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Événéments

La venue à Lyon de la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao pour le festival Documental 2018

La douzième édition du festival «Documental : l’Amérique latine par l’image» a accueilli la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao, dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas. Elle a présenté son long-métrage documentaire Kuyujani envenenado à l’Institut Cervantès le mardi 20 novembre, son film étant en lice pour les prix du jury et des spectateurs décernés à la fin du festival.

Photo : Beto Benitez (Pérou)

Alexandra Henao est vénézuélienne. Elle est diplômée en communication sociale (Université Catholique André Bello, Caracas, Vénézuela) et en cinématographie (Nation Film & TV School, Beaconsfield, Angleterre). Directrice cinématographique et de la photographie, les courts et longs métrages qu’elle a réalisés ont tous été primés dans son pays d’origine ainsi qu’à l’international.

La réalisatrice s’est rendue à Lyon la semaine dernière afin de présenter un long-métrage sur les questions amérindiennes et écologiques au festival «Documental, l’Amérique latine par l’image». C’est dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas que la structure culturelle Espaces Latinos a eu l’honneur d’accueillir Alexandra Henao.

Entre 2010 et 2016, la réalisatrice vénézuélienne s’est rendue à trois reprises dans les communautés Yekuana et Sanema qui souffrent d’une catastrophe humaine et environnementale. En effet, ces peuples risquent de disparaître sous peu car les lacs qui traversent leurs territoires et dont ils se servent pour les activités quotidiennes sont empoisonnés au mercure. Cet élément chimique que les locaux appellent le «vif d’argent» est utilisé pour extraire l’or des exploitations minières qui se développent de manière exponentielle sur les territoires indigènes. Jusqu’à 2016, ce commerce était absolument illégal mais n’en demeurait pas moins réel. Kuyujani envenenado montre l’impossible affrontement entre les communautés Yekuana et Sanema et ceux qui bénéficient de cette activité illégale et l’autorisent, au détriment des locaux et de leur santé. Le documentaire met en exergue l’implication de commanditaires militaires dans ce commerce qui, loin de le faire cesser, l’alimentent.

Les différentes séquences du film montrent l’altération du quotidien de ces peuples à cause d’activités polluantes, dangereuses et très rentables, dans un Vénézuela en crise économique. On ne peut que regarder, abasourdi, cette réalité qui nous est si lointaine se déployer devant nous, et se sentir révolté par cette injustice. L’approche humaniste et militante de la réalisatrice est frappante en ce qu’elle montre le bienfondé des revendications des Yekuana et Sanema qui, malheureusement, sont les laissés-pour-compte de ce désastre sanitaire et écologique.

Le mercredi 21 novembre, c’est à l’École Normale Supérieure de Lyon que son documentaire a été projeté, en miroir avec le court-métrage Mi territorio, de Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, lors d’une double-projection, suivie d’un échange avec le public.

Nina MORELLI

De gauche à droite : Nicolas Olivares Pereda, Alexandra Henao, Cécile Spanu, Arturo Rodriguez, Nina Morelli – Crédit : ENSeguida

“Les populations amérindiennes, la terre et l’écologie : un dialogue latino-américain”, une rencontre de réalisateurs à l’Ecole normale supérieure de Lyon

Dans le cadre du 12e festival «Documental : l’Amérique latine par l’image», les Nouveaux Espaces Latinos et ENSeguida, association latino-américaniste de l’ENS de Lyon ont organisé à l’ENS, avec le soutien de l’association écologiste ENvertS, une double projection de documentaires sur la condition de peuples amérindiens du Venezuela (communautés Yekuana et Sánema) et du Mexique (communauté Maya). Celle-ci s’est prolongée par une discussion avec les réalisateurs.

La rencontre a été modérée par Nina Morelli et interprétée par Nicolás Olivares Pereda. Les deux projections ont été suivies par un échange avec les réalisateurs Alexandra Henao (Kuyujani envenenado, Vénézuela), Cécile Spanu et Arturo Rodríguez (Mi territorio, France et Mexique). La rencontre a débuté avec une première interrogation : comment, en tant que réalisateur, peut-on s’intégrer à ces communautés indigènes ? Dans le cas d’Alexandra Henao, c’est un chef Yekuana qui lui a demandé de venir faire un documentaire sur une des fêtes traditionnelles les plus connues de cette communauté. Une fois sur place, elle a décidé de centrer son film sur la question des mines et des lacs empoisonnés au mercure, devant l’urgence de la situation.

Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, sont initialement allés dans des communautés indigènes au Mexique afin de filmer et d’interroger des spécialistes sur des questions écologiques et agricoles, dans le cadre d’un projet documentaire plus vaste. L’association Maderas del pueblo les a introduit dans une petite communauté maya. Cette association aide à l’autonomisation des peuples indigènes. Ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer : c’est bien plus la communauté qui les a intégrés.

L’échange s’est poursuivi sur les différences de modes de vie. Cécile Spanu et Arturo Rodríguez ont mis en avant ce qu’était le concept de «communauté». Ils ont découvert un tout, un fonctionnement harmonieux. Le rapport de la communauté à l’environnement est fusionnel. Arturo Rodríguez raconte le plaisir qu’il y a à se dire : «ce fleuve, c’est chez moi, cette forêt, c’est chez moi aussi. Finalement, pour nous qui cherchons une solution écologique et une manière de repenser notre vie avec le territoire, tout est déjà là. Ces peuples vivent selon le rythme de la nature, leur calendrier dépend de la croissance du maïs, et résulte donc d’une l’osmose avec la nature.»

La question du rapport à la modernité a également été abordée. Arturo Rodríguez raconte ainsi que ces communautés ne comprennent pas «l’idée d’avoir des cartes de crédits, le fait de ne pas être payé directement avec de l’argent, sinon de manière virtuelle». Le concret est bien plus ancré : les membres de la communauté qu’ils ont fréquentés ne veulent que ce dont ils ont besoin, aux niveaux matériel et pratique. Il y a malgré tout un certain sens de la modernité, car ils utilisent des moteurs et des panneaux solaires.

