« La fille condor » du Bolivien Àlvaro Olmos Torrico en salle du 19 août prochain

Depuis la communauté subit la mort mystérieuse d’animaux et des récoltes, les villageois attribuent cette punition au départ de Clara. Sa mère décide de la retrouver. Dès les premières images, la mise en scène affirme une ambition esthétique claire : les corps et les voix appartiennent à un territoire, celui des Andes boliviennes, qui ne servent pas de simple décor, mais de lieu protecteur, celui des ancêtres et de la communauté. Les plans larges, la lumière naturelle et la lenteur assumée du rythme composent un espace sensoriel où le temps semble flexible.

L’approche contemplative est assumée, et selon la critique, rapproche le film d’un certain cinéma d’observation : le spectateur est invité à écouter les paroles autant que les silences. La singularité de l’œuvre tient aussi à son ancrage linguistique et culturel. Tourné en quechua et en espagnol, le film donne à voir des pratiques et des savoirs rarement représentés à l’écran avec une telle précision.

En Bolivie, les doualas accompagnent les femmes pendant la grossesse et l’accouchement. Elles offrent un soutien émotionnel, physique, sans actes médicaux. Elles perpétuent les savoirs traditionnels andins, facilitent le dialogue avec le personnel de santé et défendent les droits des mères. Leur présence réduit l’anxiété et facilite les naissances. Par ailleurs, le condor est messager entre ciel et terre. Il symbolise la protection, l’élévation et guidance. 

La douala, de son côté, accompagne la femme dans le passage de la naissance, moment ténu entre deux mondes. Tous deux incarnent la médiation et le soin : le condor relie les plans spirituels comme la doula relie la mère et l’enfant. Le son joue un rôle déterminant. Les chants, les bruissements du vent, mais aussi les sons plus contemporains comme celui d’une radio ou les bruits de la ville participent de la dramaturgie. La voix devient un motif central : voix héritée, voix désirée, voix empêchée parfois. Clara, la jeune femme que nous suivons dans le film, porte cette thématique ; elle apprécie autant les chants des doualas que les chansons pop. Un très beau film à découvrir dès le 19 août.