Archives mensuelles :

octobre 2014

Le Front centre gauche remporte le premier tour

Tabaré Vásquez du Frente Amplio (FA) remporte le premier tour des élections présidentielles avec 47,8 % des voix, devançant confortablement Luis Lacalle Pou du Partido nacional (PN, centre droite, 30,9 %), Pedro Bordaberry du Partido colorado (PC, droite, 12,9 %), Pablo Mieres du Partido Independiente obtient 3 % ; le petit parti Assemblée populaire, une scission du Frente Amplio, a obtenu 1,3 % et le PERI (Partido Ecolo Radical Intransigente) 0,7 %.

Même si tous les électeurs de droite votaient pour Lacalle Pou lors du deuxième tour le 30 novembre, Vásquez devrait pouvoir l’emporter. Le thème de campagne du FA était « Qu’il ne s’arrête pas ! » Qui ? Le gouvernement et son programme social et économique… Le succès du FA se doit au sentiment qu’ont la majorité des Uruguayens que leur sort s’est amélioré pendant ses deux mandats précédents avec Tabaré Vásquez déjà (2005-2010) puis avec José ‘Pepe’ Mujica (2010-mars 2015).

Pour ne rien gâter, il est probable que la croissance économique atteigne les 3 ou 4% en 2015, une bonne nouvelle pour l’économie donc pour les emplois. Le président Mujica a mis en exergue « l’énorme valeur du travail des entreprises publiques qui ont beaucoup investi… Par exemple, l’entreprise de production de l’énergie UTE n’a pas laissé une seule école rurale du pays sans électricité et a amené cette énergie jusqu’à des endroits qui la réclamaient depuis 50 ans ! »

Mujica est connu pour ses réformes sociétales telles que la dépénalisation de l’avortement, le mariage homosexuel et, au niveau international,  la légalisation du cannabis. L’opposition de droite a d’ailleurs annoncé qu’en cas de victoire, elle pourrait très bien faire annuler ces lois. Le FA conserve la majorité au Parlement. Les citoyens élisaient aussi leur nouveau Parlement composé de 99 députés et 30 sénateurs. À la Chambre haute, le Frente Amplio remporte 50 sièges, le Partido Nacional 32, le Partido Colorado 13, le Partido Independiente  3 et l’Unité populaire 1. Au Sénat, le FA garde ses 15 sièges, le PN 10, le PC 4 et le PI 1. À noter que la députée ayant obtenu le plus de voix est Macarena Gelman, fille de parents disparus durant la dictature et petite-fille du poète Juan Gelman. Les électeurs devaient aussi répondre à un referendum provoqué par le Parti colorado qui proposait que l’âge d’imputabilité pénale actuellement de 18 ans soit descendu à 16 ans. Les Uruguayens ont voté contre à 53 %…

Jac FORTON

« La Bolivienne » le dernier roman de Ricardo Strafacce 

On a longtemps parlé du réalisme magique, l’Argentin Ricardo Strafacce préfère le terme de Réalisme invraisemblable pour se l’appliquer à lui-même, et La Bolivienne en est un excellent exemple.

Tout commence dans la province de Buenos Aires, dans un bidonville proche d’un fleuve saturé d’une pollution chimique qui donne aux crapauds qui l’habitent une santé de fer, santé de fer qu’ils communiquent aux habitants du lieu, étant leur seule nourriture. Une superbe jeune Bolivienne s’installe dans ce quartier, un médecin douteux s’intéresse à la santé insolente de ces miséreux, les conditions sont réunies pour démarrer une fable contemporaine.

La belle Bolivienne est au centre de l’action, héroïne moderne qui défend écologie et libertés, qui s’oppose donc à l’argent mal gagné, aux politiques malhonnêtes et aux militaires attachés à leur pouvoir. Malgré l’impact des thèmes abordés, l’auteur garde tout le temps une certaine légèreté qui lui permet de remettre les choses à ce qui pour lui est la bonne proportion : l’existence humaine est bien dérisoire, on se passionne, on s’oppose, on lutte pour des causes qui nous semblent fondamentales et qui, au bout d’un certain temps, seront tombées dans l’oubli, la vie aura repris un cours normal, et, au fond, qu’est-ce que le normal et l’anormal ?

Ce court roman peut se lire de deux façons apparemment opposées, on peut verser une larme sur l’impossibilité de faire changer les choses en bien,  ou au contraire refermer le livre avec un sourire d’apaisement : comme dans toute fable, en fin de comptes, tout finit bien !

Christian ROINAT

La Bolivienne, de Ricardo Strafacce traduit de l’espagnol (Argentine) par Jean-Baptiste Labrune, Zinia Éditions, 62 p., 9 €.

Les Brésiliens ont choisi Rousseff et son modèle social

Les élections les plus serrées depuis 25 ans. Le vote des petites classes moyennes et la vulgarité de son opposant ont donné la victoire à Dilma Rousseff. Un pays socialement et géographiquement coupé en deux. Le programme social du Parti des Travailleurs (PT) de Dilma Rousseff et Lula a fini par convaincre une majorité de Brésiliens à prolonger le modèle social plutôt que de revenir au modèle néolibéral du Parti de la social- démocratie brésilienne (PSDB) impulsé par Aécio Neves. Mais les résultats, Rousseff 51,64 % (1) contre Neves 48,36 %, montrent un pays divisé : les régions pauvres du nord et Rio de Janeiro ont voté Rousseff, les régions riches du sud et Sao Paulo, Neves !

Cette victoire ne fut pas facile et plusieurs facteurs de dernière minute ont fait pencher la balance. À une semaine  des élections, les sondages donnaient une très légère avance au PSDB de Neves qui, avec ses partisans, avait sorti l’artillerie lourde : insultes publiques, insolence et grossièretés envers les femmes durant les forums télévisés et campagnes médiatiques mensongères… L’ancien président Lula, qui jouit toujours d’une énorme popularité, s’est alors jeté dans la bataille en traitant Neves de « fils à papa soutenu par le pouvoir financier et les riches » et en rappelant que « la victoire de Dilma est nécessaire pour que ce que nous avons durement construit ces 12 dernières années ne soit pas détruit… » 

Le vote clé fut sans doute celui des nouvelles classes moyennes sorties de la pauvreté grâce aux programmes sociaux de Lula repris par Rousseff et qui craignaient de retomber dans la pauvreté suite au ralentissement économique dont souffre le Brésil. Elles ont de nouvelles revendications, essentiellement sur la santé, le transport et l’éducation. Rousseff et Lula leur rappelaient infatigablement que « Nous avons le taux de chômage le plus bas depuis 2002, 1,2 millions de chômeurs, alors qu’il y en avait presque 11 millions avant Lula, construit de nouvelles écoles, des logements sociaux, amené l’électricité, un accès au crédit et de l’eau au village, jusqu’aux plus lointaines régions… Le choix électoral est : continuer les programmes sociaux et améliorer la situation des nouvelles classes moyennes ou retourner au néolibéralisme, aux privatisations et à la dépendance des États-Unis ».

