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novembre 2019

Elections présidentielles : Le suspens continue en Uruguay après le second tour

C’est un processus électoral à rallonge en Uruguay, le deuxième tour de l’élection présidentielle n’a pas réussi à départager les deux candidats en lice. Étant donné le peu de différences de voix entre les deux participants, les votes devront être recomptés, un processus qui pourrait durer jusqu’à jeudi prochain.

Photo : TRVI Espagne

Le duel entre Daniel Martínez (Frente Amplio) et Luis Lacalle Pou (emmenant une coalition des droites) joue les prolongations. Annoncé vainqueur par de nombreux sondages, Lacalle Pou n’a pas réussi à se démarquer suffisamment pour que sa victoire soit annoncée dimanche. Le candidat pouvait pourtant compter sur un large soutien des autres partis politiques alors que le Frente amplio, au pouvoir depuis 15 ans dans le pays, faisait cavalier seul.  

Selon les commentateurs, ce revirement de situation s’explique par le vote des Uruguayens à l’étranger qui ont massivement participé au scrutin mais aussi au scandale provoqué par une vidéo montrant le général Manini Ríos, du parti Cabildo Abierto et soutien de Lacalle Pou, en train de convaincre les soldats de voter pour sa coalition. La victoire du candidat de gauche, Alberto Fernández, en Argentine, il y a quelques semaines, termine d’expliquer les raisons de ce changement de cap chez les votants.  

La légendaire stabilité institutionnelle du petit pays d’Amérique latine est donc mise à mal. Bien que les deux partis en lice aient accepté le recomptage des urnes, on peut craindre des débordements lors de l’annonce des résultats définitifs. C’est une société polarisée, au sein de laquelle aucun des deux candidats ne fait l’unanimité, que devra diriger le futur président de l’Uruguay.  C’est d’ores et déjà une petite victoire pour le Frente amplio qui s’attendait à devoir digérer une lourde défaite et qui se voit aujourd’hui accorder un bref sursis… 

Romain DROOG

« Sur la route des extrêmes – Une traversée de l’Amérique du Sud » par Alfred de Montesquiou, présenté par Arte éditions et Gallimard Voyages

L’auteur est journaliste. Correspondant pour Associated Press puis Paris-Match, il a couvert la plupart des grands conflits du Moyen-Orient. Il a obtenu le prix Albert Londres 2012 pour son travail sur la chute du colonel Kadhafi en Libye. Une traversée de l’Amérique du Sud – De l’Argentine à l’Équateur en passant par la Bolivie ou le Brésil, une aventure humaine et écologique est son dernier ouvrage. Nous vous présentons ici l’introduction de l’auteur à son dernier ouvrage et nous remercions Arte Magazine et les éditions Gallimard de leur autorisation. 

LUCHANDO E LA VICTORIA

Photo : Gallimard et

Ce livre est une enquête écologique. C’est une traversée de l’Amérique du Sud qui vise à explorer l’avenir. L’eau, la montagne, le désert… chaque voyage vers un biotope singulier y est pris comme la variante d’un scénario d’évolution possible de notre planète. Car les extrêmes de la Terre ne racontent pas seulement les marges du monde habité. Bombardements d’UV, tempêtes inhumaines, air raréfié, inondations massives : c’est aussi l’avenir d’une planète en crise qu’ils peuvent nous aider à comprendre.

Ces défis ne sont pas des fables alarmistes de futurologues ou d’experts climatiques. Ce sont des phénomènes actuels, courants, que je suis allé observer de mes yeux. L’Amérique du Sud est en effet le continent des extrêmes et celui des plus radicales variations de biotopes. Il abrite la plus vaste forêt au monde, le plus grand fleuve, la chaîne de montagnes la plus longue, mais aussi le désert le plus sec et la terre la plus australe… Avec mes camarades de voyage, j’ai parcouru ce continent de l’équateur au cap Horn, en passant par l’Amazonie, le désert d’Atacama et une bonne partie des Andes afin de réaliser une série documentaire pour Arte.

À chaque étape, nous avons pris comme fil rouge un écosystème, en cherchant à l’explorer dans sa logique la plus extrême. Ces territoires sont toujours les plus fragiles, donc les plus vulnérables aux aléas du changement climatique. Les parcourir aujourd’hui est une manière de sonder ce à quoi pourra ressembler notre avenir si nous laissons l’environnement s’effondrer. À chaque étape de notre voyage, la problématique était locale mais les enjeux mondiaux, illustrant l’interconnexion du climat terrestre et l’urgence des signaux qu’il émet.

Le récit de ce voyage vise à décrypter comment l’homme s’adapte aux défis du milieu et comment en retour il façonne les écosystèmes. Pour le pire, mais aussi parfois pour le meilleur. C’est d’ailleurs la grande leçon de cette exploration : non pas seulement un reportage à travers la misère d’un continent pour en constater les dégâts mais aussi, à sa manière, un voyage initiatique.

L’écologie n’est pas qu’une science abstraite, un débat de chiffres et d’experts qui se répètent de sommets internationaux en promesses creuses. C’est aussi une aventure humaine, au contact quotidien de la nature, empreinte de modestie. Ils sont nombreux, à travers l’Amérique du Sud, à se souvenir encore que l’homme demeure un animal comme les autres, incapable de vivre s’il détruit l’univers qui l’a vu naître.

Nous façonnons le monde par la force de notre intelligence. Nous avons pensé le progrès, l’avons mis en œuvre. Ce progrès matériel a permis aux hommes de prospérer jusqu’à compter plus de 7 milliards de membres. Mais il montre à présent ses limites : l’extinction massive des autres espèces du règne animal ou végétal, le bouleversement des écosystèmes et la menace de notre propre autodestruction. Or les mesures internationales énoncées pour prévenir un tel effondrement paraissent jusqu’à présent dérisoires ou largement insuffisantes.

