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20 avril 2018

Temps fort semaine 17 : Conférence à Paris sur la crise humanitaire au Venezuela. Quelles conséquences et quelles actions ?

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 23 au dimanche 29 avril.

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DIMANCHE 22 AVRIL – 17 H – PARIS

«Te Ata» : projection et rencontre autour de l’une des plus grandes actrices indiennes de tous les temps

Le film est inspiré de la vie de Mary Thompson Fisher, une femme qui a franchi les barrières culturelles pour devenir Te Ata, l’une des plus grandes actrices indiennes de tous les temps. Née en territoire indien, elle a été éduquée au travers des chants et histoires de la tribu Chickasaw qui ont guidé sa quête de sens, elle a été la voix des peuples indiens d’Amérique. La projection du film sera suivie d’une rencontre avec Marie-Claude Strigler, anthropologue, docteur en civilisations américaines et écrivain, accompagnée d’Olivier Delavault, éditeur spécialisé sur l’Amérique indienne et auteur. Plus d’infos

MERCREDI 25 AVRIL – 19 H – PARIS

Crise humanitaire au Venezuela – Quelles conséquences et quelles actions ? à la Maison de l’Amérique latine

Avec Daniel Scott-Algara, vénézuélien, Nicolas Ruffin, français, et en vidéo-conférence Jesús Aguáis, vénézuélien. Mise au point sur la situation de la crise humanitaire au Venezuela. Pénuries de médicaments et de denrées alimentaires. Le Venezuela est aujourd’hui victime d’une crise humanitaire en raison des pénuries alimentaires et des irrégularités dans le domaine de la santé qui ont aussi abouti à une pénurie de médicaments pour les patients chroniques (HIV, parkinson, diabètes, etc.). L’occasion de revenir sur la situation problématique du Venezuela. Plus d’infos

JEUDI 26 AVRIL – 20 H 30 – PARIS

L’artiste afro-cubaine Yilian Cañizares au Bal Blomet, cabaret bar et jazz, la nouvelle scène Rive Gauche à Paris

Le Bal Blomet est un cabaret d’art et club de jazz du XVe arrondissement de Paris. La programmation décloisonnée est accessible à tous et centrée sur le Jazz, le Music-Hall et la Musique Classique. Musicienne surdouée, violoniste, chanteuse, Yilian Cañizares présente un spectacle qui balance entre jazz et swing afro-cubain. Archet déchaîné et scat énergique, entre tradition et modernité, elle nous transporte au cœur d’une musique exigeante et dansante à la fois. Plus d’infos

JEUDI 26 AVRIL – 19 H – SAINT-ÉTIENNE

Le Collectif Roulotte Tango dans un nouveau spectacle mêlant danse et musique avec «L’amour au flan»

Recette de l’Amour au flan : mettre en scène quatre musiciens et un danseur, porter à ébullition, ajouter la vanille ; ils sont prêts. Faire alors entrer une danseuse et observer. Alors, au rythme de la musique et des pas de danse, la recette s’élabore entre des tangos tantôt tendres et passionnés, tantôt coquins et pétillants. Ajouter une pointe d’humour et vous obtiendrez un spectacle savoureux, riche en questions appétissantes. Vais-je parvenir à casser ma coquille ? Comment réussir un bon caramel ? Et quel moule choisir, mon cœur ? À voir, à savourer ! Plus d’infos

DÉCLARATION

Publication de la déclaration finale du Sommet des Peuples qui s’est tenu à Lima la semaine dernière

Mardi 17 avril 2018. Nous, les représentants des organisation sociales et populaires du Pérou, d’Amérique Latine et des Caraïbes, nous sommes donnés rendez-vous à Lima, Pérou, du 10 au 14 avril 2018 pour discuter de la réalité politique, sociale et économique de Notre Amérique, pour partager nos luttes et nos résistances, pour renforcer la solidarité militante de nos peuples et l’unité continentale du mouvement social et populaire de notre région. Dans les prochains jours, le site officiel de la Semaine sera mis à jour pour diffuser la programmation d’une centaine de manifestations en France. Suite

ÉCHOS DE CINÉLATINO

Rencontre avec Anne-Marie Métailié, fondatrice des éditions Métailié en 1979, invitée au festival Cinéma latino