Les communautés amérindiennes du Venezuela, les Yekuana et les Sánema ont attisé la curiosité du public. Des questions ethnologiques ont été posées à Isabel Soto, chorégraphe et danseuse qui a vécu avec ces communautés pendant plusieurs mois. Les spectateurs se sont demandés quel était le rapport de ces peuples au territoire. Cela a permis d’ouvrir le débat sur la question des peuples déplacés. Arturo Rodríguez et Cécile Spanu ont  expliqué que la communauté Maya dans laquelle ils vivaient était constituée de personnes déplacées de leur territoire d’origine (pour l’exploitation de leur ancienne terre), et que «ces gens étaient plutôt contents d’avoir une terre à eux, sur laquelle ils puissent vivre en paix, et qu’ils peuvent s’approprier». La position d’Alexandra Henao était toute autre. Elle a mis l’accent sur le lien étroit entre les peuples des régions de l’Amazonas à leurs territoires. Elle a notamment insisté sur le choc du déplacement qui «serait une vraie rupture dans leur système de vie ancestral. Le lien au territoire est essentiel pour la survie de la communauté et pour la perpétuation de leur culture».

La discussion sur les communautés indigènes a amené une question sur les  métissages entre les communautés Sánema et et Yakuana et les «créoles» (c’est-à-dire toute personne non indigène). Isabel Soto a expliqué qu’il n’y a que peu de mélanges et que les communautés citées sont deux peuples très différents. Il n’y a presque pas de cas de couples mixtes, entre différentes communautés, et de même avec des créoles. Quoiqu’il en soit, elle a insisté sur le fait que toute personne née dans la communauté, qui y a grandi, qui en maîtrise la langue et la culture est parfaitement intégrée dans cette communauté, qu’il soit métisse ou non. Il n’y a pas de telle distinction qui soit faite, même si les cas sont rares.

Suite à cela, la discussion est devenue politique. Dans le documentaire Kuyujani envenenado plusieurs séquences montrent des militaires et leurs rapports aux mineurs illégaux qui pénètrent dans les territoires indigènes. La réalisatrice a expliqué qu’il lui était impossible de filmer les militaires : elle a été obligée de placer des caméras cachées sur les chefs indigènes qui allaient à leur rencontre. Dans d’autres séquences, on voit des assemblées qui réunissent les chefs des communautés indigènes, les militaires et la ministre des Peuples Indigènes Aloha Núñez, qui évoquent les différentes lois quant au respect des territoires indigènes.

Le documentaire vénézuélien concerne la période 2010-2016. Lors du débat, la question de l’état actuel du problème sous la gouvernance de Nicolás Maduro a été posée. En 2016, le président vénézuélien a signé un accord autorisant l’extraction d’or dans un arc minier au sein de ces territoires. Désormais, l’exploitation, en plus d’être extrêmement polluante, n’est plus illégale. Sa dangerosité pour l’environnement et la santé des populations est totale. Les mineurs ne respectent pas les frontières de l’arc minier et c’est ainsi 52% du territoire des indigènes qui est exploité. L’accord du gouvernement pour l’exploitation intensive de ces ressources minières s’explique par la chute des prix du pétrole, qui était le revenu principal de l’État vénézuélien. L’extraction de l’or au mercure est devenu pour le pays une nouvelle ressource économique.

Les territoires miniers souffrent également de pressions externes, comme celle du Cartel del Sol (cartel de militaires), qui récupère une grande partie des ressources des extractions minières. C’est ce qui amène Alexandra Henao à parler du Vénézuela comme d’une dictature narco-militaire. Elle rappelle également que, malgré les lois pour les droits de ces communautés mises en place par Hugo Chávez, les accords n’ont jamais été appliqués. La séquence dans laquelle apparaît la Ministre des Peuples Indigènes incarne ce dialogue et cette mise en pratique impossibles : tout son discours vise à éviter de répondre aux protestataires et à plutôt mettre en avant la révolution menée par Chávez et sa lutte pour les peuples indigènes.

Le débat s’est ouvert sur d’éventuelles situations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine. Alexandra Henao a donné quelques exemples, comme celui de peuples indigènes en Colombie, dont le taux de contamination au mercure est tel que les premiers effets à long-terme se font déjà remarquer, surtout chez les enfants. Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro compte développer l’exploitation minière dans le pays. Le Pérou rencontre aussi ce genre de problèmes, mais dans aucun des cas évoqués le gouvernement ne prend des mesures contre ce qu’on peut appeler des écocides et des génocides.

Les réalisateurs ont transmis une note finale positive malgré tout. Aborder ces questions grâce au cinéma documentaire permet de soulever une indignation et créer des dynamiques des mobilisations et des lutte. C’est aussi, pour Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, «une bonne chose que d’apprendre que les solutions écologiques que nous cherchons aujourd’hui existent déjà chez ces communautés indigènes. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux.»

Ève LE FESSANT COUSSONNEAU

EnSeguida

Succès de la 12ème édition du festival «Documental – l’Amérique latine par l’image»

Le festival Documental, un des quatre festivals annuels que nous organisons pour faire connaître la diversité des sociétés et des cultures de l’Amérique latine, s’est achevé ce vendredi 23 novembre. Durant une semaine, dix films ont été projetés dans plusieurs lieux culturels de la Métropole de Lyon.

Photo : Espaces Latinos

La douzième édition du festival Documental a pris fin ce vendredi à l’issue de la remise des prix et d’un concert pour fêter la clôture de l’événement. Documental 2018 a été un grand succès puisqu’un public nombreux est venu assister aux dix projections de documentaires latinos-américains pour découvrir notre sélection. Nous nous réjouissons de la qualité des films proposés et de l’intérêt qu’ils ont suscité lors des débats avec les intervenants et les réalisateurs venus échanger autour de leur film avec le public.