Ce long chemin à travers l’Amérique du Sud m’a personnellement convaincu qu’une adaptation à la hauteur des défis ne sera possible qu’en changeant radicalement de paradigme. Opérer une révolution verte : renouveler la manière dont nous nous racontons nos vies et notre rapport au monde, non pas pour mépriser les agréments du progrès, mais pour reconnaître combien les richesses naturelles participent à notre bien-être global. Percevoir la vraie valeur de la nature – sanitaire, économique, sociale, voire spirituelle –, cesser d’y puiser à sa guise, ne pas la souiller des rebuts de notre activité, lui reconnaître des droits égaux aux nôtres, rétablir avec elle la notion d’échange.

Malgré les contrastes violents du continent, ils sont nombreux en Amérique du Sud à répondre à cet appel de la nature. Ils sont surtout nombreux à décider d’agir. Dans la « jungle des nuages » du nord Pérou, j’ai ainsi rencontré un fermier, Ricardo Gueiler, qui depuis trente ans replante pied à pied les arbres sur son flanc de montagne. On l’a d’abord pris pour un fou. À présent, ses voisins admirent et envient le petit éden qu’il a su recréer. Don Ricardo ne pense pas sauver la planète à lui tout seul, mais il est animé par la certitude que chacun peut y contribuer, et qu’il faut agir d’urgence. C’est un nouveau combat qui s’ouvre. Il risque d’être âpre et complexe. Mais comme le professe Ricardo : « Luchando e la victoria »« lutter, c’est déjà une victoire ».

Une nouvelle génération se lève aujourd’hui pour dénoncer la manière dont ses aînés dilapident le monde. Elle sèche les cours pour manifester, pétitionne les politiques et boycotte les pollueurs. Elle veut croire possible d’écrire une nouvelle histoire pour notre planète, et donc pour l’espèce qui en a la charge. Ce livre lui est dédié.

Alfred DE MONTESQUIOU
1er mai 2019

Alfred de Montesquiou 

Il fait ses premiers pas de journaliste en 2004 à l’agence Associated Press comme correspondant en Haïti et au Moyen-Orient, où il couvre la plupart des grands conflits de la région, notamment le génocide du Dar­four, puis comme correspondant de guerre, notamment en Afghanistan et en Irak. En 2010, il rejoint le magazine Paris Match, pour lequel il couvre la plupart des révolutions du Printemps Arabe. En 2012, il obtient le prix Albert Londres pour sa couverture de la chute du colonel Kadhafi en Libye et, en 2013, le prix Nouveau-Cercle Interallié pour son livre Oumma, récit de voyage et de reportage sur le Moyen-Orient. En 2017, il part pour ARTE sur les routes de la soie, de Venise à Xian, ancienne capitale de Chine, traversant six pays et d’innombrables étapes sur 12 000 kilomètres (la série documentaire La route de la soie et autres merveilles).te Terre. 

Sur la route des extrêmes. Une traversée de l’Amérique du Sud de Alfred de Montesquiou, coédition Gallimard Loisirs / ARTE Éditions, 256 p., 29,90€.

Après les accords signés au Sénat du Chili, une avancée importante, une partie de la population reste mobilisée

Cet accord a été signé il y a maintenant une semaine entre les partis politiques pour mettre en œuvre un changement de la Constitution. Perçu comme une avancée importante (la droite en accepta enfin le principe), il se révèle en même temps chargé de « chausse-trappes ». 

Photo : Maria Paz Morales

D’abord et avant tout, il a été décidé par une poignée de politiques réunis en « conclave », sans aucune interface avec les manifestants, ni même le collectif des organisations qui coordonne leur mobilisation (« unidad social »). Mais aussi parce que chaque paragraphe de cette nouvelle Constitution devra être adopté par les deux tiers des membres de l’Assemblée constituante, laissant le vide pour les points refusés. Et enfin, parce que ceux de ces membres à élire le seront à partir de listes établies par les seuls partis politiques légalement reconnus.  

Face aux insuffisances de ce texte, deux tendances opposées se sont constituées, dont les propositions doivent être débattues ces prochains jours, en particulier sur les points suivants : d’une part, une partie de la droite la plus extrême qui voudrait revenir sur le principe même de l’abandon total de la Constitution actuelle ; et donner encore plus d’importance au veto que permet la majorité des deux tiers. D’autre part, ceux qui veulent ouvrir l’Assemblée constituante à des représentants des forces sociales et de certaines minorités (mapuches, femmes). Dans ce contexte plus tendu, les manifestations se poursuivent, en particulier celle du vendredi en fin d’après-midi. 

Le moment politique 

Une recomposition des courants politiques est en cours. Le plus important est le rejet par une grande partie de la population de tous les « politiques ». Ceci n’est pas propre au Chili, mais y est particulièrement présent actuellement (cela s’exprime très clairement dans les enquêtes d’opinion), et ce, quelle que soit leur orientation ! L’adoption par ceux-ci de l’« accord » a encore amplifié ce phénomène de rejet. 

Mais c’est aussi à l’intérieur de ces partis que cela se produit. Au sein de « Renovación Nacional », son président soutient fermement le changement, alors que l’opposition de droite à l’accord est menée par un sénateur de ce même parti ! Et des clivages similaires apparaissent aussi dans les autres partis, y compris au sein du « Frente Amplio », qui représente une gauche rénovée. 

La violence de certains manifestants 

Ce qu’il faut d’abord souligner, c’est la non-violence dont fait preuve la grande majorité des manifestants. Pour autant, cette violence est présente un peu partout, tant à Santiago que dans la plupart des autres villes. Elle peut éclater de manière ponctuelle et imprévisible (barrages, incendies de bâtiments ou de véhicules, destruction de locaux commerciaux, suivie de pillages). Mais aussi de manière systématique à la fin de manifestations pacifiques, quand la police bloque certains passages ou commence à vouloir faire le « ménage ». Et cela peut durer plusieurs heures, avec incendies de poubelles, destruction de mobiliers urbains ou même de monuments (y compris des églises). 

