CINÉMA

24e festival de Biarritz


Festival de Biarritz 2015 : une édition particulièrement réussie

Le 24e festival de cinéma Biarritz Amérique Latine s’est terminé samedi soir en dévoilant son palmarès. Une 24e édition particulièrement réussie puisque que la manifestation a été un immense succès public et professionnel grâce à l’accueil très chaleureux de l’équipe du festival

Nouveauté cette année : la diffusion de courts-métrages avant chaque séance a été remplacée par un débat ultérieur. Le jury pour la catégorie longs métrages était composé de l’écrivain argentin Alan Pauls, du chanteur Bernard Lavilliers, de la cinéaste Sophie Barthes, de la comédienne Sophie Duez, du producteur Philip Boëffard et du distributeur de films Étienne Ollagnier.

Les grands vainqueurs

Le grand prix a été décerné à Ixcanul-Volcan, le premier film déjà multi primé du Guatémaltèque Jayro Bustamante. Nous publions d’ailleurs un entretien avec le réalisateur dans le n°285-286 d’Espaces Latinos. Ixcanul raconte l’histoire d’une jeune maya de 17 ans qui vit avec sa famille dans une plantation au pied d’un volcan en activité. Un mariage arrangé l’attend mais elle voudrait partir aux États-Unis avec son amoureux. Or, celui-ci s’en va seul et l’abandonne, enceinte. Piqué par un serpent, elle est conduite à l’hôpital où elle accouche prématurément, mais n’arrive pas à voir son bébé. Tourné dans de magnifiques décors et parfaitement interprété par des acteurs pour la plupart non professionnels, ce film est une véritable réussite qui sortira en novembre.

Le prix du jury revient au Mexicain Rodrigo Plá pour Un monstro de mil cabezas. Désespérant d’obtenir le traitement médical qui pourrait sauver la vie de son mari, Sonia Bonet part en lutte contre sa compagnie d’assurance aussi négligente que corrompue. Elle et son fils se retrouvent alors pris dans une vertigineuse spirale de violence… Rodrigo Plá est également le réalisateur du magnifique La zona sur un quartier hyper protégé de Mexico. Ici, il continue à parler des classes moyennes et de l’engrenage de la violence à travers le portrait d’une femme ordinaire de la bourgeoisie. À nouveau, un très beau film.

Le prix d’interprétation féminine a été décerné à Dolores Fonzi pour son rôle très riche dans Paulina, second film de l’Argentin Santiago Mitre. Paulina, une jeune femme, décide de renoncer à une brillante carrière d’avocate pour se consacrer à l’enseignement dans une région défavorisée d’Argentine. Confrontée à un environnement hostile, elle s’accroche pourtant à sa mission pédagogique, seule garante à ses yeux d’un réel engagement politique, quitte à y sacrifier son petit ami et la confiance de son juge de père. Peu de temps après son arrivée, elle est violemment agressée par une bande de jeunes… Un beau portrait de femme et une réflexion très intéressante sur la justice.

Le prix d’interprétation masculine est allé à Luis Silva pour son rôle très particulier dans le film de Lorenzo Vigas, Desde allá (Venezuela/Mexique) qui vient de gagner le Lion d’or à Venise. Armando, un homme aisé d’âge mûr (Alfredo Castro, toujours remarquable), racole de jeunes garçons en échange d’argent. Il ne veut pas les toucher, seulement les regarder à distance. La première rencontre d’Armando avec Elder, un jeune garçon de la rue, est violente mais n’atténue pas la fascination qu’il porte pour ce rude et bel adolescent. Naît alors entre eux une intimité déroutante. L’intrigue et l’interprétation sont intéressantes bien qu’il manque une certaine humanité aux personnages. Le public, quant à lui, a choisi de récompenser La dictatura perfecta, long-métrage réalisé par Luis Estrada, une comédie extrêmement drôle sur le pouvoir politique, le pouvoir de la télévision et la corruption tout azimut au Mexique.

