POLITIQUE

Législatives argentines


Le 22 octobre prochain, élections législatives décisives en Argentine

Les Argentins se préparent à renouveler, le 22 octobre prochain,  un tiers de la Chambre de sénateurs et quasi la moitié de la Chambre de députés pour les périodes 2017-2027 et 2017-2021 respectivement.

Photo : Prensa Camara de Diputados

La situation sociale de l’Argentine, toujours en fragile équilibre malgré les espoirs suscités par l’élection à la présidence du parti Cambiemos (Changeons), a entraîné ainsi une forte bipolarisation du pays et d’une classe politique compromise dans la stratégie de développement proposée par les deux camps majoritaires.

Ces élections législatives revêtent donc un double intérêt tout particulier, surtout après les résultats inattendus des « élections Primaires, Ouvertes, Simultanées et Obligatoires » (Paso) qui ont eu lieu le 13 août dernier. Alors que le résultat des primaires devait renforcer le programme de reformes du président Mauricio Macri, la candidate du Frente para la Victoria marque incontestablement des points forts. En effet, le même soir, le scrutin provisoire donnait une marge de victoire d’environ six points à l’actuel président, mais grande a été la surprise lorsque, deux semaines plus tard, le scrutin officiel proclamait que l’ex-présidente et candidate de sénatrice Cristina Fernández de Kirchner avait gagné par 0,21 % des voix.

Nous assistons donc à un retour en force du mouvement kirchnériste, qui incarne le modèle populiste issu du péronisme, bien que pour beaucoup d’Argentins, l’ex-présidente évoque surtout une époque dépassée maculée de corruption et de gaspillage des richesses nationales. Pendant la campagne, Cristina Kirchner a dit aux citoyens que de leurs voix « dépendent la validation d’une démocratie précarisée, d’un état de droit très sévèrement détérioré… C’est pour cela que je vous propose de travailler pour les rêves, les espoirs, les illusions, le travail et les libertés, pour le droit et la démocratie. En synthèse compatriotes, pour la patrie, pour le peuple et par le peuple ». Certes, ces législatives suscitent beaucoup d’espoir, surtout pour Mme Kirchner, car une fois élue sénatrice, elle ne pourra pas être poursuivie en justice. Sur ce point, l’enquête menée par le juge Claudio Bonadio n’est pas négligeable, car il a récemment convoqué la candidate péroniste pour qu’elle s’exprime au sujet de la « cause AMIA association mutuelle israélite argentine : on soupçonne l’ex-présidente de complicité avec l’Iran lors de l’attentat du centre israélite de Buenos Aires le 18 juillet 1994.

Cristina Kirchner devra déclarer le 26 octobre, soit quatre jours après les législatives, à l’issue desquelles elle sera très certainement élue sénatrice, ce qui lui confère automatiquement l’immunité parlementaire. « Ce cas-là (sa relation avec le terrorisme iranien) est de loin le plus grave que n’importe quelle des autres causes de corruption qui pèsent sur Cristina », a déclaré Elisa Carrió, leader de Coalición Cívica et sa plus fervente opposante. « Cette fois, il s’agit de démontrer sa connivence avec un pays terroriste ayant pour but de commettre l’attentat contre la AMIA, et la mort d’un procureur (Alberto Nisman*) au milieu de tout ça. On pourra l’accuser de trahison à la patrie ». Et Carrió d’ajouter : « La pression internationale sera insoutenable si la justice annonce sa mise en examen, alors on pourra la priver de son immunité parlementaire. »

Entre temps, de la part du président Mauricio Macri, l’ambiance semble propice pour les candidats de Cambiemos. L’économie argentine a commencé à bouger dans le bon sens, au moins aux yeux du FMI, qui prévoit une croissance de 2,5 % pour l’année 2017, avec une inflation annuelle de 22, 3 %. Ce sont des chiffres encourageants, si l’on tient compte des 30 % d’inflation mensuelle qui ont ravagé l’Argentine pendant des très longues périodes de mauvaises gestions administratives alternées par des crises politiques majeures depuis des décennies.

En attendant le résultat des élections qui auront lieu le 22 octobre, on pourrait citer, dans ce contexte politico-judiciaire, un ancien ministre péroniste qui, dans les années 1990 avait déclaré : « Si l’on arrêtait de voler pendant deux ans, l’Argentine serait le pays le plus riche du monde. »

Eduardo UGOLINI

 * Le procureur Alberto Nisman a été retrouvé mort à son domicile le 18 janvier 2015, quelques jours avant de rendre publiques des informations très embarrassantes pour le clan kirchnériste : selon lui, l’ex-présidente avait fait signer un accord avec l’Iran afin de bloquer les demandes d’Interpol concernant les arrestations des terroristes iraniens impliqués dans l’explosion de l’AMIA.
 
 

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