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Bolivie

Le “Non” à la réélection du président Morales s’impose au référendum

Les Boliviens étaient invités ce dimanche 21 février à se prononcer pour décider si “oui” ou “non”, ils acceptaient une réforme de l’article 168 de la Constitution politique de l’État plurinational de Bolivie,  proposant d’autoriser la réélection du président et de son vice-président après leur mandat actuel. Le “non” semble s’imposer.

Après 82 % des registres d’électeurs vérifiés par le Tribunal suprême électoral (TSE) mardi 23 février, le “non” s’imposait avec 53,8 % des voix contre 46,2 % au “oui”. Lorsque l’opposition au président Evo Morales a crié victoire, le vice-président Álvaro García Linera a appelé à la prudence car “pour le moment, nous sommes dans une situation “d’égalité technique” car les votes des Boliviens à l’étranger et ceux des zones rurales éloignées n’ont pas encore été comptabilisés… ”

Cet espoir pourrait bien être déçu : mardi matin, les résultats de l’étranger (4,5 % du total des électeurs) n’étaient pas favorables au “oui” puisque les Boliviens résidant au Chili, en Espagne, en Grande Bretagne , en Italie, aux États-Unis et en France ont voté majoritairement pour le “non” . Les électeurs au Brésil, au Venezuela, à Cuba, en Inde et en Suède ont voté “oui”. Le résultat du vote en Argentine (45 % des votes à l’étranger) n’était pas encore connus ce mardi matin mais sera vraisemblablement favorable au « non ». Reste à connaître les résultats des zones éloignées à l’intérieur de la Bolivie. Les votes des paysans de ces régions ont parfois modifié les résultats finaux car ils sont majoritairement favorables au président Morales.  Le gouvernement craint que si ces votes retournent la situation, les partisans du “non” ne crient à la fraude.

Une campagne houleuse

Les semaines précédant le référendum avaient vu des affrontements politiques assez vigoureux. Le président Morales avait rappelé les bons résultats économiques de la Bolivie depuis 2006 et prévenu qu’ “Il n’y a que deux chemins : ceux qui sont pour le oui sont pour le peuple bolivien, pour la nationalisation et l’industrialisation ; ceux qui sont pour le non sont du côté de l’impérialisme états-unien, pour les privatisations, pour ceux qui veulent donner nos ressources naturelles aux transnationales”.

De fait, les succès socio-économiques sont bien réels : les salaires des plus riches étaient 129 fois celui des plus pauvres en 2006 lorsque Evo Morales fut élu président alors qu’il n’est plus que de 39 actuellement et devrait encore baisser à 25 en 2019. Le chômage est bas ainsi que l’inflation, les revenus du gaz et du pétrole ont été massivement réinvestis dans les domaines sociaux.  Le revers de la médaille est qu’en dix ans de gouvernance, une nouvelle énergie de la droite inspirée par les élections en Argentine, des problèmes de corruption et de clientélisme, des campagnes “sales” dans les réseaux sociaux s’attaquant à la vie privée du président, et des dissensions à l’intérieur du MAS (Mouvement vers le socialisme), le parti du chef du gouvernement, ont définitivement joué un rôle dans le vote négatif.

Quel que soit le résultat final, on peut considérer qu’il s’agit là d’une défaite politique du président Morales, la première depuis 2006 (1).  Il comptait en effet sur un score nettement plus favorable du “oui”. En apparence, il ne se montre pas trop inquiet pour son futur comme il l’avoue: “Si le “non” gagne, je retournerai cultiver mes champs à Cochabamba… Le plus important est que la lutte contre le néolibéralisme continue… Nous ne sommes pas qu’un gouvernement, nous sommes aussi une révolution pacifique, démocratique et culturelle… Quel que soit le gagnant, il méritera le respect…”  De son côté, Oscar Ortiz, le sénateur pour la région de Santa Cruz, a déjà prévenu que, pour lui, il était impossible de retourner les chiffres, “il s’agirait d’un vol manifeste, mais nous avons les moyens de contrôler les résultats.”

Pour le président Morales, “il vaut mieux attendre patiemment le coup de sifflet final du TSE avant que l’un ou l’autre camp se réjouisse.” On attend les résultats finaux vers la fin de la semaine. Si le “oui” l’emporte, Evo Morales et son vice-président pourront se représenter aux élections de 2019, si le “non” gagne, le MAS devra trouver de nouveaux candidats.

Jac FORTON

(1) Evo Morales est élu en 2005 avec 53,7 % des voix pour un mandat de 2006 à 2010. Devant le risque d’une sécession des départements de l’est (Media Luna), il organise en 2008 un référendum révocatoire qu’il gagne avec 67 % des voix. Il est réélu en 2009 par 64 % des électeurs (2010 à 2014), puis encore en 2014 par 61 % des voix (2014 à 2019).
Photos : © Eneas de Troya (Libres de droit)

Référendum en Bolivie sur la réélection du président

Le samedi 21 février prochain, les Boliviens iront voter afin de décider si Evo Morales pourra se présenter une nouvelle fois à la présidence de la Bolivie en 2019. Alors qu’une mobilisation s’était tenue à La Paz le 22 décembre dernier pour appeler à voter “non” au référendum, cette modification de la Constitution permettrait à l’actuel président de postuler pour un quatrième mandat et serait autorisé, si tel est le souhait des Boliviens, à gouverner pendant vingt années consécutives.

En 2016, Evo Morales fête ses dix ans au pouvoir. Ancien syndicaliste paysan, il a été élu la première fois en 2006, devenant alors le premier président indigène de l’histoire du pays. Trois ans plus tard, après avoir réformé la Constitution en transformant l’État bolivien en État plurinational, il se présente de nouveau à la présidence, qu’il obtient facilement. Hormis le fait que cette Constitution, qu’il avait lui-même instituée, ne permettait pas plus d’une réélection présidentielle, il est autorisé à se re-présenter en 2014 grâce à une décision du Tribunal constitutionnel. Le Tribunal Constitutionnel avait en effet reconnu que son premier mandat n’avait pas été mené à son terme et qu’il s’était déroulé sous la première constitution.

Un an plus tard, en 2015, Evo Morales demande une nouvelle révision de la Constitution permettant au chef d’état d’être élu deux fois consécutives. La raison qu’il avait évoquée pour expliquer cette demande était celle de son agenda patriotique, qu’il tenait à respecter pour 2025. Cet agenda s’était donné pour ambition de parvenir, pour le bi-centenaire de l’indépendance du pays, à mettre fin à l’extrême pauvreté en Bolivie et à assurer l’accès pour tous aux services basiques, tels l’électricité, l’eau potable et les services d’assainissement.

