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21 mai 2019

Raoni, représentant des indigènes brésiliens, voyage en Europe pour défendre l’Amazonie

Raoni, chef indigène brésilien, visite l’Europe pour trois semaines afin d’alerter sur l’augmentation de la déforestation en Amazonie depuis l’arrivée du président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Photo : Reuters Philippe Wojazer

Le célèbre chef indien brésilien, Raoni Metuktire, reconnu pour le plateau rond qu’il porte à la bouche, passe trois semaines en Europe afin de rencontrer les chefs d’État et le Pape, pour les mettre en garde contre la déforestation. Il vise la collecte d’un million d’euros pour la protection de la réserve de Xingu ainsi que l’achat de drones et d’autres équipements techniques pour en assurer la surveillance. Sa visite a commencé à Paris où il a rencontré le ministre de l’Environnement, François de Rugy, à qui il a offert un bâton pour « assommer ses ennemis ». Il se rendra ensuite après en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, à Monaco pour finalement s’entretenir avec le Pape au Vatican.

Depuis quelques semaines, des braconniers sont arrivés dans la forêt amazonienne au Brésil avec de faux papiers en s’écriant qu’ils venaient de vendre des bouts de terre qui ne leur appartenaient pas. Malgré la réduction importante de la déforestation pendant le mandat de Lula da Silva, les derniers mois ont augmenté de plus de 54%, d’après l’ONG Imazon. Les représentants de plus de 300 tribus se sont rendus fin avril à Brasilia pour protester contre la politique de Bolsonaro, laquelleest une véritable menace pour leurs réserves.

Selon le dirigeant brésilien, les peuples autochtones possèdent beaucoup de terres pour une faible population. Il a d’ailleurs publié un décret dans lequel il désigne le Ministère de l’Agriculture, plus exactement Tereza Cristina da Costa, ministre de l’Agriculture, pour s’occuper des territoires des peuples autochtones, autrefois gérés par un organisme spécial pour la protection des Indiens. Ce décret a pour but de remplacer les arbres par des cultures de soja et du bétail. Cette politique extrême du président a profondément affecté les communautés autochtones leur retirant des attributions en fonction de la démarcation des terres et des licences environnementales à la Funai, organisme public chargé des sujets indigènes.

Raoni rappelle que l’Amazonie est le poumon de la terre, qu’elle capte le carbone et nous donne de l’oxygène. Le cacique du peuple Kayapo a acquis une reconnaissance internationale et il est prêt à défendre les siens, même si cela doit entraîner sa morte. Au Brésil, il y a environ un million d’indigènes qui habitent dans la forêt amazonienne, dont 305 ethnies et depuis la Constitution de 1988, ils bénéficient d’un usage exclusif de la terre. Néanmoins, ils sont de plus en plus menacés par l’expansion de l’agriculture, les extractions minières et la déforestation. Après tout, ce ne sont pas seulement les indigènes qui vont subir les conséquences de la déforestation, mais l’ensemble de la planète.

Andrea RICO

Site Raoni

Plongée dans le fantastique de l’horreur avec «Meurs, monstre, meurs» d’Alejandro Fadel

Sélectionné à Cannes l’année dernière dans la catégorie Un Certain Regard, Meurs, monstre, meurt est le second long-métrage du réalisateur Alejandro Fadel après Los Salvajes en 2012 (présenté pendant la Semaine de la Critique à Cannes). Pour son deuxième film, le réalisateur troque le western pour nous livrer un conte fantastique torturé et radical. Distribué par UFO, le film est  sorti en salle le 15 mai dernier.

Photo : Meurs, monstre, meurs

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : «Meurs, Monstre, Meurs»…

Le baroque d’une esthétique où la folie devient palpable

Objet perturbant que ce film qui ne mâche pas ses moyens pour rappeler au spectateur ce qu’il est et ce dès sa scène d’ouverture : longues traînées de sang, gorge éventrée en gros plans… C’est un meurtre épouvantable encore tout chaud qui nous accueille après le générique, laissant planer avec lui une interrogation qui restera mystérieuse jusqu’au dénouement du film : dans ce territoire de contes de fées gothique, qui est  vraiment à l’origine de cette violence ?

