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1 décembre 2018

Camilo Catrillanca, jeune Mapuche tué sans aucune justification par la police chilienne

Des plaintes pour vol de voiture dans une petite ville d’Araucanie, puis Camilo Catrillanca, un jeune mapuche tué par balle par le commando «Jungle» des forces de sécurité chilienne. Une carte mémoire de caméra embarquée qui est détruite. Un témoin de 15 ans qui aurait été torturé. Un journaliste révèle l’existence d’une liste de personnalités mapuches surveillées. Tout cela dans le climat militarisé d’une zone rurale où un peuple indigène tente de défendre ses droits face aux grandes entreprises forestières.

Photo : Alberto Valdés (EFE)

Cela pourrait être la quatrième de couverture d’un nouveau thriller, le Millenium sud-américain. Mais il s’agit de la nouvelle affaire secouant le Chili depuis quelques semaines. Le temps passe et les circonstances de la mort de Camillo Catrillanca se troublent de plus en plus. Le 14 novembre dernier, dans la commune d’Ercilla, à 600 kilomètres au sud de Santiago, trois véhicules de professeurs d’une école sont volés. Selon les forces de police, la suite de l’enquête mène les gendarmes à la communauté mapuche de Temucuicui. À leur arrivée sur place, une fusillade éclate et Camillo Catrillanca est tué alors qu’il tentait de fuir.

Dès la mort du jeune homme, des voix s’élèvent pour demander à ce que les circonstances du drame soit éclaircies. Le vice-président et ministre de l’Intérieur, M. Patricio Chadwick, annonce le 16 novembre que Camillo Catrillanca avait des antécédents judiciaires. Peu de temps après, sa famille rend public l’extrait du casier judiciaire de la victime, et M. Chadwickre revient sur ses déclarations. Camilo Catrillanca n’avait pas d’antécédents judiciaires mais était connu des services de police.

Par ailleurs, les gendarmes ne peuvent pas prouver que Camilo Catrillanca était lié au vol de voiture. Plus grave, il est rapidement établi qu’il ne fuyait pas et qu’il a été abattu d’une balle à l’arrière de la tête alors qu’il était au volant de son tracteur. Un adolescent de 15 ans l’accompagnait et devient ainsi le principal témoin de sa mort. Arrêté par les forces de l’ordre, l’identité de l’adolescent est gardée secrète.

Le 21 novembre, le Général Hermes Soto, à la tête du corps des Gendarmes, déclare devant la commission Sécurité de la Chambre des députés qu’un de ses hommes a détruit la carte mémoire de sa caméra embarquée. Ce gendarme portait en effet, lors de l’opération ayant aboutie à la mort de Camilo Catrillanca, une caméra GoPro dont les images auraient pu éclairer les circonstances du drame. La raison avancée pour expliquer cette destruction est que cette carte mémoire contenait également des images intimes de lui et de sa femme.

Le jeune témoin qui accompagnait Camilo Catrillanca au moment du drame reste ainsi la seule source disponible pour que la justice puisse comprendre le déroulement des évènements. De nouveau, les méthodes des forces de l’ordre sont remises en question. L’Institut des Droits Humains a ainsi annoncé porter plainte contre l’État, disant avoir la preuve que ce jeune homme avait été victime de torture lors de sa détention.

Plusieurs éléments inquiètent la défense. L’avocat de la famille Catrillanca réclame en effet la restitution des vêtements de la victime, ceux-ci ayant mystérieusement disparus entre le moment de sa mort et son arrivée à l’hôpital. Toutefois, d’après les premiers éléments de l’enquête, aucune trace de poudre n’a été relevée, que ce soit sur les vêtements ou sur le corps de Camilo Catrillanca, mettant à mal la thèse d’un affrontement armé. Par ailleurs, l’enquête établit que 21 douilles de balles ont été retrouvées sur les lieux, ce qui effrite un peu plus la version officielle des gendarmes, qui disent avoir répliqué de manière proportionnelle à des tirs.

De plus, le groupe de gendarmes qui a pris en charge cette affaire de vol de voiture est un commando surnommé «Jungle». Il s’agit d’une unité de 80 hommes récemment créée, formée aux États-Unis et en Colombie à la lutte armée contre les narcotrafiquants en terrain hostile. Une partie de l’opposition s’est interrogée quant à la pertinence d’une telle unité dans le cadre de la lutte contre les Mapuches, mettant en avant la faible dangerosité des mouvements de défense indigènes et questionnant l’assimilation des Mapuches à des réseaux terroristes.

Surtout, ce groupe ne devait intervenir, selon ses ordres de mission, que dans le cas d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes armés. Il est donc incompréhensible pour une partie de l’opinion publique que ce soit ce commando qui ait pris en charge ce qui au départ n’était qu’une affaire de vol de voiture. Les groupes mapuches et leurs sympathisants soupçonnent ainsi une volonté de militariser tout délit impliquant les communautés indigènes. Par ailleurs, comme le souligne la Comission Interaméricaine des Droits de l’Homme, Camilo Catrillanca était connu pour avoir été un des leaders des manifestations étudiantes en 2011 et était un des porte-paroles de sa communauté.

