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15 octobre 2019

« Chili, la mémoire obstinée » le documentaire de Patricio Guzmán à l’Underground de Lyon

Chili, la mémoire obstinée de Patricio Guzmán, 1997. En 1974, Patricio Guzmán tourne « La Bataille du Chili » et prend le chemin de l’exil. Vingt-deux ans plus tard, il revient avec son film sous le bras, va de rencontres en projections, et tente de comprendre comment l’oubli imposé par Pinochet a pu détruire la mémoire d’un peuple. Que reste-t-il aujourd’hui du rêve qui avait porté Salvador Allende au pouvoir ? Lutter contre l’amnésie de son pays, en raviver la mémoire et dévoiler des pans de l’histoire dissimulés, tel est la tâche que s’assigne le grand réalisateur chilien, film après film. Prix du public au Festival International de Documentaire de Marseille en 1997.

d’après Opéra de Lyon

L’Équateur de Lenín Moreno subit une crise politique qui ne finit pas de s’aggraver

Le mardi 1er octobre, le président équatorien Lenín Moreno annonce par télévision et par radio la décision de l’exécutif de retirer les subventions sur les carburants. Cela déclenche instantanément une réponse d’extrême mécontentement au sein de plusieurs groupes sociaux du pays. Jusqu’au moment où les manifestations et protestations deviennent exponentiellement plus violentes. La situation mène le Président à déclarer l’état d’urgence, mesure qui peut durer constitutionnellement jusqu’à 30 jours et qui permet au Président d’employer les forces armées et policières, d’établir des zones de sécurité et de censurer la presse.

Photo : Teller Report

L’Équateur a une riche histoire de mécontentement auprès de mesures de hausses des prix des carburants. En 1997, Abdala Bucaram instaure des mesures économiques dont la hausse des prix du gaz et de l’essence, ce qui aboutit en grèves et soulèvements sociaux notamment des membres de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) et le Président finit par être renversé. Trois ans après, le Président Jamil Mahuad, après une grave crise économique, met en place des mesures comme la hausse des prix des carburants et la congélation pendant un an de dépôts bancaires de plus de deux millions de Sucres (environ 500 USD à l’époque), ce qui mena à sa destitution un jour après avoir décrété la dollarisation le 21 janvier 2000 avec des mobilisations encore une fois de la CONAIE. Puis, en 2005, la situation se répète avec Lucio Gutiérrez qui est destitué après des soulèvements causés par plusieurs scandales et la hausse des prix des carburants en 2003, toujours avec le support de la CONAIE. Depuis 1996, aucun Président équatorien n’a réussi à finir son mandat, à l’exception de Rafael Correa (2007 – 2017).

En 2017, Lenín Moreno est élu avec l’appui de Rafael Correa mais se distance de son mouvement rapidement. Selon les mots de Moreno, il hérite d’un État plongé dans les dettes et mal géré. En février 2019, le gouvernement équatorien passe un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour des crédits d’une somme de 4 209 millions de dollars. Le premier octobre, Moreno annonce six nouvelles mesures économiques, dont l’élimination ou réduction des droits de douane sur des matériaux agricoles, l’augmentation de 15 dollars en aides financières qui toucheront 300 000 familles, et notamment la « libération des prix de l’essence et du gazole », c’est-à-dire l’élimination des subventions de la part de l’État sur ces produits, qui dépense environ 1,3 milliards de dollars par an pour ces subventions. L’essence appelée Extra passerait de 1,85 $ à 2,40 $, et le Diesel, de 1,03 $ à 2,30 $. Comme l’histoire l’indique, ces mesures ont été accueillies de manière très négative par les différentes sphères sociales équatoriennes.

Les manifestations commencent à avoir lieu le lendemain même de l’annonce du Président. Les protestations sont conduites par les secteurs du transport, les indigènes et les étudiants qui accusent le gouvernement de faire un paquetazo [1]. On plaide que l’élimination de ces subventions équivaut à une augmentation du prix du panier moyen, ce qui, dans un pays où le salaire minimum est de 394 $ (environ 358 €), représente un impact significatif.