À la manière du meurtrier présumé, cet homme épouvanté retrouvé dans les hauteurs des montagnes enneigées, la folie qui le contamine s’immisce en nous très vite après ce premier meurtre. Et il nous est souvent difficile de cerner ce qui appartient au réel de ce qui est fantasmé tant à l’écran les deux dimensions s’exécutent sous nos yeux dans la même atmosphère glauque, purulente et brumeuse qui définit toute l’esthétique du film. Les lieux de vie des habitants sont insalubres et la nuit, les teintes bleu, verte et rouge habillent les scènes de meurtres et de vie de nos protagonistes. En guise de décor, l’auteur réinvestit ses montagnes natales de la Cordillère des Andes comme pour Los Salvajes, son premier long-métrage. Il les filme à la manière du reste, comme un décor chargé de noirceur qui étend son ombre sur chaque individu. Dans tout ce macabre, Fadel apprécie la belle photographie et la beauté des artifices de sa mise en scène participe autant si ce n’est plus à l’irréel de cette histoire, au côté des compositions d’Alex Nante.  Ainsi les trombes d’eau qui se déversent à l’écran dans la scène du dernier meurtre forment un rideau opaque vertical qui strie le cadre et les personnages dans un expressionnisme baroque appuyé et sublime.

L’enquêteur Cruz, incarné par l’impressionnant Víctor López, participe à cette confusion avec son physique de bête, buffle au regard fatigué et à la gestuelle alourdie qui possède une voix d’outre-tombe ; organe extraordinaire qui nous fait douter de son appartenance au genre humain. Et le physique si singulier de son amante, incarnée par l’Argentine Tania Casciani, est terriblement troublant, comme son jeu désincarné. Pourtant, c’est chez ces deux créatures qu’éclot la douceur. Un amour naïf qui libère Cruz de sa torpeur habituelle le temps d’une séquence mémorable pour exécuter une chorégraphie troublante où son corps, toujours maladroit et si abîmé, redevient aérien, comme libéré des maux de cette intrigue tortueuse.

Oui le monstre existe, et c’est un monstre

L’enquête policière s’amuse à reprendre les codes du genre avec un certain classicisme. Meurtres en série dans un territoire isolé et meurtri (l’isolement avec le reste du monde n’a-t-il jamais été aussi puissant à l’écran que dans ses montagnes torturées ?), une enquête dirigée par un duo de policiers très différents, un village habité par les mystères… Autant d’éléments scénaristiques qui font la force du revival du cinéma policier à l’écran depuis vingt ans aux quatre coins du monde, chez des réalisateurs aussi talentueux que Bong Joon-Ho (Memories of murder) ou Alberto Rodríguez (La isla mínima). Il n’est pas difficile d’imaginer le malin plaisir pris par Fadel à inscrire son film dans cette longue tradition ; en y injectant malicieusement une intention rafraîchissante, il se permet aussi non sans prétention la construction d’un objet neuf.

Alejandro Fadel interroge la peur. Celle provoquée par le monstre, cet inconnu invisible peut-être fantasme de toute une population, qui contamine et tue ses habitants isolés. Ce paysage de montagne, c’est aussi le cadre d’une vie autarcique en proie souvent à la peur de l’inconnu, quel qu’il puisse être. Un dialogue avec des sujets actuels est possible en partant de cette idée, mais il n’est pas nécessaire d’approfondir la réflexion pour trouver du plaisir au film. Meurs, monstre, meurs est un film de monstre. Symbole de cette peur peut-être, il n’empêche que la créature existe, réellement. Rappelons-le, dans ce film, le monstre est un vrai monstre. Une créature organique immense et obscène rappelant des peintures affolantes de l’enfer autant que la beauté artisanale des créatures articulées disparues du cinéma d’horreur depuis bien longtemps au profit d’effets spéciaux parfois chaotiques. Et l’auteur se plaît à le laisser apparaître à l’écran pendant de longues minutes.