Anne-Marie Métailié dirige une «maison» qui édite des auteurs essentiellement étrangers et en particulier latino-américains. Invitée en 2001 aux Rencontres de Toulouse en tant que membre du jury, elle revient en 2018 avec une carte blanche. Elle a choisi le film de Lucrecia Martel, La Ciénaga, qu’elle a présenté le 20 mars au cinéma ABC. Nous vous proposons de visiter le site de Médiapart pour lire l’entretien avec Anne-Marie Métailié réalisé à Toulouse, le 22 mars 2018, par Marie-Françoise Govin. Suite

Tour d’horizon du cinéma latino programmé pour la 71e édition du festival de Cannes

Les programmations du festival de Cannes – du 8 au 19 mai – viennent tout juste d’être dévoilées. Un seul film latino sera en compétition officielle cette année, dans la section « Un certain regard », dont le jury sera présidé par le comédien Benicio del Toro. Il s’agit du film El ángel de Luis Ortega, qui raconte l’histoire d’un tueur en série dans le années 80 en Argentine, condamné à la perpétuité pour ses onze crimes.

Photo : El ángel

Issu d’une coproduction entre l’Argentine et l’Espagne, et en particulier par le biais de la société d’Almodóvar, El deseo, les rôles principaux du film El ángel sont tenus par Cecilia Roth et Chino Darín (le fils de Ricardo). Si un seul film latino est en compétition officielle cette année, on peut se consoler de voir Ricardo Darín, barbu, à l’affiche du film d’ouverture en espagnol, Todos lo saben, de l’iranien Asghar Farhadi (produit par l’Espagne, la France et l’Italie), aux cotés de Penélope Cruz et Javier Bardem, et dont la sortie en France est prévue pour le 9 mai prochain.

Pour la Semaine de la critique, seul un court métrage chilien sera en compétition, et le jury sera présidé par le cinéaste norvégien Joachim Trier, accompagné par le comédien Nahuel Pérez Biscayart. Il s’agit de Rapaz (Rapace) de Felipe Gálvez, consacré à l’histoire d’Ariel qui arrête, lors de sa fuite, un adolescent accusé d’avoir volé un téléphone portable. Une sélection de courts du festival de Morelia au Mexique sera également programmée.

Contrairement à la Sélection officielle et à la Semaine de la critique, l’Amérique latine sera bien représentée lors de la Quinzaine des Réalisateurs, qui fête ses 50 ans cette année, avec quatre films latinos programmés : Pájaros de Verano de Ciro Guerra et Cristina Gallego, qui raconte la naissance en Colombie du cartel des drogues, fera l’ouverture. L’Argentin Agustín Toscano présente El motoarrebatador, les regrets d’un motard. Dans Los silencios, la Brésilienne Beatriz Seigner met en scène l’histoire d’une famille colombienne dont le père se sert de l’accident dont il est victime pour se faire passer pour mort et toucher une indemnisation. Quant au mexicano-guatémaltèque Julio Hernández Cordón, le réalisateur de Las marimbas del infierno, il présente un film mexicain intitulé Cómprame un revólver. Dans un monde submergé par la violence, où les femmes se prostituent et sont tuées, une fille porte un masque de Hulk et une chaîne autour de sa cheville pour cacher son genre, et aide son père, un addict tourmenté, à prendre soin d’un terrain de baseball abandonné où jouent des dealers. Seront aussi présentés les films des Espagnols Arantxa Echevarria (Carmen y Lola) et Jaime Rosales (Petra) ; sans oublier le film français de Gaspar Noé, né en Argentine, Climax.

À la Cinéfondation, sur les dix-sept films d’écoles de la sélection dont le cinéaste français Bertrand Bonello présidera le jury, deux films sud-américains seront montrés : El verano del león eléctrico de Diego Céspedes (Universidad de Chile ICEI, Chili) et Cinco minutos afuera de Constanza Gatti (Universidad del Cine FUC, Argentine).

Dans le cadre de la Fabrique Cinéma de l’Institut français, dont le parrain est cette année le cinéaste roumain Cristian Mungiu, trois projets latino (sur dix) bénéficieront d’un soutien : Louve de Kiro Russo (Bolivie), La Jauria (La meute) d’Andrés Ramírez Pulido (Colombie) et Candela d’Andres Farías (République dominicaine). Ces cinéastes sont déjà connus pour leurs courts métrages et documentaires. Depuis sa création en 2009, près de 40% des 91 projets sélectionnés ont abouti à un film réalisé. Après ce rapide tour d’horizon, rendez-vous donc sur la Croisette !