Entre le 2 octobre et le jour de cette édition, les protestations ont augmenté en intensité et en violence. La capitale Quito devient progressivement un champ de bataille, avec déjà des morts comme résultat des confrontations entre manifestants et forces de l’ordre. Le jeudi 3 octobre, Moreno déclare dans tout le pays l’état d’urgence, comme réponse à la violence et au vandalisme enregistré dans la capitale. Ceci veut dire que le président peut employer la police et l’armée, peut censurer la presse et peut établir des zones de sécurité. Tout au long de la semaine, l’armée s’est mobilisée vers Quito et on a pu voir des soldats dans des voitures blindées dans les rues du centre historique. Tout de même, les manifestants ont déjà pu s’emparer d’une de ces voitures, à laquelle ils ont mis le feu. Des voies tout autour du pays sont bloquées par les manifestants, tout comme les voies d’accès au sud de Quito sont bloquées par la police à cause de la marche des indigènes qui viennent du centre-sud de la cordillère. La CONAIE annonce que le nombre d’indigènes qui se mobilisent est de 20 000.

On compte, au vendredi 4 octobre, 21 policiers blessés et 277 personnes arrêtées pour des actes de vandalisme, selon le ministre de la Défense, Oswaldo Jarrín. La nuit du 7 octobre, le Palais législatif et l’immeuble du Contrôleur de l’État ont déclaré qu’il y a eu des tentatives d’entrée afin d’endommager les locaux. Le Président, la même nuit du 7 octobre, a informé le pays qu’il se trouvait à Guayaquil et qu’il déménage le siège du gouvernement dans cette ville en disant que « ceci n’est pas une manifestation sociale de mécontentement face à une décision du gouvernement, mais que les pillages et la violence montrent qu’il y a une intention politique organisée pour déstabiliser le gouvernement, rompre l’ordre constitué, rompre l’ordre démocratique ». Il accuse, de plus, Rafael Correa d’agiter les masses qui seraient, selon lui, financées par Correa et ses acolytes avec l’argent qu’ils auraient volé.

Édition : On compte au 10 octobre une augmentation des confrontations violentes après que les manifestants indigènes ont pris le Palais législatif. Des universités proches au centre de Quito ont commencé à héberger les manifestants indigènes, notamment des femmes, des enfants, des gens âgés et des blessés. La nuit du mercredi 9 octobre, la Police nationale a lancé des lacrimogènes sur les espaces d’aide humanitaire et qui se qualifient comme « non-partidaires ». De plus, Lenín Moreno instaure le 12 octobre un couvre-feu sur tout le territoire national toute la journée et une militarisation de la ville de Quito. D’autre part, l’immeuble du Contrôleur de l’État, où se trouvent tous les documents des procès de corruption du gouvernement de Correa, a subit des incendies. Au moment de cette édition, le gouvernement et les groupes indigènes ont commencé des dialogues et on a proposé d’abroger le décret 883 et le remplacer avec un nouveau décret, après que Moreno se réunisse avec les dirigeants de la CONAIE le 13 octobre.

Nicolás BONILLA CLAVIJO


[1] Hausse des prix des produits basiques de la part du gouvernement.

Un nom à retenir : Jorge Comensal et son premier roman, « Les mutations » aux éditions Les Escales

La mort heureuse ? Pourquoi pas ? Rien ne va plus pour Ramón, avocat bien installé à Mexico, à l’aise dans son métier et, globalement, dans sa famille, le jour où on lui apprend qu’on doit l’amputer de… la langue, son gagne-pain. Alors parler d’assurance-santé, d’adolescences difficiles, de familles à la dérive et surtout de cancers rares en ne laissant jamais de côté le côté sérieux de la chose tout en faisant sourire ou même rire franchement, c’est ce que réussit ce Mexicain de trente deux ans.

Photo : ABC

Pour Ramón, l’ablation de la langue est devenue la seule option. Désormais privé de parole, il va devoir s’adapter, tout comme tentent de le faire de leur côté sa psychanalyste Teresa, portée sur un cannabis qu’elle qualifie de professionnel, le docteur Aldama, qui rêve de devenir une star dans son domaine. Un perroquet très mal élevé lui sera d’une aide précieuse.Personnages remarquablement bien dessinés, situations pleines d’un réalisme teinté d’humour cruel, Jorge Comensal n’a pas son pareil pour parler de la société mexicaine, mais pas seulement d’elle : son sens de l’observation est si affûté qu’on se retrouve, de ce côté de l’Atlantique, comme le frère ou la sœur de ces êtres.