Enfin, le 27 novembre dernier, un journaliste du média d’investigation Centro de Investigación e Información Periodistica (Centre d’Investigation et d’Information Journalistique) révèle l’existence d’un fichier policier listant les principaux meneurs des organisations mapuches. Ce document a été élaboré par la Unidad de Inteligencia Operativa Especializada de Carabineros (Unité Spécialisée du Renseignement Opérationnel des Gendarmes). Cette unité aujourd’hui dissoute est également celle qui est impliquée dans «l’affaire Ouragan», un cas ayant révélé la fabrication de fausses preuves par cette unité pour pouvoir inculper plusieurs mapuches de crimes et délits qu’ils n’ont pas commis.

Ce fichier, recensant de nombreuses personnalités mapuches, comprend à la page 24 les membres de l’Alianza Territorial Mapuche (Alliance Territoriale Mapuche), une organisation défendant les droits de la communauté. Cette organisation est non-violente et a été à plusieurs reprises sollicitée par les différents gouvernements pour travailler sur les problématiques liées aux Mapuches. Le grand-père de Camilo Catrillanca, Juan Segundo Catrillanca, à la tête de l’organisation, et d’autres membres ont même participé à des réunions de travail à la Moneda lors du premier gouvernement Piñera (2010-2014). Le document contient également des commentaires sur les opinions politiques et les amitiés (sur les réseaux sociaux) de nombreux membres d’organisations mapuches diverses.

Pour le moment, l’enquête n’a pas permis d’établir qui a tiré sur Camillo Catrillanca. Le Ministère Public a ouvert trois enquêtes. La première concernant le vol de voiture initiale, la deuxième sur la mort de Camilo Catrillanca, et la troisième porte sur la destruction de preuves et les faux témoignages des policiers impliqués. Une quatrième pourrait être ouverte à partir de la plainte de l’Institut des Droits Humains concernant les actes de torture subis par le jeune témoin.

La Commission Interaméricaine des Droits Humains a fait part de sa préoccupation et appelle l’État chilien à enquêter de manière impartiale et rappelle que les forces de sécurité sont tenues de respecter les normes du droit international. Des sanctions administratives ont déjà été prises à l’encontre des gendarmes. Quatre hommes du commando «Jungle» ont été exclus des forces de police, le général et le préfet des forces de sécurité en Araucanie ont été contraint de démissionner. Par ailleurs, l’Intendant régional, nommé par le président, a quitté ses fonctions. Le président Sebastián Piñera s’est rendu dans la région à l’occasion de la nomination du nouvel Intendant.

Ces tristes évènements ont évidemment engendré plusieurs manifestations, aussi bien en Araucanie qu’à Santiago. Plusieurs affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants ont éclaté, y compris dans le cortège funéraire menant Camilo Catrillanca à sa dernière demeure. Celui-ci rejoint les nombreux mapuches tués ces dernières années en Araucanie, conséquence directe d’une militarisation toujours plus importante du conflit social, avec toutes les violences que cela engendre.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

La venue à Lyon de la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao pour le festival Documental 2018

La douzième édition du festival «Documental : l’Amérique latine par l’image» a accueilli la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao, dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas. Elle a présenté son long-métrage documentaire Kuyujani envenenado à l’Institut Cervantès le mardi 20 novembre, son film étant en lice pour les prix du jury et des spectateurs décernés à la fin du festival.

Photo : Beto Benitez (Pérou)

Alexandra Henao est vénézuélienne. Elle est diplômée en communication sociale (Université Catholique André Bello, Caracas, Vénézuela) et en cinématographie (Nation Film & TV School, Beaconsfield, Angleterre). Directrice cinématographique et de la photographie, les courts et longs métrages qu’elle a réalisés ont tous été primés dans son pays d’origine ainsi qu’à l’international.

La réalisatrice s’est rendue à Lyon la semaine dernière afin de présenter un long-métrage sur les questions amérindiennes et écologiques au festival «Documental, l’Amérique latine par l’image». C’est dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas que la structure culturelle Espaces Latinos a eu l’honneur d’accueillir Alexandra Henao.

Entre 2010 et 2016, la réalisatrice vénézuélienne s’est rendue à trois reprises dans les communautés Yekuana et Sanema qui souffrent d’une catastrophe humaine et environnementale. En effet, ces peuples risquent de disparaître sous peu car les lacs qui traversent leurs territoires et dont ils se servent pour les activités quotidiennes sont empoisonnés au mercure. Cet élément chimique que les locaux appellent le «vif d’argent» est utilisé pour extraire l’or des exploitations minières qui se développent de manière exponentielle sur les territoires indigènes. Jusqu’à 2016, ce commerce était absolument illégal mais n’en demeurait pas moins réel. Kuyujani envenenado montre l’impossible affrontement entre les communautés Yekuana et Sanema et ceux qui bénéficient de cette activité illégale et l’autorisent, au détriment des locaux et de leur santé. Le documentaire met en exergue l’implication de commanditaires militaires dans ce commerce qui, loin de le faire cesser, l’alimentent.

Les différentes séquences du film montrent l’altération du quotidien de ces peuples à cause d’activités polluantes, dangereuses et très rentables, dans un Vénézuela en crise économique. On ne peut que regarder, abasourdi, cette réalité qui nous est si lointaine se déployer devant nous, et se sentir révolté par cette injustice. L’approche humaniste et militante de la réalisatrice est frappante en ce qu’elle montre le bienfondé des revendications des Yekuana et Sanema qui, malheureusement, sont les laissés-pour-compte de ce désastre sanitaire et écologique.