Alain LIATARD

Violence et corruption au Mexique : des élections pour un changement ?

Alors que la violence et la corruption font des ravages au Mexique, 88 millions d’électeurs seront appelés aux urnes le 1er juillet prochain. 3 400 mandats seront en jeu pour élire les députés, sénateurs, gouverneurs, mandats locaux et le Président. Ce scrutin hors norme pourrait rebattre les cartes politiques dans le pays.

Photo : Andrés Manuel López Obrador/Alto nivel

Les élections mexicaines en juillet 2018 pourraient bien marquer la fin du pouvoir du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre droit). L’actuel Président Enrique Peña Nieto souffre en effet d’une impopularité notoire, avec un bilan catastrophique sur la lutte contre la corruption et contre la violence du narcotrafic, les deux thèmes principaux de cette campagne.

Le « boom » de la violence…

Le macabre record des 25 339 homicides sur l’année 2017 est devenu le sujet de préoccupation principal des Mexicains. Tous les voyants sont au rouge : d’après des études de l’Instituto para la Economía y la Paz, les coûts humains et financiers de la violence sont particulièrement alarmants. Ainsi, d’après l’étude, le coût économique de la violence s’élèverait à 21% du PIB du pays, auquel il faut ajouter le climat de peur qui règne pour les habitants : 74% des Mexicains déclarent avoir peur de sortir dans la rue, d’après cette même étude. L’impunité quasi généralisée laisse aux Mexicains un sentiment de fatalisme et une confiance très limitée dans les institutions publiques en matière de lutte contre la violence.

Et les ravages de la corruption

Parallèlement à ce triste tableau, les scandales de corruption ont éclaboussé le pouvoir en place. Plusieurs proches du président Nieto ont ainsi été inquiétés ou inculpés par la justice, à tel point qu’aujourd’hui le Parti révolutionnaire institutionnel a dû faire appel à une figure extérieure au parti pour redorer son blason par l’intermédiaire du haut fonctionnaire et plusieurs fois ministre José Antonio Meade. C’est une première dans l’histoire du PRI, pourtant parti hégémonique pendant 71 ans jusqu’en 2000 et qui a repris le pouvoir en 2012 après une période d’alternance dirigée par le Parti action nationale (PAN, droite). José Antonio Meade, avec son alliance avec les Verts (PVEM) et la Nouvelle alliance (NA, centre), peine encore à se dégager de l’image désastreuse du parti au pouvoir et ne fait donc pas figure de favori.                                                           

Rejet des partis traditionnels

L’autre parti historique, le PAN, est également à la peine dans les sondages. Son jeune candidat conservateur de 39 ans, Ricardo Anaya, a tenté une alliance surprenante avec deux formations progressistes de gauche. Son objectif est de jouer la carte du ni gauche ni droite. Mais lui aussi est empêtré dans des scandales qui ternissent son image, accusé d’enrichissements illicites. Alors que Meade (PRI) et Anaya (PAN) sont au coude-à-coude dans les sondages pour la deuxième place avec environ 20% des intentions de votes, c’est le candidat de gauche Andrés Manuel López Obrador (AMLO de ses initiales) qui semble être le favori de cette élection avec entre 35 et 40% des intentions de vote en sa faveur. AMLO, candidat antisystème, qualifié de populiste par les partis de droite, veut s’attaquer à la «mafia du pouvoir». Il souhaite renverser les partis en place sur fond de rejet des partis traditionnels et «laver le gouvernement de la corruption de haut en bas». Après avoir mis en cause les milieux d’affaires et le secteur pétrolier, il commence à adoucir son discours pour être moins clivant et élargir son électorat. Cela semble fonctionner car il est bien parti pour remporter les élections présidentielles pour sa troisième et dernière tentative après ses échecs de 2006 et 2012.

Qui succèdera à Peña Nieto ?

Avec un scrutin particulier à un tour seulement, rien n’est encore joué pour le candidat de gauche dans cette longue campagne où les rebondissements sont encore possibles. Dans un climat économique incertain, gangréné par la violence et la corruption, avec les incertitudes vis-à-vis du voisin étasunien et de l’imprévisible Trump, il apparait malgré tout une volonté de changement de la part des Mexicains, qui rejettent les partis traditionnels. Cependant, la volonté de changement est souvent perçue comme une menace pour certains. De quel côté penchera la balance ? Rendez-vous le 1er juillet prochain.

