Présidentielles chiliennes

Victoire de Sebastián Piñera


Le retour de la droite au Chili : Sebastián Piñera remporte les élections présidentielles

La solide victoire (54 % des voix) du milliardaire Sebastián Piñera, dimanche 17 décembre au second tour des élections présidentielles au Chili, était prévisible. Même si on s’attendait à un scrutin plus serré, ce qui avait suscité dans les secteurs de gauche un timide espoir de l’emporter. Il est le premier président de droite à avoir gouverné le pays après la fin de la dictature en 2010. Il a donc battu son concurrent de centre-gauche Alejandro Guillier (45,43 %), un ancien journaliste soutenu par la coalition sortante, qui a reconnu une « défaite douloureuse ».

Photo : Sebastian Piñera/TN

Sebastian Piñera, dixième fortune du Chili, s’est notamment enrichi en développant le système des cartes de crédit dans le pays dans les années 80. Il prépare donc son retour au palais présidentiel de la Moneda depuis qu’il a quitté le pouvoir en 2014, laissant la place à la socialiste Michelle Bachelet. Cette élection renoue avec l’alternance politique entre ces deux gouvernants. Michelle Bachelet, qui termine son mandat en mars prochain, avait dirigé le pays entre 2006 et 2010.

En n’appelant pas explicitement à voter pour Alejandro Guillier, le Frente Amplio (la gauche insoumise chilienne) de Beatriz Sánchez a certainement démobilisé une partie de ses sympathisants. L’abstentionnisme fut historique. Les derniers sondages montraient les deux candidats Alejandro Guillier et Sebastian Piñera au coude-à-coude. Cela explique seulement en partie que le pays ait pu voter aussi massivement – plus de 54% – pour un conservateur qui n’a même pas l’avantage de la nouveauté, puisqu’il avait terminé son précédent mandat avec un indice de popularité très bas. Mais les explications sont diverses.

Ce changement politique confirme le tournant libéral de la région, amorcé par l’Argentine avec l’arrivée du conservateur Mauricio Macri à la Casa Rosada. Tous les pays d’Amérique du sud s’éloignent les uns après les autres de la gauche révolutionnaire ou sociale-démocrate. Le Chili le fait un an après son voisin argentin. La gauche régionale a trahi les espoirs des peuples, la corruption et l’ineptie des gouvernements du Honduras, de l’Équateur, du Pérou, secoués par une crise politique, sans parler de la gravissime situation du Venezuela, sont en train de créer un climat de crainte parmi les peuples de la région et parmi les classes moyennes chiliennes.

Sur le plan national au Chili, depuis le retour de la démocratie en 1989, c’est le centre gauche (démocratie chrétienne inclue) qui a dominé le paysage politique. La DC, qui a présenté son propre candidat, a essuyé un échec retentissant. Michelle Bachelet, qui a eu deux fois l’occasion de résoudre les problèmes du Chili, a déçu. Les Chiliens ont cru en Bachelet en 2013, parce qu’elle était considérée comme une personne honnête et capable de faire les réformes nécessaires, tout en maintenant la croissance économique. Elle avait promis la gratuité des études supérieures, un système de santé et de retraites plus juste. Or la santé, l’éducation supérieure et les retraites sont toujours aussi privées et les Chiliens endettés se battent difficilement pour s’en sortir. À la fin de son actuel mandat, elle a réussi des réformes emblématiques, sur l’avortement (limité) notamment.

L’ancien président Ricardo Lagos a fait une dure critique de la Nueva Mayoría après l’échec d’Alejandro Guillier dans une entrevue au journal espagnol El País. À propos des réformes lancées par Michelle Bachelet, il a regretté les erreurs sur la politique fiscale, la lenteur du parlement dans la loi sur l’éducation. Les gens se disent : « quatre ans sont passés et on est toujours au stade de la discussion ».

Aujourd’hui, le Chili initie un nouveau processus. La présidence n’aura pas la majorité législative donc elle devra savoir négocier avec la nouvelle opposition. Sebastian Piñera, conscient de ce handicap, a même modifié un peu son programme, promettant de développer la gratuité dans l’enseignement supérieur, alors qu’il s’y était opposé de nombreuses fois dans le passé. Il dit qu’il ne va supprimer les réformes de Bachelet mais qu’il insistera sur la croissance.

Piñera, un ingénieur diplômé d’un doctorat à Harvard, propose dans son programme de réduire les impôts des entreprises pour relancer la croissance, de lancer un plan pour l’inversion dans des nouvelles infrastructures et de créer 600 000 emplois. En fait, cette élection est la victoire de ceux qui souhaitent d’abord la croissance avant la justice sociale. La bonne nouvelle pour le futur président, c’est que le cuivre, dont le prix avait chuté, repart désormais à la hausse, laissant augurer une croissance économique bien meilleure que le 1,4 % de cette année.

Et enfin, la social-démocratie chilienne souffre de la même maladie mondiale, son modèle semble essoufflé. En ce qui concerne la présidente Bachelet, elle a confirmé l’envoi de son projet de Nouvelle Constitution, qui comprend aussi une nouvelle disposition sur la population indigène, avant la fin de son mandat.

Olga BARRY

 
 

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