Cinéma mexicain

En salle le 27 mars


Un univers à la Mad Max dans Cómprame un revolver, un film de Julio Hernández Cordón

Le Mexicano-Guatémaltèque Julio Hernández Cordón, le réalisateur du réussi Las Marimbas del infierno (film de 2010 qui n’a pu sortir qu’en janvier 2018), a présenté à Cannes l’an passé Cómprame un revólver. Quelque part au Mexique, dans un décor de western et dans un monde submergé par la violence, où les femmes se prostituent et sont tuées, une fille porte un masque de Huck et une chaîne autour de sa cheville pour cacher sa féminité, car on raconte que les filles disparaissent ou sont tuées. Elle aide son père, un junkie tourmenté, à prendre soin d’un terrain de baseball abandonné où jouent des dealers. Puis ils assistent à une grande fête en l’honneur du baron local de la drogue.

Photo : Cómprame un revólver

En recréant un univers sombre et pesant avec très peu de moyens, Julio Hernández Cordón parvient à exprimer avec efficacité l’horrible oppression des narcotrafiquants sur la population mexicaine. Le monde créé par le cinéaste est fort, sombre, oppressant et heureusement parsemé de quelques belles images oniriques, qui viennent illuminer le récit et permettent aux spectateurs de respirer.

Le film évite ainsi tout manichéisme. Le père a beau être courageux et faire tout son possible pour cacher sa fille, il ne reste pas moins complice du système des narcos en étant lui-même toxicomane. Seul le personnage de Huck, référence au chef-d’œuvre de la littérature américaine Huckleberry Finn de Mark Twain apporte un peu d’espoir dans cet univers.

«À l’origine, explique Julio Hernández Cordón, je pensais à une adaptation d’Huckleberry Finn, située dans un futur apocalyptique aux décors minimalistes. Et puis quelqu’un m’a suggéré que le personnage central soit une petite fille. J’ai pensé à mes filles, et j’ai voulu leur écrire une histoire, la lettre d’un père qui se sait imparfait mais empli d’un amour profond pour elles. Et le seul héritage qu’il peut leur offrir, est celui de la survie. Cómprame un revólver est une histoire d’amour, de paternité dans un espace sans règle. Le royaume de la loi du plus fort, où rien n’a d’importance si ce n’est tromper la mort.»

«Cette histoire parle de ce Mexique conflictuel et sauvage, où les institutions sont invisibles et où la vie des gens dépend de l’humeur des criminels. La forme du film repose sur l’improvisation, du tournage jusqu’aux dialogues. Il n’y a pas eu de répétition et la plupart des acteurs ne sont pas des professionnels…»

Pour trouver le terrain de base-ball, il ajoute : «Près de la mer, j’ai trouvé un terrain immense où on élevait des crevettes. En voyant les canaux, j’ai tout de suite pensé à Mark Twain et à La Nuit du chasseur. Un lieu extrêmement poétique et cinématographique. En m’y promenant, je me suis senti plongé dans mon histoire. Je me suis souvenu de quand j’étais enfant et que je regardais un endroit que j’aimais, j’avais envie d’y jouer ; d’y inventer un jeu et de profiter de l’endroit.»

Ce curieux film est très impressionnant, surtout lorsque l’on voit deux groupes de trafiquants de drogue s’affronter, mieux armés que l’État mexicain. Sortie le 27 mars.

Alain LIATARD

 
 

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