Certaines pages atteignent des sommets, comme la définition par l’auteur des oncologues en général, le mariage de prétendus bourgeois pendant lequel le médecin ‒ réflexe professionnel ‒ traduit un miracle de Jésus en diagnostic (c’est un peu l’Évangile pour les nuls) ou les séances de psychothérapie avec un jeune hypocondriaque sadomasochiste et autodestructeur.

Et, miracle, cela n’empêche à aucun moment la profondeur : le fond est sombre, très sombre, on fait même une excursion dans la province profonde mexicaine et on n’est plus du tout dans la comédie. Mais au premier plan, superficiel peut-être mais salutaire, Jorge Comensal maintient cet humour, « politessedu désespoir » comme l’a si bien dit Chris Marker. Ce faisant, il sort ‒ et nous fait sortir ‒ de cette espèce de manichéisme de la maladie : malgré l’horreur objective de sa situation (les finances familiales sont en chute libre), Ramón saura réagir, l’histoire dira de quelle façon.

En prime Jorge Comensal donne une intéressante définition de la psychanalyse (lacanienne) qui réconcilierait le plus déterminé des opposants à cette intrusion dans le privé que sont aussi ces coûteuses séances. Cela sans perdre encore une fois cet humour qui semble être sa marque de fabrique.

L’approche de la mort, la déchéance et même la préparation à la mort peuvent ne pas être démoralisantes. Eh bien non, grâce à la maturité de la pensée autant que par la drôlerie des événements, Les mutations est un roman franchement optimiste. Bien sûr l’optimisme est souvent un peu benêt. Ici il est lucide, comme est lucide son protagoniste, direct et il fait un bien fou au lecteur !

Christian ROINAT

Les mutations de Jorge Comensal, traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon, éd Les Escales, 207 p., 19,90 €.

Amnesty International et le Vénézuela : un espoir de justice pour les victimes

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adresse un message aux victimes de crimes commis au Vénézuela : l’impunité ne triomphera pas ! Explications. Le 27 septembre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution sur la création d’une mission d’enquête sur les graves violations des droits humains et les crimes de droit international commis au Vénézuela.

Photo : Amnesty Intenational

Ainsi, nous saluons la décision prise par les membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il était grand temps que la communauté internationale, avec à sa tête des pays des Amériques, prête attention aux victimes oubliées de ce désastre des droits humains sans précédent dans la région. Dans le cadre de cette résolution, une mission d’établissement des faits sera déployée de toute urgence pour enquêter sur la politique répressive mise en œuvre par le gouvernement de Nicolas Maduro – notamment sur les cas d’exécutions extrajudiciaires, de torture et de mauvais traitements, de disparitions forcées et de détentions arbitraires – dans le but d’amener les auteurs à répondre pleinement de leurs actes et de rendre justice aux victimes.

Cette mission s’inscrit dans le cadre de la réponse à la crise multidimensionnelle des droits humains exposée dans la résolution, notamment les violations des droits civils et politiques, ainsi que des droits à l’alimentation, à la santé et à un niveau de vie suffisant. Cette grave crise, qui touche des millions de personnes au Vénézuela, a aussi un impact au niveau régional. Plus de 4,3 millions de personnes ont été contraintes de quitter le Vénézuela en raison des violations massives des droits humains et la plupart se sont réfugiées dans d’autres États d’Amérique latine et des Caraïbes.

Une situation humanitaire

En s’acquittant de son mandat, la mission d’établissement des faits de l’ONU devra prendre en compte le contexte plus général dans lequel s’inscrit la politique de répression étatique, à savoir une situation d’urgence humanitaire dans laquelle des droits élémentaires comme le droit à l’alimentation, à l’eau et à la santé sont devenus un luxe inabordable pour la plupart des Vénézuéliens.

Cette résolution répond aux demandes de victimes, d’organisations de la société civile et d’États de la région, qui souhaitent que les responsables aient à rendre des comptes, alors que les tribunaux nationaux n’offrent aucun recours et que le gouvernement de Nicolas Maduro rejette toute forme d’examen régional.

L’Iran a présenté une deuxième résolution centrée sur le renforcement de la coopération du gouvernement vénézuélien avec la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, et avec son bureau. Cette résolution a également été adoptée.La coopération et l’obligation de rendre des comptes ne s’excluent pas mutuellement, elles sont complémentaires. Toute solution à la crise actuelle doit accorder la priorité aux victimes et leur permettre d’obtenir vérité, justice et réparation, ainsi que des garanties de non-répétition.