De la noirceur des esprits aux scènes oniriques, tout est à envisager comme une matière explicite qui se suffit à elle-même. Joli oxymore du film fantastique qui ne dit pas cette fois plus que ce qu’il montre. Comme une allégorie de la non signification qui tourne au ridicule la démarche psychanalytique des mastodontes du genre. Qui dynamite la narration en la rendant inefficace. En faisant du film un spectacle de sensations épidermiques, une expérience en deçà du verbe : la tentative de figer sur pellicule une horreur indicible. Tout tient dans la démarche de son auteur : «Plus que l’histoire en soi, ce qui m’intéresse, c’est l’arrangement des différents éléments. On ne peut pas continuer à exiger que le cinéma soit une machine à raconter des histoires. Il faut qu’on renonce à cette bataille et qu’on délègue cette fonction à la télévision… Le cinéma doit se nourrir d’autre chose s’il aspire à se renouveler.»

Et dans sa tentative de redéfinir ce qu’est le cinéma, Fadel ambitionne pour le spectateur un regard qui n’est sans doute pas tout à fait celui qui est posé. En s’inscrivant dans cette lignée du cinéma codifié, le risque est qu’il encadre naturellement le regard dans un cheminement de pensée bien rôdé qui n’induit peut-être pas le lâcher prise suffisant pour apprécier un tel film, ce qui aura tendance à le rendre hermétique pour bon nombre d’habitués du genre.

Finalement, Meurs, monstre, meurs propose un cinéma d’horreur tout à fait décomplexé où les poncifs du genre sont exacerbés au nom d’une esthétique suintante, vicieuse, sexuelle, soigneusement poussive. Certes, la narration se veut opaque, appelant à plus d’interrogations qu’elle ne propose de réponses, mais l’expérience sensorielle abstraite est généreuse. Elle signale une posture intransigeante, presque militante, qui offre un voyage brutal au pays des monstres dans une grammaire coulant de premier degré. Pour toutes ces qualités, le film d’Alejandro Fadel reste un bijou rafraîchissant et génialement novateur, le caprice d’un auteur exigeant toujours primé qu’on espère prolifique dans les années à venir.

Kévin SAINT-JEAN

Meurs, montre, meurs d’Alejandro Fadel, Thriller fantastique, Argentine, 1 h 39 – Voir la bande annonce

Rencontres et débats par l’Observatoire de l’Amérique latine à Paris

Animées par Jean-Jacques Kourliandsky, l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès organise trois rencontres autour de divers sujets internationaux : le racisme et le sexisme au Brésil, l’immigration et la vie politique colombienne. 

Photo : Iris et édition Anacaona

La Fondation Jean-Jaurès est à la fois un «think tank», un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde. Reconnue d’utilité publique, la Fondation prend en charge de servir l’intérêt général. Par la mobilisation de pouvoirs publics, des politiques, des experts et des citoyens, ils encouragent la rencontre de leurs idées et le partage des meilleures pratiques par des débats, des productions et des actions de formation. Issue de la Fondation, l’Observatoire de l’Amérique latine entend contribuer, à son échelle, à rétablir un intérêt mutuel distendu entre les progressistes français et latino-américains en organisant régulièrement des rencontres entre différentes personnalités d’Amérique latine et des responsables politiques et associatifs français. Il réfléchit, dans un cadre d’analyse et de prospective, aux grandes thématiques politiques nationales, régionales mais aussi internationales.

Dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, la Fondation Jean Jaurès débute ses rencontres le 23 mai avec un débat autour le racisme et le sexisme dans le Brésil de actuel. La victoire à l’élection présidentielle du candidat d’extrême droite au Brésil, Jair Bolsonaro, ainsi que ses différentes prises de position, ont provoqué une très inquiétante augmentation de propos mais aussi d’actes racistes et sexistes. Autour de ses questions, sera programmé un débat à la Fondation avec l’activiste brésilienne Djamila Ribeiro. Sera également présente Paula Anacaona, directrice des Éditions Anacaona. Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation, introduira et conclura le débat. La rencontre sera animée par Adèle Goliot, administratrice d’Autres Brésils. Rendez-vous le 23 mai de 18h30 à 20h30.

Attention : cette conférence est désormais complète, mais vous pouvez cependant la suivre en direct sur notre site le 23 mai à partir de 18h30 ! Si vous vous inscrivez ici, vous recevrez un message quelques heures avant le streaming pour vous le rappeler. 