Le mercredi 21 novembre, c’est à l’École Normale Supérieure de Lyon que son documentaire a été projeté, en miroir avec le court-métrage Mi territorio, de Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, lors d’une double-projection, suivie d’un échange avec le public.

Nina MORELLI

De gauche à droite : Nicolas Olivares Pereda, Alexandra Henao, Cécile Spanu, Arturo Rodriguez, Nina Morelli – Crédit : ENSeguida

“Les populations amérindiennes, la terre et l’écologie : un dialogue latino-américain”, une rencontre de réalisateurs à l’Ecole normale supérieure de Lyon

Dans le cadre du 12e festival «Documental : l’Amérique latine par l’image», les Nouveaux Espaces Latinos et ENSeguida, association latino-américaniste de l’ENS de Lyon ont organisé à l’ENS, avec le soutien de l’association écologiste ENvertS, une double projection de documentaires sur la condition de peuples amérindiens du Venezuela (communautés Yekuana et Sánema) et du Mexique (communauté Maya). Celle-ci s’est prolongée par une discussion avec les réalisateurs.

La rencontre a été modérée par Nina Morelli et interprétée par Nicolás Olivares Pereda. Les deux projections ont été suivies par un échange avec les réalisateurs Alexandra Henao (Kuyujani envenenado, Vénézuela), Cécile Spanu et Arturo Rodríguez (Mi territorio, France et Mexique). La rencontre a débuté avec une première interrogation : comment, en tant que réalisateur, peut-on s’intégrer à ces communautés indigènes ? Dans le cas d’Alexandra Henao, c’est un chef Yekuana qui lui a demandé de venir faire un documentaire sur une des fêtes traditionnelles les plus connues de cette communauté. Une fois sur place, elle a décidé de centrer son film sur la question des mines et des lacs empoisonnés au mercure, devant l’urgence de la situation.

Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, sont initialement allés dans des communautés indigènes au Mexique afin de filmer et d’interroger des spécialistes sur des questions écologiques et agricoles, dans le cadre d’un projet documentaire plus vaste. L’association Maderas del pueblo les a introduit dans une petite communauté maya. Cette association aide à l’autonomisation des peuples indigènes. Ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer : c’est bien plus la communauté qui les a intégrés.

L’échange s’est poursuivi sur les différences de modes de vie. Cécile Spanu et Arturo Rodríguez ont mis en avant ce qu’était le concept de «communauté». Ils ont découvert un tout, un fonctionnement harmonieux. Le rapport de la communauté à l’environnement est fusionnel. Arturo Rodríguez raconte le plaisir qu’il y a à se dire : «ce fleuve, c’est chez moi, cette forêt, c’est chez moi aussi. Finalement, pour nous qui cherchons une solution écologique et une manière de repenser notre vie avec le territoire, tout est déjà là. Ces peuples vivent selon le rythme de la nature, leur calendrier dépend de la croissance du maïs, et résulte donc d’une l’osmose avec la nature.»

La question du rapport à la modernité a également été abordée. Arturo Rodríguez raconte ainsi que ces communautés ne comprennent pas «l’idée d’avoir des cartes de crédits, le fait de ne pas être payé directement avec de l’argent, sinon de manière virtuelle». Le concret est bien plus ancré : les membres de la communauté qu’ils ont fréquentés ne veulent que ce dont ils ont besoin, aux niveaux matériel et pratique. Il y a malgré tout un certain sens de la modernité, car ils utilisent des moteurs et des panneaux solaires.

Les communautés amérindiennes du Venezuela, les Yekuana et les Sánema ont attisé la curiosité du public. Des questions ethnologiques ont été posées à Isabel Soto, chorégraphe et danseuse qui a vécu avec ces communautés pendant plusieurs mois. Les spectateurs se sont demandés quel était le rapport de ces peuples au territoire. Cela a permis d’ouvrir le débat sur la question des peuples déplacés. Arturo Rodríguez et Cécile Spanu ont  expliqué que la communauté Maya dans laquelle ils vivaient était constituée de personnes déplacées de leur territoire d’origine (pour l’exploitation de leur ancienne terre), et que «ces gens étaient plutôt contents d’avoir une terre à eux, sur laquelle ils puissent vivre en paix, et qu’ils peuvent s’approprier». La position d’Alexandra Henao était toute autre. Elle a mis l’accent sur le lien étroit entre les peuples des régions de l’Amazonas à leurs territoires. Elle a notamment insisté sur le choc du déplacement qui «serait une vraie rupture dans leur système de vie ancestral. Le lien au territoire est essentiel pour la survie de la communauté et pour la perpétuation de leur culture».

La discussion sur les communautés indigènes a amené une question sur les  métissages entre les communautés Sánema et et Yakuana et les «créoles» (c’est-à-dire toute personne non indigène). Isabel Soto a expliqué qu’il n’y a que peu de mélanges et que les communautés citées sont deux peuples très différents. Il n’y a presque pas de cas de couples mixtes, entre différentes communautés, et de même avec des créoles. Quoiqu’il en soit, elle a insisté sur le fait que toute personne née dans la communauté, qui y a grandi, qui en maîtrise la langue et la culture est parfaitement intégrée dans cette communauté, qu’il soit métisse ou non. Il n’y a pas de telle distinction qui soit faite, même si les cas sont rares.