Gabriel VALLEJO

«Juliana les regarde», le nouveau roman très audacieux du Colombien Evelio Rosero

Après deux romans remarqués, dont Les armées, le Colombien Evelio Rosero revient en force avec un roman publié à l’origine en 1987. La province avait été le cadre des récits déjà connus, cette fois, c’est dans les coulisses du pouvoir politique qu’il nous emmène. Juliana, fille d’un ministre d’un pays dont on n’apprendra le nom que dans les toutes dernières pages (la Colombie), observe sans fin les mystères multiples des adultes et les méandres troubles de la psychologie de sa préadolescente de copine.

Photo : El Colombiano/Éditions Métailié

Juliana a bien du mal à comprendre ce qui l’entoure, mais rien ne lui échappe. Son univers est la luxueuse maison familiale, vide la plupart du temps, en dehors de sa mère, portée sur la bouteille, et du chauffeur-garde du corps, très présent, lui, auprès de sa patronne. Ce sont aussi les visites à Camila, sa nouvelle amie, un peu plus âgée et infiniment plus délurée : elle a déjà visité le monde entier avec ses parents et ne manque pas de le faire remarquer. Juliana écoute, observe, elle est loin de tout comprendre dans ce spectacle qui lui est imposé.

L’espèce de combat que se livrent la mère et le chauffeur sur la table de la cuisine, les jeux secrets que lui propose Camila et qui sont souvent équivoques, le père ministre qu’elle voit plus souvent sur l’écran du téléviseur qu’à la maison, quel est le sens de tout cela ?

Camila est une fille fantasque, capable de passer des après-midi entiers à rester muette, d’inventer des jeux directement imités des films d’horreur dont elle fait une grande consommation ou de tenter des gestes qui flirtent avec un érotisme peut-être inconscient. Elle adore raconter longuement à sa copine ses confessions hebdomadaires dans lesquelles elle enchaîne les aveux dérangeants pour se régaler du malaise du curé, et dont elle semble espérer qu’ils pourraient un jour le tuer. Innocente ou perverse ? Juliana est incapable de se poser la question, tellement inconsciente, malgré son attirance pour « tout ça ».

Evelio Rosero est, lui, suffisamment diabolique dans sa façon de raconter pour parvenir à nous immerger dans cet univers glauque et parfois radieux, à faire du lecteur, sinon un participant à ces jeux souvent louches, du moins un proche de ces deux enfants pourtant si étrangères à son propre univers, si étrangères aussi à ce qui n’est pas elles-mêmes. Cette plongée dans ces noirceurs ne peut certainement pas être mise entre toutes les mains, elle est trop dérangeante, certains la trouveront choquante, mais, parmi ses multiples mérites, elle est et restera une création unique, difficilement comparable à quoi que ce soit, une œuvre hors norme, d’une opacité troublante, envoûtante.

Christian ROINAT

Juliana les regarde d’Evelio Rosero, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 144 p., 20 €. Evelio Rosero en espagnol : Juilana los mira, ed. Anagrama / Los ejércitos / La carroza de Bolívar / Los almuerzos, ed. Tusquets. Evelio Rosero en français : Les armées / Le Carnaval des innocents, éd. Métailié.

Miguel Díaz-Canel, le premier président post-castro. Vers la fin d’une époque ?

Le 19 avril 2018 marquera-t-il le début d’une nouvelle ère politique à Cuba ? C’est du moins ce que l’on pourrait imaginer si l’on prend en compte l’absence de la famille Castro, après soixante ans, du pouvoir présidentiel sur l’île caribéenne. Le nouveau président, Miguel Dٕíaz-Canel, le seul candidat ayant été proposé par la Commission Nationale des candidatures, vient d’être élu par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire avec 603 voix sur 604, comme l’a annoncé le journal officiel du gouvernement cubain Granma.

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C’est Alina Balseiro, présidente de la Commission électorale nationale, qui a communiqué le résultat, après les voix exprimés la veille par les députés, devant la récemment créée Assemblée nationale du pouvoir populaire. Tout s’est passé comme prévu. Rien ne laissait penser au vote contre la candidature de Miguel Díaz-Canel. Tel était le sentiment général depuis l’annonce à l’Assemblée nationale de la candidature de Díaz-Canel, accueillie par une longue ovation par tous les députés.

