Vient de paraître

Pablo Casacuberta


« Scipion » de l’écrivain urugayen Pablo Casacuberta

Mon Dieu, qu’il est difficile pour ce pauvre Aníbal, le héros et narrateur de ce Scipion, de savoir, à 38 ans, qui il est vraiment ! Il faut bien dire que les apparences sont contre lui : timoré, paranoïaque, passablement alcoolique, ce fils d’un brillant universitaire semble avoir tout raté. Le plus grave, c’est qu’il a été incapable de réaliser les grandes espérances déposées en lui par son professeur de père, qui à présent repose dans la Rotonde des Hommes Célèbres. Le roman va délicatement fissurer ce tableau trop net pour être vrai.

La première scène montre Aníbal, adolescent de 38 ans, comme il se présente lui-même, entrant dans la maison qu’a occupée son père avant de mourir. Il a été rejeté par la société, mais surtout par sa maigre famille : un père, décédé et une sœur qui vit en Allemagne. Cette visite d’une maison abandonnée depuis des années déclenche une série d’aventures qui font de ce récit un véritable roman d’initiation (à 38 ans !).

Le récit est assez trompeur, au meilleur sens du mot : on se laisse emporter avec plaisir par une histoire linéaire et drôle, et soudain on se rend compte de la richesse de ce qu’il sous-tend : sous l’humour, qui est partout, perle la profondeur : la folie, apparente ou réelle, et donc aussi la sagesse, la paternité, assumée ou non, et donc la filiation, l’hérédité.

À cela s’ajoute beaucoup de sensibilité : hommes et femmes, malgré leur réalité assez peu reluisante, sont dignes de pitié et même d’affection. Et puis, surtout, ce roman contient également une magnifique auto-analyse, sévère, distanciée et irrésistible, faite d’un comique froid qui est probablement la principale caractéristique de Scipion.

On peut sans hésiter qualifier le style de brillant : la culture classique, grecque, est distillée avec énormément de doigté et d’élégance, à l’opposé de tout pédantisme, ce qui donne un joli mariage d’expression classique, celle que parlent parfois les profs de latin et de grec sans s’en rendre toujours compte, et de second degré assumé : un vrai régal pour le lecteur. Cela ressemble à une rencontre inopinée entre Bioy Casares et Nabokov.

Pablo Casacuberta est à ce jour l’auteur de cinq romans qui font déjà figure de référence dans toute l’Amérique de langue espagnole, il est aussi plasticien et cinéaste. On pourra le rencontrer à Paris mi-janvier, pour la publication de son premier roman traduit en français.

Christian ROINAT

Scipion, de Pablo Casacuberta traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, Éd. Métailié, 262 p., 18 €.
Escipión, Pablo Casacuberta en espagnol , 451 Editores, Zaragoza.
 
 

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