Cette violence est surtout le fait d’hommes jeunes, équipés pour se protéger, maintenant bien aguerris, mais sans qu’on puisse les rattacher à une ou des organisations à vocation politique. Quand on peut leur parler, ils n’expriment même pas une stratégie de ce genre  ! 

D’ailleurs, si leurs cibles sont parfois des symboles du « système », il s’agit malheureusement le plus souvent d’équipements dont bénéficient les plus pauvres (métro, bus, équipements sanitaires ou sociaux, magasins de quartier…) et ce y compris dans les quartiers les moins favorisés. 

La violence policière 

Celle-ci est réelle, et permanente, y compris quand elle s’inscrit dans ce que l’institution considère comme légale. Mais les débordements sont malheureusement récurrents, et les victimes nombreuses. Le plus fréquent concerne le tir de balles dites de « gomme », en direction de la tête (plus de deux cents personnes ont déjà perdu un œil). Or on vient de découvrir que ces balles contiennent beaucoup de plomb, et que le producteur (chilien) mettait en garde contre le danger qu’elles représentaient. Face au scandale, la police vient seulement d’en restreindre l’usage.  

Et pour comprendre l’état d’esprit de ses dirigeants l’un d’entre eux vient d’expliquer que l’usage de la force pouvait conduire à des bavures : c’est comme la chimio pour un cancer, pour tuer les cellules mauvaises, il fallait accepter que des bonnes en soient également victimes. Et face au scandale provoqué par cette déclaration, il s’est excusé auprès des cancéreux ! Que des manifestants soient des victimes mortelles allait donc de soi. 

Et maintenant ? 

Et maintenant, que sera l’avenir ? Sans doute, d’une manière ou d’une autre, il faut s’attendre à un retour en force de la droite (dont les idées relèvent plus de l’extrême droite, d’un point de vue français). Ce qu’elle vit actuellement est pour elle intolérable, et il est peu probable qu’elle puisse ne pas se venger.  

Quant à l’avenir immédiat, les issues les plus diverses sont encore possibles, de la répression plus ou moins brutale à de nouvelles avancées vers plus de démocratie ; en passant par la lassitude de la population (pour elle, le coût est très élevé : transport rendu très difficile, perte de rémunération, difficultés pour l’approvisionnement, inflation,…).

Peut-être le Chili disposera-t-il d’une nouvelle Constitution (d’ici deux ans, dans le meilleur des cas). Mais il est un acquis qui devrait peser beaucoup à l’avenir : la conscience collective que l’avenir meilleur ne dépend pas du « mérite » individuel, mais d’une solidarité collective pour renverser les méfaits du libéralisme dominant. En cas d’échec aujourd’hui, la partie n’est que remise. Et c’est parce qu’une partie de la droite en est consciente, que de nouvelles concessions sont encore possibles. 

Michel SERUZIER 
Depuis Santiago du Chili 

La revue « Recherches internationales » propose dans son dernier numéro un dossier sur «  L’Amérique latine en bascule »

Recherches internationales, d’inspiration marxiste, d’un marxisme dégagé de toute école et ouvert au débat et à la controverse, accompagne les activités de l’association « Espace(s) Marx » et de la Fondation Gabriel Péri dont elle est partenaire. Elle propose dans sa dernière livraison un numéro spécial consacré à l’Amérique latine.

Photo :  Recherches intrrnationales

Dans un monde en bouleversements rapides et complexes le champ du mondial devient décisif posant en des termes renouvelés la question de l’articulation du national à l’international. Le mondial, loin d’être un facteur extérieur secondaire, ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, apparaît comme une réalité intérieure omniprésente façonnant la vie des États, des sociétés et des individus. Les nations et les peuples sont pris dans la tourmente de la mondialisation et y résistent sous des formes singulières. Un besoin apparaît, visant à prolonger ces résistances par la recherche et la promotion de nouvelles alternatives internationales solidaires et démocratiques. 

Servir de repère dans la confrontation plurielle des idées, mieux éclairer les grandes tendances, les enjeux de la scène internationale et les forces qui la structurent, ainsi que les luttes et les solidarités qui s’y nouent, révéler les antagonismes sociaux sous-jacents, telle est l’ambition de Recherches internationales

Dans le numéro 115, daté Juillet-Septembre dernier, elle consacre un dossier central sur l’Amérique latine, en soulignant dans sa présentation, « que le cycle de gouvernements progressistes qui ont dirigé l’Amérique latine depuis le début du 21e siècle appartient aujourd’hui au passé ». Franck Gaudichaud, directeur en science politique à l’Université Toulouse 2 présente un article sur les gouvernements « progressistes » dans leur labyrinthe où il souligne « que le sous-continent latino-américain est indéniablement entré dans une nouvelle période politique depuis quelques années, notamment depuis la mort d’Hugo Chávez en mars 2013 »

Blandine Destremau, chercheur à l’Institut de recherches internationales et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, évoque sous le titre Cuba face au vieillissement de sa population la situation démographique qui affecte la plupart des pays du monde et dans laquelle Cuba se signale par un niveau de vieillissement particulièrement avancé, produit d’une combinaison de progrès sanitaires et sociaux, de flux migratoires et de difficultés de conditions de vie, qui semblent affecter les décisions reproductives des ménages.

Mylène Gaulard, maître de conférences en économie de l’Université de Grenoble Alpes signale dans son article Le Brésil de Bolsonaro, une alliance improbable entre libéralisme et conservatisme que les premières mesures prises par l’ancien militaire permettent d’avoir un aperçu de l’orientation politique et économique qui prendra le Brésil dans les prochaines années et suscitent une vive approbation ou au contraire un rejet radical du nouveau gouvernement.

