Archives quotidiennes :

19 juillet 2018

Lula sortira-t-il de prison ? La tragicomédie brésilienne continue sur fond de rivalité entre juges

L’ancien président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, en prison depuis le mois d’avril, condamné à 12 ans pour corruption passive et blanchiment d’argent par le juge Sérgio Moro en charge de l’opération «Lava Jato», vaste opération anti-corruption menée depuis 2014, a été tout proche de retrouver la liberté le dimanche 8 juillet. Retour sur les multiples rebondissements autour de cette libération avortée.

Photo : El Siglo Durango

Ce dimanche agité mérite une explication simplifiée pour comprendre les allers et retours de la liberté de Lula. Rogério Favreto, le juge de seconde instance, en permanence, ordonne que Lula soit libéré le jour même. Cette décision a été motivée par la demande d’habeas corpus (le droit de ne pas être emprisonné sans jugement) présentée par les députés du Parti des Travailleurs, le parti de Lula.

En revanche, le juge de «l’opération Lava Jato», Sérgio Moro, qui était en vacances, envoie un communiqué à l’organisme où Lula est arrêté pour dire que le juge de seconde instance n’avait aucune autorité pour ordonner la remise en liberté de l’ancien président.

En réponse, Favreto ordonne à nouveau dans un deuxième communiqué la libération de Lula avec un délai d’une heure. Ce deuxième communiqué est justifié par l’existence de certaines inégalités dans la détermination de la prison de Lula. D’après Favreto, la condamnation de Lula manquait de raisonnement.

C’est alors le chef adjoint João Pedro Gebran Neto qui réfute l’ordre de Favreto et envoie un nouvel ordre pour que la décision de Favreto ne soit pas prise en compte. Une fois encore et le même jour, Favreto ordonne dans un troisième communiqué la libération de Lula.

Ce troisième ordre a gagné l’attention du président de la Cour fédérale qui, en réponse à celui-ci, a décidé de maintenir Lula en prison. Sa décision a été justifiée par le fait que le juge Favrelo n’a pas l’autorité pour décider de répondre à la demande d’habeas corpus. Comme point final à ce feuilleton, la Cour supérieure de justice a été saisie afin de juger les demandes de liberté de l’ex-président, ce qui n’a pas encore été fait.

Lula est un candidat majeur pour la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en octobre 2018. Néanmoins, pour devenir un candidat officiel, il a jusqu’au 15 août pour présenter sa candidature, chose impossible à faire depuis la prison. La lenteur de la justice pour juger de l’habeas corpus témoigne de la guerre idéologique et politique menée entre les juges brésiliens afin de libérer ou de maintenir Lula en prison.

Lula a été condamné à 12 ans de prison pour «corruption passive» et «blanchiment d’argent» par le juge Sérgio Moro, en charge de l’opération Lava Jato, vaste opération anti-corruption menée depuis 2014. Il est accusé d’avoir bénéficié d’un luxueux appartement par l’intermédiaire d’une entreprise de BTP. D’un coté, l’accusation n’a jamais réussi à prouver que l’appartement appartenait effectivement à Lula. Il n’existe aucun document qui prouve que la propriété appartenait à l’ex-président, il n’y a jamais habité, pas plus qu’aucun membre de sa famille. L’unique raison pour qu’il soit accusé est la déclaration d’un délateur qui est impliqué dans de multiples affaires de corruption.

Pour ajouter à la complexité du cas, l’amitié des juges avec des politiciens des partis opposés à ceux de Lula et le manque d’enquêtes et de procès à l’encontre de ces mêmes politiciens nous fait nous demander si l’emprisonnement de Lula ne serait pas qu’une stratégie pour l’empêcher de participer aux prochaines élections, plutôt qu’un désir de justice.

De l’autre côté, Favreto a été affilié au parti de Lula pendant 20 ans avant de devenir magistrat. En plus de sa sympathie envers Lula, le fait qu’il ait attendu que le rapporteur du dossier Lula soit en week-end et que le responsable de l’opération anticorruption «Lava Jato» soit en vacances renforce le manque d’impartialité face à la justice brésilienne. L’affaire Lula nous montre de plus en plus une justice fragilisée qui sert plus à maintenir des intérêts politiques qu’à rendre justice.