Organisé en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le 28 mai le focus latinoaméricain continue avec un ciné-débat : la diplomatie au service de la liberté. D’abord avec la projection du documentaire «Visa pour le paradis», réalisé par Lillian Liberman Shkolnikoff, et suivi d’une intervention avec Jean Mendelson, ancien ambassadeur de France à Cuba. Le documentaire «Visa pour le paradis» est consacré à Gilberto Bosques, consul du Mexique à Marseille en 1940, qui parviendra, avec son équipe, à sauver plus de 20 000 Espagnols et plusieurs milliers de Juifs, Libanais, Allemands, Autrichiens, qui couraient alors le danger de perdre la vie dans une France occupée par le régime nazi. On peut y retrouver les témoignages de Gilberto Bosques et de ceux qui furent sauvés. La rencontre permettra également d’aborder la question du rôle des diplomates face à des situations de crise de cet ordre. Le débat sera animé par Jean-Jacques Kourliandsky. Rendez-vous le 28 mai de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet événement.

Finalement, le 6 juin la Fondation vous invite à une rencontre autour de la vie politique colombienne. La victoire en 2018 à l’élection présidentielle colombienne d’Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, semble avoir remis en cause l’accord de paix signé entre l’ancien président Juan Manuel Santos et les Farc. L’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation en débat avec trois éminents observateurs de la vie politique colombienne. Cette rencontre réunira Juan Carlos Ruiz Vasquez et Rubén Sánchez, professeurs de l’université del Rosario de Bogota, coauteurs de l’essai collectif «Notes au président colombien», et Angélica Montes Montoya, co-directrice du Grecol-ALC (Groupe de réflexion et d’études sur la Colombie-Amérique latine et Caraïbe). La rencontre sera également animée par Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation. Rendez-vous le 6 juin de 18h30 à 20h30. Inscrivez-vous par e-mail pour participer à cet évènement.

D’après la Fondation Jean-Jaurès

Pour plus d’informations sur l’Observatoire et les événements à venir sur la Fondation Jean-Jaurès, 12 Cité Malesherbes, 75 009 Paris.

«De mères en filles» de Maria José Silveira, une histoire féminine du Brésil

C’est une vaste entreprise : l’intention de Maria José Silveira était de faire revivre par l’intermédiaire de plus de vingt femmes rien moins que tout un pays, le sien, le Brésil. La première, Inaiá, naît en 1500 ; la dernière citée, Amanda, était un bébé en 2002, quand le livre a paru dans son édition originale. De la conquête à l’actualité, les siècles défilent sous nos yeux, les changements historiques se matérialisant sous les traits de ces personnes. 

Photo : Babelio 

On comprend l’intérêt que présente une telle œuvre pour les Brésiliens (et encore davantage pour les Brésiliennes). Pour un Européen (ou une Européenne), la lecture en sera sans doute différente. On découvre pour commencer des pans entiers de l’histoire du pays probablement inconnus de la majorité : la guerre, vers 1645, entre Portugais, les «maîtres» d’alors, et Hollandais qui auraient bien aimé s’approprier une région pleine de richesses, n’est pas vraiment fixée dans notre mémoire collective. 

Les ambiances campagnardes d’un pays en formation sont parfaitement décrites, à une époque où la vie n’était facile pour personne. Sur des terres souvent ingrates, sous un climat inconnu des nouveaux arrivants, si on parvenait à s’enrichir pendant un certain temps, on pouvait aussi à tout moment tout perdre en un mois ou même en un jour. Dans ces conditions, le rôle des femmes est capital, bien qu’il ne soit que très rarement reconnu. 

Les métissages sont nombreux, c’est normal, on est au Brésil, les jeunes filles, les femmes, capables d’aimer, de haïr, de tuer, de créer, se ressemblent tout en ayant chacune leur personnalité. Certaines se distinguent, Sahy, fille d’Indienne et de Normand, Guilhermina aux cheveux de feu ou Lígia, «disparue» à 20 ans au moment de la terrible dictature. 

Les hommes aussi, maris, amants, pères toujours, font l’objet de portraits souvent soignés : ils se ressemblent tous un peu. Comme le féminisme, le machisme se transmet d’une génération à l’autre, la société est ainsi faite. 