Ces nouvelles petites classes moyennes ainsi qu’une partie des électeurs du Parti Socialiste (PSB) de Marina Silva ont reçu le message et voté Rousseff qui a accumulé 11 millions de voix de plus qu’au premier tour. Si les électeurs ont bien choisi les programmes sociaux, la droite néolibérale a fait un retour en force. Rousseff  a compris le message. Elle appelle à l’union des Brésiliens et au dialogue entre les partis pour s’attaquer à trois thèmes prioritaires : une réforme politique, la lutte contre la corruption et la relance de l’économie,  tout en poursuivant les programmes sociaux. Cela ne sera pas facile car le Congrès a changé de composition.

Un Congrès-mosaïque

Il y a maintenant 28 partis représentés au Congrès composé de 513 députés et 81 sénateurs. La coalition « Avec la force du peuple » qui soutient le PT (Parti des travailleurs) de Dilma Rousseff, est formée de neuf partis qui ont obtenu 304 sièges de députés et 52 sénateurs. Le PT reste la principale force (70 députés, mais elle en a perdu 18) suivi du PMDB (Parti du mouvement démocratique bolivien) avec 66 sièges. La coalition « Changement pour le Brésil » menée par le PSDB (Parti de la social-démocratie bolivienne) de Aécio Neves, également composé de neuf partis, a obtenu 128 députés et 19 sénateurs. La coalition « Unis pour le Brésil » du PSB (Parti socialiste brésilien) de Marina Silva est formée de six partis qui comptent 54 députés et 8 sénateurs. Quatre petits partis ont obtenu 27 députés et 2 sénateurs.

En théorie donc, le PT de Rousseff est majoritaire. Mais il dépend beaucoup des 66 députés du PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), en principe alliés du PT. Or le PMDB (comme d’autres d’ailleurs) est un parti plutôt enclin à s’engager du côté des gagnants. S’il estime être mieux servi chez Neves, il passera sans problème « de l’autre côté ». Et le PT perdra alors sa majorité rendant impossible toute politique sociale progressiste. On peut s’attendre à d’ardues négociations… De plus, non seulement la droite conservatrice a augmenté sa présence mais elle s’est radicalisée : d’anciens policiers ou militaires sont entrés en force au Parlement (55 députés) ; 131 parlementaires sont de grands propriétaires terriens liés à l’agro-exportation. On note aussi une percée importante des évangéliques bien qu’il soit difficile de quantifier leur présence. Cette opposition sera non seulement plus forte mais aussi plus dure, systématique et agressive.

Soulagement des blocs régionaux

La victoire de la coalition de gauche au Brésil ainsi que celle, au premier tour, du centre gauche en Uruguay, apporte un soulagement au Mercosur qui se voit ainsi renforcer mais aussi à l’Unasur et à la Celac (2) qui évitent les bouleversements politiques promis par Neves en cas de victoire. En effet, ce dernier voulait rendre flexible les règles du Mercosur de façon à pouvoir négocier des accords de libre-échange en particulier avec les États-Unis, se rapprocher de l’Alliance du Pacifique pro-US et prendre ses distances avec l’ALBA plus à gauche. Pour analyser en profondeur l’évolution des politiques du nouveau gouvernement, il faudra attendre le nom des futurs ministres de la présidente Rousseff qui dirigera la huitième puissance mondiale pendant quatre ans.

Jac FORTON

(1) Exactement le même score que François Hollande (51,64 %) et plus que celui de Barak Obama (51 %)  en 2012 !
(2) Mercosur : Marché commun du sud. Unasur : Union des nations d’Amérique du sud. Celac : Communauté des États américains et des Caraïbes.

Actualités de la semaine n°43 : 20 au 27 octobre 2014

19 octobre – ARGENTINE – L’argentin Joaquín Salvador Lavado Tejón, dit Quino, père artistique de la bande dessinée Mafalda est sur le point de recevoir le Prix Prince des Asturies.

20 octobre – VENEZUELA – Cinq jours après que le Venezuela ait obtenu un des sièges tournants du Conseil de sécurité de l’ONU, il est confronté à sa première épreuve : le haut-commissaire de l’agence, Ra’ad Zeid Al Hussein, demande au Venezuela d’obéir à la décision du Groupe de travail sur la détention arbitraire et l’exhorte à libérer immédiatement le chef de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López.

20 octobre – MEXIQUE – Le ministère public du Mexique a reconnu devant les familles des 43 futurs enseignants disparus d’Iguala qu’il y a eu des erreurs dans le processus d’exhumation des premières tombes trouvées il y a trois semaines. Des parents se sont rencontrés à l’école normale avec le ministre de l’Intérieur, Miguel Angel Osorio Chong, et le procureur général, Jesús Murillo Karam, qui ont attribué ces erreurs à l’Office de l’État de Guerrero, chargé initialement de l’enquête. Le gouvernement a chargé les forces fédérales de la surveillance policière dans 14 municipalités de l’État de Guerrero et dans l’État de Mexico.

20 octobre – BRÉSIL – L’État de São Paulo vit aujourd’hui sous une menace de manque d’eau : le barrage Cantareira, qui l’approvisionne, a atteint le pire niveau de son histoire à 3,5%. L’entreprise étatique d’assainissement Sabesp, qui approvisionne 60% des communes de l’Etat, continue à nier qu’il y ait du rationnement d’eau, mais les coupures affectent 38% de la population, plus de 15,5 millions de personnes, selon une enquête de l’institut Ibope en septembre.

21 octobre – COLOMBIE –  La Colombie a retiré de sa liste des paradis fiscaux le Panama. Les deux pays signeront un accord d’échange d’informations fiscales et financières demandé par le gouvernement de Juan Manuel Santos.

21 octobre – MEXIQUE – La Commission nationale des droits humains, un organisme public, a statué que le matin du 30 juin huit soldats ont tué 15 civils de sang-froid, dont deux adolescents, qui s’étaient rendus après un affrontement armé pendant lequel sept autres personnes étaient mortes. Une fois tués, selon la commission, l’armée a manipulé la scène de crime pour faire croire que tous avaient été abattus lors d’un échange de tirs. Seules trois femmes ont été sauvées, elles ont été prises en otages par les soldats. Le président de la CNDH, Raul Plasencia, a conclu que le massacre était l’une des pires violations des droits de l’homme commises par les forces armées au Mexique.

21 octobre – COLOMBIE – La polarisation politique que vit la Colombie autour du processus de paix avec la guérilla des FARC, a mené le président Juan Manuel Santos à inviter son plus grand adversaire, le sénateur Álvaro Uribe, à se réunir pour dialoguer « avec esprit patriotique, de paix« . Le président lui a fait cette invitation après que le Centre Démocratique, la principale force politique d’opposition au Congrès, ait publié un mémorial qu’il a intitulé « 52 capitulations de Santos à La Havane », dans lequel il critique chacun des trois points qui jusqu’à présent ont été décidés partiellement pendant les négociations à Cuba. Un dialogue entre Juan Manuel Santos et Álvaro Uribe est essentiel pour le processus de paix en Colombie dans la perspective de la future ratification des accords.