Pour sa part Pierre Salama, professeur émérite des universités, dans sa contribution Argentine : avancer sans reculer, indique que l’Argentine dévisse depuis plusieurs décennies et alterne des taux de croissance élevés et des crises profondes ; au final, sa croissance sur une longue période est très faible.

La sociologue Maristelle Svampa, professeure à l’Université nationale de La Plata propose une analyse dans son article Vers un néo-extractivisme aux formes extrêmes avec la multiplication des projets d’extraction comme le reflètent divers plans nationaux de développement.

Jean-Raphaël Chaponnière, ingénieur de recherche au CNRS souligne les enjeux de la percée chinoise en Amérique latine qui depuis le début de cette décennie a été spectaculaire.

Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris, évoque Donald Trump face aux migrations d’Amérique latine, analyse à partir d’un récent rapport du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés la situation de l’Amérique latine où il signale que la Colombie à elle seule détient le triste record mondial de déplacés forcés. Huit millions de Colombiens déplacés internes devant la Syrie et la République démocratique du Congo. 

D’après les éditions Paul Langevin

Recherches internationales n° 115 (Juillet-septembre 2019) « L’Amérique latine en bascule. 15 euros – 6, av. Malthurin Moreau, 75167 Paris cedex 19 -www.recherches-internationales.fr 

Pessac : l’Amérique latine au cœur du Festival international du film d’histoire

Depuis trente ans, le programme est désormais rodé. La 30e  édition du film d’histoire de Pessac propose aux 35  000 spectateurs attendus plus de cent films dont treize avant-premières et dix documentaires. 

Photo : Histoire Pessac

Les spectateurs ont besoin de comprendre. Ils veulent aller au-delà de l’émotion et resituer l’actualité dans le temps long de l’histoire », avance Jean-Noël Jeanneney, le président d’honneur du festival.  Et cette année encore, le festival a visé dans le mille. Avec l’Amérique latine en thème principal, il est de nouveau au cœur de l’actualité, avec les manifestations qui bousculent plusieurs pays sud-américains. 

« Nous avions déjà pensé à l’Amérique latine, mais nous avions peur de ne pas avoir assez de matière. En effet, ils ont moins la culture de la conservation de leurs archives. Mais l’actualité avec l’élection de Bolsonaro et la crise au Venezuela nous a décidé », explique François Aymé, commissaire général du festival. 

Avec 63 films latino-américains, les spectateurs pourront donc découvrir un cinéma, parfois oublié des salles françaises. Parmi les réalisateurs, Patricio Guzman, grand nom du cinéma chilien, primé au festival de Cannes pour son film La cordillère des Songes est présent. 

Autre grand cinéaste, Kleber Mendonça Filho présentera son film Bacurau, caméra d’or du festival de Cannes. Un film engagé sur la destruction d’un village brésilien, qui fait écho aux pressions exercées par le nouveau président brésilien. « Le nouveau gouvernement considère le cinéma et la culture comme un ennemi naturel, ce qui est absurde, car le cinéma fait partie intégrante de l’économie du Brésil. » 

Pinochet en débat 

Parfois, l’actualité reprend le dessus sur l’histoire. Une dizaine de Chiliens bordelais ont organisé une manifestation surprise devant le cinéma, lundi soir. En cause, le visage d’Augusto Pinochet, dictateur chilien qui a dirigé le pays de 1974 à 1990, sur l’affiche du festival. « Une honte », pour une manifestante. « C’est un dictateur, un assassin qui n’a jamais payé pour ses crimes », explique Katerin Barrera, une manifestante. 

Pour eux, cette mobilisation voulait aussi soutenir leur famille, restée au Chili. Devant le cinéma, les manifestants ont également discuté avec Patricio Guzman, pour connaître son point de vue. 

De son côté, Alain Rousset comprend la mobilisation. Pourtant, il assume le choix du festival. « On fait un festival du film d’histoire. Malheureusement, Pinochet comme les conquistadores ont traversé le continent et l’ont martyrisé. » 

Terre d’asile des nazis ? 

Dans son histoire tumultueuse, l’Amérique latine a aussi dû faire face à un nouvel arrivant européen : les nazis. Partie intégrante de l’histoire européenne également, les nazis sont régulièrement évoqués lors du festival. 

Cette année, une dizaine de film relatait leur histoire, et les conséquences sur les continents européens et américains. Vendredi matin, une conférence intitulée : « Argentine : terre d’exil pour les réfugiés nazis », évoquait cette période. 

Un film était d’ailleurs en compétition, Jojo Rabit, qui raconte le lien que crée un garçon allemand avec son ami imaginaire, Hitler. Et pour raconter les camps, Chochana Boukhobza a décidé d’animer les dessins d’enfants détenus à celui de Terezin. 

Trente bougies 

Il y a trente ans, Jean Lacouture, un écrivain et Alain Rousset, le maire de Pessac d’alors, décident de lancer le festival. 40  000 personnes étaient au rendez-vous. Et depuis, la machine continue de rouler, sans rater aucune édition. Seule celle de 2015, qui avait pour thème « Un si proche Orient », a dû être différée, suite aux attentats. 

Des invités illustres, comme Lucie et Raymond Aubrac, héros de la Résistance, font partie des invités qui ont foulé les salles du cinéma Jean Eustache. 

Perpétuer la mémoire 

Ce festival, s’il veut faire découvrir de nouvelles pépites du 7e  art, veut surtout transmettre l’histoire aux générations futures.  Les scolaires, majoritairement des lycéens, sont leur coeur de cible. « Ca permet d’aborder des sujets pour lesquels nous n’avons pas ou peu de documents tout faits« , explique Aurélie Berlam, enseignante au lycée Pape Clément. 