Evo Morales et ses partisans insistaient alors sur la nécessité d’enrayer la pauvreté et les inégalités qui persistent en Bolivie, objectifs qui ne pourraient être accomplis que grâce à une nouvelle élection du chef de l’état actuel et au respect de l’agenda qu’il avait rédigé. Il s’agit là d’une stratégie politique bien pensée : qui mieux qu’Evo Morales, au pouvoir depuis 10 ans, pourrait en effet répondre aux attentes de la Bolivie, toujours incomplètement satisfaite ?

Evo Morales, l’irremplaçable ?

Si les boliviens se prononcent positivement sur cette modification de la constitution, Evo Morales pourra se présenter aux prochaines élections présidentielles qui auront lieu en 2019. Evo Morales compte bien sûr sur sa popularité pour y arriver. Il est en effet l’un des rares chefs d’état latino-américains à atteindre des taux de popularité élevés et à avoir été réélu trois fois. Avec son homologue équatorien, Rafael Correa, Evo Morales représente l’un des derniers leaders de la gauche en Amérique latine à bénéficier d’une telle aura. Comme il l’expliquait dans une interview au journal El País en octobre dernier, sa popularité serait due à la confiance qu’il inspire aux boliviens et à la faculté qu’il possède de créer du consensus et de l’amitié.

Evo Morales exerce actuellement la plus longue présidence de l’histoire de la Bolivie et compte bien sur sa notoriété pour que les choses perdurent. Dans son discours prononcé en commémoration de ses dix années passées à la tête de la Bolivie, Evo Morales a d’ailleurs insisté sur la réussite du travail qu’il a pu honorer au cours de ses mandats et s’est défini comme un président au travail, concerné par les problèmes des boliviens.

Les dessous d’une réélection

En proposant ce référendum à trois ans des prochaines élections présidentielles, Evo Morales entend resserrer l’opinion populaire autour de lui, en vue de la période économique difficile qui attend la Bolivie.  Il prévoit en effet une chute des matières premières boliviennes sur les marchés mondiaux, qui l’amèneront sans doute à prendre des mesures impopulaires pour maintenir l’économie de son pays.

La Bolivie est  très dépendante de ses exportations de matières premières, notamment celles du gaz, et risque de souffrir de cette dévaluation, d’autant qu’en parallèle elle ne peut compter que sur de faibles gains de productivité. De fait, ce référendum se veut stratégique, il permettra au chef d’état de renforcer sa popularité, de marquer dans les esprits son caractère indispensable, avant le tournant difficile qui s’annonce pour la Bolivie.

Les critiques de l’opposition

Malgré son caractère irremplaçable, Evo Morales rencontre des opposants à sa réélection. En décembre dernier, lors d’un rassemblement à La Paz, des milliers de boliviens se sont écriés “Non à la tyrannie” ou encore “Evo, ça suffit” afin de montrer leur opposition à la réforme de la Constitution permettant à l’actuel président de se représenter à la tête de la Bolivie en toute légalité. Par ailleurs, plusieurs dissidents du parti au pouvoir ont manifesté, s’affirmant déçus par le chef de l’état dont ils pensent qu’il a trahi le peuple bolivien.

Des affaires de trafic d’influence, de clientélisme ou encore de corruption planent de manière néfaste sur le parti, bien que ses membres n’en soient pour le moment pas inquiétés. D’autres partis enfin, comme les partis traditionnels du centre et de la droite, ont rejoint ce front d’opposition qui entend voter “non” au prochain référendum. Plus que quelques jours, donc, avant que les boliviens se prononcent sur cette modification de la Constitution. Une chose est sûre, ce référendum s’annonce serré.

Mara KOLB

Photos : © Alain Bachellier (Libre de droit)

Retour sur la visite du président bolivien Evo Morales en France

Après une tournée européenne qui l’a mené en Irlande, en Italie et en Allemagne, le président bolivien Evo Morales Ayma a été reçu par l’Université et la mairie de Pau avant d’être l’hôte de l’Élysée où il a présenté le Livre de la Mer, un litige entre son pays et le Chili, et signé plusieurs accords de coopération avec la France.

Un agenda serré à Pau

Le 7 novembre au matin, Evo Morales est reçu à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour pour y recevoir le titre de Docteur Honoris Causa des mains du recteur pour “son engagement envers les droits humains, la reconnaissance historique des cultures indigènes, l’éradication de l’analphabétisme et son soutien au développement de l’éducation supérieure publique, ainsi que pour son combat démocratique et sa proposition d’une nouvelle alternative du Buen Vivir, le Bien Vivre (1).

Le recteur de l’Université fait remarquer que “pour nous, l’expérience bolivienne constitue un modèle en ce qui concerne le respect de la diversité des peuples et de l’échange entre les cultures, le respect mutuel, la justice et l’égalité…” En réponse, le président bolivien signale que “ce titre est comme un message des mouvements sociaux qui émergent, s’organisent et libèrent leurs peuples”. Le président Morales était accompagné par l’ambassadeur de Bolivie en France, Jean-Paul Guevara.

Il s’est ensuite rendu au village Emmaüs de Lescar-Pau pour l’inauguration de la Maison de l’Amérique latine construite par les compagnons d’Emmaüs pour accueillir les archives de la collection de l’universitaire Jean Ortiz, spécialiste de l’Amérique latine (1). Ortiz et José Bové avaient reçu le député Morales en 2002 dans le cadre du festival Culturamérica (2). Evo Morales a ensuite inauguré la place de l’État plurinational de Bolivie dans le parc. Dans l’après-midi, il a été reçu par François Bayrou, maire de Pau, pour recevoir les clés de la ville et signer le livre d’or de la ville.

Le président bolivien est arrivé lundi 9 novembre à l’Élysée avec deux objectifs : expliquer la position de la demande bolivienne d’ouvrir des négociations avec le Chili pour un accès à la mer et obtenir le soutien de la France, et signer des accords bilatéraux dans les domaines de la défense, des énergies renouvelables, du tourisme et du développement.