22 octobre – MEXIQUE – Les autorités judiciaires mexicaines ont lancé un mandat d’arrêt contre le maire de la ville d’Iguala, José Luis Abarca, accusé d’avoir ordonné l’attaque contre des dizaines d’étudiants dans sa ville, le 26 septembre, qui avait fait 6 morts et 43 disparus.

22 octobre – ARGENTINE – La présidente Cristina Fernandez de Kirchner a envoyé au Congrès un projet de code pénal qui confie aux procureurs la conduite des enquêtes et laisse de côté les juges. Les étrangers sans papier commettant une infraction et qui sont découverts en flagrant délit, seront immédiatement expulsés d’Argentine, tel que prescrit par le projet de nouveau code de procédure pénale. « On expulsera les étrangers qui sont surpris en commettant une infraction et ils ne pourront pas entrer à nouveau pendant 15 années » a dit Cristina Fernández dans un nouveau message pour les chaînes nationales de radio et télévision.

23 octobre – PÉROU – Les archéologues ont découvert que les hautes altitudes des Andes péruviennes, à 4500 mètres au-dessus du niveau de la mer, ont été habitées dès que les humains y sont arrivés il y a 12.000 ans, ce qui pose une nouvelle série de questions à propos de l’adaptation à des conditions environnementales extrêmes. Une altitude de 4.500 mètres non seulement implique de basses concentrations d’oxygène, mais aussi beaucoup de froid et des doses très nocifs de rayonnement ultraviolet. À Cuncaicha à 4 480 m, il y a des peintures rupestres et deux niches habitables qui montrent des restes de suie dans le plafond.

23 octobre – RÉPUBLIQUE DOMINICAINE – La Cour des droits de l’homme interaméricaine (CIDH) a déclaré coupable la République dominicaine pour détentions illégales et arbitraires et pour des expulsions sommaires de 26 Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne immigrants sans papiers en 1999 et 2000.

23 octobre – MEXIQUE – Près d’un mois après l’incident, et sans nouvelles des 43 étudiants qui sont tombés dans les mains des narcotrafiquants, le gouverneur de Guerrero, Ange Aguirre, démissionne. L’homme qui depuis des décennies, d’abord dans le PRI puis le PRD depuis 2010, tire les ficelles dans l’Etat le plus violent et le plus pauvre du pays, est celui qui a manipulé toutes les clés de la puissance de l’un des plus grands nids de corruption mexicain.

24 octobre – VENEZUELA – Le Président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé une « révision » des relations diplomatiques avec l’Espagne. Le Président décrit comme un « acte inamical d’ingérence » la réunion du Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy dans le bureau du siège de son parti avec Lilian Tintori, épouse du chef dissident Leopoldo Lopez, emprisonné depuis février dans une prison militaire à l’extérieur de Caracas.

24 octobre – ARGENTINE – Quinze civils et militaires retraités ont été condamnés à la prison à perpétuité pour violations des droits de l’homme sous la dictature argentine par un tribunal de La Plata (au sud de Buenos Aires) pour l’emploi de la torture et l’assassinat de 135 victimes, dans le centre de détention clandestin La Cacha, à la périphérie de La Plata.

26 octobre – BRÉSIL – La Présidente de gauche Dilma Rousseff, réélue avec un score très serré, va devoir comme elle l’a promis s’atteler dès lundi à réconcilier un pays divisé, donner des gages sur l’économie et la corruption. Malgré tout fidèles à 12 ans de conquêtes sociales historiques de la gauche, les Brésiliens ont réélu la candidate du Parti des travailleurs (PT) avec 51,64% des voix contre 48,36% pour son adversaire de centre-droit Aecio Neves, du Parti social-démocrate brésilien (PSDB). À dix heures du matin lundi, l’indice Ibovespa de São Paulo, référence du marché boursier, a chuté de 6% en ouverture.

26 octobre – URUGUAY – Les Uruguayens devront se rendre aux urnes pour un second tour le 30 novembre pour choisir un successeur à José Mujica. Comme prévu par tous les sondages, aucun candidat n’a obtenu 50% plus une voix, nécessaire pour être élu président au premier tour. Par conséquent, l’élection à la présidence aura lieu entre le candidat de la coalition de gauche Frente Amplio, Tabaré Vázquez (74 ans) qui a obtenu environ 47% des voix, et celui du Parti national, Luis Lacalle (41 ans), 31%. Ils ont été suivis par les candidats du Parti Colorado avec 13% et l’Indépendant, autour de 3%, selon les résultats préliminaires.

26 octobre – MEXIQUE – Les législateurs régionaux de l’état de Guerrero ont choisi Salvador Rogelio Ortega Martínez, après une longue négociation, le gouverneur par intérim en remplacement Ángel Aguirre Rivero, qui a démissionné sous la pression sociale, nationale et internationale provoquée après le massacre d’Iguala. Salvador Rogelio Ortega Martínez (59 ans) était jusqu’à présent secrétaire de l’Université Autonome de Guerrero (UAG) dont la femme, Rosa Isela Ojeda, est coordinatrice de l’Observatoire de la violence contre les femmes dans le même Etat. La nomination de Salvador Ortega Martínez a été décidée en accord avec plusieurs courants du Parti de la Révolution Démocratique (PRD). Le nouveau gouverneur a dit que sa priorité était de parler avec les parents des disparus.

 Guy MANSUY

Élections en Uruguay : probable victoire du centre gauche

Les élections présidentielles du dimache 26 octobre n’apporteront sans doute pas de surprise : le Frente Amplio de Tabaré Vásquez devrait gagner. L’étonnant parcours de Raúl Sendic fils. Le président Mujica ne pouvant constitutionnellement pas se représenter, les élections internes du Frente Amplio, parti de centre gauche au pouvoir depuis 9 ans, ont donné l’avantage à Tabaré Vásquez, ancien président de l’Uruguay de 2005 à 2010. Il avait alors rompu une longue série de présidents provenant des deux partis traditionnels, les partis de droite Colorado et Nacional.

Les candidats par ordre de préférence dans les sondages : Tabaré Vásquez, Frente Amplio (centre gauche, 40 à 43 %) ; Luis Alberto Lacalle Pou, Partido Nacional (centre droite, 28 à 32 %) ; Pedro Bordaberry, Partido colorado 13 à 17 %) ; Pablo Mieres, Partido Independiente (2,5 à 4 %) ; Gonzalo Abella, Unidad Popular (1,2) ; César Vega, Partido Ecologista Radical Intransigente (- 1 %) ; Rafael Fernández, Partido de los Trabajadores (- 1%) ; José Luis Vera, Partido de la Concertación. Les 2,5 millions d’électeurs devront également élire 99 députés et 30 sénateurs.