Avec l’Amérique latine au programme du lycée, le festival ne pouvait pas mieux tomber. « J’ai du mal avec l’histoire mais la voir sous forme de film c’est plus attirant », explique une lycéenne.  Près de 120 séances ont été organisées pour les élèves et leurs professeurs, diffusées à Pessac mais aussi dans d’autres villes de la Nouvelle-Aquitaine. 

Dans les coulisses 

Et si le festival tourne aussi bien depuis 30 ans, c’est aussi grâce à ces petites mains qui, à l’ombre des projections, s’activent pour que tout soit au mieux pour les visiteurs. Femme de ménage, projectionniste, traiteur, pour chacun le festival est un moment particulier. « Pour l’occasion, on ressort les vieilles bobines. C’est plus animé, et plus fatiguant aussi« , avoue Nicolas Gardien, projectionniste. 

Si les projections nourrissent l’esprit, l’estomac n’est pas en reste. Des milliers de victuailles ont été proposées aux spectateurs, au cours des différentes soirées. Le lendemain, seules les miettes témoignent d’un festin passé. Mais pas question de rouvrir les portes du cinéma dans cet état. Aspirateurs accrochés sur le dos leur donnant des allures de  Ghostbuster, les femmes de ménage s’activent au petit matin, pour rendre le cinéma intact. « C’est plus sale que d’habitude« , glisse l’une d’entre elles. 

D’après France3 régions

Retrouvez le reportage ici.

Alberto Fernández, le nouveau président de l’Argentine à la recherche de réponses concrètes aux illusions perdues

En attendant que le 10 décembre, jour où il prendra ses fonctions, tous les drapeaux déployés soient ceux de l’unité nationale malgré la forte polarisation de l’électorat, ces dernières semaines l’avocat et musicien Alberto Fernández accorde sa guitare au diapason des défis qui l’attendent, parmi lesquels la connivence avec sa vice-présidente Cristina Kirchner, inculpée dans plusieurs scandales de corruption.

Photo : The Conver

Dans un peu moins de trois semaines, lorsque la succession sera officiellement accomplie, tout l’intérêt sera de savoir si M. Fernández marquera un tournant dans la consolidation de l’équilibre économique et social de son pays ou s’il sera l’homme par qui la tourmente arrive. Car de prime abord l’essentiel à mettre en œuvre est sans doute d’éviter le risque de défaut de paiement de la dette publique du pays. Et pour cela Alberto Fernández devra engager des discussions urgentes avec le Fonds monétaire international (FMI), lequel a octroyé à l’administration Macri le prêt de 56 milliards de dollars.

Voilà ce qu’on attend en priorité du futur président : négocier le refinancement de la dette afin d’alléger la politique d’austérité imposée par le FMI. Mais, à l’égard du très mauvais état de santé de l’économie argentine, peut-on éviter le scénario catastrophe ? Ce qui est certain, c’est qu’à force de graphiques plus alarmistes les uns que les autres, les journaux locaux soulignent qu’aucun indicateur économique n’est là pour donner une lueur d’espoir à une opinion publique de plus en plus encline à broyer du noir. C’est donc une très lourde charge qui pèse sur les épaules du nouveau président, qui devra apporter des réponses rapides à ce coup de blues généralisé.

Le pessimisme qui frappe aujourd’hui les articles publiés dans la presse argentine laissent difficilement imaginer, en effet, un pays en plus mauvaise posture, sans oublier les crises sociales qui ébranlent pendant ce temps les pays de la région, tels le Chili, la Bolivie, l’Équateur et le Venezuela. Cependant, le pessimisme argentin plonge ses racines dans les difficultés devenues chroniques du système financier, liées notamment à la question des créances douteuses et à l’augmentation exponentielle de la dette extérieure depuis notamment la chaotique présidence du péroniste Carlos Menem qui, par ailleurs, a été reconnu coupable de vente d’armes et aujourd’hui siège en tant que sénateur protégé par l’immunité parlementaire.

À présent, la réalité en Argentine montre que la baisse du peso (la devise nationale) par rapport au dollar (la devise officieuse), et les spéculations des cours de la Bourse induites par la situation catastrophique des finances, contribuent à mettre l’Argentine dans une situation très dangereuse. Si cela devait perdurer, l’économie périclitera comme en 2001. Cette problématique, qui s’est aggravée sous la présidence de Mauricio Macri à cause d’un contexte commercial international très défavorable pour les exportations et les investissements, soulève un certain nombre d’interrogations à l’étranger. Ainsi les analystes et les dirigeantes internationaux portent le même jugement sur la situation d’un pays qui jadis était considéré comme « le grenier du monde » et figurait, dans les années 1940, parmi les dix premières puissances mondiales.

Mais, pour l’heure, le nouveau président argentin se soucie bien plus du tollé suscité par l’annonce maladroite de Patricia Bullrich. Après une réunion de cabinet, l’actuelle ministre de la Sécurité a déclaré que la fin du contrôle du prix des carburants avait été décidée en commun accord avec le futur président Alberto Fernández. La colère de ce dernier est montée en flèche : « C’est un autre mensonge du gouvernement macriste. Personne n’a accordé avec moi une chose pareille. Comme toujours, ils déchargent sur d’autres leurs propres décisions ineptes », a souligné Fernández avant de présider une réunion plurisectorielle destinée à tracer les grandes lignes de son Plan Argentine contre la Faim.