Ingénieur, âgé de 57 ans, Miguel Díaz-Canel est né après la Révolution de 1959 et devient ainsi le premier président n’appartenant pas à la «génération historique». En tant qu’homme politique, il a occupé différents postes dans l’administration cubaine, dont celui de vice-président depuis 2013. Dans son premier discours devant l’Assemblée, le nouveau président semble guère s’éloigner de l’orthodoxie du discours officiel : «Je prends ma responsabilité avec la conviction que, nous tous, les révolutionnaires, resteront fidèles à Fidel et Raúl.» ; des mots choisis comme le gros titre par le journal gouvernemental Granma. Il a également signalé, suivant la dialectique castriste, aux «ennemis de la révolution», à ceux qui cherchent toujours à «nous détruire» et que «le monde s’est trompé s’il croit que la révolution va finir avec les guérilleros». Des paroles qui semblent assurer la continuité de la ligne politique la plus dure du «castrisme».

Dans le discours d’aujourd’hui, le nouveau président cubain a laissé paraître son visage le plus orthodoxe. Cependant, il était autrefois considéré par certains comme celui capable d’apporter le changement à Cuba. Il faut donc d’abord se demander, en fonction de sa trajectoire, mais qui est Díaz-Canel ? Il semble y avoir divers moments clés dans sa trajectoire politique qui le définissent. Selon des personnes proches de lui, lors de ses premiers pas en politique, c’était quelqu’un d’extraverti et ouvert. Une personne dont on pouvait s’approcher facilement et qui a même librement montré son intérêt pour des groupes de rock comme les Beatles — en dépit de l’opposition à la tête du Parti communiste contre les icônes de la culture «capitaliste». Cette proximité semble avoir progressivement disparue au fur et à mesure de l’évolution de sa carrière vers des postes plus importants à l’intérieur du Parti ; évolution mise en scène aujourd’hui à l’Assemblée avec l’image forte d’un homme attaché aux idées les plus conservatrices du Parti.

Cependant, il s’est permis autrefois d’agir différemment de ce qui est attendu de la part de quelqu’un dans sa position (selon les codes du castrisme). Par exemple, le jour des élections en mars, contrairement aux habitudes de ses «camarades» les plus âgés et traditionnels, il est allé voter de la main de sa femme. Un autre exemple : Guillermo Fariñas, membre actif de l’opposition au «castrisme», lors de l’entretien pour le journal américain El Nuevo Herald, a parlé de sa rencontre avec le nouveau président. Cette figure de la dissidence avait été hospitalisée en raison d’une grève de la faim. Durant son séjour à l’hôpital se sont produites des coupures d’électricité. Il a expliqué au quotidien comment Díaz-Canel s’est intéressé à santé e sa santé, s’excusant en plus pour les coupures.

Par rapport à son parcours, il est intéressant d’évoquer quelques moments remarquables lors de son passage par Santa Clara, la ville où sa carrière politique a démarré. C’est dans cette ville qu’il a passé neuf ans en tant que premier secrétaire du Parti communiste (PCC) — c’est-à-dire la position la plus importante de la ville. Il a toléré par exemple certaines émissions diffusées par la station de radio Alta Tensión, au cours desquelles les auditeurs pouvaient téléphoner en direct, avec une certaine liberté, aux invités — comme des responsables politiques — afin de leur poser leurs questions, leur faire des remarques, etc. Il a également permis à la salle de spectacles «El Menjunje» de programmer des galas d’artistes transgenres ainsi que des concerts de rock à un moment où les droits civils des personnes transsexuelles et homosexuelles n’étaient guère respectés. Concernant la liberté de presse, selon le blog Cuaderno de Cuba, on peut aussi mentionner ce qui s’est passé avec le blog La joven Cuba. Ayant critiqués certains aspects de la politique cubaine et, malgré le fait d’être clairement socialistes, les auteurs de ce blog se sont vus accusés de complicité avec l’ennemi étranger et leur blog a été bloqué. À la suite de la médiation de Díaz-Canel, le blog a repris son activité avec une certaine liberté.