Un lecteur européen regrettera probablement que la grande histoire du Brésil ne soit qu’évoquée un peu trop superficiellement : l’Empire, la République ne sont que des toiles de fond et ledit lecteur manque forcément de repères. Mais le long défilé de ces femmes (et de leurs conjoints), sans parvenir à constituer une fresque historique, acquiert le charme de la répétition. Ce défilé présente peu d’aspérités, les femmes ne sortent pas des normes qui leur étaient imposées par une société peu imaginative, leurs révoltes restent très limitées et, face aux mariages qui inévitablement tournent à la déception, elles réagissent toutes sans provoquer trop de vagues. Même les anarchistes ici sont des modérés ! 

À l’opposé de la plupart des auteurs latino-américains, Maria José Silveira, fille d’un député démocrate, refuse le spectaculaire, le bizarre ou la violence. Elle offre un tableau historique vaste et un peu trop lisse. 

Christian ROINAT 

De mères en filles de Maria José Silveira, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éd. Denoël, 480 p., 23,90 €. 

Maria José Rios Peixoto da Silveira Lindoso est écrivaine, traductrice et éditrice, née au Brésil à Jaraguá, Goiás en 1947. Fille de l’homme politique José Peixoto da Silveira (1913-1987), elle est diplômée de la Faculté de communication de l’Université de Brasilia. Elle a travaillé comme rédactrice publicitaire à São Paulo à partir de 1969. Persécutée par la dictature militaire, accusée de subversion en 1971, elle a vécu clandestinement avec son mari au Pérou jusqu’en 1973. Maria José Silveira rentre au Brésil en 1976 et fait des études de troisième cycle en sciences politiques à l’Université de São Paulo.

La crise continue au Nicaragua, le danger pour les opposants reste omniprésent

La crise du Nicaragua continue et le gouvernement d’Ortega est toujours aussi répressif. Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, et environ 62.000 Nicaraguayens se sont exilés. Jeudi 16 mai, l’un des opposants détenus, Eddy Montes, est décédé suite à un accident.  

Photo : Reuters Oswaldo Rivas

Suite à cette crise qui perdure, le gouvernement s’est engagé à libérer les prisonniers politiques, à restaurer les libertés publiques et à permettre aux exilés de revenir dans leur pays. Mais malgré ces engagements, aucun accord n’est respecté, la crise continue de s’accentuer, ce qui laisse le pays dans une impasse sociopolitique. Socialement, la précarité de la vie quotidienne devient inévitable et insupportable pour les habitants. La malnutrition et la pauvreté continuent de s’étendre. Économiquement, l’effondrement du commerce continue de manière  sidérante. Pratiquement tous les économistes prévoient que le ralentissement ne va que s’approfondir. Au premier trimestre de 2019, la production industrielle a chuté. Le prix de l’essence et le chômage ont augmenté. La stratégie de Daniel Ortega-Murillo est celle de négocier directement avec les représentants des grandes entreprises afin d’éviter une dépression économique majeure. 

En ce qui concerne l’opposition, celle-ci cherche à trouver des alliés pour acquérir la confiance et l’appui de la société nicaraguayenne et ainsi mettre fin à la dictature. Or, lors de manifestations en 2018, des centaines d’opposants au pouvoir de Daniel Ortega ont été arrêtés par les forces de l’ordre puis mis en détention à la prison Modelo. Ce centre pénitencier de haute sécurité, situé à vingt kilomètres au nord de la capitale Managua, a récemment vu l’un de ses détenus mourir lors d’un accident.  

Eddy Montes, un opposant américano-nicaraguayen était détenu dans cette prison depuis des manifestations auxquelles il avait participé en 2018. Jeudi 16 mai 2019, après avoir été blessé au cours d’un «affrontement» avec un membre du personnel de la sécurité, cet opposant de 57 ans est décédé. Selon le ministère de l’Intérieur, l’incident aurait commencé lorsqu’ «un groupe de prisonniers s’est jeté sur le personnel de sécurité et a lutté avec l’une des sentinelles avec la claire intention de lui prendre son arme réglementaire. Au cours de cette lutte, un coup est parti et a atteint le détenu». Le ministre de l’Intérieur, Luis Cañas a annoncé qu’après l’accident, le blessé avait été transféré vers un hôpital où les médecins ont tenté de le réanimer.   

Suite à cette disparition, à Matagalpa, la ville d’ Eddy Montes, des dizaines de personnes se sont rassemblées avec des photos du défunt pour réclamer que justice soit faite. Selon les médias locaux, des forces antiémeutes ont alors été déployées. Concernant la réaction du  gouvernement face à cette tragédie, Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains, a condamné les événements survenus dans la prison. Il en a profité pour rappeler que le gouvernement nicaraguayen s’est engagé le 29 mars à libérer les opposants détenus dans un délai de 90 jours. 

