CANNES 2014

Le cinéma latino


Le cinéma latino à Cannes 2014  

Ça y est, ils ont tous monté les marches quitte à redescendre aussitôt par les sorties de secours. Le palmarès concocté par le jury de Jane Campion n’a pas primé les habitués du festival comme Mike Leigh et Ken Loach, ou les frères Dardenne. Seul l’ancêtre Jean-Luc Godard, 83 ans, avec Adieu au langage, un magnifique film expérimental en 3D, obtient le prix du Jury associé au plus jeune cinéaste, le québécois  Xavier Dolan, 25 ans, l’auteur de Mommy. La Palme d’or revient au film le plus long de la sélection,Winter sleep (3 h 16) du turc Nuri Bigle Ceylan dont la sortie est annoncée pour fin août.

* Photo : film Winter sleep de Nuri Bigle Ceylan

Côté latino, je vous ai dit la semaine dernière combien  l’humour et la drôlerie du film à sketches argentin Relatos Salvajes de Damián Szifrón avait enchanté les spectateurs, et moins la critique. La sortie est prévue à l’automne. Un autre film argentin a été remarqué dans la section officielle Un certain Regard, Jauja de Lisandro Alonso, qui se déroule à la fin du 19ème siècle quand un ingénieur danois vient dans le sud argentin comme ingénieur militaire en compagnie de sa fille de 15 ans. Celle-ci s’enfuira avec un jeune soldat et le père partira à sa poursuite. La plus grande partie du film est cette recherche filmée presque toute en plan fixe dans de magnifiques paysages, avant de rencontrer une vielle femme et son chien dans une grotte. Évidemment ce n’est pas une œuvre  très facile, mais l’on se fait hypnotiser par l’interprétation de Viggo Mortensen. Le film a obtenu le prix de la presse internationale.

Gente de bien du Colombien Franco Lolli, 30 ans, qui a fait ses études de cinéma en France, est un premier film proposé à la Semaine de la critique. Un père récupère son fils d’une dizaine d’année car la mère est obligée de partir. Ils ne se connaissent presque pas. Le père vit chichement dans un taudis et travaille comme ébéniste chez les riches. Sa patronne leur propose de venir passer les fêtes de fin d’année à la campagne. Alors apparaissent le racisme et les rapports de classe entre les enfants. Le film est très bien construit et pose de vrais problèmes.

Enfin le meilleur film latino des sélections cannoises est sans aucun doute le film argentin de Diego Lerman, Refugiado, connu pour ses très beaux films Tan de repente, Mientras tanto e tLa mirada invisible (2010). Laura, enceinte, est battue par son mari violent. Elle s’enfuit d’un centre d’hébergement avec son fils Matias, 8 ans, à la recherche d’un endroit où ils pourraient se sentir protégés et en sécurité. Matias regrette ses jouets, et la fuite est difficile. La caméra, respectueuse, interpose presque constamment quelque chose entre elle et l’intimité des personnages comme  un grillage, une vitre, un rayon de soleil…. Lerman saisit en particulier la terreur qui ne quitte Laura que quand elle essaie tant bien que mal de rendre un peu d’amour à son enfant. Mais le film suit aussi le regard de l’enfant durant ce drame. Chez sa grand-mère dans le delta du fleuve El Tigre, il pousse un grand cri !

Enfin nous avons pu voir le documentaire, Le sel de la terre de Wim Wenders et de Juliano Ribeiro Salgado sur le père de ce dernier, le photographe brésilien Sebastião Salgado. Depuis une quarantaine d’année, il photographie les travailleurs, les conflits comme celui du Rwanda, les famines, l’exode, les paysans sans terre, etc. Et toujours en noir et blanc. Son fils Juliano a filmé les dernières expéditions en couleurs, et Wenders, lui-même photographe,  interroge l’artiste derrière une vitre où est projetée la photo. Son dernier album est consacré depuis 8 ans à la beauté de la nature. À découvrir absolument.

Le jury du court-métrage présidé par Abbas Kiarostami a remis sa Palme d’Or à Leidi du Colombien Simon Meisa Soto qui raconte en 15 minutes la quête de Leili pour retrouver son fiancé, Alexis. Voici un jeune cinéaste de 27 ans à suivre. Le cru 2014 du festival a montré de bons films, beaucoup tournés envers la famille ou les problèmes sociaux de notre époque, car la crise n’était pas absente à la Croisette.

Alain LIATARD

 

 

 
 

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