De père en fils… toujours les mêmes noms…

Ces élections voient une série de noms bien connus des Uruguayens qui ont l’impression que la politique se fait de père en fils ! Pedro Bordaberry du Parti Colorado, est le fils de José María Bordaberry, dictateur de l’Uruguay de 1973 à 1976 et accusé de la disparition de deux parlementaires, Zelmar Michelini et Héctor Gutiérrez. Le fils défend le père… Luis Alberto Lacalle Pou est le fils de Luis Alberto Lacalle, président du pays de 1990 à 1995. Raúl Sendic, colistier du candidat Tabaré Vásquez, est le fils de Raúl Sendic, fondateur du premier syndicat agricole des années 60 et un des  fondateurs des Tupamaros, une guerrilla des années 70-80 du siècle dernier. Sendic père fut emprisonné par la dictature avec l’actuel président « Pepe » Mujica puis exilé à Cuba et à Paris où il est mort en 1989.  Raúl Sendic fils, diplômé en génétique humaine de l’université de La Havane, est rentré en Uruguay à la fin de la dictature. S’écartant du radicalisme de son père, il fut ministre et président de la compagnie pétrolière uruguayenne ANCAP. Sa relative jeunesse (50 ans) balance les 74 ans de Tabaré Vásquez et pourrait attirer les voix des plus de 200.000 nouveaux jeunes électeurs. Si aucun des candidats n’obtient la majorité au premier tour, les deux premiers s’affronteront lors d’un second tour le 30 novembre prochain. Ce qui permet au candidat Lacalle Pou de penser qu’il peut, au second tour, récupérer tous les votes de droite et l’emporter de justesse. Si le premier semble assurer la victoire de Tabaré Vásquez, rien n’est définitif pour le second tour…

Jac FORTON

Le dernier livre de l’Argentine Ana María Shua : « Sois patient »

Un homme, le narrateur, est hospitalisé. De quoi souffre-t-il ? Nous ne le saurons jamais. Est-il même malade ? Il nous raconte par le menu son séjour, ses rapports chaotiques avec le corps médical, avec ses rares visiteurs, avec les autres patients. Cela pourrait être émouvant ou dramatique, mais non, si l’on meurt dans ce livre, c’est de rire.

L’Argentine Ana María Shua a écrit ce roman en 1980, on peut y voir (mais on n’est pas obligé) une charge indirecte contre la dictature militaire qui faisait rage à l’époque. Avec le recul, rien n’a vieilli, ce récit reste un petit bijou d’humour noir et d’absurde dans lequel l’équilibre entre tragique et comique est constamment maintenu : un médecin qui ne s’exprime qu’avec des plaisanteries d’un goût douteux, une cousine visiteuse qui en profite pour faire des galipettes avec le médecin en question, un directeur de l’hôpital, toujours absent, qui apparemment est lui-même un des patients et un narrateur qui passe son temps à essayer de tout comprendre alors que tout lui échappe, voilà le tableau.

Notre narrateur subit, pendant un temps indéterminé, ce séjour qui lui est imposé (par qui ?), observe donc, évolue au long de ces jours, qui deviennent des semaines, commente la façon dont les autres et lui-même agissent et fait ainsi ressortir l’absurdité des relations courantes, l’absurdité de notre existence. Un Français peut bien sûr penser à Ionesco ou encore à Pierre Dac, l’ombre de Kafka plane aussi sur ce véritable jeu de massacre jouissif. Mais les références, si elles s’imposent, ne font pas oublier l’originalité réelle de ce texte qui ne ressemble qu’à lui-même. Cela n’empêche pas Ana María Shua de glisser une foule de questions sur la santé (physique et mentale), sur les établissements de soins, sur le fonctionnement de la société. Son grand talent ici c’est de multiplier les surprises, les rebondissements, tous plus sinistres et drôles les uns que les autres. Autant dire que le lecteur est comblé.

Christian ROINAT

Sois patient d’Ana María Shua, traduit de l’espagnol (Argentine) par Philippe Poncet, Éditions Folies d’encre, 175 p., 19 €.
Ana María Sua en espagnol : Soy paciente, / La muerte como efecto secundario / Botánica del caos, Sudamericana, Buenos Aires.
Ana María Shua en français : La mort comme effet secondaire / Botanique du chaos (micro-récits), Éditions Folies d’encre / Botanique du chaos, bilingue, Éditions Équi-librio.

Brésil : dimanche 26 octobre, les candidats Rousseff et Neves à égalité des intentions de vote

Continuité des programmes sociaux ou retour du néolibéralisme, voilà l’enjeu de ce second tour. Le Brésil est déchiré en deux camps. D’un côté, le candidat Aécio Neves, chantre du retour au néolibéralisme, qui a le soutien des États riches du sud Brésil, des secteurs « blancs », des conservateurs, de la classe moyenne haute et des entreprises, sans oublier les quotidiens de la grande presse, tous aux mains de la droite ; de l’autre côté, Dilma Rousseff, qui œuvre pour la continuité du développement des programmes sociaux commencés par Lula en 2003, soutenue par les États pauvres du Nordeste, les classes défavorisées, les artisans, la classe moyenne nouvelle récemment sortie de la pauvreté et quelques secteurs de l’économie.

Les attaques de Neves contre le gouvernement visent une croissance molle (1 %), trop de dépenses publiques, trop d’État, une corruption galopante, une inflation incontrôlée. Rousseff rappelle que les programmes sociaux ont sorti plus de 30 millions de Brésiliens de la misère et permis une augmentation de la consommation interne, le maintien de l’emploi en période de crise, une politique internationale souveraine, les efforts faits sur l’éducation. Sa principale critique envers Neves est qu’il s’agit d’un retour au passé néolibéral. La meilleure preuve est qu’il a choisi pour ministre de l’Économie Arminio Fraga, lié à la banque JP Morgan et président de la Banque centrale durant le mandat de Fernando Cardoso qui soutient bien sûr sa candidature. En ce qui concerne l’inflation, l’analyste politique Emir Sader rappelle que « elle est de 6 %, la moitié de ce que Cardoso avait légué à Lula en 2003 ! »

 Pour augmenter ses chances, Neves a courtisé Marina Silva, du parti socialiste, arrivée troisième au premier tour avec 20 millions de voix (21,5 %). Après de fébriles négociations et tel que nous le suggérions dans notre précédente chronique, Silva finit par soutenir Neves qui s’extasie : « Ceci est un moment historique… Nous construisons une alliance pour le pays, pour une politique d’efficacité dans la gestion publique, de la transformation réelle de la vie de ceux qui possèdent le moins… »

 Les deux candidats s’affrontent en débats publics et télévisés. Rousseff : « Les seules propositions sociales que vous présentez sont la continuité de mes programmes« . Neves : « Votre gouvernement est celui de la corruption », oubliant peut-être un peu vite que la corruption est rampante au Brésil depuis des dizaines d’années ! Aécio Neves est nettement meilleur orateur que Dilma Rousseff mais frôle l’arrogance ce qui ravit ses partisans mais hérisse ceux de Rousseff. Le deuxième tour de ce 26 octobre sera vital pour le futur du Brésil : plans sociaux ou  néolibéralisme. La parole est aux électeurs…