En plus d’un dialogue constructif avec la mission d’établissement des faits qui vient d’être créée, nous souhaitons un robuste suivi du Conseil des droits de l’homme de l’ONU si le Vénézuela s’obstine à refuser de coopérer pleinement avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Un travail de longue haleine

Depuis 2014, nous recueillons des informations sur la grave crise des droits humains au Vénézuela. En 2017, nous établissions l’existence d’une politique répressive mise en œuvre par les autorités, sous commandement de Nicolás Maduro, contre les citoyens considérés comme des détracteurs ou des dissidents par le gouvernement. Depuis, nous demandons aux autorités de mettre fin à cette politique et de s’engager à protéger les droits fondamentaux.

D’après Amnesty International

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Assemblée générale de l’ONU: l’Amérique latine sans solution face à la crise vénézuélienne

La semaine passée, à New York, avait lieu la traditionnelle Assemblée générale des Nations Unies qui, une fois par an, réunit les dirigeants de tous les États afin d’y discuter de problématiques globales. Cette grande messe politique possède une mécanique bien huilée : on s’y succède à la fameuse tribune de marbre vert pour expliquer aux yeux du monde à quel point son pays enregistre des progrès sans précédents depuis que les orateurs en question sont au pouvoir. Malgré cela, l’Assemblée générale reste un lieu unique de réunions pour ces dirigeants venus des quatre coins du globe, donnant lieu à des discours parfois devenus mythiques et qui laissent entrevoir les grands axes de discorde sur la scène internationale.

Photo : La Croix

Pour les dirigeants latino-américains appelés à s’exprimer à la tribune, le Venezuela était sur (presque) toutes les lèvres. En effet, la crise politico-économico-social que traverse le pays s’est convertie en crise migratoire et est devenue par conséquent une question régionale : selon un rapport de l’ONU, depuis 2015, 4 millions de vénézuéliens ont fui le pays pour aller s’installer en Colombie, au Pérou, au Brésil, en Argentine, entre autres. 1,3 millions de vénézuéliens ont trouvé refuge en Colombie, selon le même rapport.

Sans étonnement, la passe d’armes la plus virulente fut démarrée par le président colombien Ivan Duque. Selon ses déclarations, la Colombie reçoit à bras ouverts les réfugiés vénézuéliens, avec solidarité et fraternité. Comparant le régime de Nicolás Maduro à celui de Slobodan Milosevic en ex-Yougoslavie, il l’accusera de protéger des cartels colombiens ainsi que des membres de l’ELN, « des tueurs d’enfants » qui auraient trouvé refuge en territoire vénézuélien. Il remettra au secrétaire des Nations Unies un dossier de 128 pages mettant en lumière les liens entre Maduro et les cartels terroristes colombiens. La polémique ne se fit pas attendre : certaines photos présentes dans ce dossier, des images de lieux d’entrainements de bandes armées colombiennes au Venezuela… avaient été prises en Colombie par l’AFP. Cette bourde monumentale vaudra le licenciement du Chef du renseignement militaire colombien quelques jours plus tard.

Les tensions devinrent encore plus évidentes quand Delcy Rodríguez, vice-présidente du Venezuela, monta à la tribune. Selon elle, la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, est un État coopté par les États-Unis, premier consommateur de cette drogue, dans une relation « narcótica ». Tout au long de son discours, elle essaiera de démontrer que le Venezuela n’est pas isolé diplomatiquement, le régime de Nicolás Maduro pouvant compter sur le soutien de nombreux pays non-alignés. Dénonçant le terrorisme économique américain et la force de destruction du pouvoir médiatique, elle évitera d’aborder la question de la crise migratoire pour se focaliser sur les avancées qu’ont permis le modèle socialiste dans son pays.

Ce fameux modèle politique, à la frontière sud du Venezuela, est devenu un danger public. Le dirigeant brésilien Jair Bolsonaro inaugura la 74ème Assemblée de l’ONU fustigeant un socialisme cruel, qui restreint les libertés et appauvrit les peuples. « Nous travaillons dur pour que d’autres pays d’Amérique du Sud ne tombe pas dans le socialisme », dans une référence évidente à son voisin argentin, où son allié Mauricio Macri est en voie de perdre les prochaines élections au profit du péroniste Alberto Fernández. Le spectre du socialisme sera également brandi par le président Donald Trump, « une idéologie qui n’arrivera jamais aux Etats-Unis », une diatribe dirigé à ses adversaires politiques démocrates.