Accès à la mer

Suite à la défaite lors de la guerre du Pacifique avec le Chili (fin du 19e siècle), la Bolivie s’est vue amputée d’une grande partie de son territoire dont ses 400 kilomètres de côtes Pacifique. Depuis plusieurs dizaines d’années, le pays demande au Chili de négocier un accès direct à la mer. Le Chili, estimant que les traités de 1904 et 1929 entre les deux pays ont résolu la question, la Bolivie a déposé devant la Cour internationale de justice de la Haye (CIJ), un Livre de la mer exposant ses positions. Le Chili estimait que la Cour n’était pas compétente mais elle a déclaré en septembre dernier que la requête de la Bolivie rentrait bien dans ses compétences. ette affaire prendra certainement plusieurs années pour se résoudre…

Le Livre de la mer a été remis au président Hollande qui a, lors d’une conférence de presse, manifesté que “la France n’a qu’un seul mot, un seul principe, qui est le dialogue et plus de dialogue”, ce que Morales a considéré comme un soutien de la France à la Bolivie.

Accords de coopération

Présence en Bolivie de l’Agence française pour le développement : Selon le nouvel ambassadeur français en Bolivie, Denys Wibaux, l’AFD (3) accordera à la Bolivie un crédit de 400 millions de dollars à des conditions avantageuses : bas taux d’intérêt et pas de conditions sur son utilisation (souvent les prêts d’État à État se caractérisent par l’obligation du pays récepteur d’acheter dans le pays créditeur, ce qui n’est pas le cas ici). Cela devrait attirer l’intérêt d’investisseurs français, plutôt frileux lors de la première élection du président indigène aymara de Bolivie.

Tourisme : Comme le décrit le communiqué de presse de la Présidence, dans le contexte d’un marché touristique en forte croissance, l’expertise française en matière de mise en valeur du patrimoine et de la muséographie ainsi que l’organisation de grands événements sportifs (Jeux Panaméricains en Bolivie en 2018) sera précieuse. Ainsi, l’entreprise Thales a été désignée pour la préservation et la valorisation du site de Tiwanaku dans les hautes Andes.

Technologie : L’entreprise Thales fournira des radars civils et militaires à la Bolivie.

Énergies renouvelables : Le président Morales reviendra en France pour la COP 21 en décembre où il apportera une contribution importante sur le respect de la Pachamama, la Terre-Mère, pour un développement harmonieux plus orienté vers la complémentarité et la coopération que vers la compétitivité.

L’événement a malheureusement été peu couvert par les grands médias français hormis le journal Sud-Ouest, qui a suivi toutes les activités du président bolivien à Pau (4).

Jac FORTON

(1) Lire le livre « Le Buen Vivir. Pour imaginer d’autres mondes » de l’économiste équatorien Alberto Acosta, éditions Utopia, France, 186 pages, 12 €.
(2) Site du festival Culturamérica
(3) L’AFD, présente dans 60 pays, est une institution financière bilatérale de développement dépendant de l’État français.
(4) Retrouvez les articles du journal Sud-Ouest ici et là.

 

Accès souverain à la mer : la Bolivie remporte le premier round contre le Chili

La Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) a rejeté l’argument chilien “d’incompétence de la Cour” dans le litige opposant ce pays à la Bolivie qui réclame une négociation pour récupérer un accès à l’océan Pacifique.

Lors de son indépendance en 1835, la Bolivie possède 400 km de côtes sur l’océan Pacifique incluant les régions de Antofagasta, Calama et Tocopilla. Cette zone est plutôt négligée par les différents gouvernements boliviens de l’époque mais intéresse fortement les entreprises minières anglo-chiliennes (cuivre, salpêtre pour la dynamite, guano d’oiseaux pour les engrais). Des milliers de mineurs chiliens, soutenus par des capitaux anglais, investissent la région. La Bolivie ne leur réclame que quelques centavos (centimes) de taxes. Mais lorsque le commerce du salpêtre prend un développement considérable, les intérêts économiques anglo-chiliens envisagent ouvertement une annexion totale de toute la zone par ailleurs déjà habitée aux trois quarts par des mineurs chiliens. Lorsque le gouvernement bolivien exige une taxe de 10 centavos par quintal exporté, les entreprises refusent de payer et utilisent ce prétexte pour envahir militairement le département bolivien du Litoral en 1879. Un traité d’assistance mutuelle liant la Bolivie au Pérou, ce dernier entre aussi en guerre, ce qui pousse le Chili à envahir la région péruvienne du Tarapaca jusqu’à Tacna. À la fin de cette guerre dite “du Pacifique” (ou encore “Guerre du salpêtre”, 1879 à 1883), le Chili a annexé toute la partie côtière de la Bolivie (120 000 km2, équivalent à plus de 1/5 de la France) ainsi que toute la région péruvienne située entre Iquique et Arica (70 000 km2, soit deux fois la Belgique), Tacna étant rendue au Pérou.

Récupérer un accès à la mer

Depuis l’annexion par le Chili de son Departamento del Litoral, la Bolivie a perdu tout accès direct à l’océan Pacifique. Depuis plusieurs dizaines d’années, elle cherche à retrouver un “accès souverain”, c’est-à-dire un morceau de territoire entre le pays et la mer. Le Chili, bien sûr, rejette absolument cette possibilité et, en contrepartie, a offert à la Bolivie des accès et des taxes préférentiels dans les ports d’Antofagasta, Iquique et Arica. Mais la privatisation de ces ports par le Chili renchérit beaucoup le coût du transport bolivien. Selon un article paru dans Le Monde Diplomatique (1), 40 % des exportations boliviennes transitent par les ports chiliens, ce qui les rend 55 % plus chères que celles du Chili.

Recours devant la CIJ

En mai 2013, la Bolivie dépose devant la Cour internationale de justice de La Haye (Pays-Bas) une requête d’arbitrage sur la demande bolivienne d’un accès souverain à la mer. Selon la Bolivie, le traité de 1904 entre les deux pays obligerait le Chili à négocier un accès à la mer. L’antagonisme historique entre les deux pays n’a pas permis de trouver un contexte favorable à l’ouverture de négociations dans le passé, ce qui a motivé le recours bolivien auprès de la CIJ. L’objectif bolivien était que la Cour étudie la situation sur le fond. Le Chili a répondu en rejetant la compétence de la Cour sur la base de “un traité en vigueur ne se négocie pas. Le traité d’amitié et de commerce de 1904 a déjà tout réglé”.