 Jac FORTON

Actualités de la semaine n°42 : 13 au 20 octobre 2014

13 octobre – BRÉSIL – Une étude, qui s’appuie sur des photos prises par satellite, montre que la destruction de la forêt, freinée pendant presqu’une décennie, reprend à nouveau en 2013. En 2004, un plan d’action du gouvernement brésilien, alors dirigé par Lula da Silva, a réussi à stopper la coupe et le brûlage des arbres. Le programme a pour but de diminuer la déforestation amazonienne de 80% par rapport à la moyenne de la période 1996-2005. Il s’agirait alors de promouvoir la création de nouvelles réserves, la régularisation de la propriété de petites propriétés, la promotion de systèmes agricoles soutenables et la surveillance de l’utilisation de terres, en parvenant à imposer des amendes aux propriétaires ou à saisir leurs terres. La déforestation a augmenté de 28% en 2013. Les éleveurs et les producteurs de soja provoquent 80% de la déforestation

13 octobre – BOLIVIE – Après sa nouvelle victoire, Evo Morales est sorti sur le balcon du Palacio Quemado avec ses deux collaborateurs les plus fidèles, le vice-président et aussi candidat dans ces élections, Álvaro García Linera, et son ministre des Affaires étrangères, David Choquehuanca. Depuis qu’Evo Morales est arrivé au pouvoir en 2005, outre eux, seul un ministre a été maintenu dans son poste : celui de l’Économie, Luis Alberto Arce. Bien qu’Álvaro García Linera répète généralement que seuls est indispensable le président, des analystes et des politiciens s’accordent pour inclure le vice-président. Il est le bras idéologique tant du Movimiento al Socialismo (MAS) que du gouvernement. Ex-partisan Tupac Katari, d’orientation indigéniste, ce mathématicien de formation de 52 ans a été un des principaux artisans à combiner le discours gauchiste avec des politiques plus pragmatiques. Quant à David Choquehuanca, il est un des rares qui s’adressent au président comme Evo, et c’est le responsable de la politique extérieure du pays. Ils continueront à former le triumvirat de la nouvelle Bolivie.

13 octobre – AMÉRIQUE CENTRALE – Un séisme de magnitude 7,4 sur l’échelle de Richter, selon le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, a secoué une grande partie du Salvador et le Nicaragua. Il a été perceptible aussi au Guatemala, au Honduras et au Costa Rica. Enregistré par la Commission géologique des États-Unis, le tremblement de terre a duré environ 30 secondes et est intervenu à 21h51, avec un épicentre 86 kilomètres au sud-sud-ouest de la ville côtière de La Union (El Salvador). Les autorités des pays concernés n’ont signalé ni victimes ni de graves problèmes.

13 octobre – BRÉSIL – Six jours d’âpres négociations et de conciliabules ont été nécessaires pour arriver à ce tour de force associant Marina Silva, ancienne militante d’extrême gauche, proche du célèbre syndicaliste militant Chico Mendes, évangélique et membre du Parti des Travailleurs (PT), à un candidat soutenu par la droite, l’opposant social-démocrate brésilienne (PSDB), Aécio Neves. Pour le second tour du 26 octobre, l’objectif est de contrer la présidente sortante Dilma Rousseff du PT. Les deux premiers sondages effectués après le premier tour ont, pour la première fois, donné une légère avance à Aécio Neves sur Dilma Rousseff (46% contre 44%). Avant même que Marina Silva ne se prononce sur son choix, 66% de ses électeurs avaient indiqué qu’ils voteraient pour Aécio Neves, 18% seulement pour Dilma Rousseff.

14 octobre – AMÉRIQUE LATINE – Citigroup, le troisième groupe financier pour des actifs des États-Unis est un des principaux conglomérats du monde. Il a annoncé qu’il abandonnait les activités de banque commerciale dans onze pays dans le cadre de la restructuration de ses activités. Parmi les marchés touchés, six se trouvent en Amérique latine : Costa Rica, Salvador, Guatemala, Nicaragua, Panama et Pérou. La contraction de son activité internationale dans la banque de détail est considérée à Wall Street comme une étape pour générer plus de profits, au lieu de chercher à se développer.

14 octobre – BRÉSIL – Un passager de nationalité espagnole est décédé lors d’un vol de la compagnie TAM entre Lima et Sao Paolo. Le défunt, qui avait 45 ans et avait ingéré 34 boulettes de cocaïne, a été traité par un médecin dans l’avion qui a dû faire un atterrissage d’urgence à Campo Grande (Brésil), près de 1000 miles de sa destination fin. L’autopsie réalisée à l’Institut de médecine et dentaire a déterminé que l’homme avait à l’intérieur, 34 balles avec un total d’un demi-kilo de cocaïne et que la cause de la mort était la rupture de certaines des capsules.

14 octobre – MEXIQUE – Les forces fédérales ont tué Benjamin Mondragon, alias El Benjamon, chef présumé des Guerriers Unis, la bande accusée d’avoir enlevé les 43 stagiaires enseignants dans la ville d’Iguala, dans l’État de Guerrero. Dédié au trafic de drogue et aux extorsions de fonds, ce groupe a son fief dans la ville d’Iguala (130.000 habitants), mais actif dans d’autres zones de Guerrero.

15 octobre – PÉROU – La superficie des glaciers des Andes péruviennes a diminué de 40% au cours des 40 dernières années. Leur fonte a fait apparaître un millier de nouveaux lacs de haute altitude depuis 1980, selon Lima. Près de 90% de ces glaciers mesurent moins d’un kilomètre carré et sont menacés de disparition. Les 2 679 glaciers que compte encore le pays sont à la base d’une grande partie de l’eau potable consommée.

15 octobre – MEXIQUE – Le ministre de la justice, Jesus Murillo Karam, a annoncé que les vingt-huit corps découverts dans cinq fosses près d’Iguala, le 4 octobre, n’étaient pas ceux des disparus, renforçant l’énigme sur cette affaire. Les analyses ADN pour identifier les corps trouvés dans quatre autres charniers se poursuivent. Toutefois, les confessions de quatorze policiers de la ville voisine de Cocula sur la remise des quarante-trois étudiants aux Guerreros Unidos ont fait monter d’un cran la colère de la population, déjà attisée par de précédentes révélations sur les liens entre le maire d’Iguala, en fuite, et ce cartel régional. A Chilpancingo, chef-lieu du Guerrero, une nouvelle manifestation pour exiger que les autorités retrouvent les disparus s’est déroulée sans heurt. Mais la veille, des centaines d’étudiants et d’enseignants avaient incendié le palais du gouverneur et saccagé la mairie. Cinq jours plus tôt, des milliers de Mexicains défilaient dans une trentaine de villes, dont Mexico, pour réclamer la vérité sur cette affaire. L’Organisation des Nations unies, la Commission inter-américaine des droits de l’homme et Amnesty International ont dénoncé des actes « inacceptables », dans un pays où 22 000 Mexicains sont portés disparus. Une vingtaine de députés européens leur ont emboîté le pas en réclamant l’arrêt des négociations commerciales en cours entre le Mexique et l’Union européenne, en regard des violations des droits de l’homme dans ce pays.