Eulalie PERNELET 

L’éducation, la clé de la crise du Brésil selon l’ancien président Lula da Silva

L’ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, emprisonné depuis déjà plus d’un an à la prison de Curitiba, offre un deuxième entretien au journaliste Kennedy Alencar de la BBC sous l’autorisation de la justice. 

Photo : France Amérique latine

La thématique invoquée est l’orientation politique actuelle du président Jair Bolsonaro, partisan et défenseur des armes, qu’il devrait davantage centrer sur l’éducation. «Bolsonaro est un dément qui croit que les armes sont la solution au problème du Brésil, alors que la solution se trouve dans les livres et les écoles» déclare Lula dans sa seconde interview. Il continue en exclamant que «Bolsonaro soutient l’État policier, un état armé. Il est malade et croit que le problème du Brésil se règle avec les armes. La solution est dans les livres et les écoles» s’exclame-t-il en révisant les chiffres des gouvernements des Partis des Travailleurs (PT) relatifs à ces questions : 18 nouvelles universités fédérales, 173 campus et presque le double d’étudiants inscrits en licence (entre 2003 et 2014, le nombre d’étudiants est passé de 505 000 à 932 000).

«Si le Brésil veut être respecté, il doit prendre soin de lui-même. Pas par le discours, mais avec la pratique. Au lieu de raconter des âneries, il devrait finir son mandat en créant plus d’universités, en amenant plus d’enfants à l’école et en construisant plus de maisons» ajoute Lula en dénonçant la guerre que le nouveau gouvernement mène contre l’éducation publique pour tenter d’effacer l’héritage des gouvernements du PT. «J’ai l’impression que Bolsonaro n’a aucune idée de ce dont il parle, il ne connaît rien de la politique étrangère ni de l’économie» s’exclame Lula, soulignant que son gouvernement n’a pas de méthode ni de stratégie. 

Il réaffirme son innocence et défie au juge qui l’a condamné en première instance, Sergio Moro, actuel ministre de la Justice de Bolsonaro, à fournir des preuves contre lui. «Montrez une seule preuve contre moi ! Moro est né pour se cacher derrière une toge, il doit faire face au débat maintenant. J’aimerais sortir d’ici et débattre avec Moro en l’invitant à fournir de véritables preuves au sujet des crimes que l’on m’a imputés.»

La défense de l’ex-dirigeant a demandé un recours au Tribunal supérieur de Justice pour l’octroi du bénéfice du régime ouvert après réduction de sa peine de douze à huit ans et dix mois. Lui restant moins de huit ans de peine à purger, la loi brésilienne lui permet l’accès au régime ouvert. «Le recours fait appel à une exécution de la peine au régime ouvert dans le cas où la peine n’est pas révoquée ou l’annulation totale du procès n’est pas acceptée.» D’après une note divulguée par Cristiano Zanin Martins, chef de l’équipe de juristes défendant Lula. L’équipe dénonce également dans le recours la présence d’incohérences, bien que la peine ait été réduite de 12 ans et un mois à 8 ans et dix mois. Elle affirme que le but de ce recours «n’est pas seulement la modification de la peine, mais l’acquittement absolu».

D’après LaRed21
Traduit par Andrea RICO

Les expositions «Lisières» et «Mimesis» à la Maison de l’Amérique latine de Paris

La Maison de l’Amérique latine à Paris reçoit David Solis et Marlov Barrios avec leur exposition Lisières et Mimesis, du 24 mai au 24 juillet 2019 à l’occasion de la 6e édition de la VI Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France.