La Cour se déclare compétente mais…

La décision rendue par la Cour ce jeudi 26 septembre ne concerne donc, à cette étape du contentieux, que sa compétence. Pour le président de la Cour, le Français Ronny Abraham, “La Cour a conclu que l’objet du différend est de savoir si le Chili a l’obligation de négocier de bonne foi un accès souverain de la Bolivie à la mer” et non si le Chili devait donner une partie de son territoire à la Bolivie. Par 14 voix contre 2, les juges ont décidé que la Cour était compétente pour étudier le contentieux en vertu de l’article 31 du Pacte de Bogotá ratifié par les deux pays. Selon cet article, “les Hautes Parties reconnaissent comme obligatoire la juridiction de cette Cour pour toute controverse d’ordre juridique qui surgit entre elles et qui concerne l’interprétation d’un Traité ; toute question de Droit international ; l’existence de tout fait qui serait une violation d’obligation internationale, et la nature de la réparation due pour la rupture d’une obligation internationale. La Cour s’est déclarée compétente mais n’a pris aucune position ou décision concernant la question de fond. Elle proposera un protocole et un calendrier aux Parties qui pourront ainsi présenter leurs arguments, la Bolivie sur “un droit à l’accès souverain à la mer”, le Chili sur l’existence d’un Traité de 1904 qui a réglé le problème du transit bolivien vers l’océan Pacifique.

Les réactions

La Bolivie estime bien sûr qu’elle vient de remporter une victoire juridique. Son représentant auprès de la CIJ, Eduardo Rodríguez, précise que “la Bolivie n’a pas pour objectif de réaliser des actes hostiles contre le Chili mais de rechercher le moyen d’établir un dialogue fructueux”. Pour le président bolivien Evo Morales, “C’est un jour historique, inoubliable, parce que c’est un pas important pour notre demande de retrouver l’océan. Nous savions que tôt ou tard, il y aurait justice. Cette situation n’est pas provoquée par le peuple chilien mais par les groupes oligarchiques chiliens soutenus par les entreprises anglaises de l’époque…”.

Pour le Chili, “il ne s’est rien passé d’important”. Selon la présidente Michelle Bachelet, la décision de la Cour n’affecte en rien notre intégrité nationale et, en ce sens, la Bolivie n’a rien gagné !”. On se console comme on peut d’une décision qui marque quand même une défaite de la position chilienne. Elle ajoute : “Nous avons la ferme conviction que la demande bolivienne manque de tout fondement car elle confond droit et aspirations et tergiverse complètement ce qu’a été l’histoire entre nos deux pays, et spécialement le Traité de 1904. Pour le Chili, il n’existe aucun contentieux territorial ou limitrophe avec la Bolivie”, confirmant ainsi la position chilienne d’ignorer la demande de négociation bolivienne en vertu de l’existence de Traités toujours en vigueur entre les deux pays. Et Jorge Burgos, assumant le rôle de vice-président en l’absence de la présidente en voyage aux Nations-unies à New-York, de lancer un avertissement : “Il n’existe aucun tribunal dans le monde qui peut nous obliger à céder un centimètre de notre territoire”. Un autre indice qui montre que le Chili ressent bien la décision de la CIJ comme un échec politique est la réaction de Jaime Ravinet, l’ancien ministre de la défense de l’ex-président Sebastian Piñera : “Que le Chili claque la porte et dise aux Nations-unies et à La Haye que nous nous retirons de la procédure et que son verdict ne peut nous être imposé” ! Plus modéré, le gouvernement chilien se prépare à déterminer sa stratégie car la Cour lui a donné jusqu’au 25 juillet 2016 pour lui remettre ses arguments écrits.

Un enjeu géopolitique

Le deuxième round du litige aura lieu dans un futur non déterminé qui peut durer plusieurs mois ou même années. Il s’agira alors pour la Cour de décider si oui ou non, le Chili devra négocier avec la Bolivie un accès souverain à la mer. On se dirige là vers d’énormes complications juridiques et internationales, l’affaire prenant un tournant régional. La solution sera très complexe car on voit mal où se situerait ce “corridor bolivien” au Chili. Le long de la frontière péruvienne ? Le Pérou s’y oppose car cela le séparerait complètement du Chili alors que d’importants intérêts économiques et sociaux sont en jeu comme en toute zone frontalière. De plus, le Chili perdrait le contrôle de la route Arica-La Paz, un important axe économique avec la Bolivie. Un couloir à hauteur des grands ports chiliens ? Cela couperait le Chili en deux ce qui est totalement inacceptable…

D’autre part, l’accès à la mer pour la Bolivie intéresse au plus haut point l’économie brésilienne. En effet, le Brésil exporte une grande partie de sa production sur les marchés asiatiques et de plus en plus vers la Chine. Il est plus rentable pour les entreprises brésiliennes situées sur la côte Atlantique d’exporter via la Bolivie que par le canal de Panamá. Ce sera encore plus rentable si la Bolivie possédait un port sur la côte Pacifique du continent. Le gouvernement brésilien n’a pas encore pris position sur le contentieux Chili-Bolivie mais il est indéniable qu’il observe les événements avec attention. Il en est de même en Asie. Les économies chinoises et japonaises seraient bien intéressées par un port bolivien qui réduirait le coût du transport vers le Brésil et l’Argentine, les deux plus importantes économies de l’Amérique du sud.

Jac FORTON

(1) Dans l’article La Bolivie les yeux vers les flots, de Cédric Gouverneur, Le Monde diplomatique de septembre 2015, p.6.

 

La Bolivie, nouveau membre d’un Mercosur aux grandes ambitions

Le 48e sommet du Marché Commun du Sud (Mercosur) à Brasilia s’est terminé samdi dernier sur l’intégration de son sixième membre permanent, la Bolivie. Le sommet réitère ses objectifs économiques, sociaux et politiques vers une intégration économique mais aussi politique.

Dans le communiqué final, “Les États membres et associés réaffirment leur volonté d’approfondir le processus d’intégration régionale dans le but d’appuyer le développement économique avec inclusion sociale, d’améliorer la qualité de vie des citoyens, de renforcer la justice sociale et d’éradiquer la faim et la pauvreté”. Ces objectifs confirment la volonté du bloc de poursuivre l’intégration productive des économies, le développement des infrastructures et des politiques inclusives, mais aussi la défense des valeurs démocratiques et des droits humains. Par exemple, les statuts contiennent une clause qui suspend ou annule la qualité de membre à tout pays dont le gouvernement serait issu d’un coup d’État. Ce fut le cas en juin 2012, lorsque le Paraguay fut suspendu suite à la destitution illégale du président Fernando Lugo. Il fallut attendre les dernières élections pour que le pays puisse réintégrer le bloc.

