autocensureront S’ils sont soumis à la terreur, ils y réfléchiront à deux fois avant d’informer sur la violence, la corruption, l’impunité et tous les abus du pouvoir.

Au Mexique, pays démocratique puisque tous les six ans ont lieu des élections libres, la violence contre les journalistes persiste malgré l’alternance du pouvoir. Au cours des deux derniers mandats présidentiels du PAN avec Vicente Fox et Felipe Calderón, 70 journalistes ont été tués. Ils sont devenus “les ennemis de l’État”. Depuis l’arrivée d’Enrique Peña Nieto au pouvoir, la situation va en empirant : on décompte déjà une vingtaine de journalistes assassinés et plusieurs dizaines agressés. Selon un rapport publié en mars 2015, les attaques et menaces à l’encontre de journalistes ont augmenté de 80 % par rapport à la période de Felipe Calderón.

Au début de l’année, le bureau du Procureur Général de la République (PGR) a informé qu’au cours des 15 dernières années 103 journalistes ont été assassinés et 25 sont portés disparus. Il est important de préciser que la plupart de ces crimes ont eu lieu dans les États de Veracruz et Chihuahua. Pour la société civile mexicaine et leurs organisations de défenses des droits, le pays est face à un phénomène grave et elles déplorent l’indifférence des trois pouvoirs de l’État mexicain responsables de garantir l’État de droit. Cette situation laisse envisager d’après eux un avenir noir pour le pays où violence et insécurité sont en train de devenir le pain quotidien. Les nouvelles ne donc sont pas seulement mauvaises pour les journalistes mais pour tous les Mexicains…

À l’heure où nous rédigeons ces lignes, le gouverneur de Veracruz Javier Duarte affronte un nouveau scandale avec la disparition depuis le dimanche 9 août de deux enseignants de l’université Veracruzana (UV). Les professeurs auraient été enlevés par un groupe armé.

Olga BARRY

Mort en prison du général Manuel Contreras, chef de la police secrète de Pinochet

Symbole de la répression du régime militaire du général Pinochet, le général Manuel Contreras avait accumulé 540 années de prison pour les crimes contre l’humanité commis durant la dictature. Il meurt en prison le 7 août 2015. Retour sur son histoire et son rôle au sein de la DINA.

Considéré comme le bras droit du général Pinochet, le général Manuel Contreras Sepúlveda, connu comme le Mamo, avait dirigé la DINA (Dirección de Inteligencia Nacional), sa police secrète, pendant les premières années de la dictature. Dès la fin de celle-ci, il est accusé de crimes contre l’humanité qui lui valurent 59 procès et 540 années de prison. Contreras n’aura accompli que 17 ans de détention (le même nombre d’années qu’a duré la dictature) avant de mourir de complications rénales le 7 août dernier à l’Hôpital militaire de Santiago. Il a été incinéré le samedi 8 au cimetière catholique de Santiago, en présence de quelques membres de sa famille, sans honneurs militaires ni funérailles nationales.

La DINA a tué et torturé des milliers de personnes

Contreras entre à l’École militaire en 1944. Sa bonne conduite le mène à être chargé de la surveillance des nouveaux arrivés où il se distingue par ses abus de pouvoir, son arrogance et (déjà) un certain sadisme. En 1953, il entre à l’Académie de guerre pour suivre le cours d’officier d’État-major. Il se lie vite d’amitié avec le sous-directeur de l’institution, un certain colonel Augusto Pinochet. En 1973, le colonel Contreras est le commandant de la base militaire de Tejas Verdes. On y enseigne les techniques de lutte anti-subversive apprises à l’École des Amériques aux États-Unis et au Panama.

Après le coup d’État du 11 septembre 1973 contre le président Allende, le général Pinochet le charge de créer et diriger la DINA, une police politique, principal agent de la répression dictatoriale. Tejas Verdes devient un centre de tortures. La DINA ouvrira des dizaines de centres de tortures dans tout le pays. En trois ans, des centaines de membres de partis politiques ou d’organisations syndicales, paysannes, étudiantes, artistiques et même militaires et religieuses, sont assassinés ou faits disparaître. La DINA a également organisé des attentats contre des responsables politiques à l’étranger, tels que ceux contre Orlando Letelier, ministre de la Défense de Allende, réfugié à Washington, contre l’ancien vice-président de la République, le démocrate chrétien Bernardo Leighton à Rome et même contre le prédécesseur du général Pinochet à la tête de l’armée chilienne, le général Carlos Prats exilé à Buenos Aires.

