2018 en Amérique latine

L'année de toutes les élections


Pourquoi 2018 est une année décisive pour l’Amérique latine ? Analyse des futures élections

Il ne faut pas le nier ou le nuancer, 2018 sera l’année où le futur des prochaines générations de Latino-Américains sera forgé. Ainsi ses jours seront pleins de sursauts et très probablement de déceptions monumentales. Nous reproduisons ici un article de Juan Duarte, consultant chez 2Points Group, publié sur Lesaffaires.com.

Photo : Lesaffaires

Il y aura six élections présidentielles, dont trois avec un poids géopolitique et économique indéniables : Mexique, Brésil et Colombie. Les trois restantes auront un impact mineur pour le futur de la région : Venezuela, Paraguay et Costa Rica. Également, et non sans conséquence, 2018 est l’année choisie par Raúl Castro pour prendre sa retraite. De ce fait, les trois principales économies continentales (Mexique, Brésil et Colombie), avec plus de 50 % des habitants de la région et une tradition diplomatique incontournable, seront agitées par des choix politiques qui s’annoncent très difficiles et même violents. Les enjeux sont énormes et la polarisation à la hauteur. Analysons-les très brièvement cas par cas. 

Le Mexique

La rhétorique anti-mexicaine et protectionniste de Donald Trump aura fait sa plus illustre victime hors des frontières des États-Unis (la démocratie mexicaine) si M. Andrés López Obrador (dit AMLO) était élu Président du Mexique. Obrador, célèbre défenseur du régime vénézuélien et fervent apologiste des vertus du Castrisme cubain, arrive à ces élections comme favori en surfant sur les vagues de l’indignation et du nationalisme que suscite le systématique dénigrement du Mexique et des Mexicains par le locataire de la Maison-Blanche.

Après deux cuisantes défaites électorales (2006 et 2012), AMLO est déjà connu par sa rhétorique populiste et antilibérale. Et même si son expérience comme maire de la ville de Mexico (2000-2005) l’a montré capable de nuancer ses propos, le seul fait que M. Obrador soit le favori pour les élections du premier juillet devrait mettre toute la région en mode de gestion de crise, car son poids politique sera démesuré et cela pourrait signifier la mise en question de l’ALÉNA et de la réforme du secteur pétrolier ainsi comme la possible amnistie des grands chefs des cartels du narcotrafic. Ce panorama électoral est entouré d’un mépris généralisé des partis politiques traditionnels et des institutions démocratiques à cause du degré de corruption et du contrôle qu’exercent sur eux les groupes criminels, qui ont plongé le pays dans une vague de violence inouïe.

La Colombie

Pour l’instant, tous les candidats n’ont pas encore été déterminés, mais les enjeux sont très clairs et la polarisation ne cesse d’augmenter. La Colombie, grâce à sa position géographique, sa taille économique et son poids démographique, joue un rôle incontournable dans la région. Il n’est ainsi pas surprenant que le pays soit devenu durant les années 1990 et 2000 le principal récepteur d’aide militaire et allié régional des États-Unis.

Pour les mêmes raisons, la Colombie est une pièce maîtresse dans la survie des régimes de La Havane et de Caracas : par elle passe le fait d’avoir soit une tête de pointe de l’influence nord-américaine dans le voisinage, soit un allié qui leur permettra de conserver une marge de manœuvre et donc une chance de négociation face à la crise humanitaire et à l’implosion du régime que traverse le Venezuela et qui frappera Cuba. De ce fait, les élections présidentielles de mai prochain ne seront pas exemptes d’influences extérieures (voir ce qui s’est passé au Honduras en novembre 2017) et le clivage autour de la poursuite ou pas de l’implémentation du traité de paix, signé par le gouvernement actuel avec la guérilla des FARC (indispensable et plus riche allié de Caracas et de La Havane), ne cessera pas de s’intensifier. Dans un pays si volatile, polarisé et fragmenté (sachant aussi qu’il est redevenu le principal producteur de cocaïne au monde), on pourrait se trouver face à un scénario d’extrême crispation et instabilité politique aux conséquences régionales. Autant qu’au Mexique, la Colombie traverse une crise de crédibilité de ses partis politiques traditionnels et de ses institutions, entachées par des scandales de corruption. 

Le Brésil

Le Brésil se trouvera en octobre face aux élections les plus imprévisibles depuis la chute de la dictature en 1989. Selon les enquêtes d’opinion, l’ex-Président Inácio Lula da Silva serait le préféré des électeurs pour diriger le pays à nouveau. Mais M. Da Silva se trouve dans l’impossibilité de se représenter, car il a été condamné en deuxième instance avec des charges de corruption. Ainsi le processus électoral est devenu une confrontation permanente entre M. Da Silva, son parti politique et les institutions du pays que l’ex-Président accuse d’être politisées (M. Da Silva avait deux choix : la prison ou la présidence). Cette confrontation vient s’ajouter à l’ambiance de profonde crise institutionnelle, politique et économique que traverse le pays après la destitution de la Présidente Dilma Rousseff en 2016 et qui a déclenché un mouvement de radicalisation des discours politiques. 

Donc, le PT (parti des travailleurs/centre gauche) de M. Da Silva et les autres candidats comme Jair Bolsonaro (candidat populiste d’extrême droite surnommé le « Trump brésilien ») essaient de capitaliser sur la colère populaire avec des positions à chaque fois plus démagogiques et dangereuses pour la continuité démocratique et la préservation de ce qui reste de la stabilité économique. Si l’on pensait que le Brésil (vraie puissance régionale) devait être la nation qui conduirait théoriquement l’Amérique du Sud vers un apaisement démocratique, un multiculturalisme assumé et une prospérité avec justice sociale, les perspectives régionales de cette crise institutionnelle ne pourraient pas être plus décourageantes.

En conclusion

L’Amérique latine n’est pas l’exception. 2018 s’annonce l’année de la volatilité géopolitique et du risque. Du Moyen-Orient à l’Europe en passant par les États-Unis, le signe du temps, c’est l’incertitude. Et parce qu’aucun expert et aucune étude ne peuvent prédire la direction exacte que la région prendra après cette année saturée de croisées électorales (et même existentielles) pour les Latino-Américains, 2018 pourrait marquer l’histoire comme le moment précis où l’on a à nouveau perdu le train du progrès.

Juan DUARTE
D’après Lesaffaires.com
Consultant chez 2Points Group

 
 

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