Est-ce que tout cela veut dire quelque chose aujourd’hui après son discours ? D’abord, il faut savoir que le pouvoir du président de Cuba est assez limité face au pouvoir du leader du Parti comuniste et de l’armée, c’est-à-dire Raúl Castro, 86 ans, qui reste à la tête des deux institutions les plus puissantes de l’île avec ses camarades de la Révolution. Il semble que cette situation va continuer jusqu’à l’ouverture du prochain congrès du Parti communiste en 2021. Face au changement, il est logique d’imaginer les pressions de ces groupes pour que la situation ne change pas. Il est vrai que, ces dernières années, beaucoup d’évènements importants sont survenus sur l’île, impossibles à concevoir par le passé : la visite du Pape François, la visite du Comité international de la Croix-Rouge en 2015, l’autorisation de la visite des observatrices expertes de l’ONU en 2017, et même le concert des Rolling Stones…

Cependant, les actions de répression, telles que des détentions arbitraires et provisoires, sont à l’ordre du jour à Cuba. C’est ainsi que le dénoncent les différentes organisations faisant partie de l’opposition ou même Amnestie International (organisation qui n’a pas été autorisée à entrer sur l’île depuis 1990) dans son rapport d’octobre 2017 : «Cuba, mécanismes de contrôle de la liberté d’expression et leurs effets dans la vie quotidienne». Dans ce rapport, l’ONG dénonce une longue liste de stratégies du gouvernement cubain contre la liberté d’expression et de répression.

Par exemple, depuis les années 90, les autorités cubaines emprisonnent les gens assez régulièrement pendant des périodes courtes pour ne pas risquer de susciter des critiques de la part de l’internationale si la durée était beaucoup plus longue. Marti noticias évoque un rapport de l’Observatoire cubain des droits humains. Selon ce rapport, au cours du mois de mars, 340 détentions arbitraires se sont produites pour des raisons politiques à Cuba (202 femmes et 138 hommes). Les victimes font toujours partie des différents groupes de l’opposition comme Movimiento Cristiano de Liberación, l’Unión patriótica de Cuba ou Damas de blanco. Ces femmes se mobilisent toutes les semaines, victimes de la répression, et ont récemment reçu le prix Milton Friedman pour la liberté selon le site Cubanet.org.

Malgré tout, Amnestie International voit dans la situation présente une nouvelle opportunité pour les droits humains. Dans son rapport de 2018 «Transformation de l’affrontement au dialogue», elle réfléchit aux possibilités de transformation de la situation actuelle à Cuba, et propose au gouvernement cubain des mesures à suivre pour des améliorations dans différents domaines, comme la pression idéologique sur les individus dans le milieu du travail pour contrôler leur liberté d’expression ou la protection du journalisme indépendant pour encourager la pluralité d’avis sur l’avenir de Cuba.

Le nouveau président pourrait-il donc représenter un minimum d’espoir pour le changement à Cuba ? Il semble que le discours actuel envisage difficilement cette possibilité et décourage ceux qui s’attendaient à quelque chose de nouveau et différent. Il est vrai que, partout, les membres de l’opposition ne gardaient aucun espoir avec l’arrivée de Díaz-Canel. C’est ce qu’évoquait Antonio Rodiles récemment à la suite du discours de Díaz-Canel en 2017 devant le Parti communiste, dans lequel il dévoilait son vrai visage, selon le dissident. Yoani Sánchez, journaliste cubaine résidant en Allemagne, s’est exprimée dans le même sens. Pourtant, il semblait difficile que, dans un contexte aussi compliqué que celui à Cuba, le nouveau président puisse s’exprimer autrement, étant donné la pression des secteurs les plus durs du Parti. En mars 1985, à l’occasion des funérailles de Chernenko, le futur président de l’URSS s’exprimait de cette façon devant les membres du Politburo : «Je vais lutter contre tout ce qui va contre l’URSS et le mode de vie socialiste», «il est important de renforcer l’armée de l’URSS pour que les agresseurs potentiels sachent quelle réponse leur seront apportées en cas d’attaque contre l’URSS». Ce jour-là, les politicologues n’imaginaient pas encore quelles seraient les lignes politiques suivies par celui qui deviendrait, en 1990, prix Nobel de la Paix : Mikhaïl Gorbatchev. À la différence de l’ancien président de l’URSS, Díaz-Canel avait le cadavre devant lui. Pourquoi ne pas imaginer une lecture différente du discours du nouveau président ?