Condor hier, vautours aujourd’hui, même combat ?

La présidente Cristina Fernández d’Argentine relève que les ennemis des peuples s’étaient organisés durant les dictatures des années 70 et 80 sous le nom du Plan Condor, et qu’aujourd’hui, les “fonds vautours” tentent de couler des pays endettés en rachetant à prix bradés des actions dont ils exigent ensuite le remboursement à 100 % plus les intérêts. C’est le cas de l’Argentine, victime des exigences de divers fonds spéculatifs basés aux États-Unis qui exigent une vingtaine de milliards de dollars, soutenus dans leur démarche par des décisions “juridiques” d’obscurs juges new-yorkais… Le sommet Mercosur réitère son rejet de ces procédures et son soutien à l’Argentine dans son combat contre les vautours financiers. Le Brésil, par exemple, considère l’attaque des vautours contre l’Argentine “une question d’intérêt régional”. Ce combat est arrivé jusqu’aux Nations unies qui a créé un Comité spécial pour la restructuration de la dette souveraine de manière à établir un cadre juridique multilatéral permettant de poser des limites aux actions déstabilisatrices de ces fonds spéculatifs.

Le grand projet d’intégration politique

La grande différence entre le Mercosur et l’Alena (États-Unis, Mexique et Canada) ou l’Alliance du Pacifique (Chili, Pérou, Colombie et Mexique), réside en ce que les deux derniers sont essentiellement des accords économiques alors que le Mercosur projette également à long terme une vision d’intégration politique. Il s’agit de consolider l’unité régionale de manière à pouvoir négocier en position de force avec les autres blocs politiques ou économiques mondiaux (États-Unis, Union européenne) tout en développant le commerce interrégional. Le “monsieur Mercosur” du Brésil, Florisvaldo Fier, rappelle que 90 % des exportations brésiliennes vers les pays du Mercosur sont composées de produits industrialisés contre 50 % vers les États-Unis et 5 % vers la Chine, démentant ainsi les allégations des oligarchies industrielles brésiliennes pour lesquelles “Le Mercosur ne sert à rien”. L’entrée de la Bolivie est définitivement un bonus pour le Mercosur. En effet, non seulement ce pays est producteur de pétrole et surtout de gaz mais les politiques économiques mises en œuvre depuis une dizaine d’années ont profondément modifié sa structure. Sa croissance (moyenne de 5 % entre 2006 et 2014) a permis que l’extrême pauvreté passe de 38 % de la population en 2005 à moins de 20 % en 2013 et qu’une classe moyenne importante se développe en particulier parmi la population indigène jusqu’alors toujours marginalisée.

 Jac FORTON

Le Mercosur
Membres permanents : Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay (depuis 1991), Venezuela (2012), Bolivie (2015).
Pays associés : Chili, Pérou, Colombie, Équateur, Guyana et Surinam.
Pays observateur : Nouvelle-Zélande.
Site du Mercosur  (questions fréquentes, en espagnol et portugais seulement).

Evo Morales réélu pour la troisième fois président de la Bolivie

La question n’était pas : « Evo Morales va-t-il gagner ? » mais « Quelle sera la différence avec son plus proche rival, le néolibéral Samuel Doria Medina ? ». Le peuple bolivien a répondu : 60 % pour le président-candidat, 24 des 36 sénateurs et 84 des 130 députés pour sa coalition sociale, le MAS, Mouvement vers le socialisme. Un vrai raz-de-marée…

Le modèle économique ‘moralien’ : « la Patrie récupérée »

Le parti du président est une coalition de mouvements sociaux, syndicats, organisations paysannes et indigènes auxquels s’est peu à peu jointe une diversité de petits partis. La raison principale du succès d’Evo Morales s’explique par une longue période de développement économique sans précédent qui a changé la structure de la société. Le Président résume ainsi son succès : « Nous avons récupéré la patrie qui était dans les mains des étrangers… Nous avons créé un nouveau modèle économique et social, communautaire et productif, achevé une plus grande présence de l’État, sans accepter le système de libre-échange, en démocratisant l’économie et en rendant aux Boliviens les bénéfices de l’exploitation des ressources naturelles du pays au lieu de les donner aux multinationales étrangères ». Il faisait bien sûr allusion à la nationalisation le 1er mai 2006 des hydrocarbures et du gaz du sous-sol bolivien, réalisée sans expulsion des entreprises pétrolières mais en renversant les pourcentages des bénéfices : depuis cette date, ces entreprises paient de 60 à 80 % d’impôts à l’État et gardent de 40 à 20 % pour elles, et non l’inverse !

Ces nouveaux revenus ont permis à Morales de redistribuer l’excédent économique en créant de nombreuses allocations et subventions (dits Bonos) pour la population bolivienne jusqu’alors une des plus pauvres des Amériques. C’est le programme « Renta Digna », une pension pour les gens âgés traditionnellement oubliés ; c’est une prime aux enfants scolarisés (Bono Juanito Pinto), une autre pour les femmes qui viennent de donner naissance (Bono Juana Azurdy), c’est un salaire minimum qui est passé de 55 € par mois en 2005 à 180 € en 2014, etc. Morales : « Nous nous sommes libérés politiquement pour pouvoir nous libérer économiquement. Les ennemis, que voulaient-ils ? Nous dominer politiquement pour nous voler économiquement, mais cela, c’est terminé ! Nous ne dépendons plus des décisions prises par la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international… »(1)

Les politiques économiques ont permis de baisser le taux d’extrême pauvreté de 38 à 21 %. Autre actif : les réserves en devises sont passées de 8 à 32 milliards de dollars, ce qui permet au pays de résister à toute attaque financière, de contrôler son économie et de disposer de budgets sociaux.

 Succès politiques

Le président Morales a d’autres réussites à son actif. En 2007, le MAS propose une nouvelle Constitution. Malgré une opposition féroce des députés issus des départements orientaux, elle est votée par le Congrès en 2009. Elle transforme la Bolivie en un État Plurinational qui reconnaît ainsi les droits des populations indigènes, 62 % des Boliviens selon la CEPAL (Commission économique des Nations unies pour l’Amérique latine), jusqu’alors complètement ignorés par les oligarchies et les multinationales qui dirigeaient le pays.