C’est le film «Los ojos del mar» de José Álvarez qui a remporté le prix du jury, séduit par la grande qualité cinématographique de ce documentaire et par le traitement réussi du thème du deuil de familles et de proches de pêcheurs disparus en mer au Mexique. 

Le film «Cine São Paulo» de Ricardo Martensen et Felipe Tomazelli a quant à lui suscité l’engouement des spectateurs. L’histoire d’un amoureux de cinéma qui se démène envers et contre tout pour rénover le vieux cinéma familial et lui redonner la splendeur de sa jeunesse a permis au film de remporter le prix du public.

Nous tenons à remercier chaleureusement nos partenaires et les spectateurs, grands artisans du succès de cette édition. Nous adressons également un immense remerciement à toutes les personnes qui ont soutenu le festival par l’intermédiaire de notre campagne de financement participatif Ulule sur internet. Cette campagne réussie nous permet d’assurer la pérennité du festival et d’envisager d’ores et déjà l’organisation de l’édition 2019 !

Gabriel VALLEJO

Retrouvez notre dossier Documental

Les gouvernements s’engagent pour la protection de l’information et la liberté d’opinion

Dimanche 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, douze pays démocratiques ont lancé un processus politique sur l’information et la démocratie. Ils se sont engagés sur la base de la Déclaration édictée par la Commission mise en place à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF).

Photo : RSF

C’est à l’évidence une démarche historique en faveur des garanties démocratiques pour l’information et la liberté d’opinion. Depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, jamais des chefs d’État de pays démocratiques ne s’étaient mobilisés sur une position aussi forte en faveur de la liberté, de l’indépendance, du pluralisme et de la fiabilité de l’information, sur la base d’une déclaration édictée par une commission indépendante. Le 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 chefs d’État et de gouvernement (Burkina Faso, Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Norvège, Sénégal, Suisse, Tunisie) ont répondu à l’appel lancé par la Commission sur l’information et la démocratie présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et Shirin Ebadi, lauréate du Prix Nobel de la paix.

Pour cette initiative, six chefs d’État et de gouvernement étaient réunis pendant une heure, de 17h à 18h, dans la salle de presse du Forum de Paris à la Grande Halle de la Villette. Dans son allocution de présentation de la Déclaration avec Shirin Ebadi, Christophe Deloire a déclaré que «Reporters sans frontières a initié cette Commission sur l’information et la démocratie au moment même où la démocratie connaît une crise profonde qui est aussi une crise systémique de l’espace public : (…) rumeurs, désinformation érigée en modèle, affaiblissement du journalisme de qualité, violence parfois extrême contre les reporters… Au-delà de ces phénomènes, a expliqué le co-président de la Commission, il est de notre responsabilité de considérer les causes structurelles et de prendre les mesures appropriées (…) car les démocraties, ouvertes, subissent de plein fouet ces bouleversements, tandis que les régimes despotiques en tirent profit».

Le président de la République française Emmanuel Macron, qui avait reçu la Commission à l’Élysée le 11 septembre à l’occasion de sa première réunion à Paris, a déclaré : «Nous sommes aujourd’hui à un tournant majeur 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La liberté d’opinion et d’expression qui est au fondement de nos démocraties et dont nous pensions les progrès irréversibles, se trouve à nouveau menacée et contestée» avant d’ajouter «je soutiens votre initiative, je suis favorable en nous inspirant de la déclaration présentée aujourd’hui à ce que nous nous mettions d’accord sur un ensemble d’engagements et à ce que nous nous efforcions de rallier à ces engagements le maximum d’États. Je suis favorable à ce que nous mettions en place un groupement international d’experts sur ce sujet, parce qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté et de liberté sans courage. Vous avez décidé de prendre vos responsabilités, je pense que nous devons en tant que chefs d’État et de gouvernement les prendre aussi, et donc je veux ici dire la mobilisation complète de la France dans ce soutien et remercier mes amis chefs d’État et de gouvernement ici présents qui je le sais partagent ces idées».

Puis sur scène, ont tour à tour pris la parole les présidents Carlos Alvarado (Costa Rica), Beji Caïd Essebsi (Tunisie), Macky Sall (Sénégal), et les Premiers ministres Justin Trudeau (Canada) et Erna Solberg (Norvège). Cette dernière a rappelé l’attachement de son pays à tout appel en faveur de la paix mondiale, des droits de l’Homme et du développement durable. «Sans la liberté d’expression et une vraie communication et un vrai espace pour cela, l’Etat de droit est menacé, les institutions qui les protègent seront sapées», a-t-elle expliqué. 

Saluant le travail de Reporters sans frontières (RSF) pour la défense des journalistes et de la liberté de la presse, le président du Sénégal Macky Sall a indiqué qu’«en Afrique, il y a une volonté de plus en plus affirmée d’assurer la protection des journalistes et de créer les conditions d’un exercice digne de ce processus». Le président sénégalais a déclaré « s’engager pleinement à accompagner le Pacte pour l’information et la démocratie». Tout comme le président tunisien Beji Caïd Essebsi qui a soutenu pleinement lors de son discours le processus politique sur l’information et la démocratie : «Nous sommes venus ici pour vous dire : oui, nous sommes pour cette initiative et justement l’avenir nous en apportera la preuve».

De son côté le Premier ministre canadien Justin Trudeau a rappelé la responsabilité des dirigeants des démocraties libres «de soutenir le besoin d’avoir des médias forts et indépendants en qui nos concitoyens ont confiance. Le Canada, a-t-il affirmé, s’engage à défendre la presse libre auprès de la Commission initiée par Reporters sans frontières».