16 octobre – ARGENTINE – Les syndicats demandent une gratification salariale de fin d’année pour compenser la hausse des prix, mais le gouvernement refuse de leur accorder. Les syndicats et les consultants privés estiment que l’inflation annuelle est déjà de 40%, alors que la plupart des accords salariaux sont clos avec une augmentation moyenne de 29,7% pour le semestre.

16 octobre – VENEZUELA – Lors de l’élection des 5 nouveaux membres non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU de 15 membres, le Venezuela est apparu seul dans le groupe comprenant les pays d’Amérique latine et des Caraïbes et remplacera l’Argentine. Avec l’Angola, l’Espagne, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Venezuela siégera à partir de janvier 2015 au Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans jusqu’à la fin de 2016. Adversaire des États-Unis en Amérique latine, sa candidature a reçu le soutien au premier tour du scrutin de 181 membres de l’ONU alors que la Turquie a été écartée lors du vote à l’Assemblée générale, un revers qui s’explique par sa position ambiguë envers l’État islamique. Le Venezuela aura pour ambassadrice adjointe, Maria Gabriela, la fille de feu Hugo Chavez. Les États-Unis dispose d’un siège permanent avec droit de veto, comme la Chine, la France, la Russie et le Royaume-Uni. Les cinq autres pays non permanents à mi-parcours sont le Tchad, le Chili, la Jordanie, la Lituanie et le Nigeria.

16 octobre – BRÉSIL – Après son arrestation, l’agent de police de 26 ans, Thiago Henrique Gomes da Rocha, a reconnu avoir assassiné 39 personnes dans la ville de Goiania, la capitale de l’état brésilien de Goiás (centre). Parmi les victimes se trouvent 16 femmes, 8 mendiants et 15 autres hommes choisis au hasard, dont plusieurs homosexuels. Dans une conférence de presse accordée dans le commissariat dans lequel il est emprisonné, il a demandé pardon pour ses crimes et a dit se repentir de ses actes.

16 octobre – ARGENTINE – L’Argentine lance le premier satellite de télécommunications dans la région. Le satellite Arsat-1 a été construit par l’entreprise de technologie INVAP en Patagonie avec des composants locaux et européens et a été lancé depuis la Guyane française, de la base aérospatiale de Kourou à bord de la fusée Ariane française. Il sera opérationnel dans dix jours. Le but est de fournir des services de téléphonie mobile, la télévision numérique, Internet et la transmission de données à travers l’Argentine, y compris les zones qui sont actuellement marginalisées, ainsi que le Chili, l’Uruguay et Paraguay.

17 octobre – AMÉRIQUE LATINE -CARAÏBES – Bien qu’aucun cas d’infection par le virus Ebola n’ait atteint l’Amérique latine et les Caraïbes, un groupe de pays de la région a déjà pris des mesures pour tenter d’éviter d’être touchés par l’épidémie qui sévit en Afrique de l’Ouest. La Jamaïque, le Guyana, Haïti, Sainte-Lucie ont annoncé une interdiction d’entrée sur leur territoire des ressortissants étrangers venus des trois pays les plus touchés par le virus : le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée Conakry. Bien que n’ayant pas fermé complètement sa frontière à ces voyageurs, la Colombie a également décidé de mesures restrictives. Tandis que le Mexique distribue dans des hôpitaux de l’équipement de protection pour l’Ebola et que les autorités n’ont pas mis en œuvre de restrictions de voyage.

17 octobre – MEXIQUE – La police mexicaine a annoncé l’arrestation de Sidronio Casarrubias Salgado, qui a été identifié comme « chef suprême » du groupe de crime organisé des Guerriers-Unis, le groupe criminel qui a été identifié par les autorités comme responsable de la disparition de 43 étudiants [photo] le 26 septembre. Il a été arrêté à Toluca, à moins de 70 kilomètres de la capitale du Mexique. Le chef du bureau du procureur général (PGR), Jesús Murillo Karam, a déclaré que Sidronio Casarrubias est soumis à un interrogatoire et que sa capture ouvre une nouvelle voie de recherche vers « la vérité« . L’annonce de la capture de Sidronio Casarrubias survient trois jours après qu’ait été connue la mort de Benjamin Mondragon, appartenant également aux Guerriers Unis, et sept jours après l’arrestation du chef du cartel de Juarez, Hector Beltran Leyva.

17 octobre – PANAMA – En conflit avec la Colombie qui ne partage avec elle d’informations fiscales, le Panama négocie de sortir de la liste grise de l’OCDE, correspondant aux États qui se sont engagés à respecter les standards internationaux, mais ont à ce jour signé moins de douze accords et pour cela, elle a signé des accords d’échange d’informations fiscales avec 9 pays, et en projette avec 18 dont l’Argentine. L’année passée, elle l’a fait avec le Canada et avec le Royaume-Uni et avant ça, avec les États-Unis et l’Espagne.

Guy MANSUY

Evo Morales réélu pour la troisième fois président de la Bolivie

La question n’était pas : « Evo Morales va-t-il gagner ? » mais « Quelle sera la différence avec son plus proche rival, le néolibéral Samuel Doria Medina ? ». Le peuple bolivien a répondu : 60 % pour le président-candidat, 24 des 36 sénateurs et 84 des 130 députés pour sa coalition sociale, le MAS, Mouvement vers le socialisme. Un vrai raz-de-marée…

Le modèle économique ‘moralien’ : « la Patrie récupérée »

Le parti du président est une coalition de mouvements sociaux, syndicats, organisations paysannes et indigènes auxquels s’est peu à peu jointe une diversité de petits partis. La raison principale du succès d’Evo Morales s’explique par une longue période de développement économique sans précédent qui a changé la structure de la société. Le Président résume ainsi son succès : « Nous avons récupéré la patrie qui était dans les mains des étrangers… Nous avons créé un nouveau modèle économique et social, communautaire et productif, achevé une plus grande présence de l’État, sans accepter le système de libre-échange, en démocratisant l’économie et en rendant aux Boliviens les bénéfices de l’exploitation des ressources naturelles du pays au lieu de les donner aux multinationales étrangères ». Il faisait bien sûr allusion à la nationalisation le 1er mai 2006 des hydrocarbures et du gaz du sous-sol bolivien, réalisée sans expulsion des entreprises pétrolières mais en renversant les pourcentages des bénéfices : depuis cette date, ces entreprises paient de 60 à 80 % d’impôts à l’État et gardent de 40 à 20 % pour elles, et non l’inverse !

Ces nouveaux revenus ont permis à Morales de redistribuer l’excédent économique en créant de nombreuses allocations et subventions (dits Bonos) pour la population bolivienne jusqu’alors une des plus pauvres des Amériques. C’est le programme « Renta Digna », une pension pour les gens âgés traditionnellement oubliés ; c’est une prime aux enfants scolarisés (Bono Juanito Pinto), une autre pour les femmes qui viennent de donner naissance (Bono Juana Azurdy), c’est un salaire minimum qui est passé de 55 € par mois en 2005 à 180 € en 2014, etc. Morales : « Nous nous sommes libérés politiquement pour pouvoir nous libérer économiquement. Les ennemis, que voulaient-ils ? Nous dominer politiquement pour nous voler économiquement, mais cela, c’est terminé ! Nous ne dépendons plus des décisions prises par la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international… »(1)

Les politiques économiques ont permis de baisser le taux d’extrême pauvreté de 38 à 21 %. Autre actif : les réserves en devises sont passées de 8 à 32 milliards de dollars, ce qui permet au pays de résister à toute attaque financière, de contrôler son économie et de disposer de budgets sociaux.