Autre succès, la lutte contre la drogue. Lorsque la Bolivie expulse la DEA (l’agence US contre la drogue), les États-Unis annoncent que la Bolivie va devenir un État-narco car la production de la coca allait exploser, d’autant plus que le président Morales était un ancien leader syndical de défense des cocaleros, les producteurs de coca, une plante traditionnellement utilisée par la médecine indienne. La vérité est que si la DEA réussissait à éradiquer 5 400 ha de plantations par an, Morales en a éradiqué 11 407 rien qu’en 2013… Ce sont les syndicats cocaleros qui contrôlent eux-mêmes efficacement la culture de la coca et empêchent son utilisation par les narcos.

 Sur le plan international

La Bolivie de Morales a soutenu les efforts d’intégration et d’alliances régionales en participant activement dans la formation de l’UNASUR, de la CELAC, de l’ALBA et en se rapprochant du Mercosur (2). C’est aussi sous l’initiative et l’impulsion de la Bolivie que les Nations unies ont, en juillet 2010, décrété que « l’accès à une eau potable, salubre et propre est un droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme » et ne devait pas être l’objet de profits et de marchandage. Plus de 120 pays ont soutenu cette initiative.

Evo Morales a lancé une perche aux États-Unis : le gouvernement bolivien est tout à fait disposé à rétablir des relations avec la puissance du nord si elle s’engage à respecter la souveraineté de la Bolivie et à ne pas intervenir dans ses affaires internes. Les relations entre les deux pays sont rompues depuis l’expulsion de l’ambassadeur US, Philip Goldberg en 2008, accusé par La Paz d’avoir aidé les départements orientaux dans leur tentative de sécession.

Une opposition peu crédible

Un autre élément du succès d’Evo Morales est la faiblesse de l’opposition. Non seulement, ses plus proches rivaux, Samuel Doria et Jorge Quiroga sont issus des gouvernements néolibéraux des années 90 mais Doria (propriétaire de grandes cimenteries) fut ministre du président Sánchez de Lozada, exilé à Miami, et Quiroga ministre du dictateur Hugo Banzer. Juan del Granado, ancien maire de La Paz est aussi un ancien allié du MAS. Alors « autant voter Morales » disent de nombreux électeurs. Fernando Vargas représente surtout le secteur indigène qui s’est séparé du MAS lorsque le gouvernement a décidé, sans consultation préalable, de construire une route pour camions qui couperait en deux leur territoire, le TIPNIS (Territoire indigène parc national Isiboro Sécure). La violente répression policière est à l’origine de la scission. L’opposition, sans vrai leader national et sans programme, ne proposait aucune alternative crédible. Les réformes, l’inclusion sociale et la redistribution des richesses ont produit cette vague de fond de soutien au président.

Les résultats les plus étonnants sont ceux de la région orientale du pays (Santa Cruz, Pando, Tarija), dominée par des oligarchies terriennes blanches et métisses (qui revendiquent leur passé espagnol !) traditionnellement très anti-indiennes. Il faut dire qu’avec le nouveau modèle « moralien », les riches départements orientaux ont également bénéficié d’un renouveau économique car c’est de cette région que sont extraits les hydrocarbures boliviens et où résident les grands propriétaires terriens de la macro-agriculture d’exportation. Les nouvelles normes leur ont donné d’importantes retombées économiques. Pragmatique, cette région autrefois très anti-Morales, a voté pour le président…

 Les défis à venir

Lors de son discours devant des milliers de Boliviens venus saluer sa victoire, Evo Morales a mis les choses au clair : « Au nom de ceux qui ont lutté pour la libération de la Bolivie, nous remercions cette nouvelle victoire du peuple bolivien. Il existe un sentiment de libération de nos peuples des Amériques pour ne plus être soumis à l’empire nord-américain ou au système capitaliste. Cette victoire est celle des anti-colonialistes, des anti-impérialistes, du peuple… Ici, deux programmes s’affrontaient : la nationalisation ou la privatisation. La première a gagné… »

Pendant les derniers jours de la campagne, le Président avait signalé que ses nouveaux défis seront de « répondre aux nouvelles demandes issues des avancées de la croissance économique et de l’inclusion des mouvements sociaux dans la direction du pays ». En bref, la nouvelle classe moyenne issue des bénéfices des politiques économiques a de nouvelles exigences de consommation qu’il faudra essayer de satisfaire. Morales a déjà fait savoir que son principal prochain objectif est le développement industriel du pays : « Nous allons passer d’une économie basée sur l’exploitation des matières premières à une industrielle ». Selon la CEPAL, « l’économie de la Bolivie continuera à être l’une des plus dynamiques de la Région »; elle pronostique une croissance de plus de 5,3 % pour 2015 (la France : moins de 1 %). Les investisseurs ont déjà dressé l’oreille…

 Jac FORTON

Les résultats

Les chiffres définitifs ne seront connus que dans quelques jours, mais les enquêtes « au sortir des urnes » donnent : Evo Morales du MAS (Mouvement vers le Socialisme) : 61 % (24 sénateurs sur 36 et 84 députés sur 130) ; Samuel Doria Medina de la UD (Unité démocrate) : 24 % (11 et 34) ; Jorge Quiroga du PDC (Parti démocrate chrétien) : 9 % (1 et 10) ; Juan del Granado du MSM (Mouvement sans peur, ex-allié du MAS) : 3 % (1 député) ; Fernando Vargas du PVB (Parti vert de Bolivie) : 3 % (1 député). Les plus grands succès de Morales furent dans les villes de La Paz (70 %), Cochabamba et Potosi (66 %) et, plus surprenant, la conservatrice Santa Cruz (49 %). Le seul département à avoir voté Medina est le Beni : 49 % contre 43 à Morales.
 (1) Dans une interview réalisée par le sénateur argentin Daniel Filmus sur les canaux de télévision argentins TV Pública et Encuentro du ministère de l’Éducation, le 11 octobre 2014.
(2) UNASUR : Union des Nations sud-américaines, les 12 pays du Cône sud. CELAC : Communauté des États de l’Amérique latine et des Caraïbes, soit tous les pays des Amériques moins les États-Unis et le Canada. ALBA : Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique, une alliance économique rassemblant neuf pays. Mercosur : Marché commun du sud soit le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, l’Uruguay et le Paraguay.