Photo : Maison de l’Amérique latine  

Tous les deux formés d’abord dans l’architecture, David Solis et Marlov Barrios sont des artistes centre-américains qui, par la création de motifs élaborés, transmettent une ambiance mystique propre à leurs pays natals. À travers la nature et l’alliance syncrétique entre les mondes précolombien et contemporain, Solis et Marlov nous invitent à découvrir le Guatemala et le Panama par leurs diverses formes d’art.  Né à Panama en 1953, David Solis s’est installé à Montpellier pour développer sa carrière d’artiste. Même à distance, il demeure très présent dans le milieu culturel de sa ville natale. La galerie Habitante prend en charge de le représenter dès 1990 et durant les années qui suivirent. Depuis, le sujet de ses expositions se concrétise, les forêts denses, puis les troncs serrés et les rives deviennent sa matière première. C’est ce corpus d’œuvres «tropicales, urbaines et forestières» qui définit son style artistique. Un style qui pourrait se traduire comme un voyage à l’intérieur d’une nature secrète, humide et inatteignable par les hommes. Composée d’une cinquantaine d’œuvres (2008-2018), l’exposition Lisières à la Maison de l’Amérique latine est la première exposition monographique de David Solis à Paris.  

Marlov Barrios est né à Guatemala en 1980 et formé à Mexico. Il est le cofondateur du Taller Experimental de Gráfica de Guatemala (Atelier expérimental de graphique de Guatemala), association pour l’enseignement et la valorisation de la gravure. Il a aussi ouvert La Ruleta, un espace pour la promotion de l’art contemporain à Guatemala City. Jusqu’à présent, Barrios a présenté dix-sept expositions individuelles à Guatemala, à Mexico, au Costa Rica, ou encore au Salvador. Avec une formation similaire à celle de Solis, Barrios se démarque du reste de ses compatriotes artistes par sa pratique artisanale. Il utilise une convergence de la peinture à l’huile, les collages, le dessin à main levée et même la sculpture de bois. La Maison de l’Amérique latine à Paris invite Marlov Barrios à réaliser, dans le cadre de la 6e édition de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, une «intervention in situ» qui recouvrira directement les murs de la Salle Asturias. Il s’agit d’une œuvre murale sans sketch préparatoire, concept qui la rend particulièrement originale et éphémère.  

La Maison de l’Amérique latine ne met pas seulement en relation deux artistes, mais deux pays, deux générations et deux manières de saisir la réalité pour la transposer au moyen artistique. Le rassemblement de Solis et Barrios permet au spectateur de choisir un univers auquel il pourra s’immerger et découvrir, par un nouvel angle, les différentes facettes de ces pays centre-américains. La réunion de Lisières et Mimesis transforme une visite au musée en une expérience visuelle qui par l’accumulation de plusieurs éléments semble enserrer le spectateur.  

Amaranta ZERMEÑO  
D’après la Maison de l’Amérique latine 

Lisières – David Solís / Mimesis – Marlov Barrios – du 24 mai au 24 juil 2019. Infos pratiques : du lundi au vendredi  de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, fermé les dimanches et jours fériés. Le vendredi 31 mai de 14h à 18h. Entrée libre. 

En souvenir de Leopoldo Brizuela, un grand romancier et poète argentin

Le 14 mai 2019, Leopoldo Brizuela est mort jeune, à 55 ans, des suites d’un cancer aux intestins. Sitôt apprise, la nouvelle a causé une commotion. Il était un Grand des lettres argentines contemporaines, il était aussi quelqu’un de très aimé par tous ceux qui l’ont connu. Et je suis fière d’en avoir fait partie. 

Photo : Gustavo Garello

La photo est encore sur une étagère de ma bibliothèque. Elle a été prise lors de la présentation, que j’ai eu l’honneur de conduire dans le cadre des Belles Latinas, d’un roman magistral, Angleterre, cette fable, de l’écrivain argentin Leopoldo Brizuela. Je suis en train de parler devant le micro ; il me regarde d’un air amusé et avec un sourire bienveillant. Petit, brun, chaleureux, les yeux pétillants et néanmoins mélancoliques, humble et solidaire. Ainsi était Leopoldo. Et c’est si difficile de le dire comme cela, au passé.  

Poète, traducteur, romancier, enseignant, Leopoldo était né le 8 juin 1963 à La Plata, ville dans laquelle il a vécu la plupart de sa vie, ville qui est aussi le lieu où se déroulent certains de ses romans. Il avait gardé des souvenirs douloureux de son adolescence sous la dictature militaire des années 1970, dont quelques-uns ont probablement été exorcisés lors de son impeccable traduction à l’espagnol de Manèges, le très beau roman de Laura Alcoba. Il y a aussi fait ses études de lettres et de droit, inachevées probablement parce que la pulsion de l’écriture était plus forte. Je l’ai interviewé des années plus tard dans cette Université, il était à la fois ému et amusé de revenir comme écrivain consacré dans cet établissement qu’il avait fréquenté comme étudiant et qu’il avait quitté sans diplôme.  