Suite à cela, la discussion est devenue politique. Dans le documentaire Kuyujani envenenado plusieurs séquences montrent des militaires et leurs rapports aux mineurs illégaux qui pénètrent dans les territoires indigènes. La réalisatrice a expliqué qu’il lui était impossible de filmer les militaires : elle a été obligée de placer des caméras cachées sur les chefs indigènes qui allaient à leur rencontre. Dans d’autres séquences, on voit des assemblées qui réunissent les chefs des communautés indigènes, les militaires et la ministre des Peuples Indigènes Aloha Núñez, qui évoquent les différentes lois quant au respect des territoires indigènes.

Le documentaire vénézuélien concerne la période 2010-2016. Lors du débat, la question de l’état actuel du problème sous la gouvernance de Nicolás Maduro a été posée. En 2016, le président vénézuélien a signé un accord autorisant l’extraction d’or dans un arc minier au sein de ces territoires. Désormais, l’exploitation, en plus d’être extrêmement polluante, n’est plus illégale. Sa dangerosité pour l’environnement et la santé des populations est totale. Les mineurs ne respectent pas les frontières de l’arc minier et c’est ainsi 52% du territoire des indigènes qui est exploité. L’accord du gouvernement pour l’exploitation intensive de ces ressources minières s’explique par la chute des prix du pétrole, qui était le revenu principal de l’État vénézuélien. L’extraction de l’or au mercure est devenu pour le pays une nouvelle ressource économique.

Les territoires miniers souffrent également de pressions externes, comme celle du Cartel del Sol (cartel de militaires), qui récupère une grande partie des ressources des extractions minières. C’est ce qui amène Alexandra Henao à parler du Vénézuela comme d’une dictature narco-militaire. Elle rappelle également que, malgré les lois pour les droits de ces communautés mises en place par Hugo Chávez, les accords n’ont jamais été appliqués. La séquence dans laquelle apparaît la Ministre des Peuples Indigènes incarne ce dialogue et cette mise en pratique impossibles : tout son discours vise à éviter de répondre aux protestataires et à plutôt mettre en avant la révolution menée par Chávez et sa lutte pour les peuples indigènes.

Le débat s’est ouvert sur d’éventuelles situations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine. Alexandra Henao a donné quelques exemples, comme celui de peuples indigènes en Colombie, dont le taux de contamination au mercure est tel que les premiers effets à long-terme se font déjà remarquer, surtout chez les enfants. Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro compte développer l’exploitation minière dans le pays. Le Pérou rencontre aussi ce genre de problèmes, mais dans aucun des cas évoqués le gouvernement ne prend des mesures contre ce qu’on peut appeler des écocides et des génocides.

Les réalisateurs ont transmis une note finale positive malgré tout. Aborder ces questions grâce au cinéma documentaire permet de soulever une indignation et créer des dynamiques des mobilisations et des lutte. C’est aussi, pour Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, «une bonne chose que d’apprendre que les solutions écologiques que nous cherchons aujourd’hui existent déjà chez ces communautés indigènes. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux.»

Ève LE FESSANT COUSSONNEAU

EnSeguida

Guaxuma, film d’animation franco-brésilien, vainqueur au festival du film court de Villeurbanne

Le festival du film court de Villeurbanne, qui s’est déroulé du 16 au 25 novembre, a primé trois films choisis par le jury. Au niveau de la compétition animation, c’est le film franco-brésilien de Nara Normande, Guaxuma, qui a gagné le prix d’un montant de 1 500 euros. Ce film de 14 minutes mêle plusieurs techniques : d’abord la pixilation qui utilise des photos réelles en accéléré, ensuite les poupées représentant les deux héroïnes, et enfin l’animation faite avec du sable, ce qui donne des images très particulières et granuleuses.

Photo : Festival d’Annecy

Guaxuma, c’est l’histoire de deux amies inséparables sur une plage du Nord-est du Brésil. C’est le souffle de la mer qui rappelle les souvenirs heureux de Nara et Tayra au moment de leur enfance et adolescence.

Le cinéma d’animation brésilien est très riche puisqu’il a remporté deux années de suite le grand prix au festival d’Annecy : RIO 2096 de Luiz Bolognesi en 2013 et Le garçon et le monde en 2014. À Villeurbanne cette année, le grand prix fiction a été donné au film grec Le silence des poissons mourants (19 minutes) de Vassilis Kekatos : Makis apprend un beau matin qu’il est mort. Il lui faudra trouver des gens pour s’occuper de ses affaires.

Le prix du public est allé à Mort aux codes, film tourné à Lyon par Leopold Legrand, qui raconte en 15 minutes les difficultés du SAMU pour rentrer dans un immeuble puis dans l’appartement d’un homme en train de mourir.

Lancé en même temps que la (re)naissance du Zola en 1979, le Festival du Film Court de Villeurbanne fêtait en 2018 sa 39e édition. Difficile de citer tous les courts métrages très intéressants de cette très bonne édition. Du 16 au 25 novembre, 150 films ont été présentés, des films dont les univers ont conquis par leur originalité, leur créativité, leur urgence de raconter quelque chose par le biais du cinéma et d’être en prise avec notre époque. Rendez-vous l’an prochain pour la 40e !

