HORIZONS

Les dirigeants latinos


Tour de piste aux sommets des quelques gouvernements latino-américains

L’actualité américaine dans la « grande presse » européenne se résume aux États-Unis et au Venezuela. Pendant ce temps, les présidents des autres pays gouvernent sans attirer l’attention. Et pourtant, il s’est passé bien des choses en Amérique latine depuis notre dernier news hebdo du 27 juillet. Ci-dessous, un résumé de quelques informations de ce mois d’août.

Photo : France-24

Michel Temer est président du Brésil sans avoir recueilli un seul vote ; en Argentine, le président Mauricio Macri est cité dans les Panama Papers, un opposant mapuche a disparu et une dirigeante sociale est en prison depuis plus d’un an malgré les recommandations d’Amnesty et de la CIDH ; des proches de Juan Manuel Santos de Colombie sont impliqués dans le scandale Odebrecht-Lavage express ; 36 journalistes ont été assassinés pendant le mandat de Peña Nieto au Mexique ; Pedro Pablo Kuczynski du Pérou gouverne par  décrets (112 jusqu’à présent) ; au Chili, des pressions de la droite veulent que l’on libère les assassins de la dictature de Pinochet… Il est difficile dans la presse européenne de trouver des articles de première page sur ce que l’analyste politique Alfredo Mancilla appelle « l’Amérique invisible »… Nous essayons de pallier à ce manque d’informations.

Argentine : le président Mauricio Macri résiste aux difficultés

Plusieurs problèmes affligent le président Mauricio Macri. Lors d’une répression violente de la police contre des activistes mapuches, l’un d’entre eux a disparu depuis 15 jours. Santiago Maldonado a été observé par plusieurs témoins lorsque des policiers l’ont emmené vers une camionnette, mais la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, prétend que ce véhicule n’était pas présent sur le site. Or, il existe une vidéo qui prouve qu’il était bien là et que les policiers s’avançaient en criant « Feu ! Feu ! Escopette ! ». Amnesty et la CIDH (1) ont demandé au gouvernement de tout faire pour retrouver Maldonado. Une dirigeante sociale indigène, Milagro Sala, est toujours en prison « préventive » depuis deux ans à Jujuy. La CIDH, Amnesty et les Nations Unies ont demandé sa libération ou son procès maintenant. Le gouverneur de la province et le président Macri ont décidé d’ignorer les recommandations de la CIDH, ce qui est illégal car contre les traités internationaux signés par l’Argentine.

La situation économique n’est pas vraiment florissante non plus : les investissements étrangers (la grande promesse de Macri) sont tombés de 64 % selon la CEPAL (agence des Nations Unies), la fuite des capitaux (libérés par Macri) est massive et la pauvreté augmente rapidement. Selon des informations de l’Université de Buenos Aires, l’indice Gini qui mesure les inégalités dans la société (1 = égalité complète, 0 = inégalité complète) a beaucoup baissé passant de 0,53 sous les Kirchner à 0,44 depuis l’élection de 2015 ! Malgré une forte baisse de popularité, le président Macri s’en sort plutôt bien des primaires aux élections législatives du 22 octobre prochain. Sa principale opposante, Cristina Fernández de Kirchner a pourtant réalisé pour la province de Buenos Aires, un score presque identique à celui du candidat officiel Esteban Bullrich, ce qui annonce un retour en force à la politique de l’ancienne présidente. De plus, de nouveaux documents montrent que le président aurait très sous-évalué sa fortune personnelle.

Chili : la campagne pour les élections présidentielles et législatives a commencé

Les élections présidentielles et législatives auront lieu le 21 novembre prochain, second tour si nécessaire le 17 décembre. Le système binominal imposé par la Constitution pinochetiste de 1980 et profondément injuste (30 % des voix donnaient 50 % des sièges !), vient d’être modifié. Il y aura une mesure de proportionnelle, le nombre de députés passe de 120 à 150, celui des sénateurs de 38 à 50. Suite aux primaires de juillet dernier, plusieurs coalitions se disputeront la présidence. Les deux principales restent la Nueva Mayoría (Nouvelle majorité, NM, centre gauche) représentée par le journaliste Alejandro Guillier, et Cambiemos (Changeons, droite) dont le candidat est l’ancien président Sebastián Piñera. La candidate de la Démocratie chrétienne, Carolina Goic, estimant que la NM est « trop gauchisante », a décidé de la quitter et de se présenter seule, ce qui provoquera peut-être la victoire de la droite. Le Frente Amplio (gauche) sera représenté par Beatriz Sánchez. Il y aura aussi plusieurs candidatures indépendantes. Du côté positif, la présidente Michelle Bachelet a réussi à faire passer une loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse dans trois cas spécifiques, une promesse de campagne il y a 4 ans.

Brésil : La vérité sur Luis Inacio Lula da Silva

Pour Ricardo Amaral, ancien membre du cabinet du président Lula da Silva, « la condamnation de Lula est politique, une aberration juridique », car « elle n’est basée sur aucune preuve, ni sur la loi ni sur la vérité. La police a effectué des raids violents, confisqué des documents, des agendas, des téléphones, des ordinateurs et même les tablettes de ses petits-enfants ! Elle a violé les comptes bancaires de Lula et sa famille et intercepté ses communications téléphoniques » (2). Sans jamais trouver de comptes secrets, d’entreprises offshore ou de preuves qui le lient au scandale Petrobras. Le procureur Sergio Moro reconnait qu’il ne possède aucun élément de preuve, seulement « une conviction ». Le juge dénonce un crime de blanchiment d’argent dans une affaire où il n’y a pas eu de transaction financière !