Le président du Costa Rica a également rappelé l’importance de maintenir «un espace public pluraliste et libre et de préserver l’accès à information ». « Le pluralisme et la liberté d’opinion doivent être garantis. L’accès à des données factuelles, l’accès à la connaissance notamment en ce qui concerne les événements actuels relèvent d’un droit fondamental» a ajouté le chef d’État.

La directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay et le secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjørn Jagland ont également affiché leur soutien à la tribune. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait d’ailleurs enregistré un message vidéo quelques jours plus tôt dans lequel il assurait : «Je salue l’initiative que vous avez prise de créer la Commission sur l’information et la démocratie. Elle intervient à un moment critique où les nouveaux moyens de communication et de diffusion de l’information sont en train de transformer notre monde. Il est plus important que jamais d’avoir accès à des informations pertinentes et fiables. Or cette liberté est de plus en plus menacée (…). Aujourd’hui plus que jamais, nous devons réaffirmer l’importance du débat public, et rappeler qu’il doit se dérouler dans la rigueur et le respect, reposer sur des informations exactes et être ouvert à des voix plurielles. Je vous remercie de contribuer à ouvrir le chemin».

Les États, contactés par Reporters sans frontières à raison de leur respect des standards démocratiques, de leur place au Classement mondial de la liberté de la presse et des qualités personnelles de leurs dirigeants, se sont engagés à défendre des garanties démocratiques dans l’espace global de l’information et de la communication en prenant pour référence la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie publiée le lundi 5 novembre. Après avoir salué «le travail de la Commission internationale indépendante sur l’information et la démocratie initiée par Reporters sans frontières (RSF)», les chefs d’État et de gouvernement ont annoncé avoir «décidé de lancer, en s’inspirant des principes énoncés par cette déclaration, une initiative pour l’information et la démocratie». A travers cette initiative, ils réitèrent leur engagement en faveur de la liberté d’opinion et d’expression. Les chefs d’État et de gouvernement annoncent qu’ils «définiront les objectifs à suivre pour en garantir l’exercice dans le contexte technologique et politique du 21ème siècle».

«Nous remercions les chefs d’État et de gouvernement d’avoir entendu notre appel» a déclaré Christophe Deloire, co-président de la Commission sur l’information et la démocratie avant d’ajouter qu’il est nécessaire de créer «un Groupe international d’experts pour l’information et la démocratie, à l’instar de ce qu’est le GIEC pour le réchauffement climatique. La comparaison avec le processus sur le climat ne relève pas du hasard car comme pour le climat, il y a pour l’information et la démocratie un risque de spirale et d’emballement. L’écosystème de l’information est lui aussi déréglé. Le point de rupture est proche», a conclu Christophe Deloire.

Présents à l’évènement, cinq membres de la Commission ont tour à tour pris la parole afin de rappeler que le journalisme, sous le feu de nombreuses menaces, est plus que jamais essentiel pour protéger la démocratie. «Il faut une information qui soit fiable, qui ne soit pas corrompue et aujourd’hui l’un des fléaux auquel on fait face ce sont les nouvelles corrompues comme la commission l’a souligné» a déclaré l’économiste indien Amartya Sen.

La Commission est composée de 25 personnalités de 18 nationalités : les lauréats du Nobel Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Mario Vargas Llosa, la lauréate du prix Sakharov Hauwa Ibrahim, et également des spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, des juristes et journalistes, à savoir par ordre alphabétique Emily BellYochai Benkler, Teng Biao, Nighat Dad, Can Dündar, Primavera de Filippi, Mireille Delmas-Marty, Abdou Diouf, Francis Fukuyama, Ulrik Haagerup, Ann Marie Lipinski, Adam MichnikEli Pariser, Antoine Petit, Navi Pillay, Maria Ressa,Marina Walker, Aidan White et Mikhail Zygar.

D’après RSF

L’exposition Genesis de Sebastião Salgado quittera Paris en décembre

Comprendre le monde, ses origines, et réhabiliter la grandeur de la nature et sa beauté. Voilà ce que réalise Sebastião Salgado avec son exposition Genesis, à l’affiche de la fondation GoodPlanet depuis juin, et ce jusqu’en décembre. Ses photos montrent un monde fragile et à préserver. Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains.

Photo : Polka

La Fondation GoodPlanet accueille l’exposition Genesis du photographe Sebastião Salgado à compter du 9 juin jusqu’au 16 décembre 2018. 60 photos grand format présentées en extérieur comme la quête du monde des origines par son auteur. « Avec Genesis, j’ai essayé de montrer la dignité, la beauté de la vie sous toutes ses facettes et le fait que nous avons tous la même origine » – Sebastião Salgado.

Genesis

Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains. Cette exposition nous présente des paysages, des animaux et des peuples qui ont su échapper au monde contemporain. Elle met à l’honneur ces régions vastes et lointaines où, intacte et silencieuse, la nature règne encore dans toute sa majesté. On peut s’abreuver à la splendeur des régions polaires, des forêts tropicales, des savanes, des déserts torrides, des montagnes dominées par des glaciers et des îles solitaires. Si certains climats sont trop froids ou arides pour la plupart des formes de vie, on trouvera dans d’autres régions des animaux et des peuples qui ne pourraient survivre sans cet isolement. Ils forment ensemble une incroyable mosaïque où la nature peut s’exprimer dans toute sa grandeur. Les photographies de Genesis aspirent à révéler cette beauté. L’exposition constitue un hommage à la fragilité d’une planète que nous avons tous le devoir de protéger.