Beatriz RAVAGNANI

Chronologie de la crise au Nicaragua : un dialogue impossible ?

Trois mois après les manifestations de protestation contre le gouvernement du président sandiniste Daniel Ortega, le Nicaragua traverse une grave crise qui a provoqué jusqu’à aujourd’hui la mort de plus de 350 personnes, plus de mille blessés et des centaines d’arrestations. Le 19 juillet 1979, à la tête de l’insurrection qui fait chuter le dictateur Anastasio Somoza, Daniel Ortega devient un héros au Nicaragua. Trente-neuf ans après, il gouverne en tyran, avec son épouse Rosario Murillo, réprimant les manifestants qui réclament son départ.

Photo : Contraegemoniaweb

Le 18 avril 2018 a éclaté au Nicaragua un conflit social et politique qui ne semble pas trouver d’issue. Ce 18 avril, sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement a annoncé un projet de réforme des retraites qui prévoit la hausse des cotisations ainsi que la diminution des pensions de 5%. Cette annonce a provoqué dans les principales villes des manifestations initiées par des étudiants. Quatre jours plus tard, Daniel Ortega, sous la pression de la rue, déclare renoncer à la réforme, mais la répression a fait vingt-cinq morts en cinq jours. Le 23 avril, des dizaines de milliers de personnes, salariés, étudiants, paysans et entrepreneurs, ont manifesté à Managua, capitale du pays, pour dénoncer cette répression.

Le conflit social et politique et la violence ne cessent depuis plus de 90 jours. L’Association nicaraguayenne de défense des droits humains dénonce le fait que, dans la journée du 17 juillet, plusieurs personnes ont trouvé la mort dans la ville de Masaya, la principale ville rebelle du pays, à la suite de l’assaut des forces gouvernementales : la police et des paramilitaires. Le 14 juillet, une attaque des forces pro-gouvernementales contre une église de la ville de Managua dans laquelle 200 étudiants se sont retranchés pendant 20 heures a fait deux morts. Selon un étudiant, les paramilitaires étaient armés de fusils d’assaut AK47, de fusils de sniper et de grenades face à leurs «barricades».

Le directeur de Human Right Watch pour les Amériques, José Miguel Vivanco, a communiqué depuis Washington à un journal latino-américain qu’Ortega et sa femme Rosario Murillo, actuelle vice-présidente du pays, avaient décidé «de résoudre la crise qui secoue le pays dans un bain de sang».

Consulté sur une comparaison entre l’ancien dictateur Anastasio Somoza, que l’ancien leader révolutionnaire Ortega avait par ailleurs combattu, M. Vivanco a répondu que le contexte actuel n’était pas comparable, mais que pour lui «il est clair que le Nicaragua n’est plus une démocratie, mais une tyrannie dirigée par un couple qui administre le pays comme s’il s’agissait d’une “finca” privée». Des dix enfants, certains d’unions précédentes, la plupart occupent des postes importants dans la politique, l’économie et les médias ; de quoi réveiller les mauvais souvenirs dans ce pays habitué aux dynasties familiales.

Le couple Ortega-Murillo gouverne sous la terreur et, pour ce faire, ils n’hésitent pas à recourir, outre les forces de police, à des groupes de truands fortement armés et cagoulés qui tirent depuis leurs motos sur la foule qui manifeste, avec une cruauté inédite. Ces groupes armés tirent également sur les établissements universitaires, contre les églises, laissant ainsi des centaines de victimes. Ces agissements ne se limitent pas à Managua, la capitale, mais ont lieu dans diverses régions du pays. Ainsi à Masaya, ancien bastion sandiniste de la résistance, situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Managua (ville symbole où est né le leader Augusto Sandino et où, en 1979, les rebelles sandinistes ont mis fin à la dictarue de Somoza), cette révolte populaire se soulève contre l’«orteguismo». De son côté, le gouvernement accuse l’opposition de vouloir organiser un coup d’État.

