Président du Parlement du Venezuela

Julio Borges en Europe


Tournée européenne de l’opposition vénézuélienne. Liliana Tintori, épouse de Leopold López, empêchée de quitter le pays

Julio Borges, président du Parlement du Venezuela et opposant au président Maduro, a été reçu à l’Élysée ce lundi 7 septembre au cours de sa tournée européenne.  Dans la soirée, Emmanuel Macron a publié un communiqué où il a commenté la situation vénézuélienne. Lilian Tintori, épouse de l’opposant historique Leopoldo López, a annoncé que les autorités de Caracas lui avaient confisqué son passeport pour l’empêcher de quitter le Venezuela.

Julio Borges, qui préside la seule institution vénézuélienne contrôlée par l’opposition, a l’intention d’exposer aux dirigeants européens qu’il doit rencontrer « la nécessité d’ouvrir l’aide humanitaire au Venezuela et l’urgence de parvenir à une solution pacifique à la crise sociale et institutionnelle »  que connaît le pays. Au programme des rencontres : le président français Emmanuel Macron ce lundi, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy ce mardi, la chancelière allemande Angela Merkel mercredi et, finalement, la Première ministre britannique Theresa May.

Le Venezuela vit une grave crise économique, politique et institutionnelle. Le président socialiste Nicolás Maduro, très impopulaire selon les sondages, vient d’être confronté pendant quatre mois à des manifestations en faveur de sa démission au cours desquelles au moins 125 personnes ont été tuées et 5000 personnes arrêtées. L’affaire Lilian Tintori  augmente les tensions : la militante Lilian Tintori, épouse de l’opposant historique Leopoldo López, a annoncé que les autorités de Caracas lui avaient confisqué son passeport pour l’empêcher de quitter le Venezuela et d’accompagner M. Borges en Europe. Paris, Madrid et Londres avaient alors protesté contre l’interdiction de sortie du territoire infligée à Mme Tintori. La crise politique vénézuélienne s’est encore approfondie avec l’élection, voulue par M. Maduro, d’une Assemblée constituante contrôlée par le pouvoir, dotée de pouvoirs presque illimités et qui s’est notamment arrogé les prérogatives du Parlement. Les pays européens qui figurent dans la tournée de M. Borges ont critiqué la mise en place de l’Assemblée constituante vénézuélienne, comme l’ont fait une dizaine de pays d’Amérique latine, les États-Unis et l’Union européenne.

Le président Macron a dernièrement qualifié de « dictature » le pouvoir du président Maduro. Le samedi 2 septembre, le soutien apporté à l’opposante Lilian Tintori par MM. Macron et Rajoy, qui ont protesté contre le fait qu’elle était empêchée de voyager, avait suscité une virulente réplique de Caracas. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza avait accusé M. Macron d’appliquer « le scénario de l’extrême droite européenne contre le Venezuela » et avait condamné une « ingérence » de M. Rajoy. Mme Tintori est accusée de corruption par les autorités vénézuéliennes depuis la découverte fin août dans une voiture lui appartenant d’une forte somme d’argent en liquide. Elle nie toute action illégale. Dimanche 3 septembre, c’est le Chili et la Grande-Bretagne qui ont subi la réprobation de Caracas. Le président du Parlement vénézuélien Julio Borges, opposant au président Nicolas Maduro, s’est félicité lundi du soutien apporté par la France, après avoir été reçu à l’Élysée par le président Emmanuel Macron. Emmanuel Macron « nous a communiqué le soutien total à l’Assemblée nationale que nous représentons, qui est reconnue comme légitime », a-t-il déclaré à l’issue de sa rencontre avec le président français.

Entretien avec Emmanuel Macron

Le président de la République s’est entretenu le 4 septembre 2017 avec une délégation de l’opposition vénézuélienne menée par le président de l’Assemblée nationale du Venezuela, M. Julio Borges. Cette première prise de contact s’est déroulée en l’absence de Lilian Tintori, interdite de sortie du territoire par les autorités vénézuéliennes. La rencontre a permis d’échanger sur la grave crise politique et humanitaire que traverse le pays. Le Président de la République a condamné les mesures de répression prises à l’égard de l’opposition et renouvelé son attachement au respect de l’État de droit et à la mise en place d’un processus démocratique sain au Venezuela. Il a ajouté qu’en l’absence de signal positif de la part du gouvernement à cet égard, la France était disposée à engager une réflexion européenne en vue de l’adoption de mesures visant les responsables de cette situation. Le Président de la République a également souhaité poursuivre les efforts actuels afin qu’une aide humanitaire puisse être apportée aux Vénézuéliens, premières victimes de cette crise. Enfin, le président de la République a rappelé la disposition de la France, avec les gouvernements d’Amérique latine et les partenaires européens, à accompagner toute initiative de nature à encourager le rétablissement d’un échange sincère entre les parties et pouvant contribuer au retour de la paix civile et de la démocratie au Venezuela *.

Pendant ce temps à Caracas et au Mexique 

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annulé sa participation à l’ouverture prévue lundi 11 septembre de la 36e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève . « Le président Maduro ne va pas s’adresser au Conseil des droits de l’homme. Le ministre Arreaza Montserrat devrait s’adresser au Conseil à sa place », a indiqué mardi un porte-parole de l’institution dans une note envoyée aux médias, sans plus d’explication. M. Maduro a annulé sa venue, prévue à Genève le 11 septembre, quelques heures seulement après l’annonce de sa visite. Il devait s’adresser aux représentants des 47 États membres du Conseil, comme il l’a déjà fait en novembre 2015. Le chef de l’État vénézuélien, qui était venu à Genève accompagné de sa femme, avait alors dénoncé à l’ONU le « harcèlement permanent » dont son pays était selon lui la victime, exigeant « le plus grand respect« . Le Venezuela fait partie du Conseil des droits de l’homme – les membres en sont élus par l’Assemblée générale – jusqu’en 2018.

Luisa Ortega, l’ex-procureure en fuite est arrivée au Mexique le 1er septembre, après s’être réfugiée en Colombie. Cette chaviste dissidente a été démise de ses fonctions le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante vénézuélienne acquise au président Maduro. Son époux le député German Ferrer accusé de corruption par Caracas  risquait d’être arrêté après que l’Assemblée constituante l’a privé de son immunité parlementaire. Ils ont fui leur pays pour chercher refuge en Colombie où ils sont arrivés mi-août, avant de se rendre au Brésil et au Costa Rica pour présenter des preuves contre le chef de l’État vénézuélien et chercher des soutiens. À Caracas, son successeur Tarek William Saab a accusé jeudi, lors d’une conférence de presse, Mme Ortega d’avoir couvert un détournement de fonds de 200 millions de dollars autour d’un contrat pétrolier en refusant d’ouvrir une enquête sur cette affaire. La famille de l’ancien ministre de la Défense vénézuélien Raúl Isaías Baduel, un allié devenu critique du défunt président Hugo Chávez et qui avait disparu depuis trois semaines, a annoncé qu’il était détenu par les services du renseignement à Caracas.

Catherine TRAULLÉ

  • Communiqué de l’Elysée
 
 

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