                                                                                         Lélia WANICK SALGADO
                                                                                                                 Commissaire

Sebastião Salgado

Économiste de formation, Sebastião Salgado commence sa carrière de photographe à Paris en 1973. Il travaille successivement avec les agences Sygma, Gamma et Magnum Photos jusqu’en 1994, lorsque ensemble avec Lélia Wanick Salgado ils fondèrent l’agence de presse Amazonas images, exclusivement vouée à son travail photographique. Il voyage dans plus de 100 pays pour ses projets photographiques qui, au-delà de nombreuses publications dans la presse, furent ensuite pour la plupart présentés dans les livres tels que Autres Amériques (1986), Sahel, l’homme en détresse (1986), La main de l’homme (1993), Terra (1997), Exodes et Les enfants de l’exode (2000), Africa (2007), Genesis (2013), Terres de café (2015) et Koweït, un désert en feu (2016). Des expositions itinérantes de ces travaux ont été et continuent d’être présentées à travers le monde. Sebastião Salgado a reçu de nombreux prix, il est Ambassadeur de Bonne Volonté pour l’UNICEF, membre honoraire de The Academy of Arts and Science aux États-Unis et élu à l’Académie des beaux-arts – Institut de France le 13 avril 2016 au fauteuil de Lucien Clergue.

D’après la
Fondation GoodPlanet

Des Mochicas aux Incas: Le Pérou archéologique dans le Val d’Oise

Le musée archéologique du Val d’Oise vous propose de vous évader en Amérique latine ! Partez à la découverte des civilisations pré-incas et incas et parcourez deux mille ans d’Histoire au cœur du Pérou archéologique. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Jusqu’au 15 septembre 2019.

Photo : Musée archéologique du Val d’Oise

Le voyage commence cent ans avant notre ère par une expédition en terre nazca, sur les traces des mystérieux géoglyphes. Elle se poursuit chez les Mochicas connus notamment pour la très riche tombe du seigneur de Sipán, qui a livré de nombreuses parures en or et dont vous découvrirez une reconstitution grandeur nature. Votre exploration se prolonge en compagnie des peuples architectes Huari et Tiahuanaco, puis auprès des Chimús. Après avoir emprunté le mythique chemin de l’Inca, le périple s’achève à Cuzco, théâtre des conflits face aux conquistadors…

Cette exposition présente les traits culturels propres à chacune de ces civilisations finalement peu connues, illustrés par des objets phares, reproductions officielles des musées péruviens. Des collections archéologiques originales, provenant du musée du Quai Branly, sont également exposées en regard de vestiges valdoisiens contemporains. Un espace découverte introduit ce voyage par une carte interactive, de la musique andine, des jeux et des livres pour une immersion totale. Pour les plus jeunes, des contenus accessibles et des outils ludiques jalonnent le parcours pour une expérience vivante et dynamique.

Service presse Val d’Oise

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Carte blanche à l’artiste argentin Tomás Saraceno au Palais de Tokyo à Paris

Du 17 octobre 2018 au 6 janvier 2019, l’exposition On Air, au Palais de Tokyo à Paris, se présente comme un écosystème en mouvement, accueillant une chorégraphie à plusieurs voix entre humains et non-humains, où les œuvres révèlent les rythmes et trajectoires communs, fragiles, et éphémères qui unissent ces mondes. On Air se construit grâce à la multitude de ces présences, animées et inanimées, qui y cohabitent. C’est ainsi particulièrement au travers des activités de l’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire initié par l’ArgentinTomás Saraceno, qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement, que les visiteurs sont invités à s’engager collectivement dans un exercice d’harmonisation planétaire.

Photo : Palais de Tokyo – Paris

L’exposition est comme un ensemble, qui révèle la force des entités qui peuplent l’air et la manière avec laquelle elles nous affectent : du dioxyde de carbone (CO2) à la poussière cosmique, des infrastructures et fréquences radio à de nouveaux couloirs de mobilité aériens. Ces histoires invisibles, qui composent la nature dont nous faisons partie, nous invitent à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde – et à réévaluer notre manière d’être humain.

Alors que les activités industrielles prédatrices exploitent la Terre, épuisent ses ressources et menacent d’entières écologies, ON AIR célèbre de nouvelles manières d’imaginer une planète libérée de frontières et d’énergies fossiles, au travers de nouveaux modes de production de la connaissance. De cette manière, l’exposition répond aux défis posés par l’Anthropocène, terme proposé pour décrire une époque de la Terre dans laquelle nous vivons désormais, et qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global sur l’écosystème terrestre. C’est ainsi particulièrement au travers des activités de l’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire initié par Tomás Saraceno, qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement, que les visiteurs sont invités à s’engager collectivement dans un exercice d’harmonisation planétaire.

ON AIR réunit une grande variété de collaborateurs, rassemblant des institutions scientifiques, des groupes de recherches, des activistes, des communautés locales, des visiteurs, des musiciens, des philosophes, des animaux non-humains, des phénomènes célestes, qui participent tous à la vie de l’exposition. Des ateliers, des concerts, des séminaires ouverts au public enrichissent régulièrement une exposition transformée en une vaste «jam-session cosmique», résonnant au rythme des rencontres et d’assemblées nées de nouvelles solidarités entre espèces.

Les journées « ON AIR live with… »

L’exposition ON AIR, qui réunit quotidiennement un chœur de voix humaines et non-humaines, accueille pendant toute sa durée des événements qui viennent l’enrichir et la métamorphoser, et particulièrement au cours des trois journées «ON AIR live with…», un vendredi par mois, lors desquelles les visiteurs sont invités à prendre part à d’autres formes de conversation. À chacune de ces occasions, le 26 octobre, 23 novembre, et 14 décembre, un séminaire rassemble chercheurs, activistes et artistes au sein des espaces d’exposition, des workshops sont proposés au public ainsi que des concerts exceptionnels et inédits de «jamming with spiders» d’Alvin Lucier, Eliane Radigue et Evan Ziporyn.

Tomás Saraceno

Tomás Saraceno est né en 1973 à Tucumán en Argentine. Il vit et travaille sur et au-delà de la planète Terre. Après avoir obtenu un master en architecture à l’École Supérieure des Beaux-Arts de la Nation Ernesto de la Carcova à Buenos Aires, Tomás Saraceno a poursuivi ses études en Europe, en étudiant les beaux-arts à la Städelschule de Francfort puis en suivant le master d’art et d’architecture de l’IUAV de Venise. Depuis, l’artiste vit et travaille à Berlin. En 2009, il a été montré à la 53ème Biennale de Venise.