Alain LIATARD

Librairie Ici : une nouvelle libraire indépendante s’installe à Paris. Une librairie riche et design

Depuis le 26 octobre dernier, la librairie Ici a ouvert ses portes à Paris sur le boulevard Poissonnière à Paris 2. Riche d’un large choix d’ouvrages, elle prend le pari d’offrir une pratique renouvelée de la librairie.

Photo : Librarie Ici

L’événement est à marquer d’une pierre blanche tant il est rare : près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière ouverture d’une librairie de l’ampleur de la librairie Ici, à Paris. Derrière un nom où l’on devine la singularité d’un espace qui veut devenir un point de rendez-vous emblématique, se cache une librairie généraliste design et très riche. Au total, c’est près de 40 000 ouvrages référencés en littérature, sciences humaines, jeunesse, bandes dessinées, beaux-arts, vie pratique, entreprise, tourisme et parascolaire. Le tout réparti sur près de 500 m2, deux étages au design sobre, épuré et lumineux.

Ce nouveau lieu, on le doit à deux associées, Delphine Bouétard et Anne-Laure Vial qui outre une passion sincère pour le livre, partagent une expérience riche à la direction de maisons d’éditions prestigieuses ou de magasins de grands groupes comme Virgin. Formées aux enjeux et aux nouveaux usages de la librairie, elles ont pu créer un lieu qui répond aux besoins d’un public en recherche d’un supplément d’âme et de nouvelles pratiques.

Un nouvel espace de convivialité

C’est pourquoi la librairie Ici se pense aussi comme un espace convivial qui contribue à sa manière à la vie de quartier. Au-delà des rendez-vous réguliers avec des auteurs, la librairie organise chaque samedi des activités pour les enfants (lecture d’une histoire par un conteur professionnel, réalisation de bande-dessinée, atelier pop-up…), des débats, de la lecture dessinée… Chaque rencontre et débat se déroulent sur une scène avec gradins et sont captés en direct et diffusé sur les réseaux sociaux de la librairie. La librairie Ici est aussi un café, en partenariat avec les cafés Coutume.

Cette formule d’espace aux multiples usages rappelle beaucoup celle du tiers-lieu, que l’on pourrait définir comme un lieu où l’on aime se retrouver pour travailler, se reposer, chercher à se sociabiliser : ce n’est pas notre lieu de travail, ce n’est pas notre domicile, c’est encore autre chose. Devenu l’apanage des nouvelles pratiques culturelles et artistiques dans la capitale, la déclinaison littéraire du tiers-lieu n’existait pas encore. Au final, une formule dont on peut imaginer le succès sous sa forme de librairie, tant elle épouse les nouvelles pratiques de consommation.

Kévin SAINT-JEAN

Librairie Ici. 25, bd Poissonnière (Paris IIe). 01 85 01 67 30. Horaires: du lun. au sam. de 10 h à 20 h.  SITE

Cuba, le retour des années grises entre le manque de perspectives et la crise alimentaire

Fidel Castro est décédé il y a deux ans. Son frère Raúl a cédé le pouvoir il y a un peu plus de six mois. Le castrisme s’efface lentement. Le nouveau président de Cuba, Miguel Díaz-Canel, homme discret, peine à offrir des perspectives au pays et à séduire ses compatriotes. Les Cubains subissent de plein fouet, particulièrement à La Havane, une terrible crise alimentaire.

Photo : Sputnik-News

Aux confins de la pauvreté et du mauvais goût, il existe à quelques kms de La Havane une ville soviétique oubliée des touristes. Les «bolos» (sobriquet cubain pour les Soviétiques) sont partis en 1991. Ils ont laissé Alamar, un immense labyrinthe d’immeubles à l’architecture stalinienne. On y accède depuis la capitale avec la guagua (le bus), le P11. C’est l’une des lignes les plus surchargées de la capitale. Alamar, plus ou moins 100 000 habitants – les statistiques sont bien floues à Cuba –, ressemble à un mauvais rêve. Les Russes et des brigades d’ouvriers cubains ont empilé dans les années 1970 des blocs de béton sur une dizaine d’étages, devenus, avec le temps, gris tristesse. Alors Alamar vibre au rythme du crépitement des Ladas, des camions Kamaz, et des cris des enfants des garderies Hanoi.

Quant au vaste parc d’attraction José Martí, dont les jeux tombent en décrépitude, il ne fait plus recette auprès des bambins, qui rêvent plus d’internet que des manèges de petits avions MiG. Alamar, gigantesque cité-dortoir sans repère, sans commerce ou presque. Il y a bien le Falcon, un mini centre commercial. Mais les rayons de sa supérette ne nourrissent pas les familles. Les vieux se souviennent des Russes et de leurs «conserves de viande». Lorsqu’ils ont quitté l’île au début des années 1990, Cuba a traversé une terrible crise économique, la «Période spéciale», qui s’est traduite au quotidien par des ventres creux. La Havane semble revivre des moments similaires.

