Exposition de l’Argentin Leandro Erlich au Grand Palais à Paris du 2 juin au 6 septembre 2026

Croyez-vous-en ce que vous voyez ? Après avoir séduit des millions de visiteurs à Tokyo, Miami et Milan, une exposition consacrée à Leandro Erlich arrive pour la première fois en France au Grand Palais. D’une œuvre à l’autre, les perspectives se déplacent, les architectures se dérèglent et la réalité se transforme sous vos yeux. Habitué des installations spectaculaires dans l’espace public, Leandro Erlich explore les mécanismes de la perception. À la croisée de l’installation, de la sculpture et de l’architecture, ses œuvres immersives, conçues à l’échelle humaine, prennent la forme de dispositifs que vous activez par votre présence. En circulant et en observant, chacun participe à l’expérience. 

L’artiste s’appuie sur des procédés empruntés à la prestidigitation et au trompe-l’œil : miroirs, faux-semblants, jeux d’échelle et de perspective. À partir d’éléments du quotidien, il crée des situations qui troublent les repères et transforment la relation à l’espace. Imaginée avec le commissaire Fabrice Bousteau, l’exposition se déploie comme un parcours progressif composé de quatorze installations monumentales et iconiques : bateaux en lévitation, nuages en apesanteur, architectures modernistes transformées en labyrinthes infinis, ou encore un immeuble haussmannien basculé à l’horizontale que l’on peut escalader. 

Conçues spécialement pour cette rétrospective, plusieurs installations jouent sur l’inversion du point de vue. Ainsi ce qui s’observe de l’extérieur se transforme une fois à l’intérieur. Les perspectives se déplacent, les repères vacillent. Ponctué de références artistiques, littéraires et architecturales, le parcours retrace aussi la trajectoire de l’artiste et interroge notre manière de percevoir le réel.

« Est-ce que l’on croit ce que l’on voit ou est-ce que l’on voit ce que l’on croit ? ». Pour Fabrice Bousteau, le commissaire de l’exposition, cette interrogation est au cœur de l’œuvre de Leandro Erlich. Né à Buenos Aires, l’artiste argentin est devenu célèbre en révélant sa Swimming Pool à la biennale de Venise 2001. Pour la première fois, la France accueille, dans le Grand Palais rénové, une rétrospective entièrement consacrée à Leandro Erlich. Ce fut une tâche complexe, nécessitant un an de travail et l’aide de la société Arthemisia. L’exposition interroge les relations entre la réalité, sa perception, sa représentation. Leandro Erlich part d’une réalité souvent quotidienne, mais il la distord, il la subvertit, provoquant notre étonnement, notre déstabilisation peut-être.

La visite débute par un long couloir noir, l’obscurité est presque totale en arrivant à Port of Reflections (2014). Des barques aux couleurs chatoyantes flottent sur une eau noire, elles paraissent éclairées par un clair de lune. L’installation est poétique, fascinante, nous voyons les bateaux osciller légèrement, nous entendons le clapotis de l’eau. Mais existe-t ’elle vraiment ? Laissons le visiteur découvrir le mystère. La marche reprend dans ce couloir obscur et en arrivant à la lumière nous sommes face à trois nuages d’un blanc parfaitement pur. The Cloud est une œuvre célèbre de Leandro Erlich. Les nuages flottent dans leurs vitrines, leur légèreté est presqu’ irréelle. Grâce à un jeu savant de miroirs, l’illusion est totale. Surprenant encore lorsque le visiteur se trouve devant deux fenêtres aux stores vénitiens entrouverts. En face, un immeuble aux fenêtres toutes éclairées et nous découvrons, un peu voyeurs, la vie quotidienne des habitants de la capitale argentine.

Pour gagner le deuxième étage, mieux vaut prendre l’escalier, la montée sera étonnante ! La « Documentation Room » relate l’œuvre de Leandro Erlich avec 41 maquettes ou représentations photographiques. Le visiteur pourra aussi y lire une biographie résumée de l’artiste et découvrir ses installations les plus célèbres comme plusieurs versions de Swimming Pool. Un grand tableau rassemble 16 photographies de bâtiments dans le monde entier. Les façades habitées par des acrobates en apesanteur sont devenues iconiques. Leandro Erlich est un artiste engagé. L’obélisque est le monument emblématique de Buenos Aires. En 1994, à 24 ans il imagine, pour la ville, un deuxième obélisque qui serait érigé à la « Boca », un quartier ouvrier. Il devait être en métal, en référence aux bateaux des immigrants. Le projet n’aboutit pas mais nous pouvons en voir une maquette sans la pointe qui, en 2025, sera déposée, malicieusement, devant le musée d’Art Contemporain de la ville. Elle y restera. La maison Pulled by the Roots (tirée par les racines) est une métaphore du déracinement des migrants. Elle date de 2015, l’année de l’arrivée de nombreux réfugiés syriens en Europe. La maison fond a été installée devant la Gare du Nord de 2015 à 2021. Son socle se répand, coule sur le sol comme s’étalerait un gâteau sous l’effet de la chaleur. Cette allégorie du changement climatique a été créée pour la conférence de Paris sur le climat. Le symbole est fort ! Dans Concrete Coral 22 voitures recouvertes de sable s’enfoncent sur une plage alors qu’à coté une autre voiture s’est, elle, transformée en corail !

En quittant la « Documentation Room » nous retrouvons les installations de grande taille. Face à nous Window and ladder, une longue échelle s’élève vers une fenêtre qui donne sur le vide. Too late for help ! Tout l’humour de Leandro Erlich est là. Le visiteur sera dérouté par Staircase, un escalier grandeur nature pivoté à 90° et multiplié à l’infini par un jeu de miroirs. Il sera intrigué et amusé par Changing Room, une coquette cabine d’essayage avec dorures et rideaux rouges mais peu recommandable ! Elle se démultiplie aussi à l’infini et les cabines sont ouvertes à tout vent. Quelle intimité ! L’exposition se termine par le Bâtiment conçu pour la Nuit blanche à Paris en 2004. L’installation est au sol et son image se projette verticalement grâce à un miroir incliné à 45°. Les visiteurs peuvent y marcher, s’asseoir, s’allonger et ils apparaissent sur la façade dans des postures improbables. Ils participent à l’œuvre et deviennent «spectacteurs », pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Les créations de Leandro Erlich nous interrogent sur notre perception de la réalité. Nous vivons tous un peu dans « une caverne de Platon » et l’exposition nous rappelle la subjectivité de nos représentations du réel. Mais il faut aussi prendre les œuvres pour ce qu’elles sont : elles sont belles, ludiques, souvent drôles et cette exposition est vraiment réjouissante.