Dans ce contexte délétère, l’Argentine d’aujourd’hui a besoin plus que jamais d’un peuple uni qui ait confiance en l’avenir, bien que pour une grande majorité de citoyens l’avenir reste invisible. Et pour ceux qui attendent un changement à toute vitesse, il n’est pas inutile de rappeler qu’il faudra du temps, une fois de plus, pour réformer une structure étatique qui n’a pas fondamentalement changé de nature depuis sept décennies alternant entre sanglantes dictatures et éphémères périodes démocratiques toujours sous l’ombre de gouvernements populistes d’extraction péroniste. Depuis 1950, les Argentins ont survécu à 15 périodes de récession.

Et aujourd’hui une nouvelle crise économique ramène le péronisme au pouvoir, avec une vice-présidente accusée de corruption mais protégée pour son immunité parlementaire. Le bilan de Mme Kirchner après deux mandats à la tête de l’Argentine (2007-2015) est sans appel : treize fois mise en examen, sept demandes de prison préventive, un procès en cours et des dizaines d’autres enquêtes l’éclaboussant de près ou de loin. Et des soupçons d’autres affaires remontent encore plus loin, depuis la première présidence de son feu mari Nestor Kirchner (2003-2007).

Sur ce point, en ce qui concerne son honneur devant la justice, il faut souligner que Alberto Fernández n’a jamais été cité dans aucune affaire de corruption. Ainsi, pour cerner sa personnalité, il est intéressant de mentionner qu’il était l’ami et le chef de campagne de Nestor Kirchner en 2003, après avoir été à la tête de l’organisme régulateur du marché des assurances sous le gouvernement péroniste de Carlos Menem (1989-1995) et, en 1985, sous-directeur général des Affaires juridiques du ministère de l’Economie sous la présidence de Raúl Alfonsín (parti radical). À partir de 2003, Fernández fut nommé chef de cabinet de Nestor Kirchner, fonction qu’il a conservée sous le gouvernement de celle qui avait été Première dame, Cristina Fernández de Kirchner (2007). Mais sept mois plus tard, il démissionna en accusant Mme Kirchner de souffrir d’une « distorsion de la réalité ». Cela montre qu’il est un homme de convictions, et qu’il sait défendre sa position au-delà des intérêts particuliers.

Et c’est justement ce qu’attend une grande partie des Argentins de la part de Alberto Fernández : qu’il trouve de l’autonomie dans ses décisions, sa propre liberté de conscience en se démarquant de ses prédécesseurs, surtout de l’influence de la très controversée Cristina Kirchner, qui prétend aujourd’hui apporter une solution aux mêmes problèmes qu’elle n’a pas su résoudre en 2015, laissant une économie en berne avec une inflation annuelle du 30 %, une dette extérieure doublée pendant son mandat, avec des statistiques officielles truquées, de l’insécurité et des « caceroladas » comme seul héritage du dit « Justicialisme », la doctrine fondée par Juan Domingo Perón (1895-1974). Rappelons que le nouveau gouvernement Macri s’est retrouvé, en 2015, face à un déficit budgétaire annuel de presque 10 % et une dette de 240 milliards de dollars – les Kirchner avaient récupéré le pays avec moins de la moitié du montant.

Par conséquent, avec 40,4 % de citoyens qui soutiennent Macri en tant que première force d’opposition malgré sa très douloureuse politique d’austérité, la connivence dans le panorama politique argentin n’ira certainement pas sans heurts. Nous l’avons déjà dit : le peuple a le ventre vide et la mémoire courte. Mais la prise de conscience de se trouver au bord de l’abîme, pour la énième fois, oblige dès maintenant à reconnaître la nécessité d’un rassemblement populaire au niveau national par le biais d’une entente pacifique entre les différentes forces politiques. Cela sera possible si la reconnaissance de cette nécessité n’échoue pas devant la pression des créanciers étrangers, ainsi que des fonds vautours internationaux qui survolent le ciel des pays émergents qui ne finissent plus d’«émerger», sans oublier bien sûr la résistance des riches spéculateurs locaux, parmi lesquels se trouvent les intérêts personnels de ses propres dirigeants.

Pour résoudre ces différents problèmes, l’Argentine de Alberto Fernández devra prouver qu’il faut savoir couper les liens avec les vieilles recettes populistes écervelées afin d’être en accord avec les enjeux politiques du XXIe siècle. Illusion, rêve ou réalité ? La question reste ouverte dans un pays qui depuis très longtemps rappelle ce genre de rêve dans lequel s’éloigne l’objet qu’on s’efforce d’atteindre.

Eduardo UGOLINI

« Sonate pour Haya » de l’auteure brésilienne Luize Valente

L’auteure brésilienne Luize Valente fait plonger son lecteur dans le drame de la Shoah à travers une famille juive berlinoise dont seuls une jeune femme et son bébé survivront. Elle nous interroge aussi sur le poids du passé, le silence et le secret que maintiennent certaines familles pendant des années soit par dégoût (passé nazi) soit pour protéger les survivants et leur descendance (passé juif). Elle met en valeur également l’humanité inattendue de certains et la lâcheté d’autres, bref la complexité de l’âme humaine. 

Photo : Editions Les Escales

C’est un roman en quelque sorte historique qui apprend entre autres à un public brésilien bien loin de l’Europe la tragédie engendrée par le IIIème  Reich. A travers le parcours d’une famille de notables berlinois, les Eisen, elle retrace les humiliations, la lente et cruelle déchéance, la nuit de Cristal en 1938 et les étapes de la mort programmée qui s’enchaînent. Peu de rescapés par famille : des Eisen il ne restera qu’Adele enceinte à son arrivée au camp. 

En parallèle apparaît le capitaine SS Friedrich Schmidt, pur produit de l’Allemagne aryenne et nazie, de la propagande du régime et de l’endoctrinement dès l’enfance. C’est un brillant pilote de la Luftwaffe jusqu’à la blessure qui le rend incapable de voler. On lui confie alors un autre genre de mission qui lui fera prendre conscience de la face sombre du nazisme… 

Tous les renseignements fournis par l’auteure sont minutieux, relèvent d’une véritable recherche historique, bien documentée. 

