Colombie

Questions environnementales


Colombie et lutte contre le narcotrafic : quand le glyphosate tombe du ciel

Pendant plusieurs années, la Colombie a eu recours à une méthode pour le moins controversée pour lutter contre le narcotrafic : l’épandage de glyphosate à haute concentration largué par avion sur les plantations de coca. Catastrophique pour l’environnement et pour les paysans, cette pratique avait été interdite en 2015 mais pourrait bien reprendre. C’est en tout cas le souhait du président colombien.

Photo : El Economista

Alors qu’en France et plus largement en Europe, le glyphosate enflamme les débats pour savoir quand interdire cet herbicide et comment le remplacer, il est pendant ce temps allègrement utilisé en Colombie par l’armée et la police militaire. Premier producteur de cocaïne au monde, la Colombie a depuis longtemps usé de la méthode forte pour détruire les plantations de coca, matière première de la cocaïne. Jusqu’en 2015, les États-Unis –premier pays consommateur de cocaïne dans le monde– ont même mis à disposition des autorités colombiennes des avions militaires pour pulvériser des tonnes de glyphosate sur les plantations de coca sans se soucier ni de l’environnement ni des paysans vivant aux alentours.

Cette pratique avait été suspendue par la Cour constitutionnelle colombienne après que l’Organisation mondiale de la santé a classé le glyphosate comme cancérigène probable en 2015. Depuis, la destruction des plantations de coca se faisait par l’arrachage ou la fumigation manuelle. Mais l’expansion des plantations depuis 3 ans et les pressions exercées par les États-Unis de Donald Trump ont conduit le président colombien Iván Duque à demander le jeudi 7 mars 2019 à la Cour constitutionnelle de modifier sa décision de 2015 sur la suspension des pulvérisations aériennes de glyphosate.

Pourtant, cette stratégie brutale s’est avérée inefficace puisqu’elle n’a jamais permis de venir à bout du narcotrafic et elle a fait payer un lourd tribut aux populations locales. Entre 2005 et 2014, 1 200 000 hectares auraient été traités avec du glyphosate, alors que la superficie des champs de coca n’a diminué que de 14 000 hectares. Avec des dosages de glyphosate concentrés jusqu’à 44% dilués dans l’eau avec d’autres substances chimiques (loin de la limite des 3% préconisée par le fabriquant), les fumigations aériennes sont vivement dénoncées par les populations colombiennes qui habitent à proximité des plantations, par des groupes de chercheurs et des associations de défense des droits de l’homme.

Dans le film documentaire Colombie, poison contre poison datant de 2016, le journaliste Marc Bouchage a notamment recueilli les témoignages des victimes en Colombie et à la frontière avec l’Équateur. Il y montre les ravages des fumigations : enfants malades ou morts nés, destruction des plantations vivrières de cacao et de papaye, mort du bétail, peaux brûlées et explosion des cancers… La reprise des épandages ferait ainsi payer à nouveau le prix fort aux paysans pauvres, premières victimes de la lutte contre le narcotrafic.

Mise à part la suspension des épandages, d’autres facteurs expliquent d’ailleurs la hausse des plantations de coca : la dévaluation du peso colombien face au dollar ; la chute des cours de l’or qui a amené les habitants des campagnes à préférer la culture de la coca aux mines clandestines ; et l’espoir suscité par le programme de substitution des narco-plantations prévu par l’accord de paix de 2016 avec l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Ce programme aurait ainsi entraîné comme effet pervers une hausse des déclarations des terres concernées dans l’espoir de bénéficier de ce dispositif…

Gabriel VALLEJO

Le film Colombie, poison contre poison, de Marc Bouchage et Maud Rieu, 52 minutes, 2016 est en accès libre ici. Autoproduit, le documentaire a été sélectionné dans une quinzaine de festivals de cinéma d’Amérique latine et d’Europe. Il a reçu le prix du meilleur moyen métrage étranger au Festival international du film des droits humains de Sucre, en Bolivie (2017) et le prix du Public au festival Documental : l’Amérique latine par l’image (2017), à Lyon, en France.

 
 

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