Il avait suivi aussi une formation en chant et en musicologie avec la musicienne, compositrice et poétesse Leda Valladares, dont il accompagna pendant plusieurs années le travail de recherche, de compilation et d’interprétation de musiques folkloriques. Lors de sa visite à Lyon comme invité des Belles Latines, dans la soirée de clôture du Festival, il n’avait pas hésité à prendre la guitare et à partager avec nous une partie de son répertoire. 

En tant qu’écrivain il a été rapidement reconnu par le public et par le milieu. Les prix littéraires sont arrivés dès son premier roman, Tejiendo agua, publié lorsqu’il avait 17 ans, et distingué par la Fondation Fortabat en 1985. Suivront InglaterraUna fábula reconnu par le Prix Clarín en 1999, puis Lisboa, Un melodrama en 2010, Una misma noche remporte le Prix Alfaguara en 2012 et enfin Ensenada, Una memoria paraît courant 2018. Il a également publié la nouvelle El placer de la cautiva en 2000 et un volume de récits, Los que llegamos más lejos en 2011. 

Traduit en plusieurs langues, son œuvre suit la plupart du temps le fil de mémoires historiques et culturelles entremêlées, qui mettent en rapport des cultures, des pays, des identités plurielles et complexes. L’Histoire de son pays, l’Argentine, est toujours présente de manière oblique ou explicite ; les images de l’horreur imposée par la dernière dictature militaire sont évoquées parfois sans les nommer, ou par l’entremise d’autres instances similaires datant du XIXe siècle, ce qui permet à l’auteur dans Inglaterra, Una fábula, de produire des représentations synthétiques et très puissantes de la souffrance des populations. Notamment lorsqu’il suggère l’analogie entre le génocide perpétré contre les peuples originaires du sud du pays et les exécutions et disparitions des années 1970. La racine de la violence politique est mise en évidence, ainsi que ses connotations racistes et discriminatoires. Mais il se projette aussi vers d’autres horizons, en produisant des croisements éclairants entre l’Angleterre et l’Argentine, entre Lisbonne et Buenos Aires dans Lisboa, Un melodrama, entre le tango et le fado. Tout cela dans un contexte historique souvent secoué par des crises, ce qui lui permet de sonder les imaginaires et de révéler les arcanes de l’âme humaine, si semblables au-delà des différences. Les deux derniers romans sont plus étroitement liés à l’Histoire argentine et à deux périodes clés : la dictature des années 1976-1983 et la chute du deuxième gouvernement de Perón en 1955. 

Au-delà des sujets choisis, Leopoldo était un écrivain exigeant. La structure de ses romans était complexe et proliférante, les voix multiples et contrastées, la prose somptueuse, baroque, parfois incantatoire ; le ton, unique et immédiatement reconnaissable. Leopoldo se refusait au minimalisme à la page, il fouillait dans l’expérience comme un explorateur des profondeurs, et dans la langue comme un chercheur de trésors cachés. Et il trouvait toujours la pépite d’or du sentiment ou du mot juste.  

Tu vas nous manquer, Leopoldo. Ta simplicité, ta tendresse, ton engagement politique à côté des Mères de la Place de Mai ; tes blessures aussi, souvent sublimées, toujours présentent. Nous continuerons à te lire, c’est promis. 

María A. SEMILLA DURÁN

Leopoldo Brizuela est né en 1963 à La Plata (Argentine). Romancier, poète et traducteur, il a écrit son premier roman Tejiendo agua à l’âge de 17 ans. En 1999, Angleterre : une fable obtient le Prix Clarín et le prix de la Ville de Buenos Aires et est traduit en France aux éditions José Corti, qui publient également Le Plaisir de la captive. Leopoldo Brizuela, dont les livres sont traduits dans de nombreuses langues, vivait à Buenos Aires, où il a travaillé comme critique littéraire et dirige plusieurs ateliers d’écriture. Son dernier livre en français : La Nuit recommencée traduit de l’espagnol (Argentine) par Daniel Iaculli (2014).

 

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