Première Conférence mondiale sur les Peuples indigènes aux Nations unies

Inaugurée fin septembre par Evo Morales, président de la Bolivie, et Ban Ki-Moon, secrétaire-général des Nations unies, la Conférence réitère les droits des peuples indigènes et, dans un ‘Document’, appelle les États à consulter ces peuples avant de réaliser tout projet qui affecte leurs terres.

Près de 400 millions de personnes provenant de 5 000 groupes ethniques composent les peuples indigènes dans le monde. Plus de 45 millions répartis en 826 peuples vivent en Amérique latine. La Conférence s’est penchée sur leurs problèmes en particulier la santé, l’éducation, le logement, l’accès à l’eau et, surtout, la propriété de la terre. C’est en quelque sorte une continuation de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples indigènes de 2007.

Lors de l’inauguration, le président bolivien, Evo Morales, rappelle que « Les principes fondamentaux du mouvement indigène sont la vie, la Mère Terre et la paix. Ces principes sont constamment menacés par un systèm et, un modèle : le système capitaliste et le modèle de comment en finir avec la vie et la Mère Terre… Nos peuples nos nations, ne peuvent plus être gouvernés par des banquiers ou les entreprises transnationales… »

 La Conférence a produit un « Document » qui, présenté à l’Assemblée générale des Nations unies, a reçu l’approbation de 190 pays ! Le texte établit clairement « le droit au consentement libre, anticipé et informé » ce qui signifie que les États doivent recevoir l’accord de leurs peuples avant toute décision qui pourrait les affecter.

Le Point 6 du Document appelle les États à respecter la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail sur les Peuples indigènes et tribaux. Le Point 20 rappelle « les engagements contractés par les États d’organiser des consultations et de coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes afin d’obtenir leur consentement libre et informé avant d’approuver tout projet qui affecte leurs terres ou leur territoire ». Le Point 24 « rappelle aux entreprises multinationales ou autres qu’il est de leur responsabilité de respecter les lois internationales applicables ».

 Pour Victoria Tauli Corpuz, la nouvelle rapporteur spéciale des Nations unies sur les droits des peuples indigènes, « la Conférence est un grand pas en avant ». James Araya, son prédécesseur, regrette que « un des principaux obstacles à l’accomplissement de ces droits est l’ignorance des fonctionnaires publics nationaux ». Le Haut commissaire des Nations unies pour les droits humains, Zeid Ra’ad al Hussein, rappelle que « les engagements qui s’adoptent aux Nations unies doivent s’appliquer au niveau national » et exige que « se termine la répression envers les défenseurs des terres et des droits des peuples indigènes ». La Prix Nobel de la Paix guatémaltèque Rigoberta Menchú rend hommage « aux milliers d’indigènes qui ont perdu la vie dans leurs luttes pour leurs droits » et appelle à « une lutte frontale contre le racisme et la discrimination ».

 Le Document n’est pas d’application obligatoire, ce qui permet à de nombreux États signataires de ne pas respecter ses recommandations ! Cela a poussé les dirigeants indiens à demander qu’il soit élevé au statut de « convention », ce qui le rendrait d’application obligatoire par les États. Car s’il est facile de signer un Document aux Nations unies, mettre ses recommandations en pratique chez soi demande une volonté politique que peu de gouvernements sont prêts à montrer… La lutte pour le respect des droits des indigènes est loin d’être terminée.

Jac FORTON

 

 

Verdict «mitigé» pour les familles des Français assassinés en Bolivie

En Bolivie, le verdict est tombé ce jeudi 27 février dans la soirée, dans le procès des assassins présumés de Fannie et Jérémie, et le principal accusé, Jaime Martinez a écopé de 30 ans de prison ferme. Les deux jeunes Français avaient disparu à Guayaramerin, à la frontière brésilienne, il y a plus de trois ans, alors qu’ils effectuaient un voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud.
Selon l’enquête, Jérémie et Fannie se seraient rendus dans la nuit du 28 au 29 août 2010 dans la ferme du principal suspect, Jaime Martinez. Les assassinats auraient eu lieu à l’issue d’un viol ou tentative de viol sur Fannie. Quatre Boliviens étaient accusés d’avoir participé, à des degrés divers, à leur assassinat. Suite sur RFI>>

Dernière ligne droite d’un Paris-Dakar latino-américain

Actuellement se joue la 36ème édition du rallye qui prendra fin le 18 janvier à Valparaíso (Chili). Les 712 concurrents de cette année sont divisés en quatre catégories : motos (174), quads (40), camions (70) et autos (147). Ce sont au total 431 véhicules.

La course a commencé dans la ville de Rosario en Argentine et les participants ont parcouru 405 km jusqu’à Córdoba, avant de poursuivre vers San Luis.

Selon le magazine Le Point, “le Dakar paraît avoir perdu de l’éclat vu de France, depuis son exil en Amérique latine” il y a six ans. Le motif était les potentiels dangers dans la zone africaine qui accueillait l’événement.

Le directeur du rallye, Étienne Lavigne, déclare dans le même média que la course vit une deuxième jeunesse, portée par un continent qui raffole des sports mécaniques. Si en Afrique il y avait peu de spectateurs, les éditions de 2013 et 2014 ont mobilisé plus de quatre millions de personnes au bord des routes. Pour tout dire, le Dakar dépasse maintenant la fréquentation de la venue du pape Jean Paul II en mai 1988.

C’est une superbe raison de se retrouver sous les projecteurs pour un moment de partage de notre culture et de nos paysages avec le monde entier”, a déclaré le président de la Bolivie, Evo Morales. Cette fois la Bolivie va devenir le 28ème pays traversé par le Dakar. L’absence du Pérou dans le parcours, a été vue selon le directeur de la course comme une catastrophe.

Parmi les pays candidats pour les années à venir se trouvent l’Équateur, la Colombie et le Brésil. Néanmoins, ce dernier a récemment été le théâtre de manifestations liées à la célébration de la Coupe du Monde 2014 dans un pays marqué par les inégalités ; ce qui éloigne la possibilité de réaliser la course sur le sol de ce géant sud-américain.

Soledad ITURRIAGA

Rallye Paris- Dakar
Cette compétition a commencé en 1979, deux ans après que le français Thierry Sabine s’est perdu dans le désert en Afrique et eut l’idée d’y implanter un rallye, véritable défi sportif au cœur de ces paysages aussi sublimes que dangereux.