De son côté, le Venezuela put compter sur le soutien clair de ses deux alliés historiques, Cuba et le Nicaragua. Plus étonnants furent les silences du président bolivien Evo Morales et de Marcelo Ebrard, ministre mexicain des affaires étrangères sur la question vénézuélienne. Le ministre de López Obrador se contentera d’affirmer, de manière évasive, son « opposition à des sanctions envers des pays ». Face à une crise devenue régionale, ne pas aborder le sujet dans un discours à l’ONU est en soi une déclaration. Une déclaration de distanciation face à un ancien allié dont les dérives autoritaires sont devenues extrêmement difficiles à justifier. 

Après une petite semaine de discours à New York, les solutions de sortie de crise se font attendre. Certains comme Mauricio Macri ou le président guatémaltèque Jimmy Morales préfèrent rester vagues, convoquant les outils juridiques et diplomatiques de la communauté internationale pour faire évoluer la situation. Le président colombien Ivan Duque privilégie une solution régionale en travaillant à une sortie de crise depuis le groupe de Lima. Quant au président péruvien Martín Vizcarra et le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ils estiment que la solution se trouve au sein de la population vénézuélienne, par la convocation de nouvelles élections. Option rejetée très nettement par la représentante du Venezuela, pour qui le gouvernement de Maduro a encore toute la légitimité pour rester au pouvoir.   

Romain DROOG

Le Brésil, grand vainqueur du Festival de Biarritz 2019 avec « La Fièvre » de Maya Da-Rin

Le festival Biarritz Amérique Latine vient de se terminer avec encore une victoire pour le cinéma brésilien. Après le prix pour Bacarau obtenu à Cannes en mai, la Concha de Oro à San Sebastián et deux autres prix pour Pacificado de Paxton Winters, c’est La Fièvre (A Febre) de Maya Da-Rin, (Brésil, France, Allemagne) qui obtint l’Abrazo du meilleur film. Le Prix du jury et celui du Syndicat Français de la Critique de Cinéma ont été décernés à La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, (Brésil, Allemagne).

Photo : Allociné

Dans La fièvre, Justino, un amérindien Desana de 45 ans, est agent de sécurité dans le port de Manaus. Alors que sa fille se prépare à étudier la médecine à Brasilia, Justino est pris d’une fièvre mystérieuse. Maya Da-Rin n’était pas à Biarritz car elle vient de mettre au monde des triplés. Au Festival de Locarno où Regis Myrupu qui joue Justino avait obtenu le prix d’interprétation, elle avait déclaré à Cineuropa : « L’idée est née pendant le tournage de mes deux documentaires en Amazonie. J’ai rencontré plusieurs familles autochtones qui avaient quitté leurs villages pour s’installer en ville. Donc, d’une certaine manière, mon point de départ s’ancre dans des histoires vraies. Mais ce qui m’intéresse le plus avec ces histoires, c’est qu’elles mettent en scène des personnes que j’ai peut-être rencontrées dans mes activités quotidiennes. Nous savons que le cinéma a une propension à rendre exotique les peuples indigènes. Ils sont souvent perçus à travers un prisme romantique et positif. Cela dit, le projet initial était bien différent, par rapport au résultat final. Il a fallu six ans de travail acharné et d’innombrables voyages à Manaus avant de pouvoir commencer le tournage ». L’acteur Regis Myrupu n’est pas professionnel.

Il a postulé presque par hasard pour le rôle, car c’est un chaman. Il y a contraste dans le film entre la vie dans la forêt où les personnages sont au milieu de la nature, et le travail au port au milieu des containers. De même, la façon de traiter cette fièvre ne sera pas possible pour sa fille, qui pratique la médecine occidentale. Un film magnifique dont la date de sortie en France n’est pas encore fixée. Le film sera projeté à Paris à la Cinémathèque française le lundi 14 octobre à 19 h 30.