Les excès de la DINA obligent Pinochet à la dissoudre. Il force Contreras à prendre sa retraite. En 1977, la DINA est remplacée par la CNI (Central Nacional de Informaciones). On estime que ces deux polices secrètes ont tué ou fait disparaître plus 3 200 opposants. La Commission Valech sur la prison politique et la torture (2004 et 2011) recevra des dizaines de milliers de témoignages des tortures infligées aux opposants de la dictature. Elle en reconnaîtra officiellement plus de 40 000… On estime que le chiffre réel s’approcherait du double… (1) La très grande majorité des victimes sont tombées durant les années DINA.

Des déclarations fracassantes

Alors que les preuves de la brutalité de la répression suivant le coup d’État sont accablantes, Contreras a toujours nié avoir donné les ordres. Quelques exemples de sa mauvaise foi : “Il n’y a pas eu de violation des droits humains durant le régime militaire… Je n’ai jamais ordonné de tuer qui que ce soit. Dans l’armée chilienne, on ne donne pas l’ordre de tuer des gens qui ne sont pas des terroristes. Je n’ai jamais donné l’ordre de faire disparaître quelqu’un…”  Son travail ? “La DINA n’a jamais pourchassé des gens pour leurs idées. Elle pourchassait les terroristes…”  Il n’hésite pas non plus à ouvrir le parapluie : “Le général Pinochet savait tout ce que faisait la DINA. Il était en fait le chef de la DINA…” (2)

Des procès retentissants

Depuis la fin de la dictature (mars 1990), les familles des victimes et les organisations de défense des droits humains luttent contre l’impunité qu’un décret d’auto-amnistie de Pinochet avait octroyée en 1978 à ses agents pour tous les actes commis de 1973 à 1978. En 1995, cinq ans après la fin de la dictature, la pression de la société civile au Chili, des organisations de défense des droits humains à l’étranger et surtout des États-Unis qui réclament l’extradition de Contreras pour la mort de Ronnie Moffit, l’assistante états-unienne d’Orlando Letelier dans l’attentat de Washington, obligent le gouvernement chilien à ouvrir une procédure légale contre le général pour cet attentat. C’est le premier grand procès contre Contreras. Il est condamné à 7 ans de prison. Son arrestation donne lieu à d’étonnantes scènes de liesse populaire, véritable catharsis après 17 années de dictature et cinq années d’impunité en démocratie. Depuis, les procès se sont succédé et les condamnations pour enlèvements, détentions illégales, tortures, assassinats et disparitions de milliers de personnes ont abouti à 540 années de prison.

À quand la fin du “pacte du silence” des militaires ?

Pour Jorge Burgos, ministre de l’Intérieur du gouvernement, Contreras fut “un des personnages les plus obscurs de l’histoire du Chili. Il laisse derrière lui douleur et souffrance pour des milliers de personnes”. L’association Londres 38, du nom de l’adresse d’un ancien centre de tortures de la DINA devenu espace de mémoire à Santiago, “regrette qu’il ait choisi de garder le silence sur le sort et les circonstances de la mort de disparus et de victimes d’assassinats commis par ses agents”. L’association estime que “les autorités politiques ont la responsabilité historique de mettre fin à l’impunité et de prendre les mesures nécessaires pour que les membres actuels des Forces armées, de la police et des services secrets remettent à la justice toute l’information en leur possession sur la répression… et de décider que ceux qui ont des informations soient libérés du pacte du silence en vigueur.”

Le mois dernier, un ancien conscrit du temps de la dictature a brisé le mur du silence en révélant les mensonges que les officiers supérieurs ordonnaient aux soldats de déclarer à la justice dans le cas connu comme “le dossier des brûlés vifs” (3). Peut-être est-ce le début de la fin de l’omerta militaire sur les atrocités commises par la dictature… La sénatrice Isabel Allende, présidente du Sénat et fille de Salvador Allende (4), a récemment déclaré qu’elle allait déposer un projet de loi pour que tout militaire ayant été condamné pour violation aux droits humains soit dégradé, y compris à titre posthume. Comme un défi à cette proposition, la famille du général l’a fait incinérer revêtu de son plus bel uniforme militaire.

Jac FORTON

(1) Un décret du président socialiste Ricardo Lagos interdit à la Commission de dévoiler le nom des tortionnaires pendant 50 ans !
(2) Citées par le journal La Nación du 7 août 2015.
(3) Deux jeunes gens brûlés vifs par une patrouille militaire lors de la grève générale du 2 juillet 1986, puis abandonnés dans un terrain vague près de l’aéroport. Rodrigo De Negri meurt de ses blessures, Carmen Gloria Quintana survit brûlée à plus de 60 %. Les révélations de Fernando Guzman, conscrit à l’époque et membre de la patrouille, permettront de rouvrir le dossier.
(4) Ne pas confondre avec l’écrivaine Isabel Allende, fille d’un cousin de l’ancien président.