Parmi ses dernières expositions personnelles majeures, peuvent être citées «Cloud cities», présentée à la Hamburger Bahnhof de Berlin en 2011, «On Space Time Foam», au HangarBicocca de Milan en 2012. La même année, l’artiste a réalisé une installation in situ de Cloud City sur le toit du Metropolitan Museum of Art à New York. Depuis 2013 le K21 Ständenhaus de Düsseldorf expose son installation aérienne In Orbit et en 2016, l’exposition «Stillness in Motion. Cloud cities» a été montrée au San Francisco Museum of Modern Art. Il a effectué une résidence au Centre National d’Études Spatiales (2014–2015), au Centre d’art, science et technologie du MIT (2012 ongoing) et à l’atelier Calder (2010), parmi d’autres. Ses œuvres font partie des collections du MoMA, New York ; SFMOMA, San Francisco ; Walker Art Center, Minneapolis ; Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin.

Tomás Saraceno a présenté son travail pour la première fois au Palais de Tokyo en février 2015 dans l’exposition «Le Bord des Mondes», puis a proposé le séminaire Aerocene et le workshop «Museo Aerosolar», en écho à la COP21 en décembre 2015. On a retrouvé son œuvre Du sol au soleil d’octobre 2017 à janvier 2018 dans l’exposition «Voyage d’Hiver», hors les murs du Palais de Tokyo dans les jardins du château de Versailles.

D’après le Palais de Tokyo

Exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu jusqu’au 24 février 2019 à Paris

Du 14 octobre 2018 au 24 février 2019, la Fondation Cartier pour l’art contemporain célèbre, avec l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu, la richesse et la variété des motifs, couleurs et figures dans l’art latino-américain. De l’art populaire à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie, cette exposition rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes, de la période précolombienne jusqu’aux productions les plus contemporaines. 

Photo : Luiz Zerbini, A Primeira Missa

L’exposition explore les formes multiples de l’abstraction géométrique en Amérique latine, qu’elles trouvent leurs sources dans l’art précolombien, les avant-gardes européennes ou les cultures autochtones encore vivantes aujourd’hui. Créant des dialogues inattendus, Géométries Sud tisse des liens visuels entre les époques, les territoires et les cultures, et invite à une rêverie au cœur de ces univers.

L’exposition s’ouvre sur une salle de bal réalisée par l’architecte bolivien d’origine Aymara Freddy Mamani. Il transpose en plein cœur de Paris l’iconographie géométrique et colorée de la culture Tiwanaku et l’esprit des fêtes populaires andines. Dans sa ville natale d’El Alto, ses bâtiments hauts en couleurs et insolites – qu’il qualifie de « néo-andins » – se distinguent des habituelles constructions en brique et des tons monotones des paysages de l’Altiplano. Leurs façades éclatantes reprennent le vocabulaire formel des cultures précolombiennes et amérindiennes, leurs couleurs vives sont inspirées des textiles et des costumes cérémoniaux Aymara. L’effet spectaculaire se poursuit à l’intérieur des édifices, où la profusion des motifs géométriques et la multiplication des colonnes richement décorées se mêlent aux lustres fantaisistes et aux lampes multicolores.

Dans la grande salle du rez-de-chaussée, les architectes paraguayens Solano Benítez et Gloria Cabral, lauréats du Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise en 2016, s’emparent de matériaux bruts pour concevoir une œuvre monumentale reposant sur le principe de répétition. Jeu de rythmes, de lumière et d’équilibre, cette installation formée de panneaux de briques brisées et de béton, assemblés à la façon d’un château de cartes, se déploie le long de la façade de la Fondation Cartier.

En regard de ce tour de force architectural, un ensemble exceptionnel de 22 sculptures délicates et aériennes de l’artiste vénézuélienne Gego est présenté. Réunies pour la première fois à Paris, nombre de ces œuvres font l’objet d’un prêt exceptionnel de la Fundación Museos Nacionales de Caracas. Figure majeure de l’art latino-américain, Gego s’est efforcée tout au long de sa carrière d’explorer les infinies possibilités qu’offre la ligne dans l’espace tridimensionnel. Le délicat maillage de ses sculptures revêt un caractère organique qui échappe à la rigueur formelle de l’abstraction géométrique. Gego tisse, plie et tord à la main le fil d’acier ou d’aluminium créant des formes irrégulières au sein desquelles la transparence devient un élément sculptural à part entière.

L’exploration des motifs géométriques constitue le trait commun des quelque 220 œuvres présentées à l’étage inférieur de la Fondation Cartier. L’œuvre Madera planos de color de Joaquín Torres García, mêlant influences précolombiennes et modernistes, introduit un parcours entre art ancien et art contemporain, entre art savant et art populaire. Les toiles emblématiques du mouvement Madí de l’Urugayen Carmelo Arden Quin ou les sculptures de la Brésilienne Lygia Clark trouvent ainsi un écho inattendu dans les photographies du Mexicain Lázaro Blanco ou dans les peintures de l’Argentin Guillermo Kuitca. Cette exposition met aussi en lumière des artistes longtemps oubliés : un ensemble de grandes toiles aux couleurs vibrantes de Carmen Herrera participe à la reconnaissance récente de cette pionnière du minimalisme cubain. Également peu connues hors du Brésil, les photographies des façades colorées des maisons du Nordeste brésilien d’Anna Mariani répondent aux peintures quasi-abstraites du Brésilien Alfredo Volpi.

Ces œuvres résonnent avec celles d’artistes qui puisent leur inspiration dans les formes et les motifs de l’art et de l’architecture précolombiens. Ainsi les photographies du Machu Picchu que le Péruvien Martín Chambi réalise dans les années 1920 attestent de la fascination exercée par cette cité récemment découverte et participent à la revalorisation d’un passé grandiose. Le photographe mexicain Pablo López Luz retrouve quant à lui des réminiscences de la culture Inca dans les constructions vernaculaires contemporaines.