Mais cette histoire ne nous est pas racontée au premier degré, elle passe par la recherche de la vérité et du passé familial d’une jeune femme, Amalia. Nous sommes en 1999, au Portugal. Amalia par pur hasard surprend une conversation téléphonique qu’elle n’aurait pas dû entendre : le refus de son père de rencontrer Frida, l’aïeule à Berlin, père qui a toujours refusé de parler du passé allemand de ses propres parents. Elle décide d’aller en cachette à Berlin rencontrer son arrière grand-mère centenaire et proche de la mort. Elle en reviendra bouleversée par les révélations de Frida et partira à Rio sur les traces d’Haya, le bébé juif né au camp et sauvé par Friedrich alors capitaine SS et grand père d’Amalia. 

C’est à Rio qu’elle retrouvera facilement Haya, la cinquantaine épanouie, et également sa mère Adele. Haya ne sait pas elle aussi grand-chose du passé de ses parents et par respect pour eux n’a jamais posé de questions. 

Assises l’une à côté de l’autre sur un divan, pendant un long après midi, Haya et Amalia vont découvrir l’histoire bouleversante d’Adele et de sa famille. Le long récit plonge Amalia d’abord dans la honte puis dans la confusion quand elle apprendra le rôle de son grand père dans le sauvetage d’Haya. Elle découvrira le pardon et la résilience, tout comme elle acceptera le secret d’Enoch, mari d’Adele, survivant lui aussi des camps. 

Voici un roman inspiré d’une histoire vraie qui dévoile son aspect historique parfaitement documenté et précis jusque dans les détails (comme par exemple le règlement point par point du ghetto de Nagyvarad où échouent Adele et sa famille). Et ce n’est pas le récit aride et sec d’un historien car nous vivons cette tragédie à travers le destin de personnages incarnés, humains et complexes. 

Grâce à la distance due au temps, plus de cinquante ans après les faits, à l’éloignement (Amalia n’a pas connu cette période, ni les protagonistes de cette histoire. Haya toute petite s’est retrouvée, sans souvenir réel transplantée au Brésil) il n’y a pas de jugement de valeur, ni de rancœur, ni de haine, mais il reste des regrets et de la douleur. Même si le récit frôle parfois l’invraisemblance et le mélodrame, le traitement de la rédemption sonne juste et nous met, lecteurs, face à une question essentielle : qui sommes-nous pour juger du bien fondé de telle ou telle attitude prise dans des circonstances extrêmes ? 

Louise LAURENT 

Une sonate pour Haya de Luize Valente, traduit du portugais (Brésil) par Daniel Matias, éd. Les Escales, 390 p. 21,90 euros. 

Hommage à l’écrivaine péruvienne Patricia de Souza décédée à Paris en octobre dernier

Nous apprenons par le site de la Maison de l’Amérique latine de Paris que Patricia de Souza, écrivaine, traductrice et enseignante péruvienne, née dans le département d’Ayacucho (Pérou) en 1964, est décédée à Paris le 24 octobre 2019. Ses romans ont marqué une époque par l’originalité de leur thématique. Elle était aussi engagée dans la défense des droits des femmes. 

Photo : La Casa Peruana

Patricia de Souza est une figure importante du paysage intellectuel et littéraire péruvien contemporain. Son œuvre ample et complexe va du roman à l’essai critique en passant par le journalisme et la traduction. Sa réflexion tourne autour de la place de la littérature dans le monde et son importance dans la résolution des conflits et problèmes du monde contemporain comme le post-colonialisme et le féminisme. 

En compagnie de Grecia Cáceres, poète et romancière, directrice du Département Amérique latine de l’IESA art@culture et Nataly Villena, écrivaine et critique littéraire, administratrice du site littéraire Las críticas. Quelques lectures complèteront la soirée. 

D’après le site de la Maison de l’Amérique latine

Hommage à Patricia de Souza 1964-2019. 25 novembre 2019 à 19 h à la Maison de l’Amérique latine. 217, Bd. Saint-Germain, 75007 Paris.

Après un mois de manifestations, le début de la fin de la Constitution de Pinochet ?

Les partis politiques au Chili, à l’exception du parti communiste qui ne fut pas invité, sont parvenus, vendredi 15 novembre à 2h du matin heure australe, après deux longues et frénétiques journées au parlement, à un accord que l’on pourrait qualifier d’historique. Afin de tenter d’apaiser la grave crise sociale qui secoue le pays depuis près d’un mois, l’accord consiste en la décision d’entamer la voie d’un référendum en avril 2020 afin que les Chiliens se prononcent et disent oui ou non à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, remplaçant celle héritée voilà quarante ans de la dictature d’Augusto Pinochet.

Photo : Sénat du Chili

Ce processus compliqué suppose deux questions : l’une sur le changement ou non de la Constitution et l’autre, le cas échéant, sur la méthode pour la changer. Cette seconde question devra déterminer quel organe rédigera la future Constitution ; soit un congrès mixte – idée soutenue par la coalition gouvernementale – composé à parts égales de membres élus à cette fin et de parlementaires en exercice, soit une assemblée constituante intégralement composée de membres élus à cette fin – idée soutenue par les milliers de manifestants et par l’opposition.

Si le projet de changement, selon la droite gouvernementale, ou de suppression pure et simple de l’actuelle Constitution de Pinochet, selon l’opposition, est validé par référendum, l’élection des membres de l’une ou l’autre de ces instances se fera en octobre 2020, au suffrage universel, en même temps que les élections municipales et régionales. La ratification de la nouvelle Constitution s’effectuera au suffrage universel, à une date ultérieure, lors d’un nouveau plébiscite avec vote obligatoire pour l’occasion.