 Succès politiques

Le président Morales a d’autres réussites à son actif. En 2007, le MAS propose une nouvelle Constitution. Malgré une opposition féroce des députés issus des départements orientaux, elle est votée par le Congrès en 2009. Elle transforme la Bolivie en un État Plurinational qui reconnaît ainsi les droits des populations indigènes, 62 % des Boliviens selon la CEPAL (Commission économique des Nations unies pour l’Amérique latine), jusqu’alors complètement ignorés par les oligarchies et les multinationales qui dirigeaient le pays.

Autre succès, la lutte contre la drogue. Lorsque la Bolivie expulse la DEA (l’agence US contre la drogue), les États-Unis annoncent que la Bolivie va devenir un État-narco car la production de la coca allait exploser, d’autant plus que le président Morales était un ancien leader syndical de défense des cocaleros, les producteurs de coca, une plante traditionnellement utilisée par la médecine indienne. La vérité est que si la DEA réussissait à éradiquer 5 400 ha de plantations par an, Morales en a éradiqué 11 407 rien qu’en 2013… Ce sont les syndicats cocaleros qui contrôlent eux-mêmes efficacement la culture de la coca et empêchent son utilisation par les narcos.

 Sur le plan international

La Bolivie de Morales a soutenu les efforts d’intégration et d’alliances régionales en participant activement dans la formation de l’UNASUR, de la CELAC, de l’ALBA et en se rapprochant du Mercosur (2). C’est aussi sous l’initiative et l’impulsion de la Bolivie que les Nations unies ont, en juillet 2010, décrété que « l’accès à une eau potable, salubre et propre est un droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme » et ne devait pas être l’objet de profits et de marchandage. Plus de 120 pays ont soutenu cette initiative.

Evo Morales a lancé une perche aux États-Unis : le gouvernement bolivien est tout à fait disposé à rétablir des relations avec la puissance du nord si elle s’engage à respecter la souveraineté de la Bolivie et à ne pas intervenir dans ses affaires internes. Les relations entre les deux pays sont rompues depuis l’expulsion de l’ambassadeur US, Philip Goldberg en 2008, accusé par La Paz d’avoir aidé les départements orientaux dans leur tentative de sécession.

Une opposition peu crédible

Un autre élément du succès d’Evo Morales est la faiblesse de l’opposition. Non seulement, ses plus proches rivaux, Samuel Doria et Jorge Quiroga sont issus des gouvernements néolibéraux des années 90 mais Doria (propriétaire de grandes cimenteries) fut ministre du président Sánchez de Lozada, exilé à Miami, et Quiroga ministre du dictateur Hugo Banzer. Juan del Granado, ancien maire de La Paz est aussi un ancien allié du MAS. Alors « autant voter Morales » disent de nombreux électeurs. Fernando Vargas représente surtout le secteur indigène qui s’est séparé du MAS lorsque le gouvernement a décidé, sans consultation préalable, de construire une route pour camions qui couperait en deux leur territoire, le TIPNIS (Territoire indigène parc national Isiboro Sécure). La violente répression policière est à l’origine de la scission. L’opposition, sans vrai leader national et sans programme, ne proposait aucune alternative crédible. Les réformes, l’inclusion sociale et la redistribution des richesses ont produit cette vague de fond de soutien au président.

Les résultats les plus étonnants sont ceux de la région orientale du pays (Santa Cruz, Pando, Tarija), dominée par des oligarchies terriennes blanches et métisses (qui revendiquent leur passé espagnol !) traditionnellement très anti-indiennes. Il faut dire qu’avec le nouveau modèle « moralien », les riches départements orientaux ont également bénéficié d’un renouveau économique car c’est de cette région que sont extraits les hydrocarbures boliviens et où résident les grands propriétaires terriens de la macro-agriculture d’exportation. Les nouvelles normes leur ont donné d’importantes retombées économiques. Pragmatique, cette région autrefois très anti-Morales, a voté pour le président…

 Les défis à venir

Lors de son discours devant des milliers de Boliviens venus saluer sa victoire, Evo Morales a mis les choses au clair : « Au nom de ceux qui ont lutté pour la libération de la Bolivie, nous remercions cette nouvelle victoire du peuple bolivien. Il existe un sentiment de libération de nos peuples des Amériques pour ne plus être soumis à l’empire nord-américain ou au système capitaliste. Cette victoire est celle des anti-colonialistes, des anti-impérialistes, du peuple… Ici, deux programmes s’affrontaient : la nationalisation ou la privatisation. La première a gagné… »

Pendant les derniers jours de la campagne, le Président avait signalé que ses nouveaux défis seront de « répondre aux nouvelles demandes issues des avancées de la croissance économique et de l’inclusion des mouvements sociaux dans la direction du pays ». En bref, la nouvelle classe moyenne issue des bénéfices des politiques économiques a de nouvelles exigences de consommation qu’il faudra essayer de satisfaire. Morales a déjà fait savoir que son principal prochain objectif est le développement industriel du pays : « Nous allons passer d’une économie basée sur l’exploitation des matières premières à une industrielle ». Selon la CEPAL, « l’économie de la Bolivie continuera à être l’une des plus dynamiques de la Région »; elle pronostique une croissance de plus de 5,3 % pour 2015 (la France : moins de 1 %). Les investisseurs ont déjà dressé l’oreille…

 Jac FORTON

Les résultats

Les chiffres définitifs ne seront connus que dans quelques jours, mais les enquêtes « au sortir des urnes » donnent : Evo Morales du MAS (Mouvement vers le Socialisme) : 61 % (24 sénateurs sur 36 et 84 députés sur 130) ; Samuel Doria Medina de la UD (Unité démocrate) : 24 % (11 et 34) ; Jorge Quiroga du PDC (Parti démocrate chrétien) : 9 % (1 et 10) ; Juan del Granado du MSM (Mouvement sans peur, ex-allié du MAS) : 3 % (1 député) ; Fernando Vargas du PVB (Parti vert de Bolivie) : 3 % (1 député). Les plus grands succès de Morales furent dans les villes de La Paz (70 %), Cochabamba et Potosi (66 %) et, plus surprenant, la conservatrice Santa Cruz (49 %). Le seul département à avoir voté Medina est le Beni : 49 % contre 43 à Morales.
 (1) Dans une interview réalisée par le sénateur argentin Daniel Filmus sur les canaux de télévision argentins TV Pública et Encuentro du ministère de l’Éducation, le 11 octobre 2014.
(2) UNASUR : Union des Nations sud-américaines, les 12 pays du Cône sud. CELAC : Communauté des États de l’Amérique latine et des Caraïbes, soit tous les pays des Amériques moins les États-Unis et le Canada. ALBA : Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique, une alliance économique rassemblant neuf pays. Mercosur : Marché commun du sud soit le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, l’Uruguay et le Paraguay.