L’exposition met aussi à l’honneur les motifs constituant l’alphabet de la géométrie indigène : des céramiques à la vannerie, des textiles à la peinture corporelle, ces formes se déclinent dans de multiples compositions et dans des styles propres à chaque culture. Présentées pour la première fois en Europe, de nombreuses œuvres des indiens Ishir (ou Chamacoco), vivant dans la région paraguayenne du Gran Chaco, évoquent leurs mythes et leurs rites sacrés. Les lignes et les triangles des dessins des Wauja côtoient les arabesques ondulantes de ceux des Kadiwéu [Caduveo], peuple vivant dans le Mato Grosso au Brésil, dont les peintures faciales ont fasciné Claude Lévi-Strauss. Leur répertoire formel si singulier est présent dans l’exposition tant dans les photographies de Guido Boggiani datant de la fin du XIXe siècle que dans leurs productions contemporaines. Les plus grands photographes et artistes brésiliens se sont passionnés pour le langage complexe des indiens, à l’instar de Claudia Andujar et Miguel Rio Branco qui captent la pratique d’ornementation corporelle quotidienne des Kayapó, ou de Luiz Zerbini qui mêle dans ses toiles lumineuses portraits historiques et images de cérémonies amérindiennes. Ces œuvres contemporaines et ces objets rares invitent à une découverte sensible et immédiate d’anciennes traditions toujours perpétrées aujourd’hui.

Célébrant tour à tour l’art contemporain et les vestiges de civilisations anciennes, Géométries Sud nous mène, lors de ce voyage du Mexique à la Terre de Feu, vers d’éblouissantes découvertes colorées, graphiques et spirituelles. S’affranchissant des hiérarchies artistiques et faisant dialoguer tous les domaines de la création, l’exposition met ainsi à l’honneur les liens et correspondances visuels qui unissent artistes, peuples, cultures, rites et symboles.

Les Soirées Nomades et les Nuits de l’Incertitude poursuivent leur exploration des arts vivants, en mêlant les disciplines et les rencontres. Fête andine, Nuit de la Géométrie, danses amérindiennes menacées de disparition, installation immersive dans la forêt paraguayenne et récits mythiques indigènes, mais aussi performances, concert et théâtre d’objet, rythmeront l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu.

D’après la Fondation Cartier pour l’art contemporain

L’auteure Maryse Condé sacrée prix Nobel alternatif de littérature par la Nouvelle Académie

La Nouvelle Académie, institution provisoire née d’une union d’intellectuels suédois, a décerné à Maryse Condé le premier prix Nobel alternatif de littérature la semaine dernière. Plusieurs fois pressentie pour être prix Nobel, elle n’avait jamais gagné jusque-là. C’est là un geste symbolique qui salue l’ensemble de ses écrits, son engagement envers sa Guadeloupe natale et sa place dans le monde littéraire francophone.

Photo : Jacques Torregano/Jeune Afrique

Maryse Condé, forte de ses 81 ans, a vu le jour à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Cette auteure prolifique est hautement représentative de la francophonie. Étudiante, elle s’envole pour la métropole où elle étudie au lycée Fénelon puis à la Sorbonne, avant de partir pour l’Afrique subsaharienne, où elle enseignera le français en Guinée, au Ghana puis au Sénégal. Docteur en littérature comparée puis enseignante à l’université Columbia de New York, elle met un terme à sa vie itinérante pour retourner vivre en métropole.

Son écriture engagée fait l’unanimité et son combat pour les causes caribéennes trouvent de nombreux échos. L’auteure, qui manie avec une aisance remarquable les genres de la fiction, de l’essai ou encore de l’autobiographie, est profondément marquée par la pensée postcoloniale et par le féminisme.

Son œuvre est pétrie des grands auteurs francophones qui l’ont précédée. Elle-même explique en effet que sa quête identitaire, qui se transformera en talent d’écriture, est née de sa lecture du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire et de son adhésion à la pensée de Frantz Fanon.

C’est, entre autres, ce qui a séduit les intellectuels suédois qui viennent de fonder l’institution provisoire de la Nouvelle Académie. Une écriture précise qui surgit pour dénoncer «les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme»[1], voilà ce qu’on découvre lorsqu’on lit Maryse Condé. Les thèmes qu’elle aborde sont nombreux : elle raconte la Guadeloupe, la France, l’Afrique, les femmes antillaises, l’exil, les tensions sociales et politiques…

Désormais trop atteinte par la maladie dégénérative qui la ronge depuis déjà plusieurs années, elle a écrit son dernier roman, Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, avec son mari. Il est le fruit d’une réflexion de l’auteure sur la fin du mythe de la négritude et de la solidarité interraciale à la suite de la mort de la policière antillaise Clarissa Jean-Philippe, tuée par Amedy Coulibaly en janvier 2015.

De nombreuses personnalités littéraires, à l’instar de l’auteur haïtien et Académicien Dany Laferrière, et politiques, comme Christiane Taubira, ont rendu un hommage chaleureux à Maryse Condé à la suite de son prix Nobel alternatif. Nombreux sont ceux qui regrettent qu’elle ne soit pas plus audible en France alors qu’elle est une des plus grandes représentantes des Lettres francophones dans le monde.

Nina MORELLI

[1] La citation est extraite d’une déclaration des membres de la Nouvelle Académie. 

Les temps forts de la seconde partie du festival Belles Latinas et sa soirée de clôture

Avec des salles pleines tout au long de cette première semaine du 17festival Belles Latinas, la seconde partie s’annonce très prometteuse. Nous soulignons la rencontre symbolique du mercredi 17 octobre à la salle des mariages de la Mairie de Lyon Ier, place Sathonay, et la clôture du festival à Lyon le vendredi 19 octobre à l’auditorium de la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu. Deux événements qui compteront sur la participation d’Ivan Latapiat Newen Trio. Nous vous attendons nombreux pour participer à ces deux soirées à 18h30.