Mario PEREZ MORALES

L’édition du 19 avril de Libération propose deux pages sur Cuba, Castro part, un fidèle reste avec un article de Françoise-Xavier Gomez et une intéressante interview du chercheur américain Ted Henken. Lire l’article

Deux journalistes équatoriens et leur chauffeur assassinés par des ex-Farc

Le 26 mars 2018, le journaliste Javier Ortega, 32 ans, le photographe Paul Rivas, 45 ans, et le chauffeur Efrain Segarra, 60 ans, ont été pris en otage par le groupe dissident des FARC, le Frente Oliver Sinisterra, sous le commandement de Walter Patricio Artízala Vernaza, alias Guacho. Les trois hommes travaillaient pour le quotidien équatorien El Comercio. Les faits ont été confirmés le jour suivant par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas. Dix-huit jours après leur enlèvement dans le nord de l’Équateur, à la frontière avec la Colombie, le président équatorien Lenín Moreno, lors d’une brève allocution présidentielle, a confirmé l’assassinat du groupe de journalistes.

Photo : RSF

La fondation pour la liberté de la presse (FLIP) aurait reçu un communiqué de presse du groupe dissident qui confirmerait le meurtre des otages. Selon ce communiqué, la décision prise par le Front Oliver Sinisterra d’assassiner les otages a été mise en œuvre après un échec de sauvetage de la part des forces armées colombiennes et équatoriennes : «Le gouvernement paramilitaire et corrompu de la Colombie et le gouvernement agenouillé équatorien dirigé par ses présidents et ses procureurs ont conclu des accords pour combattre et éliminer notre mouvement. Depuis lors, les troupes et les forces d’intelligence colombiennes, équatoriennes, ont franchi avec insistance leurs frontières dans le but d’assassiner nos troupes, des milliers d’hommes ont cherché la guerre, la répression envers les populations de la zone frontalière, ainsi que nos combattants et familles, qui nous rappellent l’époque de 1964 dans la guerre de Marquetalia».

D’autre part, le premier média qui aurais reçu des preuves du meurtre des otages a été RCN radio. Le média colombien a reçu le communiqué de presse, de même que des photos des corps de trois travailleurs quelques heures avant le délai de douze heures laissé par le président équatorien aux kidnappeurs pour envoyer des preuves de vie. Or RCN n’a pas voulu se prononcer immédiatement tant que la véracité des preuves n’était pas confirmée. Quelques jours auparavant, un faux communiqué d’un groupe dissident confirmait le décès des journalistes. Cependant, vendredi 13 avril au matin, le groupe dissident a réclamé l’aide d’organismes internationaux pour venir récupérer les corps des otages.

Selon la FLIP, Bogotá et Quito auraient fait plusieurs erreurs dans la gestion de la situation. La fondation s’interroge sur la manière avec laquelle les deux gouvernements ont agi, irresponsable et autoritaire face à la menace de vies en péril. Cependant, le résultat rappelle une nouvelle fois la situation délicate dans laquelle se trouve la Colombie, où la période de post-conflit avec les FARC ne fait que commencer et, pour l’instant, le bilan est très négatif. À cela s’ajoute une situation périlleuse au travers des dialogues de paix entamés avec l’autre groupe de guérilla, l’ELN, qui se déroule en Équateur. Javier Ortega, Paul Rivas et Efrain Segarra se rendaient sur place afin d’obtenir plus d’informations sur la situation des territoires situés à la frontière de la Colombie et de l’Équateur, auparavant aux mains des FARC, et dont le contrôle est désormais disputé entre plusieurs groupes de narcotrafiquants et des dissidents de l’ancienne guérilla.

Le vendredi 13 avril, le président Juan Manuel Santos a ordonné au ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, de se rendre en Équateur pour faire face à la grave situation avec, à ses côtés, le directeur de la police, le général Jorge Nieto, et le commandant des forces militaires, le général Alberto José Mejía. Le président Lenín Moreno a, quant à lui, annoncé sur son compte Twitter que, dans les prochaines minutes, il rencontrera le Conseil de sécurité publique de l’État pour analyser les derniers événements et, par la suite, il se rendra dans le pays.

En revanche, les attaques du Front Oliver Sinisterra n’ont pas cessé : le 17 avril, à travers une vidéo reçue par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas, le groupe dissident envoie des preuves de vie d’un couple équatorien pris en otage. Sur cette vidéo, le couple réclame l’aide du président Lenín Moreno pour pouvoir sortir sain et sauf de cette prise d’otage, pendant que Bogotá et Quito ont envoyé environ 80 hommes à la frontière pour trouver «Guacho», le chef du groupe dissident.