La Conférence épiscopale du Nicaragua a dénoncé le fait que des groupes de choc, sous les ordres du gouvernement, attaquent et envahissent les églises et menacent avec des armes les prêtres et les fidèles. Le 9 juillet dernier, alors que le clergé nicaraguayen œuvre depuis le début de la crise à une conciliation entre le président Daniel Ortega et la population réclamant son départ, trois prélats ont été agressés par des partisans du régime. Le nonce apostolique, Mgr Waldemar Stanislaw Sommertag, le cardinal de Managua, Mgr Leopoldo Brenes, et l’évêque auxiliaire de la capitale, Mgr Silvio José Báez, se trouvaient en visite à quelques kilomètres de la capitale pour apporter leur soutien au clergé local. Alors qu’ils souhaitaient entrer dans la basilique San Sebastián de Diriamba, les prélats se sont faits bousculer et encercler par une centaine de personnes soutenant le président. Un groupe d’hommes masqués et armés a réussi à les suivre dans l’église, blessant Mgr Silvio José Báez au bras et le frappant à l’estomac. Une autre église a été saccagée par des paramilitaires, à quelques kilomètres de là, selon L’Osservatore Romano. Le 13 juillet, des groupes armés ont assiégé de leurs tirs une église où se réfugiaient des dizaines de jeunes de l’université autonome de Managua.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé lundi 16 juillet un appel à l’arrêt des violences au Nicaragua — des violences qui ont fait plus de 282 morts en trois mois de manifestations —, et pour la reprise du dialogue entre pouvoir et opposition. «Il est absolument essentiel que cesse immédiatement la violence et que soit relancé le dialogue national, parce que seule une solution politique est acceptable pour le Nicaragua», a déclaré António Guterres à San José lors d’une intervention au côté du président du Costa Rica, Carlos Alvarado, soulignant «un nombre de morts qui est absolument choquant».

Les pressions diplomatiques s’intensifient sur le président du Nicaragua, Daniel Ortega. Après trois mois de manifestations violemment réprimées qui ont causé la mort de centaines de personnes, la communauté internationale réclame de toutes parts l’arrêt de la répression. L’ONU, treize pays d’Amérique latine, les États-Unis et l’Union européenne exhortent le président du Nicaragua, Daniel Ortega, à mettre fin aux violences alors que dimanche 15 juillet, une dizaine de personnes ont été tuées dans la ville rebelle de Masaya.

La voix des Nations unies n’est pas la seule à se faire entendre. Depuis Bruxelles, où se tient une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) et de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), treize pays d’Amérique latine ont demandé lundi 16 juillet dans une déclaration commune «la cessation immédiate des actes de violence» au Nicaragua. L’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et l’Équateur condamnent la «répression» des autorités contre les étudiants et civils et réclament «le démantèlement des groupes paramilitaires».

L’Union européenne a demandé mardi la «fin immédiate» de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers, dans une déclaration publiée au cours d’une réunion avec les pays de la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes.

L’UE a annoncé une aide humanitaire de 300 000 euros pour «faciliter l’accès aux soins préhospitaliers et le transport des blessés lors des violences» et a décidé de renforcer son soutien aux défenseurs des droits de l’homme. Federica Mogherini a souligné la disponibilité de l’UE pour participer à un processus de réconciliation, tout en rappelant les conditions préalables : «mise en œuvre de toutes les recommandations de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et des commissions convenues dans le cadre du dialogue, notamment la Commission sur la vérification et la sécurité et celles sur la justice et la démocratisation».

L’impossible dialogue

Le 16 mai, un mois après le début de la crise, une tentative de dialogue national a eu lieu avec des représentants du gouvernement et de l’opposition, notamment pour obtenir justice pour les victimes de la répression et pour une démocratisation du pays. Ce dialogue a compté sur la présence de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) et le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits humains. Ces deux commissions organisent des enquêtes sur les morts violentes depuis le 18 avril afin de désigner les responsables. Trois commissions ont ainsi été créées : une commission de vérification et sécurité, une commission judiciaire pour les effets des investigations, et une commission électorale pour aborder l’agenda de la démocratisation et les élections anticipées au mois de mars 2019. Mais ce dialogue initial reste au point mort sans la volonté politique du gouvernement Ortega.

À ce stade, la situation économique de ce pays, l’un des plus pauvres d’Amérique latine, se dégrade, la chute des investissements, le chômage et la baisse de la production ainsi que la forte inflation n’augurent qu’un avenir très difficile pour cette population déjà très châtiée. La question aujourd’hui est d’arrêter l’escalade de la violence, de faire cesser la répression et d’organiser un retour à la démocratie, obligatoirement avec des élections anticipées. Mais le Nicaragua a-t-il aujourd’hui une personnalité qui puisse représenter l’opposition démocratique ? Le président Ortega voudra-t-il se soumettre à la demande populaire et anticiper la tenue des élections (alors que son mandat va jusqu’à mars 2021) ?