Touchés par la malbouffe

«Nous finirons par nous manger entre nous», assure Carlos, surveillant d’un rayon de bouteilles d’huile dans une épicerie désespérément vide. La Havane n’a jamais traversé de crise alimentaire aussi importante depuis vingt ans. «Il n’y a plus que des rayons de boissons, de pâtes et de Pelly (marque de chips)», confie cette mère de famille. La malbouffe fait grossir les Cubains comme jamais. Les petits kiosques ambulants de cuentapropistas (entrepreneurs privés), vendeurs de concombres et d’immenses avocats ont quasiment disparu. Les Cubains font appel à la débrouille et à la rapine. «Mon mari, gardien la nuit dans un entrepôt, vend des caisses de bières qui ont été saisies par l’État. Ce n’est pas du vol, mais un acte de nécessité», assure cette Havanaise. La nécessité, un mot clé dans l’île. Paradoxe : les grandes villes de l’est du pays, comme Guantanamo, d’ordinaire oubliées des circuits de ravitaillement, ne manquent de rien ces temps-ci.

Cuba célébrera ce dimanche les deux ans de la disparition de Fidel Castro. La Havane de 2018 est bien sombre au regard des percées politiques de 2015-16, à l’époque où Raúl Castro et le «frère Obama», comme le surnommait ironiquement Fidel, ont multiplié les échanges économiques, politiques et culturels. Le temps de l’ouverture capitaliste s’en est allé, et avec elle les revenus des touristes américains. «Jamais nous ne retrouverons de tels touristes capables de payer 100 dollars pour une chanson», confie Nelson, musicien. Donald Trump a interdit à ses compatriotes de se rendre sur l’île (sauf en groupe) et il renforce les sanctions. Le régime cubain a sauté sur l’occasion pour encenser le socialisme et s’attaquer aux cuentapropistas, symboles du capitalisme et accusés non sans raison de ne pas payer leurs impôts. Des milliers ont vu leur licence révoquée. Les chauffeurs de taxi privé, dont les manifestations appelant à la liberté étaient de plus en plus fréquentes, ont été lentement matés et remplacés par des taxis collectifs d’État dociles, les ruteros.

Manque de perspectives

Le président, Miguel Díaz-Canel, avec ses propositions d’un retour vers le socialisme, ne fait pas rêver. Si l’île a théoriquement débattu de sa nouvelle Constitution au cours des trois derniers mois, dans les faits, les Cubains de la rue s’y sont bien peu intéressés. Pour donner le change, la présidence y a inséré le mariage homosexuel pour donner une image de progressisme, alors que le multipartisme, lui, n’est pas à l’ordre du jour. L’immense majorité des Cubains est d’ailleurs déconnectée de la chose politique. La priorité, c’est manger. Et à moins de bien connaître son interlocuteur depuis des années, parler de politique est impossible… sauf avec des agents de la sécurité d’État. «Tais-toi! On va dire que tu es un contre-révolutionnaire», dit Marisbel à son oncle.

À l’aube de ses soixante ans, le 1er janvier prochain, la Révolution inoxydable manque surtout de perspectives. Armando et son épouse Yudalys ont tranché. Propriétaires de quelques appartements à louer à La Havane, ils viennent de s’envoler pour l’Argentine. Armando confie : «Je ne manque pas d’argent. Mais lorsque je veux acheter ne serait-ce qu’une ampoule pour un de mes appartements, je ne peux pas, car il n’y a pas d’ampoules dans les magasins.» Le couple est parti le cœur brisé. «Que faire d’autre ? Díaz-Canel nous a dit que l’an prochain serait une année difficile, à payer les dettes du pays. Jusqu’à quand ?» conclut Yudalys.

Hector LEMIEUX
Depuis La Havane
D’après le Journal Les temps – Suisse

Interdiction de manifester au Nicaragua proclamée par le gouvernement de Daniel Ortega

Le président Daniel Ortega et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo continuent de régner d’une main de fer sur le Nicaragua. Plusieurs organismes internationaux, dont l’ONU, ont constaté l’ampleur de la répression contre la population. Rencontre avec opposants et sympathisants d’Ortega à travers la reproduction d’un article de France Culture.

Photo : Sputnik-News

Depuis que le président Daniel Ortega a violemment fait dissoudre les manifestations qui ont débuté en avril dernier contre la réforme de la sécurité sociale, plusieurs organismes internationaux, dont l’ONU, ont constaté l’ampleur de la répression contre la population. Les organismes de défense des droits de l’homme chiffrent le bilan à 330 morts, en majorité des étudiants, même si certains évoquent plus de 500 morts. Pour sa part, le régime d’Ortega reconnaît 198 morts, presque tous des policiers selon la version officielle, et se présente en victime d’une tentative de coup d’État.

Ces dernières semaines, le gouvernement, associé à des groupes paramilitaires, exécute une véritable chasse aux opposants : les étudiants qui ont pris part aux manifestations sont arrêtés massivement et emprisonnés. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé des tortures et mauvais traitements en prison. Toute trace des protestations a été gommée des rues de Managua. Dans la capitale et dans tout le pays, le pouvoir s’est arrogé le monopole des manifestations. Les militants du Front sandiniste, le parti officiel, et les travailleurs de l’État occupent les ronds-points de la capitale. Toute la ville murmure que ces manifestations ne sont pas spontanées mais rémunérées.

Aujourd’hui, seuls les graffitis à la gloire du couple présidentiel sont admis. Comme les morts, les prisonniers politiques sont ignorés par le discours officiel. Beaucoup de jeunes Nicaraguayens vivent désormais dans la clandestinité pour éviter d’être capturés. Ces derniers jours, les manifestations express contre le régime se sont popularisées, ainsi que les rassemblements dans les églises, afin de contourner l’interdiction de manifester proclamée par le gouvernement.