Tout autre est La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, présenté à Un certain regard à Cannes. Dans les années 1950 Eurídice et sa sœur Guida sont inséparables. Mais Guida va suivre un marin grec et lorsqu’elle reviendra enceinte, elle sera rejetée par ses parents. Eurídice veut entrer au conservatoire en classe de piano, mais mariée à un comptable, elle ne pourra exercer son talent. Les deux sœurs ne se rencontreront jamais. Adapté librement d’un roman de Maria Bethana, Aïnouz a déplacé le récit aux années 1950, avant le mouvement de libération des femmes. Elles sont soumises : la mère ment pour être en accord avec son mari, émigré portugais. Eurídice ne pourra jamais entrer au conservatoire. Seule Guida trouvera avec une femme noire qui garde les enfants un certain équilibre. Un très beau mélodrame sur lequel nous reviendront au moment de sa sortie prévue en décembre.

Le Prix du public a été décerné à La Llorona, le troisième film de Jayro Bustamante (Guatemala, France).

Même s’il parait différent des deux autres films, Ixcanul et Tremblements, Jayro Bustamente a voulu s’attaquer aux trois mensonges de la société guatémaltèque, concernant la vie des indiens Maya, le poids de la famille par rapport à l’homosexualité, enfin le pouvoir prêt à exterminer la population indienne. Un vieux général qui va passer en jugement pour génocide entend la pleureuse (la Llorona) la nuit. Bien entendu, il sera acquitté. Un jour une nouvelle domestique arrive car tous sont partis sauf une qui est là depuis vingt ans. Est-ce elle la Llorona ? car selon la légende seuls les coupables l’entendent pleurer. Pour tourner les scènes de manifestations, Jayro s’est appuyé sur l’association H.I.J.O.S. qui recherche toujours les disparus, car l’État ne fait rien. Le film devrait sortir au début 2020.

Nous avons présenté Litigante e Franco Lolli (Colombie) qui a fait l’ouverture de la Semaine de la Critique cannoise. Il sortira en France en décembre sous le titre Une mère incroyable : l’histoire d’une avocate, mère célibataire qui trouve l’amour au moment où sa propre mère meurt. L’exigence formelle transcende le cadre réaliste de son récit pour atteindre le plus profond des êtres, au cœur des émotions les plus vives et les plus pures. Sortie prévue prochainement.

Le film péruvien Canción sin nombre, de Melina León, (Pérou, Espagne, Etats-Unis) a obtenu la Mention spéciale du jury : Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide d’un journaliste qui accepte de mener l’enquête. C’est un film très simple tourné en noir et blanc.

La Broca (Pérou) des frères Daniel et Diego Vega (Pérou, Espagne, Colombie). Début des années 90 : Roberto quitte le Pérou plongé dans la violence pour rejoindre son père immigré et installé à Montréal avec sa nouvelle famille canadienne. Le père s’efforce de montrer à son fils sa meilleure version du rêve américain. Le film se passe entièrement à Montréal en hiver. Encore un film sur la famille. Ici ce sont les rapports père-fils qui sont mis en avant ; dans d’autres films, ce seront les rapports père-fille. La Broca laisse un bon souvenir après sa vision.

En ce qui concerne les courts métrages le jury a remis le Prix du meilleur court-métrage : O Mistério da carne de Rafaela Camelo, (Brésil) qui raconte la vie d’un dimanche. Le Prix du meilleur documentaire est allé à La Vida en común d’Ezequiel Yanco (Argentine, France) qui dépeint la vie d’une communauté indigène dans les plaines désertiques occidentales de l’Argentine alors que rode un puma. Le Prix du public a récompensé La Búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo, (Pérou, Espagne) ; trois personnes vivent encore dans la peur au Pérou vingt ans après la fin du conflit armé entre le Sentier Lumineux et l’État péruvien.

Il y eu aussi un focus sur la Patagonie, le portrait d’un cinéaste expérimental brésilien Julio Bressane, quelques avant-premières comme La Cordillère des Songes de Patricio Guzmán, qui sortira le 30 octobre. Le Festival c’est aussi les rencontres littéraires avec Cristian Perfumo, Mempo Giardinelli et Jorge Volpi, l’hommage à Francisco Coloane et une conférence de Néstor Ponce sur crime et littérature en Amérique Latine, sans oublier les rencontres de l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine. Et puis il y avait le village avec ses stands d’artisanat, de spécialités culinaires, de cours de danse et des concerts. Après une journée d’ouverture maussade, le Septeto Santiaguero de Cuba a réussi à faire danser les 1 000 personnes de la salle de la gare du Midi. Une belle édition très sympathique avec plein de spectateurs satisfaits.

Alain LIATARD

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