Le prix Nobel de la paix Oscar Arias, dans une entrevue au journal espagnol El País, se montre un peu sceptique : «Je ne crois pas que Daniel Ortega accepte l’organisation des élections en mars 2019. Les dictateurs s’accrochent au pouvoir…» Alors que s’achève la rédaction de cet article, les réseaux sociaux signalent une alerte émise par la ville de Masaya où les forces de police et paramilitaires fouillent maison par maison à la recherche d’opposants.

Olga BARRY

Un épisode de l’émission «Des trains pas comme les autres» consacré à la Colombie

Pour la 9e saison de Des trains pas comme les autres, Philippe Gougler embarque les téléspectateurs pour sept nouvelles destinations : en Namibie, en Colombie, au Canada, en Irlande, en Espagne, à Taïwan et au Portugal. Le jeudi 26 juillet, après la Namibie, France 5 diffuse le reportage consacré à la Colombie à partir de 20 h 55.

Photo : Des trains pas comme les autres
En Colombie, les transports ferroviaires s’avèrent peu développés. Ainsi, depuis le début des années 2000, le trafic de passagers s’est interrompu. Seul le transport de marchandises est encore opérationnel, sur un réseau de plus en plus vétuste. Dans la région montagneuse et agricole de l’Antioquia, les «motomesas» permettent d’utiliser certaines portions du réseau ferroviaire désaffecté.
 
Ces motos tractent les passagers sur des planches, pour quelques pesos. À Bogota, un train vintage permet aux plus nostalgiques de goûter aux plaisirs du rail, sur une courte distance. À Medellín circule l’unique métro de Colombie. Il constitue la fierté des habitants.
 
À la question comment l’ont accueilli les Colombiens posée par le magazine TéléZ, Philippe Gougler répond ainsi : «J’ai remarqué que dans les pays où il y avait très peu de trains, c’étaient souvent des trains extraordinaires. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit alors souvent d’une dernière ligne de vie, un dernier moyen d’aller dans les villages. Ce sont des trains avec lesquels les gens se débrouillent. Par exemple en Colombie, c’est le seul moyen de transport public du coin. Parfois, là où ils s’arrêtent, les habitants tendent des câbles entre deux vallées pour les traverser. Avant de les suivre, un Colombien m’a dit : pour ne pas avoir peur, il faut bien se tenir à ses cheveux !»
 
Retrouvez les autres aventures de Philippe Gougler découvrant les pays du monde entier dans les trains les plus originaux du monde dans l’émission Des trains pas comme les autres diffusée sur France 5 sur tous les jeudis de l’été à partir du jeudi 16 juillet, 20 h 55.

D’après France 5

Les rencontres professionnelles Biarritz Amérique latine Lab entre Français et Latino-américains

Vitrine reconnue des cinémas latino-américains, le Festival Biarritz Amérique Latine est aussi un espace de coopération entre producteurs français et créateurs latino-américains. Les rencontres professionnelles du festival se structurent sous le label de Biarritz Amérique Latine Lab / BAL-LAB autour de deux pôles : un pôle «résidences» autour du partenariat avec Lizières, et un pôle «rencontres de coproduction».

Photo : O som dos sinos 

Depuis 2014, le festival est partenaire de la Résidence Lizières, dirigée par l’artiste pluridisciplinaire Ramuntcho Matta. L’un des réalisateurs sélectionnés à Biarritz est choisi lors du festival pour participer à la résidence d’écriture pour son prochain projet. Depuis 2015, grâce au soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, les réalisateurs latino-américains présents à Biarritz ont la possibilité de présenter un projet en écriture ou en développement à des producteurs établis dans la région dans le cadre des rencontres de coproduction. Les réalisateurs et producteurs latino-américains dont un film est sélectionné au festival ont la possibilité de proposer un projet (documentaire ou fiction, court ou long métrage) pour la résidence de Lizières et/ou pour les rencontres de coproduction.