Sans oublier…

La compétition était d’un haut niveau, il est cependant dommage que le jury n’ait pas signalé l’interprétation remarquable de l’enfant soldat d’Alias Mariá, réalisé par le Colombien José Luis Rugeles Gracia ou encore celle des petites filles gardiennes de moutons dans La casa más grande del mundo d’Ana Bojórquez et de Luca Carreras (Guatemala/Mexique). Signalons également le film péruvien Magallanes de Salvador de Solar où le protagoniste, ancien soldat de l’armée, reconnaît une jeune femme indienne qu’il avait séquestré pour un général (Fernando Luppi) durant la guerre contre le sentier lumineux. Le ciel du Centaure marque quant à lui le retour d’Hugo Santiago à Buenos Aires, 45 ans après Invasion, histoire d’un ingénieur de la marine qui, à l’occasion d’une escale, doit remettre un paquet et se voit soudainement mêlé dans le labyrinthe de la ville à une étrange histoire de faussaires, de phénix et de bandits extravagants.

Hors compétition était projeté El Club, le dernier chef-d’œuvre du Chilien Pablo Larraín sur une communauté de prêtres mis en retraite et en pénitence par l’Église dans une petite ville côtière et perturbés par l’arrivée d’un nouveau pensionnaire. Notons aussi la reprise de L’Histoire Officielle, chef-d’œuvre de l’Argentin Luis Puenzo datant de 1985 et premier film à parler des enfants enlevés sous la dictature et élevés dans des familles de militaires. Luis Puenzo présentera la version restaurée de son film au festival Lumière de Lyon.

Côté documentaires

Du côté des documentaires, le jury, présidé par Laure Adler, a remis l’Abrazo du meilleur documentaire à Invasion d’Abner Benaim, film sur la mémoire collective du peuple du Panamá. L’invasion par les États-Unis en 1989 sert ici de prétexte pour explorer les souvenirs de ces personnes dont la vie a été bouleversée. Le public, quant à lui, a particulièrement apprécié La once du Chilien Maite Alberdi qui raconte les causeries autour du thé de cinq vieilles dames qui se remémorent leur histoire commune et s’efforcent de prouver qu’elles sont encore à la page oubliant, pour un temps, les maux de la vieillesse, le tout en commentant avec ferveur l’actualité. Dans cette sélection se trouvait également le dernier film de Patricio Guzmán, Le bouton de nacre (Chili). Après Nostalgie de la lumière, le réalisateur s’intéresse cette fois à l’eau à travers la parole des indigènes de Patagonie, les récits des premiers navigateurs anglais et des prisonniers politiques. Sans doute son plus beau film.

Courts métrages distingués

Enfin, en ce qui concerne les courts métrages, le jury présidé par Aurélie Chesné, conseillère des programmes courts à France Télévision, a choisi O bom comportamento de la Brésilienne Eva Randolph, récit sur une jeune fille de 17 ans qui a du mal à s’acclimater dans un camp de vacances sans confort. Mention spéciale pour Domingo de Raúl López Echeverría (Mexique), court métrage autour d’un journaliste sportif qui aimerait bien travailler pour la télévision. Ont été également primé Las cosas simples d’Álvaro Anguita (Chili), portrait d’une jeune femme qui vit avec sa mère atteinte d’Alzheimer. Le jury jeune court métrage a choisi Echo chamber du Colombien Guillermo Moncayo – également sélectionné pour l’édition 2015 de Documental qui se tiendra en novembre prochain à Lyon – sur une annonce de tempête tropicale, le long d’une voie ferrée.

Il convient d’ajouter que Les Cahiers du cinéma présentaient cette année un focus sur le cinéma équatorien en une dizaine de films pratiquement inconnus chez nous. À cette occasion, Pierre Carles a présenté ses deux films, Opération Correa, à l’occasion d’une journée sur l’Équateur de Rafael Correa. Du côté des écrivains, les deux invités étaient Alan Pauls et Luis Sepúlveda. Et comme chaque année, le village était très vivant grâce à des animations nocturnes chaque soir, notamment un très beau concert de la violoncelliste Ophélie Gaillard qui accompagnait Toquinho, chanteur et compositeur, que l’on connaît comme le guitariste de Vincius de Moraes. En somme, une très belle édition.

Alain LIATARD

 

 

 
 

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