 

2014, année d’élections en Amérique latine

Le Brésil, la Colombie, l’Uruguay et la Bolivie entrent en année d’élections présidentielles. Trois présidents se représentent. La crise « Snowden » a définitivement fracturé les relations Brésil-États-Unis.

BRÉSIL – La présidente Dilma Rousseff se représente en octobre pour un deuxième mandat. Toujours soutenue par le Parti des Travailleurs (PT) et par l’ancien président Lula, elle a toutes les chances de l’emporter. De plus, Rousseff et le PT se sont donnés comme défi de gagner l’État de São Paulo aujourd’hui dominé par le Parti Social Démocrate du Brésil (PSDB) de l’ancien président Henrique Cardoso. Le PT a bien gagné la municipalité de la ville de São Paulo en 2013 mais emporter cet État  de 41 millions d’habitants sur un territoire grand comme la moitié de la France, est un défi majeur. L’atout du PT s’appelle Alexandre Padilha, actuel ministre de la Santé et moteur du nouveau programme social de la présidente “Plus de Médecins” dont l’objectif est de former un grand nombre de médecins brésiliens et d’inviter des médecins étrangers au Brésil (surtout Cubains) de manière à couvrir les régions sans médecins ou à élever le niveau d’attention médicale des simples centres de santé locaux.

Au niveau international, tout laissait croire à un rapprochement historique entre le Brésil et les États-Unis après deux mandats de Lula qui avaient marqué une prise de distance certaine entre les deux pays et le début de l’importance politique du Brésil sur la scène internationale. Sous pression de son ministre des Affaires étrangères, Antonio Patriota, et de l’aile conservatrice de Itamaraty, son ministère, Dilma Rousseff avait accepté de calmer le jeu avec les États-Unis. Lorsqu’en mai 2013, le vice-président des USA Joe Bidden et la présidente se serrent la main en souriant, Bidden est convaincu que le Brésil, désirant renouveler sa flotte militaire aérienne,  allait acheter 36 chasseurs F-18 Super Hornet chez Boeing. Mais les révélations de Edgar Snowden sur l’espionnage de la NSA et tout particulièrement celle du fait que les téléphones personnels de la présidente étaient sur écoute, provoquent sa colère. Elle annule un voyage prévu de longue date aux États-Unis, décide d’acheter  les 36 avions à la Suède (les avions Rafale français étant trop chers et ne correspondant pas aux besoins du Brésil) et fait clairement sentir aux compagnies pétrolières US qu’elles ne seront pas les bienvenues à l’heure d’octroyer les permis d’exploration et d’exploitation des immenses réserves de pétrole situées au large des côtes brésiliennes. Aucune d’entre elles ne postulera…

Ces divers épisodes ont fait remonter l’indice de popularité de la présidente, tombé assez bas après les manifestations populaires de 2013.  Début 2014, les sondages lui donnent la victoire avec 47 % des voix, loin devant ses rivaux Marina Silva (24 %) et Aecio Nieves du PSDB (19 %).

BOLIVIE – Le président Evo Morales peut, suite à une modification constitutionnelle, se présenter pour un troisième mandat. Il affronte deux grands problèmes : une opposition toujours plus dure de la droite qui se situe surtout dans la région de Santa Cruz (on se souvient de leur tentative de sécession), et une revendication de plus grande autonomie de la part des organisations indigènes qui avaient largement soutenu Morales  lors de son premier mandat mais s’étaient opposées à lui lorsque le président avait voulu ouvrir une route commerciale au beau milieu d’un parc national habité majoritairement par des indiens.
Cependant, ni les premiers ni les seconds n’ont réussi à mettre sur pied une organisation, un mouvement ou un parti capable de s’opposer à Morales. Il leur reste un an pour y parvenir…

URUGUAY – Contrairement à la plupart des pays latino-américains, la Constitution uruguayenne ne permet pas deux mandats présidentiels consécutifs. Le président “Pepe” Mujica du Front Ample (FA) ne peut donc pas se représenter aux élections d’octobre prochain. Le FA projette une élection interne entre l’ancien président Tabaré Vasquez (73 ans) et la sénatrice Constanza Moreira (53 ans) qui propose une relève générationnelle. Le programme de Moreira se veut “un pari à la solidarité avec tous les pays, en particulier ceux avec qui nous partageons une certaine continuité idéologique, par exemple le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie…” L’opposition uruguayenne n’a pas encore commencé ses négociations en vue de proposer son candidat.

COLOMBIE – Les élections auront lieu le 25 mai et le président Juan Manuel Santos espère passer au premier tour pour son second mandat. Il a plusieurs atouts. D’abord, il a largement pris ses distances par rapport aux politiques de son prédécesseur Álvaro Uribe, dont il était pourtant le ministre de la Défense. Plutôt que de continuer dans l’affrontement comme s’y complaisait Uribe, représentant les secteurs oligarchiques, le président Santos a décidé d’œuvrer pour la fin des conflits, au nom des secteurs macro-économiques, car la guerre n’est pas bonne pour le business !
Il a tout de suite normalisé  les relations avec ses voisins vénézuélien et équatorien pour pouvoir dédier son énergie à essayer d’en terminer avec la guerre civile qui déchire le pays depuis 50 ans !

Les négociations de paix entre son gouvernement et la guerrilla des FARC ont lieu depuis début 2013 à Cuba, avec le soutien du Chili et de la Norvège. Les deux parties négocient sur six points fondamentaux dont deux auraient déjà été accordés : la répartition de la terre et la réintégration de la guerrilla dans la vie politique. On ne connaîtra les détails de ces négociations que lorsque des accords auront été convenus entre les deux parties. Si la négociation aboutit à la fin de la guerre, le gouvernement pourra alors s’attaquer au problème des paramilitaires et des narcotrafiquants qui ravagent de grandes régions du pays et ont provoqué la migration interne de dizaines de milliers de petits paysans.

Tous ces candidats présidentiels se réuniront le 25 janvier à Cuba à l’occasion du prochain sommet de la CELAC (Communauté des pays latino-américains et des Caraïbes) dont la présidence passe au Costa Rica, puis à Caracas dans le cadre du Sommet du Mercosur (auquel assistera pour la première fois le nouveau président du Paraguay, Horacio Cartes) et dont la présidence passe à l’Argentine. L’Amérique latine continue sa marche inexorable vers l’intégration économique et politique.

Jac FORTON

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