À ce jour, plus de vingt professionnels européens (producteurs néo-aquitains, autres producteurs, fonds d’aide, partenaires) sont venus à Biarritz pour y participer. 31 projets de films en développement ont été présentés entre 2015 et 2017.

Entrée en résidence des lauréates 2017

L’année dernière, vous aviez découvert en compétition le documentaire O som dos sinos de Marcia Mansur et Marina Thomé. Les deux réalisatrices ont remporté le prix Lizières pour leur prochain projet documentaire, A dupla naturaleza da luz.

Ce nouveau projet traitera des inégalités d’accès aux besoins fondamentaux au Brésil, en particulier de l’électricité. Le propos croise d’autres problématiques fondamentales de la société brésilienne, comme les droits indigènes ou la question environnementale.

Marcia Mansur et Marina Thomé entreront en résidence au mois d’août pour six semaines afin de mener à bien leur projet. Les deux réalisatrices poursuivent avec ce nouveau documentaire leur travail avec la société de production brésilienne Estudio Crua.

D’après Biarritz Amérique latine

Exposition hors les murs de Carlos Cruz-Diez au Centre Pompidou-Metz

En coproduction avec la Ville de Metz pour le festival Constellations de Metz et la Cruz-Diez Art Foundation, et en lien avec l’exposition L’Aventure de la couleur, le Centre Pompidou-Metz présente l’artiste Carlos Cruz-Diez, invité à intervenir de manière exceptionnelle sur le Parvis des Droits de l’Homme. Après les rues de Mexico, Paris ou Miami, l’artiste investit le sol aux abords du Centre Pompidou-Metz du 28 juin 2018 au 16 septembre 2019.

Photo : Centre Pompidou-Metz

Pour Carlos Cruz-Diez, la couleur a le pouvoir de transfigurer le monde qui nous entoure. Ses œuvres explorent depuis la fin des années 1950 la condition éphémère, instable et ambiguë de la couleur. Celle-ci devient un événement, une réalité qui évolue dans l’espace et le temps et donne son sens profond à la perception immédiate.

«J’ai toujours voulu – dit Cruz-Diez – lancer la couleur au-delà de son support, la projeter dans l’espace. Pour moi, la couleur n’est pas juste une anecdote de la forme, elle n’est pas seulement le rouge de la pomme, le bleu du ciel. La couleur est autonome, fugace, en mouvement perpétuel. La couleur est comme la vie : un présent permanent.»

Pour le Centre Pompidou-Metz, l’artiste investit le Parvis des Droits de l’Homme avec un Environnement Chromatique qui accompagne et bouscule les habitudes du public liées à ce lieu : ses lignes, ses formes, ses tonalités. Le passant devient à la fois témoin et acteur du spectacle qui se déploie au gré de ses déplacements et l’entoure sur plus de 500 m2. Il découvre sa capacité à créer, par ses propres moyens perceptifs, des couleurs qui ne sont pas présentes sur le support de l’œuvre, mais qui sont pourtant tout aussi réelles que les pigments utilisés dans la peinture. En proposant des stimuli visuels nouveaux, Carlos Cruz-Diez offre une expérience à la fois esthétique, poétique et sensorielle au cœur de la ville.

Environnement Chromatique est une œuvre continuellement changeante. Elle dialogue avec l’architecture, anime l’espace et lui confère une dimension inédite et ludique pour révéler avant toute chose l’expérience vitale de la couleur. «L’une des conditions de l’art est l’étonnement. Dès que vous sortez de chez vous et dépassez la porte cochère, vous devenez un robot. Vous traversez la rue sans y penser sans être attentif à la beauté du dessin du pavé, de l’espace qui vous entoure, de la couleur de l’atmosphère. C’est à l’artiste de provoquer l’étonnement, de proposer des objets insolites, des situations inédites, de déplacer les codes. On déclenche des bouleversements, une remise en cause, une prise de conscience. Rien n’est stable et tout peut être modifié. Contrairement à la peinture qui arrête le temps, ma technique produit un événement instable. C’est toute la réflexion sur l’éphémère, sur l’ambigu, sur l’instabilité, sur la continuité de la vie.», explique Carlos Cruz-Diez.

D’après le Centre Pompidou-Metz

Articles par mois

Articles par catégorie