D’après France Culture

Un essai autour du livre et de la lecture : Je remballe ma bibliothèque d’Alberto Manguel

Alberto Manguel, personnalité à part, a un peu touché à tout ce qui concerne la littérature et le livre. Auteur de textes en tout genre (romans, essais, pensées et même un opéra), il a aussi été enseignant, éditeur, traducteur. En 2015, alors qu’il vivait en France, il a été nommé directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine, poste qu’il a quitté en juillet 2018 après plusieurs polémiques internes. C’est à l’occasion de ce déménagement, du Poitou vers Buenos Aires, qu’il a écrit cette «élégie et quelques digressions», sous-titre de ce nouvel ouvrage.

Photo : Chauché écrit – ActesSud

Alberto Manguel avoue ne pas avoir de biographie définitive. On sait pourtant de lui qu’il est né à Buenos Aires en 1948 mais qu’il n’y a fait dans son enfance que de brefs passages. Il suivait les divers postes diplomatiques de son père, ambassadeur d’Argentine. On sait aussi qu’il a publié plusieurs dizaines de livres dans différents domaines et qu’il est un lecteur infatigable. Ce sont ses émotions de possesseur de livres qu’il nous fait partager avec ce Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions.

Le livre, cet objet matériel rempli d’abstractions (images, idées, émotions), ce que Julio Ramón Ribeyro, ce génie péruvien injustement un peu trop ignoré, a parfaitement mis en scène dans une nouvelle remarquable (El polvo del saber / La poussière du savoir); la bibliothèque qu’on peut construire, défaire, tronquer, augmenter ; le lecteur, unique et multiple, aux dires de l’auteur, peut-être encore plus seul que le reste des mortels qui le sont infiniment : Alberto Manguel virevolte autour de ces thèmes.

Il revient sur les problèmes éternels du bibliophile : comment classer ses livres ? Peut-on ordonner les souvenirs enfermés dans des objets en carton et en papier ? Il se dévoile un peu aussi, forcément : si on se met à parler de ses lectures, de ses livres, on parle forcément de soi. Il revient souvent sur la notion de solitude, celle du lecteur est-elle avérée ? Il bénéficie, lui au moins, en tant que lecteur, de l’omniprésence de l’auteur par l’intermédiaire du texte.

Alberto Manguel virevolte, un sujet en provoque un autre. Pardon et vengeance, perte et manque qui en résultent et qui peuvent se révéler très positifs : sans la perte de sa bibliothèque, don Quichotte n’aurait jamais entrepris ses héroïques aventures, il aurait lu, enfermé en sa demeure.

Il virevolte aussi parmi les écrivains, ceux qu’il a fréquentés, Jorge Luis Borges ou Silvina Ocampo dont il a été proche, ou d’autres comme Nabokov, Shakespeare, Kafka. Il n’y a de toute évidence aucune frontière dans l’univers livresque. Il le fait sans aucune pédanterie. Les «chapitres» sont courts, entrecoupés par des «digressions», celles qui sont annoncées dans le sous-titre, qui sont autant d’autres pensées autour du livre et de la lecture, ce qui rend cette lecture-ci facile, d’autant qu’Alberto Manguel s’adresse à nous comme à un familier qui serait allé le saluer un après-midi et qui l’aurait surpris près de ses livres en train de lire ou de méditer.

Christian ROINAT

Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions d’Alberto Manguel, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Bœuf, éd. Actes Sud, 160 p., 18 €.

Né en Argentine en 1948, Alberto Manguel a passé ses premières années à Tel-Aviv où son père était ambassadeur. En 1968, il quitte l’Argentine, avant les terribles répressions de la dictature militaire. Il parcourt le monde et vit, tour à tour, en France, en Angleterre, en Italie, à Tahiti et au Canada, dont il prend la nationalité. Ses activités de traducteur, d’éditeur et de critique littéraire le conduisent naturellement à se tourner vers l’écriture. Composée d’essais et de romans, son oeuvre est internationalement reconnue. Depuis 2001, Alberto Manguel vit en France, près de Poitiers. Ont récemment été publiés chez Actes Sud : La Cité des mots (essai, 2009) et Nouvel éloge de la folie (essai, 2011), Le Voyageur et la Tour. Le Lecteur comme métaphore (2013), De la curiosité (2015).

Le pacte d’Adriana, un documentaire chilien diffusé sur Arte le mardi 4 décembre

Lissette Orozco, une jeune réalisatrice chilienne, enquête sur le rôle de sa tante sous la dictature de Pinochet dans Le pacte d’Adriana, un documentaire passionnant, primé dans de nombreux festivals, qui sera diffusé sur Arte le mardi 4 décembre à 00 H 55. Un premier film extrêmement personnel dans lequel Lissette Orozco tente de gérer le numéro d’équilibriste difficile à maintenir entre son rôle de nièce et celui de réalisatrice. En montrant le tournage, elle aborde l’acte de se filmer. Et à mesure qu’elle avance, étape par étape, sa vie privée devient inconsciemment politique.