Valparaiso à l’honneur au festival Les Escales à Saint-Nazaire

François-Xavier Gomez, envoyé spécial de Libération à Saint-Nazaire, revient en détails sur l’édition 2015 du festival les Escales qui, cette année, mettait en avant Valparaiso. À Saint-Nazaire, le festival les Escales a mis en avant la deuxième ville du Chili, entre punk, cumbia et derniers représentants de la chanson populaire.

Tout en tatouages et piercings, Tevo, moitié du duo electropunk Poder Guadaña, a eu un sentiment bizarre en débarquant à Saint-Nazaire : “C’est un port, comme Valparaiso, mais il ne sent rien.” À défaut d’effluves d’hydrocarbures, on a respiré pendant deux jours l’atmosphère de liberté artistique de la ville au festival les Escales, qui a invité musiciens et street artists dans une belle affiche sans esthétiques exclusives ni préjugés, qui a associé Salif Keita, JoeyStarr, Cerrone, Yael Naïm ou Dhafer Youssef. Dès l’arrivée sur la partie du port où se déroulent les concerts (sans conteste l’un des plus beaux sites de festival en France), deux fresques monumentales accueillent le public : deux portraits réalisés (en sept jours seulement) par Inti, une sommité du graff, et Robot de Madera (“robot de bois”).

Le premier a représenté un migrant en transit, aux yeux immenses ; le second, un étudiant chilien en hommage à la mobilisation de la jeunesse pour la réforme scolaire et à ses martyrs – trois manifestants ont déjà été tués. Les deux grapheurs soulignent que Valparaiso, au-delà du street art, est une ville où tous les arts ont droit de cité dans la rue : musique, cirque, danse… La chanteuse Pascuala Ilabaca, 30 ans, a été formée à cette école : “J’ai toujours monté et descendu les cerros [les 42 collines qui forment la ville, ndlr] avec mon accordéon de 12 kilos sur le dos.” Après six albums, elle est aujourd’hui reconnue comme une des voix les plus originales en Amérique latine. “Valparaiso est en perpétuel mouvement, décrit-elle. Sa vocation universitaire entraîne un renouvellement de la population, les étudiants de tout le pays restent quelques années et repartent.” Le port est aussi le berceau d’un rock psychédélique peu connu à l’étranger : “Grâce à l’activité portuaire, les innovations arrivaient bien avant d’atteindre la capitale, Santiago. C’est le cas du mouvement hippie, des drogues. Ce qui a permis l’éclosion du folk-rock progressif de Congreso ou Los Jaivas, qui est une de mes inspirations.”

Le duo Poder Guadaña (“le pouvoir de la faux”) est un autre repère du paysage musical de la ville : sur des beats de hip-hop ou des rythmes de cumbia, les deux compères punks hurlent un discours très radical, où la subversion n’empêche pas l’humour, et atteignent parfaitement le but qu’ils se sont fixé : “Faire réfléchir en faisant la fête.” Mais les triomphateurs des Escales ont été les participants les plus insolites du plateau porteño (“portuaire”). Avant d’être un groupe, La Isla de la Fantasia est le jardin d’un particulier où se retrouvent depuis plusieurs décennies les musiciens amateurs autour d’un répertoire de boléros et de valses péruviennes et de cuecas, la chanson traditionnelle qui se danse un mouchoir à la main. L’Ile de la Fantaisie était un îlot de liberté pendant la dictature de Pinochet (1973-1988), quand le couvre-feu empêchait toute vie nocturne. Ces peñas (“veillées”) ont permis de préserver un patrimoine oral qui autrement se serait perdu.

Trois CD ont été enregistrés récemment et un documentaire leur a été consacré. Plusieurs des piliers de La Isla sont décédés, mais un trio de survivants a fait le voyage, leur premier hors du Chili. Accompagnés par trois jeunes partenaires, ils ont 70, 77 et 84 ans et font revivre, à travers les complaintes sentimentales et les rythmes tropicaux, le temps révolu des cabarets. En costume et cravate, élégants et frondeurs, ils ont même rejoint sur scène Chico Trujillo, le groupe de cumbia-rock le plus populaire du Chili, pour un finale improvisé et chaleureux.

François-Xavier GOMEZ
Article publié par Libération le 9 août 2015