Cet accord ne constitue qu’un premier pas, mais c’est un premier pas historique et fondamental pour commencer à construire peut-être un nouveau pacte social. Mais il faut le dire et redire, c’est grâce à la pression populaire et aux millions de manifestants qui ont payé un lourd tribut.  Les manifestations ont fait 24 morts reconnus officiellement (plus selon d’autres sources), des disparitions non encore élucidées, plus de 2 000 blessés, dont plus de 200 personnes (notamment de nombreux jeunes) ont perdu un œil ou les deux, des viols sur des jeunes femmes et des actes de tortures dans les commissariats. Le vice-président de l’Ordre des médecins chiliens a interpellé il y a deux jours le gouvernement pour qu’il fasse cesser la répression policière car les hôpitaux de la capitale sont débordés par le nombre de blessés qui arrive chaque jour aux urgences. Amnesty internationale dénonce aussi pour sa part les actes d’une violence inouïe contre les manifestants.

Les analystes doutent cependant de la capacité de cet accord politique pour calmer la colère populaire et résoudre rapidement la crise. Quelques heures après l’annonce de l’accord, des milliers de manifestants se réunissaient une nouvelle fois sur Plaza Italia, au centre de Santiago et ce week-end la mobilisation n’a pas fléchi et la répression de la police n’a pas diminué.

Pour l’instant on ne voit pas une formule magique permettant au gouvernement de résoudre rapidement la crise étant donné la complexité du mouvement et des revendications. Il existe une très grande méfiance vis-à-vis du gouvernement, des instances politiques y compris de l’opposition de gauche ou de centre gauche.

Le paquet de mesures sociales que le président Piñera a annoncé ces dernières semaines n’a pas réussi à éteindre l’incendie. Cette nouvelle décision d’organiser un plébiscite en vue d’un changement de constitution a déjà provoqué des dissensions au sein des différents partis de droite ou de gauche sur la manière dont ce processus est envisagé. Des secteurs de la droite (jadis pinochetiste) annoncent déjà qu’ils feront tout pour que le Non l’emporte lors du plébiscite. C’est la raison pour laquelle des vastes secteurs insistent sur l’idée de l’appel à une assemblée constituante et non d’un plébiscite.

Olga BARRY

Depuis Santiago du Chili…

La crise que connaît actuellement le Chili prend ses racines dans la dictature. Certes, Pinochet a perdu sa réélection en 1989, mais rien n’a pratiquement changé du régime qu’il avait mis en place, à la fois un libéralisme forcené et une constitution complètement verrouillée au bénéfice des plus riches. La révolte couvait, mais sans que les victimes du système ne s’impliquent encore vraiment. Et puis tout a changé il y a maintenant un mois ; depuis, le président Pinera, et ceux qui le soutiennent ont pensé retenir la crue par des mesurettes de plus en plus importantes ; mais chaque réponse apportée n’a fait qu’aggraver la colère populaire, assoiffée de justice et de dignité. Du coup, plus personne ne fait confiance au président et à la majorité des politiques (y compris ceux de l’opposition).

Ce qui est maintenant demandé, c’est la mise en place d’une nouvelle constitution ; et cette demande vient enfin d’être acceptée par les pouvoirs (y compris par une partie importante de l’opposition), mais selon des procédures qui cachent encore bien des manœuvres potentielles. Il s’agit certes d’un acquit essentiel, impensable il y a encore une semaine, mais qui comporte de nouvelles « digues » pour éviter une remise en cause profonde du système en place, telle que le voudrait la majorité populaire (et ce, bien au-delà du million de manifestants).

Il s’agit donc d’une belle victoire, mais qui en appelle d’autres pour que cette volonté soit enfin reconnue pour ce qu’elle est : non à l’injustice, non à la corruption, non au pouvoir absolu de l’argent, dans un pays ou 80% de la population doit s’endetter pour survivre. Où même l’eau appartient à celui que détient la propriété des sources, des nappes, ou même des rivières !

Michel SERUZIER
Depuis Santiago du Chili

Affiches cubaines – « Révolution et Cinéma », une conférence au Musée des Arts Décoratifs de Paris

Le Musée des Arts décoratifs de Paris dans le cadre l’exposition « Affiches cubaines – Révolution et cinéma » propose le mercredi 27 novembre prochain avec plusieurs spécialiste sur l’Amérique latine dont Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) et Eduardo Manet, écrivain cubain.

Photo : Musée des Arts décoratifs de Paris

Soixante ans après la révolution à Cuba, le musée des Arts Décoratifs dévoile, dans une exposition, l’âge d’or de l’affiche cubaine des années 1960 et 1970 dans un contexte culturel et politique dont les artistes se sont emparés. Longtemps méconnue en raison du blocus et de l’isolement de Cuba, cette école stylistique commence tout juste à sortir du huis clos dans lequel elle s’est construite. « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » propose d’explorer cette effervescente production graphique à travers 250 affiches, principalement issues des collections du musée. Elle permet de découvrir et de comprendre l’éclosion de cette grande école d’affichistes et de suivre, à travers elle, l’histoire de l’État insulaire. Cette table ronde permettra d’évoquer le contexte historique, politique et culturel dans lequel s’est développé l’âge d’or de l’affiche à Cuba.

Intervenants : Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine, directeur du CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) ; Amélie Gastaut, conservatrice et commissaire de l’exposition « Affiches cubaines. Révolution et Cinéma » ; Magali Kabous, maître de conférences, Département d’Études des Mondes Hispanophone et Lusophone, Université Lumière-Lyon 2 ; Darius Kaufmann et Eytan Jan, documentaristes auteurs de À la chaleur des années froides et Eduardo Manet, écrivain.

Musée des Arts Décoratifs, 107-111, rue de Rivoli 75001 Paris. – madparis.fr

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