Photo : Espaces Latinos

Afin de souligner le soutien permanent de Nathalie Perrin Gilbert, maire du premier arrondissement de Lyon, depuis la création de Belles Latinas en 2002, et après avoir présenté pendant dix ans une partie de notre festival littéraire au sein de l’Amphi-Opéra de Lyon, nous avons choisi d’organiser une conférence dans la salle des mariages de la mairie, place Sathonay, afin de réunir deux écrivains latino-américains auteurs d’ouvrages autour de la thématique de la mémoire des années noires de l’Amérique latine, en particulier au Chili et au Pérou.

Avec le roman Piedras Blancas (Ovadia éditeur), la Chilienne María Isabel Mordojovich nous fait plonger, autour du coup d’État du 11 septembre 1973, dans l’horreur d’une école de torture destinée à former de jeunes officiers. Puis, dans une seconde partie située dans les années 2000, l’auteure aborde les réactions des proches des militaires, mère, femme, qui n’avaient rien vu, ni rien su.

Avec son nouveau roman Ayacucho, Alfredo Pita nous propose de revenir sur la fondation du Sentier lumineux (Partido Comunista del Perú – Sendero luminoso) par Abimael Guzmán. 1980 : Sentier lumineux se lance dans l’action de «guerre populaire». 1983 : des journalistes sont massacrés à Uchuraccay. 1989 : Vicente Blanco fait la connaissance de Rafael Pereyra, journaliste péruvien qui vit à Paris. 1991 : Vicente a convaincu son journal espagnol de lui confier un long reportage sur la guérilla au Pérou, il s’installe à Ayacucho, le foyer principal de la lutte où il restera plusieurs mois.

Une clôture en paroles et en musique

Pour la clôture de la 17e édition des Belles Latinas, l’équipe de médiation littéraire de la bibliothèque municipale de Lyon nous a proposé de mettre en relief deux auteurs du même pays, comme nous l’avons déjà effectué l’an dernier avec deux auteurs colombiens. Cette fois, le pays choisi est le Pérou et Alfredo Pita dialoguera avec son compatriote Renato Cisneros dont le dernier roman, La distance nous sépare, vient de paraître en français. Poète depuis son enfance, journaliste, présentateur de radio et de télévision, Renato Cisneros est aussi le fils d’un des dirigeants les plus durs de la dictature militaire qui a sévi au Pérou dans les années 1970. L’idée de ce qu’il appelle un roman s’est imposée à lui : tenter de reconstituer ce qu’il a vécu avec cet homme rigide, ami personnel de Raúl Videla ou d’Augusto Pinochet, qui était avant tout son père.

La rencontre sera animée par un membre de notre équipe littéraire, Maurice Nahory, accompagné d’un interprète pour partager les propos de Renato Cisneros, et toujours ponctuée par des morceaux musicaux avec le Ivan Latapiat Newen Trio.

J. E.

Lire les présentations de Piedras Blancas, Ayacucho et La distance qui nous sépare. Lire le programme complet des Belles Latinas.

Porteños, Melingo, Macha et El Bloque Depresivo en concert à l’Opéra de Lyon en octobre

Le jeudi 18 octobre 2018 à 20 h à la grande salle de l’Opéra de Lyon se tiendra un concert underground entre Buenos Aires et Valparaíso, de port en port, avec Melingo, Macha et Bloque Depresivo et la participation spéciale du Quatuor Wassily. Une belle occasion de découvrir la culture des Porteños, habitants des ports et éternels voyageurs intérieurs, en présence d’artistes latino-américains cultes, dignes ambassadeurs mais aussi perpétuels rénovateurs de leurs cultures.

Photo : Opéra de Lyon

Que ce soit à Buenos Aires, Montevideo, Veracruz ou Valparaíso les grands ports d’Amérique latine ont toujours été des hauts lieux de rencontres où se brassent les rythmes et mélodies aux origines les plus variées – musiques que les musiciens de lupanars se sont traditionnellement empressés de réinterpréter à leur manière. C’est souvent ainsi que sont nés des styles nouveaux parfois appelés à devenir les musiques emblématiques de leurs ports respectifs, tels que le tango ou la cueca.

Porteños rend hommage à deux des plus grandes villes portuaires d’Amérique du Sud : Buenos Aires et Valparaiso. Deux villes où les habitants se reconnaissent officiellement comme porteños. Deux villes qui allient une fierté citadine à un goût public pour des musiques locales bigarrées d’imports.

Natif de Buenos Aires, Melingo est une sorte de poète cubiste du tango. Sa voix grave et rocailleuse rappelle plus Tom Waits que Carlos Gardel, et c’est peut-être justement pour ça qu’il est un des musiciens les plus à même de représenter la modernité d’un tango toujours urbain et toujours en évolution. Clarinettiste classique, puis guitariste chanteur de rock reconverti, Melingo a redécouvert le tango de sa ville natale il y a une quinzaine d’années. Au cours de ses cinq disques, il a réinventé un tango personnel nourri de l’histoire de Buenos Aires.

Bloque Depresivo est le nouveau groupe de Aldo Asenjo (aka Macha) leader et chanteur du groupe culte chilien Chico Trujillo. Profondément ancré dans la culture de Valparaíso, le répertoire de Bloque Depresivo est nourri des classiques portuaires et des compositions de Macha qui expriment un désespoir réinterprété avec le Bonheur pervers des poètes dont partager la douleur est un sacerdoce. Valses, ballades et boléros se côtoient – pour le plaisir du public chilien qui ne semble pas connaître de plus grande joie que de pleurer sa douleur à tue‑tête.

D’après l’Opéra de Lyon
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