Le sel de la terre chez les Salgado

Depuis quarante ans, le photographe Sebastião Salgado parcourt les continents sur les traces d’une humanité en pleine mutation. Alors qu’il a témoigné des événements majeurs qui ont marqué notre histoire récente : conflits internationaux, famine, exode…, il se lance à présent à la découverte de territoires vierges aux paysages grandioses, à la rencontre d’une faune et d’une flore sauvages dans un gigantesque projet photographique, hommage à la beauté de la planète. Sa vie et son travail nous sont révélés par les regards croisés de son fils, Juliano, qui l’a accompagné dans ses derniers périples et de Wim Wenders, lui-même photographe. 

« Je connais le travail de Sebastião Salgado depuis presque un quart de siècle, déclare Wim Wenders dans le dossier de presse. J’ai acheté deux de ses tirages, il y a bien longtemps, deux photos qui m’avaient réellement parlé, et ému. Je les avais fait encadrer, et depuis, elles sont accrochées au dessus de mon bureau. (…). Je n’ai jamais cessé depuis d’être un admirateur inconditionnel de son travail. Je n’ai rencontré l’homme qu’il y a cinq ou six ans.

Nous nous sommes rencontrés dans son atelier parisien. Il m’a montré son travail en cours, et j’ai pu ainsi jeter un premier regard sur Genesis. Cela m’est aussitôt apparu comme un nouveau projet formidable et, à l’image de ses précédents engagements, un projet à très long terme ! J’ai tout de suite été fasciné par son implication et sa détermination. Puis nous nous sommes revus, avons découvert notre passion commune pour le football, avons commencé à parler de la photographie en général.

Le choix des photos a été fait en commun. Il était plus ou moins dicté par celui des histoires que Sebastião raconte et que nous avons gardées dans le film. Mais il en avait mille autres… Pendant les interviews initiales, j’étais présent à l’image. Mais plus nous parlions, plus je sentais qu’il fallait que je « disparaisse » et que je laisse le premier plan à Sebastião lui-même et surtout à ses photos. Elles parlent d’elles-mêmes ! J’ai donc imaginé un autre dispositif, une sorte de chambre noire bis, où Sebastião serait assis seul en face d’un écran, regardant ses photos et répondant à mes questions à leur sujet. La caméra était placée derrière l’écran, filmant à travers ses photos, si l’on peut dire, à l’aide d’un miroir à demi transparent. J’ai pensé que c’était la meilleure façon pour un public de l’entendre parler de son travail et en même temps de voir son œuvre. Nous avons ainsi éliminé les interviews traditionnelles, n’en conservant que des fragments. Mais il faut dire que nos séances de « chambre noire » ont demandé beaucoup de préparation !

Sa maîtrise du noir et blanc est évidemment une chose avec laquelle je me sens en phase. Les moments où j’apparais dans Le sel de la terre ont d’ailleurs été principalement réalisés en noir et blanc afin que ses photos s’y intègrent mieux. Le sujet a été aussi au cœur de nos conversations, l’une d’elle y étant entièrement dédiée. Cette dernière a été finalement supprimée : le travail sur le noir et blanc de Salgado s’explique largement par lui-même, c’est ma conviction ! »

Plusieurs films ont déjà été tournés sur Salgado. Mais celui-ci embrasse toute la carrière du photographe en particulier son travail sur les travailleurs (La main de l’homme), sur les paysans et sur les conflits au Rwanda. Le Sel de la Terre a été remarqué par la critique lors de sa présentation au Festival de Cannes (2014). Fixant l’image de la condition humaine à travers vécu quotidien et catastrophes, mais aussi celle des beautés naturelles et animalières de la planète, son regard a évolué d’un engagement politique à un engagement écologique. En effet depuis les années 1990, Salgado et sa femme Lélia s’efforcent de restaurer une partie de la forêt atlantique du Brésil. Ils ont réussi à transformer la propriété familiale, en réserve naturelle et ont fondé l’Instituto Terra, ONG consacrée à la reforestation, à la conservation et à l’éducation. On peut d’ailleurs lire dans Télérama du 8 octobre un reportage sur La Mata Atlântica.

Le film est cosigné avec Juliano Ribeiro Salgado, qui a suivi son père dans ses dernières « expéditions » et les a filmées en couleurs. Ce remarquable film est une bonne introduction à notre festival DOCUMENTAL qui se déroulera à Lyon fin novembre.

Le film documentaire « Hautes Terres »

Un autre film documentaire sur le Nordeste du Brésil sort également le 15 octobre : Hautes terres de Marie-Pierre Brêtas. Dans le Nordeste du Brésil, Vanilda, son mari Antonio et une vingtaine d’autres familles de paysans obtiennent une propriété après avoir passé quatre années à lutter avec le soutien du syndicat des sans-terres. Mais sur ce territoire hanté par la sécheresse, la gestion collective des terres et de leurs maigres ressources s’avère être une aventure plus difficile encore que leur conquête.

Armés de la seule force de leurs bras et de leurs espoirs, vont-ils pouvoir construire dans cette réalité désolée, la société à laquelle ils rêvent ? « Cela faisait plusieurs années déjà raconte la réalisatrice, que je connaissais Vanilda et Antonio lorsqu’ils entreprirent de mener un combat pour obtenir une exploitation agricole. Jusque là ils avaient vécu de patrons en misère, au gré des emplois d’ouvrier agricole d’Antonio. Je suis allée leur rendre visite dans leur petit campement d’occupation perdu dans la montagne et j’ai tout de suite été saisie par la détermination et la force qui couvaient sous la torpeur de l’attente. Ils avaient construit de belles et grandes cabanes, cultivaient un peu de maïs et de haricots, pêchaient des poissons dans les réservoirs environnants. Leurs espoirs ne tendaient maintenant que vers un seul but : obtenir des terres pour y fonder une communauté agricole autogérée.

Portés par leurs capacités forgées par des années de misère et de débrouille, ils avaient abandonné le peu qu’ils avaient pour pouvoir gagner la maîtrise de leurs propres conditions d’existence. Dans cette démarche, d’une modernité politique et individuelle exemplaire, je retrouvais l’audace des pionniers des westerns, ce genre qui m’inspire parce qu’il replace l’homme dans sa solitude face au monde, symbolisé par la nature sauvage. Et ce mouvement prenait vie, non pas juste à travers des mots, mais dans l’intelligence de leurs gestes qui forgeaient la forme même de leur liberté. C’était ce génie là que je voulais filmer. »

Cette introduction au film est importante car Marie-Pierre Brêtas filme seule et colle à son héroïne avec de superbes images. Mais nous voudrions en savoir plus sur l’attribution des terres, et le fonctionnement de la collectivité paysanne.

Alain LIATARD

Page 1 sur 212