Il est clair qu’il s’agit de « casser Lula » et de l’empêcher de participer aux élections de 2018 pour lesquelles il est largement porté vainqueur. Pour Afrano Silva Jardím, maître en Droit Processuel de l’Université de l’État de Rio de Janeiro (3), « Lula a été condamné pour avoir reçu ce qu’il n’a pas reçu et pour avoir blanchi l’argent qui ne lui a pas été donné ». On fait mieux comme preuves… Tout cela soutenu par un Congrès dont 40 % des membres ont été mis en examen… Réponse de Lula : « Il ne sert à rien d’en finir avec Lula. Le problème n’est pas Lula, ce sont les millions de Brésiliens qui n’acceptent pas le retour en arrière » des politiques sociales.

Brésil : la vérité sur le président Michel Temer

Le procureur général Rodrigo Janot a ouvert deux procédures contre le président Michel Temer : pour obstruction à la justice et association illicite. Temer venait d’échapper à une autre procédure pour corruption de députés grâce au vote de ces mêmes députés. Après la confession de Joesley Batista, propriétaire de la plus grande entreprise frigorifique du Brésil, le procureur avait accusé Temer de corruption passive : « Un politique qui est un délinquant n’est pas un politique, c’est un délinquant » ! Mais les « alliés » de Temer l’avaient sauvé. Contre-attaque de Temer : il veut virer Janot « parce qu’il porte atteinte au Brésil ». Pour la justice, les « révélations » d’accusés pour corruption ne sont pas des preuves. Ce sont des déclarations destinées à diminuer leurs peines de prison. Mais si c’est valable pour Michel Temer, pourquoi ne le serait-ce pas pour Lula considéré coupable sur les seules déclarations d’hommes mis en examen. Où sont les preuves ?

Guatemala : le président Jimmy Morales appliquera la peine de mort

Le 15 août, l’Hôpital Roosevelt de la capitale était attaqué par des membres de la Mara Salvatrucha venus délivrer un des leurs. Ils laissèrent derrière eux 7 morts et une douzaine de blessés. Les Maras sont ces groupes de jeunes extrêmement violents qui sévissent dans plusieurs pays d’Amérique centrale. Répondant aux demandes d’application de la peine de mort pour ces assassinats, le président Jimmy Morales a déclaré que « puisque la peine de mort est une mesure contemplée par la Constitution, il respectera la décision de la justice si celle-ci condamne quelqu’un à cette peine ». La peine de mort est prévue par l’article 18 de la Constitution et seul un vote du Congrès peut l’abolir.

Pérou : des présidents accusés de corruption en prison ou en exil

Les déclarations de Marcelo Odebrecht, propriétaire de la firme brésilienne du même nom, relatives aux pots-de-vin distribués dans toute l’Amérique latine en échange de contrats juteux ou au titre de soutien aux campagnes électorales, touchent aussi les ex-présidents péruviens Alan García, Alejandro Toledo et Ollanta Humala, sans oublier la candidate à la présidence, Keiko Fujimori. Étrangement, seuls Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été mis en « détention provisoire pour 18 mois » en attendant les résultats de l’enquête. Toledo est aux États-Unis, García et Fujimori ne sont pas inquiétés… D’autre part, le président actuel, Pedro Pablo Kuczynski subit de fortes pressions pour qu’il libère l’ex-dictateur Alberto Fujimori « pour raisons médicales ». Les organisations de défense des droits humains rappellent qu’une condamnation pour crimes contre l’humanité ne peut être amnistiée. Le président hésite car le fujimorisme est très puissant et son gouvernement plutôt faible…

Colombie : toujours les pots-de-vin d’Odebrecht – la justice souhaite entendre le président Juan Manuel Santos

La justice colombienne souhaite entendre le président Juan Manuel Santos et plusieurs anciens et actuels ministres pour une affaire de corruption liée au procès Odebrecht du Brésil. Cette société aurait remis d’importantes sommes d’argent à plusieurs ministres ou autorités colombiennes pour bénéficier de contrats pour la construction d’une route. Marcelo Odebrecht aurait également donné de l’argent illégal à l’actuel président Santos pour sa campagne de réélection en 2014. Oscar Iván Zuluaga, candidat présidentiel à l’époque est également dans le viseur de la justice.

Paraguay : manœuvres militaires avec les États-Unis

Le Commando Sud des États-Unis, créé pour « travailler » sur l’Amérique latine, propose des formations pour les nations alliées des États-Unis. Les exercices militaires conjoints sont le moyen pour le pays du nord de rappeler au Sud qui commande ! « Fuerzas Comando 2017 » est le titre des exercices militaires qui se déroulent au Paraguay sous la direction du Commando Sud des États-Unis dans lesquels les deux pays seraient sur un pied d’égalité. Défense de rire… Au programme : « équipes d’assaut combinées, installation de troupes à Cerritos (dont la population est indigène donc dangereuse mais surtout dans une zone de puits de pétrole), francs-tireurs et combats en zone urbaine » (4). 18 pays participent aux manœuvres. Pour se défendre de qui, ce n’est pas clair. Le seul pays américain qui ait jamais envahi un autre sont… les États-Unis qui ont souvent envahi des pays américains…

Jac FORTON

(1) CIDH : Commission interaméricaine des droits humains.  (2) Dans un article publié par ALAI le 14 août 2017.  (3) Cité dans le même article qu’en (2).  (4) Voir un article de Abel Irala sur ALAI du 17 juillet 2017 et sur www.southcom.mil.
 
 

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