Photo : ArteTV

Radieuse et coquette, Adriana est une tante en or pour Lissette, qui n’a pas connu sa mère. Exilée depuis des années en Australie, Adriana, que tous ses proches surnomment «Chany», a prévu de passer quelques semaines au Chili à l’occasion d’une fête familiale. Mais elle est arrêtée à sa descente d’avion. La justice la soupçonne d’avoir participé aux enlèvements et aux assassinats d’opposants lorsque, dans les années 1970, elle travaillait pour la Dina, la terrible police politique du général Pinochet. Récusant les accusations, Adriana fait appel aux sentiments filiaux de sa nièce, étudiante en cinéma, pour prouver son innocence.

L’amour et l’effroi

Qui était vraiment Adriana Rivas ? Une secrétaire lambda, ainsi qu’elle le clame, ou une redoutable tortionnaire, comme le pense la justice chilienne ? En choisissant de tourner son premier documentaire sur sa tante, Lissette Orozco plonge dans son histoire familiale et dans les années noires de la dictature de Pinochet. Écartelée entre son lien avec l’accusée et la recherche de la vérité, la jeune réalisatrice avance à petits pas, s’interroge, enquête et documente, oscillant tour à tour entre l’amour et l’effroi. Saluée dans de nombreux festivals, sa quête intime, qui embrasse le passé d’un pays encore meurtri, offre un témoignage passionnant sur les mystères de l’âme humaine et le pacte de silence qui unit les criminels d’hier.

Adriana a toujours été la tante préférée de la réalisatrice. Une femme charismatique qui s’était installée en Australie, un jour en 2007, elle est soudainement arrêtée en rendant visite à sa famille au Chili et accusée d’avoir travaillé pour la police secrète tristement célèbre du dictateur Pinochet, la DINA. La tante nie ces accusations. Sa nièce décide d’étudier l’histoire d’Adriana et commence à filmer.

En 2011, ses investigations commencent à s’étendre de plus en plus, c’est alors que sa tante prend soudainement la fuite à bord d’un avion, juste avant un procès. Adriana demande à sa nièce d’interviewer ses anciens collègues qui pourront confirmer son innocence. Le film révèle des conflits longtemps enterrés dans la famille qui reflètent les problèmes sociaux du pays dans son ensemble. Les recherches de la cinéaste au sein de la DINA provoque de la tension entre les générations – est-ce Adriana qui refuse de parler du passé, ou quelque chose l’empêche-t-elle de le faire ?

D’après Arte TV

Voir aussi portail du film documentaire

Parution d’un nouveau numéro des Cahiers des Amériques latines consacré au Nicaragua

Les Cahiers des Amériques latines sont une publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis la fin des années 1960. Ouverte à toutes les sciences humaines et sociales, la revue constitue un support de transmission des savoirs universitaires, mais aussi un espace de réflexion et de débat sur l’actualité latino-américaine. Le dernier numéro en date est consacré au Nicaragua et à la situation actuelle du pays notamment.

Photo : IHEAL

Depuis le printemps 2018, le Nicaragua vit une crise politique d’une ampleur sans précédent. Des manifestations qui ont éclaté mi-avril à la suite de l’annonce d’une réforme des retraites ont été suivies d’une répression politique massive, et ceci, alors même qu’à la tête du pays se trouve Daniel Ortega, figure centrale de la révolution sandiniste des années 1980, revenu au pouvoir en 2007. Pour qui se rappelle du symbole progressiste qu’a représenté cette révolution, il est difficile de comprendre ces évènements…

En décortiquant les dessous de la rhétorique de gauche du régime actuel, et en explorant différentes sources d’opposition internes, ce dossier, rédigé sous la direction de Maya Collombon et Dennis Rodgers, dévoile la matrice d’un sandinisme version «2.0». Il fait ressortir son agenda économique foncièrement néolibéral, fondé sur un pacte oligarchique avec les élites traditionnelles du pays mais aussi des politiques d’extraction et d’exploitation des ressources naturelles et minières, soutenu par un projet de renforcement d’un État autoritaire.

Au sommaire également de ce nouveau numéro consacré au Nicaragua, El Relevo, un poème de Gioconda Belli, une introduction au Sandinisme 2.0, entre reconfigurations autoritaires du politique, nouvel ordre économique et conflit social, par Maya Collombon et Dennis Rodgers. Florence E. Babb étudie quant à elle les «sandalistes» recyclés : de la révolution aux stations balnéaires dans le nouveau Nicaragua. Pamela Neumann s’est intéressée à la violence de genre et à l’État patrimonial au Nicaragua, et a étudié les avancées et les reculs de la Loi 779. Entre mobilisation sociale et tactiques de contrôle dans le néosandinismo, Luciana Chamorro et Emilia Yang traitent du cas de #OcupaINSS, suivi d’une analyse des conflits autour du projet de canal interocéanique au Nicaragua –framing, counterframing et stratégies gouvernementales– par Anne Tittor.

Vous trouverez également dans ce numéro une étude de Marion Di Méo intitulée Contester en situation post-autoritaire : le « mouvement étudiant » chilien (années 2000), ainsi qu’une analyse de l’utilisation politique de la catastrophe dans les médias (Chili, 1906-2010) par Mauricio Onetto Pavez et enfin le travail de Xavier Calmettes autour des relations entre le Venezuela et Cuba, au-delà des discours, du poids de l’histoire et des réalités étatiques (1958-2015).

D’après les Cahiers des Amériques latines

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