Jonathan Z. CORONEL

Appel d’Amnesty à enquêter sur l’homicide de Marielle Franco, défenseure des droits humains

L’assassinat de Marielle Franco – une défenseure des droits humains et conseillère municipale âgée de 38 ans qui s’était illustrée en dénonçant les violences policières et les exécutions extrajudiciaires – doit faire l’objet d’une enquête approfondie, a déclaré Amnesty International jeudi 15 mars. Marielle Franco a été tuée par balle mercredi 14 mars dans la soirée, dans le quartier d’Estacio, à Rio de Janeiro. Son chauffeur a lui aussi été abattu et une attachée de presse a été blessée lors de l’attaque.

Photo : Amnesty International

«Cet événement est un énième exemple des dangers auxquels sont confrontés les défenseur-e-s des droits humains au Brésil. En sa qualité de membre de la Commission des droits humains de l’État de Rio de Janeiro, Marielle Franco a œuvré inlassablement à la défense des droits des femmes noires et des jeunes des favelas et d’autres communautés marginalisées», a déclaré Jurema Werneck, directrice d’Amnesty International Brésil.

«Les autorités brésiliennes doivent veiller à ce qu’une enquête exhaustive et impartiale soit menée dans les meilleurs délais sur cet homicide. L’État doit protéger les témoins et les rescapés, déterminer le mobile du meurtre de Marielle et traduire les responsables présumés en justice. Le gouvernement ne peut rester inactif et permettre que l’on tue des défenseur-e-s des droits humains en toute impunité.»

Marielle Franco avait été élue au Conseil municipal de Rio de Janeiro en 2016. Il y a deux semaines, elle avait été nommée rapporteure d’une commission spéciale créée par le Conseil municipal afin de garantir un suivi de l’intervention actuelle des autorités fédérales à Rio de Janeiro et de la militarisation de la sécurité publique.

Amnesty international

«Nobody’s Watching», le nouveau long métrage de la réalisatrice argentine Julia Solomonoff

Nobody’s Watching raconte l’histoire de Nico (interprété par l’excellent Guillermo Pfening), un jeune comédien argentin fraîchement installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots, de serveur à baby-sitter. Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée, quand son producteur argentin, un ancien amant, lui rend visite. Tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons qui l’ont poussées à fuir Buenos Aires…

Photo : Nobody’s Watching

« Je suis restée sept ans aux États-Unis, avant de rentrer en Argentine où j’ai fait deux enfants et deux films, explique la réalisatrice Julia Solomonoff. Je suis revenue quelques années plus tard pour enseigner le cinéma. Je voulais raconter cette expérience personnelle, parler du sentiment d’appartenance à une culture et du désir de se réinventer. Je voulais évoquer ce que l’on gagne et ce que l’on perd lorsque l’on s’installe à l’étranger. Cette expérience, très importante dans ma vie, m’a aidée à savoir qui je suis. Elle suscite constamment une question chez moi : qui sommes-nous quand on est privé de sa culture d’origine ? Outre la liberté et la découverte de soi que cette expérience procure, il y a une perte d’identité. La tentation de l’anonymat est forte, surtout dans les grandes villes. Mais plus le temps passe et plus cet anonymat commence à nous ronger de l’intérieur. D’autant plus si on ne parvient pas à trouver sa place. À un moment donné, on a besoin des autres. La culture américaine est très individualiste pour un Latino-américain qui a un fonctionnement communautaire. On peut évoluer au sein d’un petit groupe de théâtre ou d’artistes. C’est ce qui nous aide à grandir. Je pense que notre réalisation personnelle ne peut s’accomplir que parmi les autres. »

Nous suivons Nico sur son vélo à travers les saisons et dans différents quartiers avec diverses tonalités lumineuses. Nous voyons aussi le bébé grandir et marcher. Avant de quitter l’Argentine, Nico jouait le rôle de quelqu’un tombé dans le coma : « Le coma est un élément mélodramatique dont les telenovelas raffolent. En tant que spectatrice, j’aime beaucoup le mélodrame. Mais en tant que réalisatrice, je rechigne à y recourir. Effectivement, cet état intermédiaire est une métaphore de l’état de Nico. »

Le film tient beaucoup à la qualité d’interprétation de Guillermo Pfening qui donne une grande force au personnage. Il a également joué dans Le médecin de famille (2013) de Lucía Puenzo. Quant à Julia Solomonoff, c’est son troisième film, après Hermanas (2005) et surtout le très beau Le dernier été de la Boyita (2009) sélectionné dans de nombreux festivals. Elle est aussi scénariste et productrice pour le cinéma et la télévision.

Encore un beau film à découvrir en ce printemps. Sortie le 25 avril.

Alain LIATARD

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